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Ligue des droits de l'Homme

Section du Pays d'Aix-en-Provence

Archives par catégorie : Articles

Un beau rassemblement à Marseille 21 février, 2012

Le 17 février, au théâtre Toursky, le Collectif 13 pour un audit citoyen de la dette publique (dont la Ligue des Droits de l’homme fait partie) a organisé un meeting pour lancer sa campagne dans le département et promouvoir la création de collectifs locaux. Un beau rassemblement qui a réuni de 5 à 600 personnes.

Plusieurs interventions au programme de cette réunion : Damien Millet (Collectif pour l’annulation de la dette du tiers-monde), Frédéric Larrivée (CGT-Trésor), Djamila Z (militante dans le quartier de Picon-Busserine), Christiane Marty (Collectif national) et Anne-Mary Alary,(représentante du CAC 13).

Des informations seront prochainement données sur la création d’un CAC à Aix-en-Provence.

De ce meeting nous voulons notamment retenir la très belle intervention de Sonia Mitralia (membre du comité grec contre la dette ) qui a été ovationnée (document joint).

Pièces jointes

pdf/S_Mitralia_Toursky_17022012.pdf Télécharger

Le collectif CADDRIS a rencontré le sous-préfet d’Aix 17 février, 2012

Cinq représentants du Collectif Aixois pour les droits et la dignité des Rroms, des immigrés et des sans-papiers ont été reçus le 14 février en Sous-préfecture d’Aix-en-Provence.

Nous avons redit l’urgence à agir pour trouver des solutions dignes, humaines et durables afin d’en finir avec la précarité des bidonvilles de l’Arbois et de Vasarely.

Nous avons réclamé qu’une table ronde, sous l’égide de l’Etat garant des solidarités, réunisse les partenaires institutionnels et associatifs, les travailleurs sociaux et les populations concernées.

Monsieur le Sous-préfet s’est engagé à demander aux autorités aixoises et à celles du Conseil Général – propriétaires fonciers – de se réunir pour étudier la question ; il leur fera part de la volonté du Collectif de sortir rapidement d’une situation humainement intolérable. Il a également souligné l’importance du rôle des associations qui devraient participer à la mise en place de solutions concrètes.

Pour autant il n’a pas l’intention d’aller plus loin et n’envisage pas la convocation d’une table ronde sous son autorité.

Même s’il suivra avec attention les résultats éventuels de la rencontre Mairie d’Aix – Conseil Général, le CADDRIS ne peut se satisfaire de la position prise par l’Etat. Nous continuons en effet de plaider pour la réunion de toutes les parties concernées afin de trouver des solutions aux problèmes d’accueil et d’intégration des Roms sur tout le territoire de la Communauté du Pays d’Aix.

C’est ensemble et seulement ensemble que les collectivités territoriales, le Conseil Général, le Conseil Régional, l’Etat, l’Europe, les partenaires associatifs et les représentants des Roms seront capables d’élaborer les solutions adaptées. En conséquence, le CADDRIS continuera à œuvrer pour que cette démarche de table ronde soit enclenchée.

Il demande d’ores et déjà à la Mairie et au Conseil général d’être associé à leurs futurs travaux.

Il soutiendra toutes les initiatives pour mobiliser la population jusqu’à ce que les questions posées soient vraiment prises en compte.

Claudie Hubert, Philippe Chouard, Marc Durand, Hervé Guerrera, Philippe Sénégas

Pièces jointes

pdf/Communique_CADDRIS_1a.pdf Télécharger

La presse algérienne 9 janvier, 2012

Cet Eclairage ne concerne que la presse algérienne d’expression française, qui représente une grande partie des quotidiens et des journaux électroniques lus en Algérie. Il existe évidemment une presse en arabe, très lue également.

La liberté de la presse en Algérie : un paradoxe apparent

Examiner la situation de la presse algérienne confronte à un paradoxe. D’une part, il est manifeste qu’il existe une multiplicité de titres dans les kiosques (environ 45 journaux ou magazines en Français et en Arabe) et en ligne qui reflètent un réel pluralisme journalistique : pour être clair, la presse d’opposition existe en Algérie, elle est très professionnelle et très offensive. Mais d’autre part, en 2010, l’Algérie occupait la 133e place sur un total de 178 dans le classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans Frontières. Un peu d’histoire permettra d’aller au-delà de cet apparent paradoxe.

Jusqu’au soulèvement d’octobre 1988 il n’y a pas de presse privée en Algérie, les questions du pluralisme et de la liberté d’expression ne se posent pas. A partir de 1989 (nouvelle constitution qui ouvre la voie au multipartisme) une presse indépendante voit le jour qui va subir de toutes parts et jusqu’à aujourd’hui les pires pressions. Pendant la décennie noire, 101 journalistes algériens ont été assassinés, la plupart par les islamistes mais certains aussi par les services de sécurité ; ils ont payé de leur vie le courage de dénoncer les attentats et la répression dont ils ont été les témoins. Depuis une dizaine d’années, c’est le harcèlement judiciaire des journalistes et des directeurs de publication qui est la manifestation la plus visible des pressions exercées sur la presse. Quelques exemples. Le quotidien El Watan, journal indépendant et généraliste de référence en Algérie a été suspendu à 5 reprises entre 1990 et 1998, toujours pour des atteintes aux institutions ou aux autorités du pays ; en 20 ans, ses journalistes ont été condamnés à plusieurs reprises ; en 2009, son directeur de publication a reçu, à lui seul, 15 convocations devant les juges. Le sort des autres journaux indépendants n’est pas plus enviable. En 2005, plus d’une centaine d’affaires de presse ont été enregistrées et de nombreux procès se sont terminés par la condamnation de pas moins de 20 journalistes à des peines de prison ferme. Une des affaires les plus célèbres car elle a entrainé une réprobation internationale est celle qui a concerné, en juin 2004, la fermeture du quotidien Le Matin et l’emprisonnement pour une durée de 2 ans de son directeur et fondateur, Mohamed Benchicou. Ce dernier avait été condamné à la suite d’une plainte du ministère des Finances pour « infraction régissant le contrôle des changes et les mouvements des capitaux ». En fait, M. Benchicou, opposant virulent au régime, avait publié, en février 2004 (soit deux mois avant les élections présidentielles), un violent pamphlet contre le chef de l’Etat, intitulé Bouteflika, une imposture algérienne. Comment ce harcèlement judiciaire, dont on vient de donner une vision très partielle, est-il possible depuis dix ans ? Il faut savoir que dans le sillage de l’Etat d’urgence, le Code pénal algérien a été amendé le 17 juin 2001 par l’ajout de deux articles (144 bis et 146) criminalisant le délit de presse y compris par l’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 5 années fermes.

On comprend mieux alors qu’en effet, s’il existe une presse d’opinion et d’opposition en Algérie, sa liberté d’expression publique est étroitement encadrée par un dispositif judiciaire au service du pouvoir, et aussi, mais ce point ne sera pas développé, par le contrôle économique sur les organes de presse (distribution de la manne publicitaire).

La nouvelle loi sur l’information

Le projet de loi organique relative à l’information, qui s’inscrit dans le cadre des réformes politiques annoncées par le président Bouteflika dans son discours du 15 avril 2011, a été adopté par les députés de l’Assemblée populaire nationale (APN) le 14 décembre dernier. Ne sera évoquée ici que la partie de la loi concernant les droits et devoirs des journalistes. La réforme de l’audio-visuel publique incluse dans la loi fera (peut-être) l’objet d’un prochain Eclairage.

Merouane Mokdad, journaliste sur le site TSA (dont il sera question plus loin) donne du contenu de la loi, la description suivante que je ne saurais pas présenter mieux que lui.

« Ce projet que Nacer Mehal, ministre de la communication, qualifie de moderne, trace des lignes rouges que les professionnels des médias ne doivent pas dépasser. Cela est précisé dès l’article 2 de ce texte. Ainsi, et avant d’exercer son métier, le journaliste doit se plier devant « les exigences de la sûreté de l’État et de la défense nationale », « les valeurs culturelles et spirituelles de la nation » , « le secret de l’instruction judiciaire », « les juridictions et les décisions de justice », « la sauvegarde de l’ordre public », « les impératifs de la politique étrangères du pays » , « les intérêts économiques du pays » … En tout, treize “grosses” conditions écrites noir sur blanc.

Mais ce n’est pas tout. Dans l’article 80, des obstacles limitant l’accès à l’information sont clairement dressés devant les journalistes. Voilà ce que stipule cet article : « Le droit d’accès aux sources d’information est reconnu aux journalistes professionnels excepté lorsque l’information concerne le secret de défense nationale tel que défini par la législation en vigueur, l’information porte atteinte à la sûreté de l’État et/ou à la souveraineté nationale de façon manifeste, l’information porte sur le secret de l’enquête et de l’instruction judiciaire, l’information concerne le secret économique stratégique, l’information est de nature à porter atteinte à la politique étrangère et aux intérêts économiques du pays ». Autrement dit, à suivre cette logique, TSA – ou tout autre média – n’a plus le droit d’avoir des informations, par exemple, sur la conduite de la politique extérieure du pays ou sur la conclusion de gros contrats dans les secteurs des travaux publics ou de l’énergie. L’administration ou les entreprises peuvent invoquer cette disposition pour empêcher le public algérien d’être informé sur des dossiers pourtant stratégiques, car engageant d’importantes sommes d’argent.

De plus, les notions de « secret défense », « sûreté d’État », « secret de l’enquête », « secret économique stratégique », utilisées dans le texte demeurent vague et ambiguës. Elles sont sujettes à des interprétations qui peuvent être erronées ou utilisées comme prétextes pour interdire aux médias d’engager des investigations. Considérer la diplomatie et l’économie comme domaine relevant du « sacré » est déjà une grave atteinte à la liberté d’expression.

Pire : le projet de loi sur l’information est porteur dans son chapitre II d’une « charte » d’éthique et de déontologie. Pas moins de 17 points sont portés dans l’article 89 du projet. Le gouvernement s’est même autorisé à inventer de nouvelles règles, oubliant que le journaliste a des droits et des devoirs. Selon cette disposition, le journaliste « doit », entre autres : « s’interdire de porter atteinte à la souveraineté et l’unité nationales », « s’interdire de porter atteinte aux attributs et aux symboles de l’État », « s’interdire toute atteinte à l’histoire nationale », « s’interdire l’apologie du colonialisme », « s’interdire de diffuser ou de publier des propos et des images amoraux ou choquants pour la sensibilité du citoyen », « s’interdire de porter atteinte aux intérêts économiques et diplomatiques de la Nation », « s’interdire de mettre en danger des personnes », « s’interdire tout acte de nature à porter atteinte de manière directe ou indirecte à la vie privée des personnalités publiques »…. Le mot « s’interdire » est utilisé douze fois ! »

Quant à la dépénalisation du délit de presse, la modification du code pénal a essentiellement entraîné la suppression de peines d’emprisonnement en matière de délits de presse, mais diffamation et outrage commis à l’encontre, notamment du Président de la République, des corps constitués, des juridictions et du Parlement restent des délits sanctionnés par de lourdes amendes.

Deux semaines avant le vote au parlement, le Syndicat national des journalistes (SNJ) avait adressé un mémorandum aux députés dénonçant l’inefficacité de la loi sur l’information et un grave recul des acquis de l’ouverture démocratique de 1988. Il soulignait notamment le retour au musellement par l’article 2 de la loi « qui impose énormément de contraintes dans l’exercice de la profession. Cette série d’interdiction constituent réellement des handicaps pour les journalistes et limitent leur liberté d’action et d’initiatives. ». Manifestement la représentation nationale dans sa majorité n’a pas entendu le SNJ.

Quelques titres, quelques liens

Presse écrite

La quasi-totalité des quotidiens publiés en français sont accessibles sur internet ; c’est notamment le cas de :

El Watan  : qui a obtenu le Trophée de la liberté de presse à la 1ère édition des Victoires de la Presse organisée, à Lyon, par la WAN-IFRA -Association Mondiale des Journaux et des Editeurs de Médias d’Information – le 5 décembre dernier.

Le Matin DZ  : des news, des articles de fond, très virulents à l’égard du pouvoir, plus diverses contributions de journalistes, analystes, universitaires et intellectuels de l’opposition.

Liberté  : national mais très lu en Kabylie, proche du RCD.

Le quotidien d’Oran  : premier quotidien francophone du pays, sérieux, surtout lu par les cadres, il rassemble d’excellentes signatures de journalistes et d’intellectuels d’Algérie dans son édition du jeudi (ne pas manquer les billets d’humeur de la rubrique Raïna Raïkoum !).

EL Moudjahid  : répercute les analyses officielles et la voix du régime.

A signaler aussi de bonnes synthèses de l’actualité algériennes dans Jeune Afrique

On peut accéder aux versions électroniques de ces journaux en passant par des portails comme :

www.pressealgerie.fr/

www.mediatico.com/fr/newspapers/africa/algeria/

www.journalalgerie.net/

Sites d’informations ou journaux électroniques, plus audacieux, car moins soumis à la pression économique.

DNA  : Dernières Nouvelles d’Algérie, le rédacteur en chef des DNA est l’ancien directeur de la rédaction du Matin et de celle de Liberté.

TSA  : Tout sur l’Algérie, le premier quotidien électronique algérien. Sérieux et professionnel, il regorge d’informations souvent reprises par la presse nationale.

Algérie-Focus  : donne la parole aux personnalités qui n’ont pas droit de cité dans les médias algériens, publie des articles qu’on n’ose pas publier dans la presse écrite. Bref : « parle des sujets qui fâchent ».

Et enfin, on ne dira jamais assez à quel point les dessinateurs de presse sont extraordinaires de talent et de courage (certains on fait de la prison d’ailleurs). Pour n’en retenir que 4 parmi beaucoup d’autres : Ali Dilem dans Liberté, Le Hic dans Le soir d’Algérie, Islem dans Le temps, Lounis dans Le jour.

Vers les élections législatives 9 janvier, 2012

Pour clore l’année 2011, cette rubrique prendra la forme d’un rapide bilan de l’année écoulée, marquée par la résistance du pouvoir algérien au vent de contestation qui a soufflé sur le Maghreb et dans le pays. Marquée aussi par la préparation des futures législatives dans un contexte de forte instabilité politique des principaux partis au pouvoir ou dans l’opposition.

La préparation des échéances électorales : l’après-Bouteflika.

2011 a commencé par un mouvement de protestations populaires et politiques sans précédent depuis 1988, au diapason avec les autres soulèvements dans le Maghreb et ailleurs qui devaient donner naissance à ce qu’il est convenu d’appeler le printemps arabe. Alors qu’au Maroc, en Tunisie, en Lybie, en Egypte, sous des formes et par des voies différentes, un coup d’arrêt a été mis aux régimes autocratiques en place depuis des dizaines d’années, en Algérie le “Système” n’a pas fléchi et l’élan démocratique s’est brisé au bout de quelques semaines. Tout a été dit sur les causes de cet échec : la peur d’un retour à la guerre civile, la dureté de la répression militaire et policière, la division des oppositions…

Il reste que pour les dirigeants algériens, une réaction s’imposait, destinée à contenir d’éventuels sursauts des aspirations à la liberté. Un double mouvement a été enclenché par le pouvoir : annoncer des réformes et composer avec les islamistes.

L’annonce des réformes

L’offensive réformiste du pouvoir a été inaugurée par des consultations des différents partis politiques et une concertation tripartite gouvernement, patronat, UGTA. Mais très tôt, les forces d’opposition ont dénoncé une parodie de dialogue social, certains partis ont refusé d’y participer et ont critiqué des promesses peu crédibles tant que le pouvoir resterait aux mains d’une oligarchie constituée de profiteurs de la rente pétrolière, gangrénée par la corruption et protégée par l’armée et les services de renseignements (DRS). Les projets de réformes qui ont alors fleuri, suivis de l’adoption de nouvelles lois par l’APN ont été vivement critiqués par les démocrates et défenseurs des droits de l’homme ; en voici quelques exemples.

Loi sur les associations. Jugée particulièrement restrictive et répressive par la LADDH, la loi a été vivement critiquée principalement à 5 niveaux : 1) la procédure de création des associations soumise à autorisation préalable ; 2) le mode de financement des associations ; 3) les limitations à la coopération avec des organisations étrangères ; 4) le régime auquel sont soumises les associations étrangères et 5) les conditions particulièrement larges dans lesquelles les associations peuvent être suspendues ou dissoutes

Loi sur les partis politiques destinée à restreindre le champ d’action de l’opposition et faire barrage à tout retour du Front islamique du salut (FIS), interdit depuis 1992. Le Front des forces socialistes (FFS) du vieux militant nationaliste Hocine Ait Ahmed, qui vit en exil en Suisse, a remis en cause cette nouvelle loi, considérant qu’elle « impose l’hégémonie du ministère de l’intérieur sur la vie politique et empêche d’amorcer une dynamique de changement démocratique en Algérie. »

Loi sur l’information. (cf l’Eclairage de ce mois-ci) « Le texte comporte des restrictions graves, introduites au nom de la défense de la politique étrangère et des intérêts économiques du pays » selon Mostefa Bouchachi, président de la LADDH. Pour lui, la liberté d’expression est contrôlée dans la nouvelle loi par « une série de considérations adaptées par le régime à ses propres intérêts. »

D’autres lois comme le projet d’un quota de 33% de femmes sur toutes les listes électorales ont été rejetées par les députés.

Les tractations avec la mouvance islamiste.

Depuis 1999, début de son règne présidentiel, Bouteflika a donné des gages aux occidentaux (et au peuple algérien) en combattant le terrorisme islamiste tout en négociant en permanence le soutien des partis religieux à sa politique (en particulier par le biais de la réconciliation nationale). Cette attitude avait un but déclaré : atomiser la mouvance islamistes. Les tentatives en ce sens se sont multipliées ces derniers mois. Mais de ce côté non plus, la stratégie n’a pas eu les effets escomptés. D’une part, les divisions, réelles, provoquées au sein de la mouvance islamiste ont conduit cette dernière à occuper un espace politique extrêmement large : présents dans la coalition présidentielles au parlement et au gouvernement (le MSP), dans l’opposition légale (Ennahda…) et dans certaines organisations ayant recyclés les militants de l’ex-FIS, les tenants d’un islam politique semblent être partout. A cela s’est ajouté l’effet des révolutions arabes. Le succès des islamistes dans les premières élections organisées dans les pays voisins, a ouvert, en Algérie, des perspectives inespérées à des courants jusqu’alors concurrents dans leurs stratégies de conquête du pouvoir ; des courants qui se prennent à rêver maintenant d’une union leur assurant un triomphe aux prochaines législatives en 2012. Du coup, pour les islamistes, l’époque des compromis avec Bouteflika (condition de la survie politique) est dépassée ; c’est l’après-Bouteflika qu’il faut préparer.

Les élections législatives de mai 2012 (ou de février en cas d’anticipation) ne manqueront pas d’influencer les présidentielles de 2014. Dans l’état actuel du paysage politique algérien, la coalition présidentielle éclate. Le FLN connaît une importante crise interne opposant « les caciques et les jeunes cadres, les conservateurs et les modernistes et, pis encore, les corrompus contre les partisans d’une pratique politique saine ». Le MSP prépare, contre ses alliés d’aujourd’hui, une union des partis islamistes (il devrait logiquement quitter la coalition gouvernementale à brève échéance) et le parti nationaliste du premier ministre (le RND) est isolé dans une défense inconditionnelle de réformes critiquées de toutes parts.

Qu’en est-il de l’opposition progressiste ? On l’a dit dans de précédentes rubriques le FFS et le RCD, outre qu’ils doivent assumer historiquement des contradictions importantes dans leurs relations avec le pouvoir et avec les islamistes, outre qu’ils sont perçus par une partie des algériens comme les représentants d’une bourgeoisie francisée et par une autre partie comme les représentants de la minorité kabyle, ont échoué à rassembler le peuple révolté en janvier et février derniers. Il est clair que le débat politique aujourd’hui en Algérie entre les islamistes, le pouvoir et l’armée laisse peu de place aux deux partis démocratiques et modernistes. Ainsi, ces derniers conditionnent leur participation aux prochains scrutins à la présence d’observateurs internationaux, alors que Bouteflika a déjà assuré que ce serait le cas ; ils demandent depuis toujours une révision de la constitution algérienne alors que Bouteflika a assuré que cette révision aurait lieu après les législatives. On le voit, les marges de manœuvre sont étroites aujourd’hui pour les démocrates algériens. On imagine mal, dans ces conditions, que les prochaines élections soient l’occasion d’une alternance démocratique en Algérie.

Mouvements sociaux et droits de l’homme

Depuis un an que cette rubrique existe, chaque compte rendu mensuel sur la situation dans le pays commence par une longue liste d’émeutes, de grèves, de manifestations, d’attentats, de bavures qui sont le quotidien de la vie des algériens. Pour cette dernière rubrique de l’année, on n’entrera pas dans les détails. On se contenter d’indiquer que la gendarmerie algérienne elle-même a recensé 11.500 émeutes à travers tout le territoire en 2011. Par ailleurs, le climat d’insécurité et de violence n’a pas faibli dans la dernière période. Le nombre élevé de victimes des tensions politico-sociales en novembre et décembre en reste la preuve la plus dramatique : neuf “terroristes islamistes” abattus par l’armée, deux chasseurs tués accidentellement par l’armée ; deux jeunes abattus par des policiers lors de manifestations ; un lycéen et un jeune chômeur morts après s’être immolés par le feu.

Les révoltes, comme la création de multiples syndicats corporatistes indépendants, témoignent indiscutablement de la combattivité et des aspirations des algériens. Mais elles révèlent aussi trois choses : d’une part le pouvoir algérien n’a pas l’intention de changer sa stratégie de domination par la répression, les subventions clientélistes et des ersatz de réformes ; d’autre part, les révoltes sont des adresses directes et violentes du peuple à l’état, les élus locaux ne jouant plus aucun rôle de représentation et d’intervention en faveur de la population ; et enfin, l’absence d’une société civile organisée rend impossible pour l’instant l’émergence de contre-pouvoirs susceptibles de peser sur les orientations politiques des gouvernants. Or, de façon circulaire, c’est probablement la nature même du fonctionnement des institutions algériennes (politiques, syndicales, religieuses, militaires, éducatives) qui rend impossible la naissance d’une conscience citoyenne et d’une société civile active. L’Algérie vient d’être classée par Transparency International à la 112e place sur la liste des 180 pays les plus corrompus de la planète.

Au nom de la LADDH, Mostefa Bouchachi conclue en ces termes son message de fin d’année : « Quand on sait que la démocratie sera effective en Tunisie et qu’au Maroc il y a une ouverture, tandis qu’en Libye la dictature est tombée par la force des armes, je dis qu’il vaut mieux qu’il y ait une transition pacifique en Algérie. Mais si les décideurs optent pour le maintien de la situation actuelle, les conséquences seront dramatiques pour le pays et pour eux-mêmes ». Il faut dire que “la situation actuelle” n’est guère favorable pour la LADDH qui s’est vu refuser, le 10 décembre, l’organisation de deux conférences-débats programmées dans le cadre de la célébration de la Journée internationale des droits de l’Homme : l’une prévue à l’hôtel El-Biar d’Alger autour du thème La justice et les droits de l’Homme, et l’autre à la Maison des jeunes de Boumerdès sous l’intitulé La citoyenneté et les droits de l’Homme.

L’islamisme algérien (2) : de la « réconciliation nationale » au « printemps arabe » 7 novembre, 2011

Dés son arrivée au pouvoir en avril 1999, Bouteflika entame sa politique de réconciliation nationale par des mesures significatives de main tendue aux islamistes. Les visées électoralistes de cette politique apparaissaient déjà dans la campagne du candidat à la présidence.

La politique de réconciliation nationale

Dés 1997, la Direction des renseignements et de la sécurité (DRS, dépendant de l’ANP) et l’Armée islamique du salut (AIS) négociaient les conditions d’un arrêt de la guerre civile. Ces accords prévoyaient une large amnistie des combattants islamistes. Pendant sa campagne électorale (printemps 1999), le candidat Bouteflika fait de la paix civile l’objectif principal de son programme. Et trois mois après son élection (juillet 1999), il fait voter la Loi de Concorde civile, approuvée en septembre par les algériens par voie de référendum (avec une participation de 85%, et un « oui » massif de 98,63% des voix !). Avec des dispositions non seulement incompatibles avec la constitution algérienne mais aussi violant plusieurs normes de droit international, la Loi propose appelle les terroristes à renoncer à leur combat et à se présenter aux autorités ; une large indulgence est promise à ceux n’ayant pas de sang sur les mains. Elle dispose aussi que les victimes ne pourront pas se porter partie civile pour des faits commis par une personne exonérée ou mise sous probation. Le résultat sera l’autodissolution de l’AIS et la reddition de plus d’un millier de repentis. Mais dans les faits, les terroristes ont tous été amnistiés, à commencer par les plus sanguinaires des émirs du GIA et du GSPC. Certains d’entre eux bénéficieront de rentes substantielles et deviendront de véritables barons dans le commerce et les affaires. La Loi a donc permis une impunité totale pour des milliers d’assassins et les familles des victimes ont dû accepter que la justice ne passerait pas. Mais à cette impunité s’en est ajoutée une autre. Pendant les années noires, les forces de sécurité de l’État ont procédé à des arrestations massives. L’armée a ratissé des quartiers et des villages entiers, de jour comme de nuit, arrêté des étudiants, des médecins, des historiens, des avocats, des ouvriers, des agriculteurs, des mères de famille. Parmi ces hommes et ces femmes, certains ont été libérés, d’autres jugés et emprisonnés mais des milliers d’entre eux n’ont jamais réapparu. En se fondant sur les témoignages des familles on estime à 10 000 le nombre de disparus, après arrestation, pendant cette période.

Pendant les 5 années qui vont suivre, la situation sécuritaire s’améliore mais les violences sont toujours présentes, les gains de la loi de 1999 sont minces. Les familles de victimes des groupes armés islamistes et des forces de sécurité ne cessent de demander la reconnaissance des crimes et exactions commis.

Le 29 septembre 2005, Abdelaziz Bouteflika propose aux algériens une « Charte pour la paix et la réconciliation nationale », censée parachever ce qui avait été entamé, en 1999, par la Loi sur la concorde civile. Il propose ainsi de reconnaître le droit à des réparations aux familles de disparus, d’accorder une forme d’amnistie pour les membres de groupes armés non coupables de massacres, de viols et d’attentats à la bombe et de créer une aide pour les veuves et orphelins de membres de groupes armés tués par les forces de l’ordre. Ces mesures prévoient aussi une amnistie complète pour les membres des forces de sécurité (toutes composantes confondues) responsables de graves violations des droits humains. Toute plainte contre ces individus est désormais considérée comme irrecevable. Fin mars 2006, plus de 2200 activistes islamistes, parmi lesquels plusieurs centaines ont été condamnés pour crimes, sont libérés. L’ordonnance d’application de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, publiée le 28 février 2006, permet également l’élargissement d’anciens émirs des Groupes islamistes armés (GIA) et des membres du groupe terroriste du Groupe salafiste de prédication et de combat (GSPC). Ali Benhadj, ancien n°2 du Front islamiste du salut (FIS), qui était en détention pour apologie du terrorisme, est également libéré dans le cadre de ce dispositif. L’ordonnance de février 2006 sanctionne pénalement toute personne qui engagerait des poursuites judiciaires contre des repentis ou des agents de l’Etat impliqués dans des crimes.

Aujourd’hui, les plaies ne sont pas refermées. Les victimes du terrorisme ont pour voisins les assassins d’hier. Des familles de victimes du terrorisme et des familles de « disparus » réclament vérité et justice. En septembre dernier, le Comité des familles de disparus en Algérie (CFDA), et d’autres associations, fédérées en « Coalition d’associations de victimes de terrorisme et de disparitions forcées » ont cosignés un « projet de charte pour la vérité, la paix et la justice ». Entre la Concorde civile et la Charte pour la Paix et la Réconciliation nationale, les crimes se sont poursuivis impunément. Il n’y a eu ni réparation, ni justice, et il existe toujours un islamisme djihadiste (AQMI) qui terrorise les algériens, notamment en Kabylie.

Les islamistes dans la vie politique algérienne

Rappelons qu’en 1991, le FIS, à l’issue du premier tour des législatives avait déjà 188 sièges (sur 430) du parlement algérien et le deuxième tour devait logiquement lui en amener encore un grand nombre. Aujourd’hui, 20 ans plus tard, le FIS dissous en 1992, vient d’être de nouveau interdit de figurer parmi les partis politiques légaux en Algérie et ses anciens dirigeants interdits de créer de nouveaux partis (projet de loi sur les partis politiques, acté le 12 septembre dernier). La stratégie de conquête du pouvoir par la lutte armée en vue d’établir un état islamique, a échoué au terme de 20 ans d’une guerre civile sans merci. L’islamisme n’a pas disparu pour autant de la scène politique algérienne, il s’est métamorphosé mais reste une composante essentielle des rapports de force entre le pouvoir de Bouteflika et ses oppositions. En simplifiant, cette composante prend aujourd’hui trois visages.

Les organisations islamistes armées

Le groupe le plus connu est celui d’Al Qaida au Maghreb islamique (Aqmi). Autrefois basée exclusivement en Algérie et nommée Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), l’organisation a adopté la dénomination Aqmi après avoir solennellement prêté allégeance à Oussama Ben Laden le 25 janvier 2007. Sa zone d’action se situe dans les régions désertiques du Sahel, à cheval sur plusieurs pays dont le sud algérien.

Pour beaucoup de spécialistes, le but proclamé d’Aqmi, étendre la guerre sainte (djihad) à l’ensemble du Maghreb, et sa référence religieuse intégriste (le salafisme) ne sont que l’habillage idéologique d’une organisation foncièrement spécialisée dans le trafic des armes et de la drogue. L’enlèvement, à son actif, d’une vingtaine d’occidentaux, depuis 2008, dans la région du Sahel est sa principale source de revenus (rançons). Les derniers en date sont les trois européens travaillant pour des associations humanitaires qui ont été enlevés le 23 octobre dans un camp de réfugiés à Tindouf, dans le sud-ouest de l’Algérie.

Les partis islamistes légalisés

Depuis 1989, trois partis revendiquant leur référence islamique, ont un statut légal et participent aux élections en Algérie. Les trois ont des députés au parlement et l’un d’entre eux a des ministres dans le gouvernement.

Hamas/HMS/MSP (Mouvement de la société pour la paix). Créé en 1990. Prônant un islam modéré, le MSP se revendique des Frères musulmans. Libéral au plan économique mais conservateur au plan des mœurs il est fortement opposé au changement du Code de la famille algérien, largement inspiré de la tradition islamique. La mainmise du pouvoir sur ce mouvement a été totale dès sa création. Favorable à la politique de réconciliation nationale conduite par Bouteflika, il fait partie de la coalition parlementaire qui forme le gouvernement avec le FLN et le RND (quatre ministres du MSP). Son soutien au troisième mandat de Bouteflika a provoqué le départ d’une partie des militants et la création en 2009 d’une autre formation islamiste : le Mouvement pour la prédication et le changement, fidèle à la tradition des Frères musulmans.

Ennahda (Mouvement de la renaissance islamique). Fondé en 1989 sur des bases idéologiques proches du FIS, a opté pour une politique de soutien critique au gouvernement. A cautionné le pluralisme de façade du système, par exemple en présentant un candidat aux élections présidentielles truquées d’avril 2004. Depuis lors, ce parti est régulièrement en proie à des dissensions internes.

El Islah/MRN (Mouvement pour la réforme nationale) né d’une scission d’avec Ennahda, se considère comme une force d’opposition ; El Islah dénonce la pauvreté, la corruption, les inégalités et recueille les votes protestataires d’une partie de l’électorat algérien. Il est le plus radical et le plus religieux des trois partis légalisés. Aux présidentielles de 2009, son candidat promettait une amnistie totale y compris pour les membres d’AQMI.

Evidemment, les partis islamistes algériens pavoisent après la victoire d’Ennahda aux premières élections libres organisées en Tunisie. Plus que jamais « démocrates », ils espèrent bien conquérir à leur tour l’Assemblée nationale aux prochaines élections législatives prévues en 2012.

La da’wa salafiyya.

Ce courant salafiste fortement affilié au wahhabisme saoudien explose littéralement en Algérie ces dernières années. Il ne s’agit pas d’un parti mais d’un réseau social. Fréquentant les mêmes mosquées, les mêmes écoles privées, les mêmes librairies et surtout les mêmes circuits commerciaux (dans lesquels se sont recyclés d’anciens djihadistes), arborant les mêmes attributs physiques (barbe) et vestimentaires (à la saoudienne), se mariant entre eux, les membres d’Al da’wa salafiyya constituent une communauté dans laquelle il est facile d’entrer et qui apporte de très nombreux avantages. La prédication remplace la propagande politique, les partis islamistes sont rejetés, aucun appel à la violence, seulement l’adoption d’un mode vie sensé préfigurer l’avènement d’une société musulmane. C’est là que se prépare la ré-islamisation de la société algérienne.

Sur l’évolution récente de l’islam politique je suis redevable à Amel Boubekeur « L’impact de l’évolution de l’islam politique sur la cohésion nationale en Algérie », texte que l’on trouve sans difficulté sur internet.

Sur les attitudes politico-religieuses auxquelles renvoient les termes fondamentalisme et intégrisme consultez la très instructive conférence de Denis Charbit en 2007 : Les mots et la chose. Fondamentalisme et intégrisme

http://www.akadem.org/sommaire/themes/politique/1/1/module_2631.php

Mouvements sociaux, LADDH 7 novembre, 2011

L’Algérie n’est pas un pays endetté, l’Algérie est un pays riche. La rente pétrolière lui permet d’avoir une balance commerciale excédentaire depuis près de 20 ans et des réserves estimées en 2009 à 150 milliards de dollars. La misère et la détresse populaires rapportées chaque mois dans cette rubrique sont à mettre en regard de cette abondance financière.

Mouvements sociaux

L’actualité sociale en Algérie est quotidiennement et minutieusement rapportée et archivée sur le blog « ecoutevoisparle.over-blog.net », tribune libre et engagée de critique culturelle, sociale et politique de l’Algérie au jour le jour.

Les émeutes sont recensées grâce aux informations qu’Alain Bertho, professeur d’anthropologie à l’université Paris8, met sur le site : http://berthoalain.wordpress.com/documents/emeutes-en-algerie/

Conditions de vie. Le 2 octobre les habitants de Toumiate (près de Skikda) estimant que l’eau qui leur est desservie est impropre à la consommation, ont de nouveau (cf. février de cette année) dressé des barricades et affronté les gendarmes pour protester contre l’inertie des pouvoirs publics. Trois gendarmes blessés et six manifestants arrêtés. Le 5 octobre, les habitants d’Oum Chegague (500 km au sud d’Alger) ont dénoncé la situation catastrophique de leur village en en bloquant toutes les entrées. Ils réclamaient la programmation d’un lycée et d’un collège, ainsi que la construction d’un stade avec une salle couverte, comme promis par les autorités. Le manque d’eau, le manque d’entretien des routes et le problème du transport motivaient aussi cette manifestation. Le 12 octobre, à Bordj Bou-Arréridj (Kabylie) des dizaines d’habitants ont bloqué la voie ferrée à l’aide de troncs d’arbre et de blocs de pierre. Certains ont même tenté de déboulonner les rails. Les protestataires manifestaient, entre autres, pour obtenir l’entretien des réseaux d’assainissement et l’eau potable. Le même jour, la population de Béni Khaled (wilaya de Sétif) protestait contre la délocalisation du projet de construction d’un lycée vers une autre localité. La colère des habitants a été attisée par l’arrivée sur les lieux des forces anti-émeutes chargées de disperser les quelque 700 manifestants qui protestaient contre ladite décision. Une vingtaine de personnes ont été arrêtées. Le 27 octobre, des habitants d’Oued Chouiker (près de Skikda) ont bloqué la route conduisant à leur village à l’aide de pneus et de troncs d’arbres, pour protester, comme ils le font depuis avril, pour obtenir des conditions correctes d’alimentation en eau potable et d’éclairage public.

Logement. Les 6 et 7 octobre, de violents affrontements ont opposé, à Bir Ghbalou (à l’ouest de Bouira), des jeunes déchaînés aux forces antiémeute de la police et de la gendarmerie. Plaques de signalisation, poteaux électriques et autres mobiliers urbains ont été la cible des jeunes émeutiers qui ont investi les principales rues du centre-ville. Les sièges de l’APC et de la daïra ont été saccagés. Les émeutiers protestaient contre leur exclusion de la liste des bénéficiaires de 102 logements sociaux rendue publique dans la matinée de mardi et dénoncent la manière avec laquelle ont été distribués ces logements. Le 9 octobre, les habitants de la cité Sonelgaz de Ben Aknoun (Alger) ont investi la rue pour réclamer la cession à leur profit des logements de fonction qu’ils occupent depuis plus de vingt ans. De violents heurts entre les forces de l’ordre, venues nombreuses, et les jeunes du quartier ont éclaté sur-le-champ. Echanges de jets de pierres, cocktail Molotov et gaz lacrymogène, pneus et branchages d’arbres brûlés jonchaient le quartier. Le 6 octobre, une jeune femme âgé de 30 ans, divorcée et sans emploi, mère de deux enfants, s’est aspergée d’essence avant de s’allumer à l’aide d’un briquet au moment où un huissier de justice accompagné d’un agent de police venait exécuter une décision d’expulsion du domicile. La jeune mère et le policier, lui aussi atteint par les flammes sont morts, un des enfants est gravement brûlé.

Harraga. Le 20 octobre, dans la soirée, des jeunes en colère ont incendié, le bureau de poste, le siège de l’APC et le parc de la commune de Hadjadj, près de Mostaganem. Dés 21 heures de longues rafales de fusil mitrailleur résonnaient dans la cité, créant une intense frayeur dans la population. Plus d’une centaine de jeunes, dont des mineurs, ont été appréhendés par les services de sécurité et seront traduits devant la justice. L’élément déclencheur de cette émeute est la mort par noyade au large des cotes espagnoles, de 5 jeunes originaires de Hadjadj. Deux semaines auparavant, 3 embarcations ayant à leur bord plus de 30 harragas partaient du rivage de la plage de Hadjadj ; les 5 victimes étaient à bord de l’une de ces embarcations.

Chômage et conflits du travail. Le Comité national pour la défense des droits des chômeurs (CNDDC) avait annoncé la tenue le 9 octobre d’un sit-in devant la résidence présidentielle à Alger. Le 9 au matin, la police procédait à des arrestations préventives à la sortie de la Maison des syndicats à Dar El Beida (banlieue est d’Alger) où des membres de la CNDDC avaient passé la nuit. D’autres militants ont été arrêtés alors qu’ils se rendaient sur le lieu de rassemblement. Créé le 06 janvier 2011, le comité National pour La Défense des Droits des Chômeurs (CNDDC) est une organisation qui lutte pour la défense des droits moraux et matériels des chômeurs. Plusieurs militants de cette organisation ont fait l’objet d’arrestations, d’intimidations et de harcèlements de la part des autorités.

Le 12 octobre, un jeune chômeur de 31 ans s’est immolé par le feu dans la localité de Sidi Lahcen (près de Sidi Bel Abbès)

Parmi d’autres conflits dans les entreprises algériennes, celui de l’entreprise publique économique de construction métallique Batimétal d’Annaba est le plus spectaculaire. Les 600 travailleurs de Batimétal sont en grève depuis le 19 octobre, pour l’augmentation des salaires et des indemnités ainsi que pour la « permanisation » des salariés recrutés dans le cadre des contrats à durée déterminée. Certains salariés ne touchent même pas la moitié du Salaire National Minimum Garanti. Les grévistes demandent aussi une commission d’enquête sur la situation de l’entreprise. Les affrontements avec la gendarmerie ont entraîné des dizaines de victimes et arrestations. Le conflit est toujours en cours.

Grèves catégorielles. La rentrée a été marquée par de nombreuses grèves dans le secteur de l’éducation ; les enseignants des premiers et second degré ont tenu des grèves de plusieurs jours, comme les personnels non enseignants (dits « corps communs de l’éducation ») avec des revendications essentiellement salariales. Deux autres mouvements de grève illimitée ont eu un retentissement considérable dans le pays. Le premier est celui déclenché le 22 octobre par l’Union des barreaux d’Alger. Le mot d’ordre de grève générale a été massivement suivi par les avocats au niveau de toutes les juridictions qui ont été totalement paralysées. Le principal objectif des robes noires est de dénoncer le projet de loi régissant la profession d’avocat récemment rendu public. Les avocats reprochent au texte incriminé d’être en contradiction totale avec les orientations affichées par le président Bouteflika sur les réformes politiques, les libertés publiques et les droits humanitaires et de constituer « une régression pour les droits de la défense ». Une autre grève illimitée déclenchée le 27 octobre par les médecins spécialistes de la santé publique a débouché rapidement sur des négociations et des engagements ministériels sur le statut et les rémunérations de ces médecins. A cela on peut ajouter, un mouvement de protestation des retraités qui à travers tout le pays ont fait pendant plusieurs jours des sit-in pour dénoncer la baisse de leurs pensions, la grève des cheminots, la grève des agents de sécurité et de prévention et les grèves d’étudiants très nombreuses (et parfois violentes) en cette rentrée qui dans certaines université n’a pas encore eu lieu.

Du côté de la Ligue Algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH).

« Projets de textes de loi : un pas vers les réformes ou une consécration du statu quo ? » Tel était le thème d’une conférence-débat organisée, le 27 octobre à Alger, par la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (Laddh). Les conférenciers étaient invités à procéder à l’analyse des principaux projets de textes élaborés dans le cadre des « réformes politiques » promises par le président Bouteflika.

Selon le président de la Laddh, Mostefa Bouchachi, il n’y a aucune illusion à se faire. « Les nouveaux projets de loi présentés comme étant des textes de réformes politiques consacrent, en réalité, un recul dangereux par rapport aux acquis des Algériens »

« Le nouveau projet de loi sur l’information ne présente aucune avancée. Même chose pour les projets de loi sur les associations et celui sur les partis politiques. Pour la création d’un journal, d’une association ou d’un parti politique, le dernier mot revient toujours à l’administration. Ce sont des textes qui ne répondent à aucune des attentes de la société algérienne. Même les propositions du CNES sur le mouvement associatif n’ont pas été prises en compte, alors que cet organisme est proche du pouvoir. » Et d’interroger : « Pourquoi le régime totalitaire algérien accepterait-il, de son propre gré, de nous donner la démocratie ? Il ne le fera pas sans une mobilisation permanente de la société civile. La dictature est comme un cancer, si on ne le traite pas, il prolifère »

Le président de la Laddh, a également réitéré l’appel de la Ligue à l’abolition de la peine de mort en Algérie « Des centaines de condamnations à mort sont prononcées annuellement. C’est une torture quotidienne pour les condamnés « . Analysant les textes législatifs, Me Bouchachi relève que « pas de moins de 15 articles évoquent la peine de mort ; 95% de ces articles condamnent des faits à caractère politique. La peine de mort est donc utilisée pour terroriser l’opposition en Algérie », dénonce-t-il.

Dans ce contexte, a affirmé Me Bouchachi : « Malgré le sacrifice de nos martyrs pour recouvrer notre indépendance, nous évoluons toujours comme des sujets dans un Etat de non droit sous un régime totalitaire » « Notre démission ou notre silence aide le pouvoir à mettre en application son plan anti-changement., il veut seulement gagner du temps pour arriver aux élections de 2012 ».

Dans la dernière semaine d’octobre, la LADDH s’est fortement mobilisée à propos de l’enlèvement de Noureddine Belmouhoub. Ce défenseur des droits de l’Homme âgé de 63 ans, porte-parole du Comité de défense des ex-internés des camps de sûreté (CDICS) a été kidnappé en pleine rue à Alger le 23 octobre. Relâché trois jours plus tard par ses ravisseurs, il confirme les soupçons formulés publiquement par la LADDH. Ce sont « des éléments de la police politique » qui l’ont enlevé et séquestré. Les ravisseurs lui reprochaient d’avoir déposé une plainte contre le général Khaled Nezzar en 2001, et voulaient lui faire signer une renonciation à cette plainte. Pour rappel, les 20 et 21 octobre derniers, le Général Nezzar, Ministre de la défense nationale entre 1991 et 1993, a été auditionné par la procureure fédérale suisse, suite à une plainte déposée contre lui pour « suspicion de crimes de guerre », par deux citoyens algérien en exil. Or, en 2001, N. Belmouhoub avait déposé une plainte pour torture à l’encontre du Général Nezzar. Aucune suite n’avait été donnée à cette plainte par la justice algérienne.

Tensions sociales, négociations, Lybie 30 septembre, 2011

Mouvements sociaux

Les émeutes sont recensées grâce aux informations qu’Alain Bertho, professeur d’anthropologie à l’université Paris8, met sur le site : http://berthoalain.wordpress.com/documents/emeutes-en-algerie/

Protestations contre la politique de l’emploi et du logement, résistance populaire contre le naufrage des services publics… en fait depuis le mois de janvier, l’Algérie est en état quasi insurrectionnel. Des centaines de mouvements de révolte se sont déroulés à travers le territoire. Pour le moment le régime répond, soit par la répression à l’égard des plus fragiles, accompagnée de subventions sporadiques de produits de larges consommation, soit par des augmentations de salaires des catégories professionnelles les mieux établies. Visiblement cette politique d’achat de la paix sociale avec l’argent de la manne pétrolière calme ceux qui ont un emploi et sont logés décemment, mais pas une large partie de la population qui connaît une extrême misère.

Chômage

Le chômage en Algérie est estimé à plus de 15% par les observateurs internationaux. C’est l’inefficacité et le manque de transparence dans la gestion du dossier que les chômeurs ne cessent de dénoncer : la corruption au niveau des agences locales de l’Anem (Agence nationale de l’emploi, équivalent de l’ex-ANPE en France) est de notoriété publique.

De violents affrontements entre la gendarmerie et de jeunes chômeurs dans la nuit du 8 septembre à Charouine (près de Timimoun, grand sud algérien) ont provoqué de nombreux dégâts matériels et des arrestations. A Ouargla (sud algérien), pendant plusieurs jours avant et après le 10 septembre, des milliers de jeunes sans emploi se sont heurtés aux forces anti-émeutes : une dizaine de blessés et 4 bus appartenant à l’état incendiés. Tout a commencé par un rassemblement de solidarité avec un jeune chômeur qui a tenté de s’immoler par le feu le 8 septembre sur la place du 1er mai et qui a été blessé par une bombe lacrymogène lancée par les forces anti-émeute. Le 19 septembre, à Mers El Hadjajdj (près d’Oran) plusieurs centaines de jeunes chômeurs ont pris d’assaut le siège de l’entreprise AWA (société étrangère) puis la mairie de la localité pour dénoncer le favoritisme et la corruption dans le recrutement au sein de cette entreprise.

Logement

Actuellement, plus d’un demi million de familles sont installées dans des habitations précaires, dont 50.000 vivent dans des bidonvilles autour de la capitale. La Rapporteuse spéciale des Nations unies sur le logement Raquel Rolnik, avait exhorté le gouvernement algérien à plus de transparence dans l’attribution des logements et à la participation de la société civile dans la définition des critères d’octroi des logements sociaux, à l’issue d’une visite de 10 jours en juillet. La publication des listes des bénéficiaires de logements sociaux que l’Etat octroie à ceux qui perçoivent moins de 24.000 dinars (240 euros) par mois donne lieu à des mouvements de protestation qui dégénèrent parfois en émeutes.

Ce mois-ci c’est à Alger que la colère populaire a éclaté. Les 3 et 4 septembre des émeutes ont éclaté dans plusieurs quartiers de la capitale après l’annonce du relogement de plus de 3000 familles, dans des conditions jugées inacceptables par les intéressés. Le 5 septembre un autre quartier d’Alger (Cité Baraki) s’est enflammé à la suite d’une rumeur faisant état du gel du relogement par le ministre de l’Habitat et le wali d’Alger. Une trentaine de personnes, dont une dizaine de policiers, ont été blessées et le siège du commissariat de Baraki a été attaqué, lors de ces 3 jours de révolte. Enfin, le 21 septembre, des centaines de jeunes du quartier « Climat de France » ont tenté de s’opposer aux bulldozers venus détruire quelques 200 habitations illicites dans cette cité populaire. Au moins 3 véhicules légers et un camion de la police ont été incendiés. Selon des sources hospitalières, ces affrontements ont causé une cinquantaine de blessés.

Emeutes de l’électricité, de l’eau….des ordures

Les émeutes suscitées par les coupures d’eau et d’électricité qui rythment la vie des algériens des quartiers pauvres et des campagnes se poursuivent quotidiennement. Les habitants exaspérés par ces coupures sortent massivement dans les rues dans lesquelles ils dressent des barricades et font brûler des pneus, jusqu’à l’arrivée des forces anti-émeutes et l’affrontement jet de pierres contre gaz lacrymogènes. Le 4 septembre, par exemple, ce scénario s’est répété une fois de plus à Skikda, après des coupures d’électricité en pleine nuit. Les conflits des ordures commencent aussi à se multiplier. Fin aout, les habitants de plusieurs villages prés de Bordj Ménaïel (Kabylie) s’étaient soulevés contre la réouverture d’une décharge publique qu’ils avaient fermé eux-mêmes des mois auparavant car ils n’en supportaient plus la fumée et les odeurs nauséabondes. Le 8 septembre une tentative de déplacer cette décharge vers un autre village a provoqué une réaction très violente de la part des habitants concernés : la presse fait état de 25 blessés parmi les gendarmes. La question du traitement des ordures ménagères est une des plus préoccupantes qui soient en Algérie et on ne compte plus le nombre de décharges, sauvages ou pas, qui pourrissent la vie quotidienne des algériens et menacent leur santé.

Attentats et bavures

Un hélicoptère militaire stationné sur le tarmac de l’aéroport Ferhat Abbas de Jijel (350 km à l’est d’Alger) a été visé dans la nuit du 24 septembre par une attaque au lance-roquettes. Cette attaque dans une zone caractérisée par une forte présence des forces de sécurité confirmerait l’arrivée d’armes et de munitions de Libye. Par ailleurs, l’insécurité continue sur le terrain. Ainsi, deux personnes ont été enlevées le 23 septembre par un groupe islamiste armé (une quarantaine d’hommes) après une attaque menée dans un bar servant illégalement de l’alcool à la sortie de la ville de Mechtras, à 35 km au sud de Tizi Ouzou. De tels enlèvements, et le racket, sont fréquents dans la région où les faux barrages sont devenus monnaie courante. Les otages sont en général libérés contre rançon ou parfois, sous la pression de la population, sans qu’aucune rançon ne soit payée. La population, quant à elle, tourmentée par la menace des actes terroristes et des kidnappings, doit désormais composer avec le danger mortel de se retrouver au mauvais endroit, au mauvais moment, et pas seulement à cause des terroristes. A Fréha (30 km à l’est de Tizi Ouzou) une femme, âgée de 55 ans a été mitraillée par un militaire de garde, dans la nuit du 11 septembre alors qu’elle revenait d’une veillée funèbre en passant près de la caserne de l’ANP. Des jeunes ont attaqué la caserne avec des pierres après l’enterrement de la victime et une grève générale a été décrétée deux jours plus tard, le temps d’une manifestation pacifique réclamant la délocalisation de la caserne. Pour rappel, le 23 juin (cf. Echos de juin 2011), une bavure militaire avait coûté la vie à un ouvrier journalier dans la même région.

La « tripartite », une négociation sociale au plus haut niveau

La contestation sociale était jusque là plutôt circonscrite au secteur de la Fonction publique (enseignement et collectivités locales). Concessions salariales et répression sont habilement opposées aux revendications. Ainsi, la garde communale très revendicatrice depuis janvier, est placée désormais sous la tutelle du ministère de la Défense nationale, ce qui interdit à ses agents : les grèves, les rassemblements non réglementaires ainsi que l’adhésion à des associations à caractère politique, syndical ou professionnel.

Mais les conflits gagnent maintenant tout le secteur économique. Hôtellerie, port, santé, transports et secteur industriel menacent, eux aussi, de débrayer dans les semaines qui viennent. C’est dans ce contexte de tensions sociales que s’est tenu le 29 septembre une négociation tripartite entre le gouvernement, l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) et le patronat. Les syndicats autonomes, qui représentent plus de 1,8 million de travailleurs algériens ont été exclus de la négociation. Sans surprise, le patronat et le gouvernement se sont félicités des résultats de cette négociation tandis l’opposition la qualifiait de leurre et réaffirmait que les véritables réformes passaient avant tout par la révision de la Constitution à travers une Assemblée constituante puis l’adoption de la constitution et enfin la définition du régime politique avec la tenue d’élections législatives anticipées.

Des relations très tendues avec la rébellion lybienne

Dans les tous derniers jours du mois d’août, l’Algérie ferme sa frontière avec la Lybie et accueille l’épouse du dirigeant libyen et de trois de ses enfants. Cette dernière initiative, présentée comme un geste humanitaire par les algériens, a été dénoncée comme un acte de provocation par le CNT qui exigeait la remise immédiate des membres de la famille Kadhafi pour les juger (les lybiens continuent de soupçonner l’Algérie d’héberger aussi Kadhafi lui-même).

Dés le début de l’insurrection lybienne les relations de l’Algérie avec la rébellion ont été très tendues. Dés les premières semaines du conflit, le CNT accusait l’Algérie d’aider Kadhafi en envoyant des mercenaires épauler le régime en place ou d’affréter des avions pour transporter des troupes sur le sol libyen. Très tôt également, après l’insurrection tunisienne, le pouvoir algérien a senti que sur les frontières Est du pays la vague « révolutionnaire » menaçait de déferler. Pour s’en protéger et justifier leur hostilité aux insurgés lybiens, les autorités algériennes ont accusé le CNT d’armer les islamistes à la frontière entre les deux pays et d’avoir fait intervenir l’OTAN dans une zone où toute ingérence occidentale risquait de mettre en péril la stabilité toute relative au Sahel. En fait, ce que l’Algérie voyait disparaître en même temps que Kadhafi, c’était un partenaire géostratégique avec lequel elle partageait une solidarité à tout épreuve au sein de l’Union africaine ; ainsi qu’un partenaire économique de premier plan dans l’exploitation et le commerce des hydrocarbures sahariens.

Pendant que le CNT annonçait une rupture des relations diplomatiques entre les deux pays, l’Algérie restait un des derniers pays à ne pas reconnaître les nouveaux maîtres de Tripoli. Mais le 20 septembre, l’Union africaine reconnaissait le CNT contre la volonté des algériens. Dans les jours qui ont suivi, les autorités algériennes ont amorcé un rapprochement avec Tripoli.

L’islamisme algérien (1) : 1962-2000 30 septembre, 2011

Pour rester dans le format habituel de ces Eclairages (moins de 3 pages) le survol de l’histoire de l’islamisme algérien se fera en deux parties. Cette première partie couvre en quelques dates, la période allant de 1962 à 2000. Elle doit presque tout au remarquable travail d’historien mis en ligne par Naravas sur son blog « angles de vue » et à un article de Wikipedia bien documenté : http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_civile_algerienne

1962 -1991 : la montée de l’islamisme politique

Dés 1963, au lendemain de l’indépendance, la toute première constitution algérienne dispose en son article 4 que l’islam est la religion de l’état. Les nouveaux dirigeants du pays financent la construction massive de mosquées et intègrent dans l’appareil d’état des représentants des franges les plus rigoristes de l’islam. Parallèlement, l’arabisation du système d’enseignement conduit à faire venir en masse des enseignants égyptiens ou syriens. Ceux-ci s’avèrent être d’ardents propagandistes de la religion musulmane. L’influence des frères musulmans égyptiens suscite l’apparition de prédicateurs fondamentalistes qui dans les années 80, en marge de l’islam officiel (contrôlé par le Ministère des affaires religieuses), s’attaquent aux idées socialistes qui avaient animé une partie des combattants pour l’indépendance, et dessinent un projet de société organisée et gouvernée selon les principes de la charia (Loi islamique). C’est aussi dans les années 80 que plusieurs milliers de jeunes algériens s’enrôlent dans la résistance afghane contre l’URSS et s’initient simultanément au combat et aux thèses fondamentalistes (les deux ingrédients de la guerre sainte ou djihad) avant de revenir en Algérie où ils vont rejoindre les groupes religieux extrémistes, auteurs de plusieurs assassinats, puis créateurs des premiers maquis islamistes.

En octobre 1988 (Chadli est Président), la jeunesse algérienne descend en masse dans les rues des principales villes du pays et manifeste son désespoir en s’attaquant aux symboles du pouvoir et de la richesse. L’armée tire sur les insurgés ; bilan : 500 morts à Alger le 5 octobre. Ce drame est suivi d’une ouverture politique comme l’Algérie n’en avait jamais connu depuis l’indépendance (et n’en a plus connu à ce jour), marquée notamment par la fin du parti unique (le FLN) et l’autorisation d’une presse d’opinion. En quelques mois, des associations, des journaux, des partis voient le jour. Les islamistes sortent de l’ombre et début 1989, Abassi Madani et Ali Belhadj fondent le Front islamique du salut (FIS) qui sera légalisé quelques mois plus tard. Le nouveau parti rassemble des groupes d’inspiration salafiste résolument orientés vers la glorification d’une identité exclusivement arabo-musulmane de l’Algérie, contre l’occidentalisation, la démocratie et la « modernité », pour l’application littérale de la charia, contre le pouvoir considéré comme oppresseur et apostat et en faveur d’une morale sociale prescrivant l’abolition de la mixité (dans la rue et dans les institutions), l’interdiction de la musique, de la cigarette et de l’alcool, l’imposition du hijab pour les femmes et des codes vestimentaires islamistes et prescrivant en général la répression des plaisirs. Parmi ces groupes, certains sont partisans de la prise du pouvoir par l’action armée. La propagande des militants du FIS, très organisés, se répand dans l’enseignement et auprès des plus défavorisés en leur apportant de l’aide matérielle mais aussi en imposant dans les quartiers un nouvel ordre moral, par le prêche, l’endoctrinement et un contrôle social souvent violent sur les comportements de la vie quotidienne. Dés cette époque, le pouvoir croit pouvoir utiliser le fondamentalisme islamiste comme repoussoir, pour asseoir sa légitimité d’instance protectrice contre les errements et la violence des extrémistes et, de la sorte marginaliser, les partis démocratiques (FFS, RCD…).

Le 12 juin 1990 ont lieu les premières élections pluralistes en Algérie. Ce sont des municipales et le FIS les remporte haut la main ; ses listes rassemblent 54% des suffrages et l’administration de 32 wilayas (régions) sur 48 passe aux mains des islamistes. Le FIS applique son programme. La mixité est supprimée partout où c’est possible, dans les bus, dans les salles d’attente, sur les trottoirs. Les cinémas sont fermés ou censurés. Les sports sont interdits ou drastiquement limités pour les femmes. Des milices s’instituent en police des mœurs impitoyable. Pendant un an la pression islamiste s’accentue sur la vie publique et s’insinue dans la vie privée des algériens. Fin mai 1991, le FIS décrète la grève générale et met des centaines de milliers d’algériens dans les rues des grandes villes. L’appel au djihad et à la création d’un état islamique accompagne la critique virulente du pouvoir en place. Le pays est paralysé.

Dans la nuit du 3 au 4 juin 1991, le gouvernement réagit ; l’affrontement avec les forces de sécurité fait des dizaines de morts. Le 4 juin l’état de siège est décrété et le couvre-feu instauré. L’armée réoccupe l’espace public, réprime les militants du FIS et finit par arrêter, fin juin, les principaux leaders islamistes parmi lesquels Abassi Madani et Ali Belhadj. La dissolution du FIS demandée par les militaires est refusée par Chadli. Les militants les plus radicaux choisissent la voie de la lutte armée et commencent à entrer en clandestinité pendant que le parti (le FIS) endosse les habits d’un acteur politique prêt à entrer dans le jeu des futures échéances électorales, pourtant contraires à ses conceptions du pouvoir.

L’état de siège est levé le 4 octobre 1991 et les élections législatives sont programmées pour le 25 décembre. A l’issue du premier tour (seulement 38% de participation), les résultats de ces élections sont sans appel : sur les 430 sièges à pourvoir, le FLN, parti du président, obtient 15 sièges, le FFS, seul parti d’opposition démocratique obtient 25 sièges et le FIS obtient 188 sièges ! Le FIS est assuré d’une majorité absolue au deuxième tour. Ses leaders annoncent que l’Algérie est prête à se débarrasser de la démocratie et à se muer en un Etat islamique sur le modèle de l’Iran ou du Soudan. Les partis démocratiques réussissent à organiser des manifestations imposantes de rejet de la perspective islamiste mais ils se divisent rapidement (et durablement) sur la question de l’interruption du processus électoral. En effet plusieurs partis, syndicats, organisations refusent qu’un parti ouvertement anti-démocratique soit amené au pouvoir par un processus électoral qu’il s’engage à supprimer. Dans les sphères du pouvoir aussi il y a désaccord sur cette question entre les militaires et les politiques. Le 4 janvier 1992 l’armée prend position autour d’Alger et contraint le président Chadli à démissionner et à dissoudre l’APN. Le processus électoral est interrompu par cette démission le 11 janvier. C’est un coup d’état. Un Haut Comité d’Etat est créé pour assurer la gouvernance et Mohamed Boudiaf, figure de la guerre d’indépendance, exilé au Maroc, est appelé à revenir en Algérie pour prendre la direction de ce Comité. Le président du FIS qui a appelé à la sédition des militaires est arrêté fin janvier, des millier de militants islamistes sont emprisonnés, l’état d’urgence est proclamé, et le 4 mars 1992 le FIS est dissous.

1991 -2000 : la décennie noire

Début 1992, les militants du FIS encore en liberté se replient dans les zones de montagne faiblement contrôlées par les forces de sécurité et, à partir de ces maquis, organisent les premiers attentats contre soldats et policiers. Pendant près de dix ans, la guérilla islamiste, encadrée par des mouvements puissants mais rapidement antagonistes, divisée sur l’utilisation de la terreur, infiltrée par le département du renseignement et de la sécurité (DRS) va mettre le pays à feu et à sang.

Le premier mouvement armé important à émerger, fut le Mouvement islamique armé (MIA), juste après le coup d’État, suivi en février 1992 par le Mouvement pour un état islamique (MEI) ; ces deux mouvements armés restaient plus ou moins fidèles au FIS clandestin représentant leur façade politique. Cette allégeance au FIS provoque en janvier 1993 une scission au sein du MIA et donne naissance au Groupe islamique armé (GIA). A partir de cette date, le MIA et le MEI occupèrent plutôt le terrain du maquis et développèrent des actions armées contre les forces de sécurité, pendant que le GIA privilégiait le terrorisme urbain, multipliait les attentats aveugles et très meurtriers contre la population, les attaques contre les étrangers et l’exécution de journalistes, d’intellectuels et de démocrates. En 1994, Liamine Zéroual, le nouveau président du Haut Conseil d’Etat (Boudiaf a été assassiné 6 mois après sa nomination à la présidence du HCE) entreprend de négocier la paix civile avec les chefs du FIS emprisonnés. Le GIA saisit cette occasion pour déclarer une guerre ouverte au FIS et à ses partisans, et accentuer encore l’usage de la terreur : attentats à la bombe sur les marchés, assassinat de musiciens, incendie d’écoles jugées insuffisamment islamistes, etc. Face à cette « montée » du GIA, le MIA et divers plus petits groupes se regroupent pour former l’Armée islamique du salut (AIS), loyale au FIS.

Les négociations avec le FIS échouèrent alors même qu’une rencontre à Rome des principaux acteurs politiques de l’Algérie (y compris le FIS) aboutissait à un accord (la plateforme de Sant’Egidio, janvier 1995) sur une série de principes de nature à ramener la paix dans le pays. Le gouvernement ne se saisit pas de cette opportunité et accentue sa politique de répression et est soupçonné de provoquer lui-même d’horribles attentats mis sur le compte des islamistes. Les années qui suivirent furent marquées à la fois par des règlements de compte sanglants entre factions islamistes (GIA vs AIS) et au sein de ces factions et par des pics de violence et de massacres notamment en 1997 autour des élections législatives (juin) et jusqu’à la fin 1998. Des femmes enceintes furent éventrées, des enfants taillés en morceaux ou jetés contre des murs, les membres des hommes furent coupés, dans leur retraite les attaquants enlevèrent des jeunes femmes pour en faire des esclaves sexuelles. Le GIA revendiqua ces massacres dans le sud et l’est d’Alger (qui avait voté pour le FIS en 1991), les qualifiant « d’offrandes à Dieu ». Cette folie sanguinaire du GIA entraina deux conséquences dans le mouvement islamiste politique et armé algérien. D’une part, l’AIS, craignant que les massacres qu’elle avait toujours condamnés lui soient imputés ordonna un cessez-le-feu unilatéral à ses troupes fin septembre 1997. D’autre part, le GIA lui-même se divisa, cette scission donnant naissance au Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) en septembre 1998. Le GSPC renonce au terrorisme aveugle et sanguinaire contre les populations, il se recentre sur l’affrontement armé à l’Etat algérien et élargit la lutte au domaine international.

Le 11 septembre 1998 le président Zéroual annonce sa démission et le 15 avril 1999 Abdelaziz Bouteflika entame son premier mandat présidentiel. Dés son arrivée à la tête de l’état, Bouteflika prend des dispositions préparant sa future politique de réconciliation nationale. En juin l’AIS accepte le principe de sa dissolution, qui interviendra en janvier 2000. Bouteflika accompagne ce succès d’une amnistie d’un certain nombre d’islamistes condamnés pour des actes mineurs. Il soumet également une loi dite d’harmonie civile au parlement, loi permettant à des combattants islamistes non coupables de meurtre ou de viol d’échapper à toute poursuite s’ils se rendaient. Cette loi fut finalement approuvée par référendum le 16 septembre 1999 et un certain nombre de combattants, en profitèrent pour reprendre une vie normale provoquant la colère ceux qui avaient été victimes des islamistes. La violence diminua, sans toutefois disparaître totalement, et le calme revint en Algérie.

On estime à près de 200 000 le nombre des victimes de cette guerre civile parmi lesquelles des centaines d’intellectuels de la presse, de la littérature, de l’enseignement, de la culture…Pour certains, la plaie encore vive de ces années terribles explique, dans une large mesure, l’échec du « printemps » algérien en 2011.

Ramadan sous tension et soutien des occidentaux 31 août, 2011

Mouvements sociaux

Barrages sur les routes, barricades dans les villes, assauts contre les bâtiments publics, notamment les mairies et les préfectures (wilayas), saccages de magasins, incendie de voitures et surtout affrontements très violents avec les forces anti-émeutes entrainant hospitalisation de nombreux blessés et arrestations massives : si les mouvements socio-professionnels sont discrets en cette période d’été et de ramadhan (Après plus de trois de mois de mobilisation, les médecins résidents ont fini par décider d’observer une pause en gelant leur mouvement de grève), les émeutes restent quotidiennes en Algérie. La presse gouvernementale a beau jeu de mettre cette agitation sur le compte de la dureté du ramadhan en plein été. Quand l’Algérie aura fait sa révolution, on nous expliquera que ce mouvement chronique et généralisé de révoltes populaires était annonciateur d’un bouleversement politique, mais en attendant qui en parle ? Une typologie des motifs de ces émeutes se dégage désormais assez nettement et est utilisée dans la presse

Travaux urbains

Par exemple à Hydra (hauteurs d’Alger), depuis le 10 juillet et pratiquement tous les jours, les habitants de la cité Bois-des-pins s’opposent durement à la construction d’un parking (et probablement d’un supermarché) sur le seul espace vert de la cité (arbres centenaires…risques d’effondrement des immeubles voisins), alors que le terrain est légalement inconstructible.

http://www.algerie-focus.com/2011/07/14/privee-de-son-unique-carre-de-verdure-une-cite-algeroise-se-revolte-video/

http://www.algerie-focus.com/2011/08/04/le-cri-de-revolte-des-jeunes-de-la-cite-bois-des-pins-quils-envoient-toute-larmee-nous-resisterons-jusqua-la-fin/

Et en effet, ces constructions se font souvent en violation de la réglementation, ce qui suscite d’autant plus la colère des riverains.

Ainsi, du 23 au 25 juillet les habitants de Sidi Moussa (Ouest d’Alger) se sont livrés à 3 jours de manifestations pour réclamer la réfection des routes et de l’éclairage public et le renouvellement du réseau d’au potable et du réseau d’assainissement. Ils accusent le Maire (Président de l’assemblée Communale Populaire ou par raccourci P/APC) de corruption et de détournement de l’argent public. Dernier exemple, depuis le 15 août les habitants de la commune de Bouzaréha (Alger) manifestent pour exiger le départ du P/APC qui est publiquement accusé de favoriser le promoteur d’un projet immobilier sorti de terre sans permis de construire.

Emeutes de l’électricité (vrai aussi pour l’eau)

Extrait d’un article de presse. « Du 10 au 13 juillet, dans la région de Biskra, les habitants de Ouled Djellal, excédés par des coupures d’électricité à répétition et autres délestages, sont passés à l’acte. Ils ont mis le feu au siège de Sonelgaz après avoir blessé deux agents de sécurité qui essayaient de protéger l’établissement ; ces derniers ont été hospitalisés. On déplore aussi l’incendie de pas moins de neuf véhicules de service et deux voitures personnelles stationnées dans le parc de Sonelgaz. Le mobilier administratif, les bureaux, ordinateurs, documents et autres archives ont été jetés dans la rue et incendiés par les émeutiers. Même le magasin qui abritait les fournitures et pièces de rechange électriques n’a pas échappé à la furie dévastatrice des protestataires. Au départ, ce sont, semble-t-il, les coupures et délestages opérés dimanche par le département Gestion réseau transport électrique (GRTE) basé à Sétif, pour éviter le black-out total à plusieurs régions de l’est du pays, qui sont à l’origine de l’ire des citoyens des Ziban ».

Le 21 août , révolte des habitants de Guelma , privés d’eau potable depuis 20 jours : un mort

Logement

1er juillet. De nombreuses familles, dont les noms ne figuraient pas sur la liste des 1500 bénéficiaires de logements sociaux dans la commune de Chettia, à une dizaine de kilomètres au nord de la ville de Chlef (ex-Orléansville) sont descendues, dans la rue pour crier leur mécontentement. Des dizaines de jeunes de cette localité ont barré la RN19 en brûlant des pneus et des troncs d’arbres. Ils entendaient protester contre la manière avec laquelle ont été traités les dossiers des demandes.

8 juillet. De violents affrontements ont opposé dans la matinée les habitants d’un bidonville aux agents de l’ordre dans le quartier de Zaâroura à Tiaret, venus les délocaliser (expulsion sans solution de remplacement). Huit blessés parmi les habitants ont été enregistrés et conduits à l’hôpital de Tiaret, alors que deux autres ont été transférés vers le CHU d’Oran.

Les émeutes à répétition sur le logement ont coïncidé avec la visite du 9 au 19 juillet à Alger, de la rapporteuse de l’Onu sur le logement, Raquel Rolnik.. Il s’agissait de la première mission en Algérie d’un expert des Nations Unies sur le droit au logement convenable. Cette visite doit déboucher un rapport contenant conclusions et recommandations pour renforcer la réalisation du droit au logement en Algérie. Ce rapport sera présenté au Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies à sa session de mars 2012. Pendant sa visite au siège de la LADDH d’Oran pour y recueillir les témoignages de familles en détresse vivant à la rue ou dans des conditions extrêmement précaires faute d’avoir pu bénéficier d’un logement social et cela parfois depuis des décennies, la rapporteuse des NU a rencontré Rachid Malaoui le président du SNAPAP, qui devait le lendemain être victime d’une tentative d’assassinat. « Il est totalement inacceptable que quelque chose puisse arriver aux personnes que nous avons rencontrées et aux membres de la LADDH” a déclaré Raquel Rolnik qui a rapproché cet événement de l’assassinat de l’enseignant Ahmed Kerroumi, quelques semaines après qu’il se soit entretenu avec le rapporteur de l’ ONU Franck la Rue venu à Oran dans le cadre de sa mission d’évaluation de la liberté d’expression en Algérie

Commerce informel

1er juillet. A Mostaganem, expulsion des vendeurs de melons et pastèques. Voitures brûlées ; arrestations

1er août. A Tizi Ouzou où les marchands informels régulièrement expulsés de marchés de la ville tentent à chaque fois de réinvestir ces espaces. Jets de pierres contre grenades lacrymogènes.

3 août : A Tiaret à la suite de l’expulsion de 116 commerçants dont le bail de location de leur emplacement au sein d’un marché de la ville arrivait à expiration. Arrestations, blessés hospitalisés.

Harragas : recrudescence des tentatives d’exil par la mer

Les tentatives de traversée clandestine de la Méditerranée (harga) vers l’Espagne, la France ou l’Italie augmentent l’été. Depuis le début du mois de juillet, c’est par centaines que des algériens et des algériennes, généralement de moins de quarante ans, se sont entassés dans des embarcations légères pour une traversée périlleuse de plusieurs jours, après avoir versé aux passeurs une somme d’environ 1000 euros. Ainsi, dans la nuit du 13 août, 48 personnes parties de l’est algérien, ont réussi à accoster sur les rives italiennes, dans le sud-ouest de la Sardaigne, à une soixantaine de kilomètres de la ville de Cagliari. Mais beaucoup n’atteignent pas leur but ; le nombre de naufrages et des pannes est important et les arrestations en mer ne sont pas rares. La dernière tentative en date concerne treize personnes qui ont été interceptées par les gardes-côtes algériens dans la nuit du 16 août au large de Annaba (600 km à l’est d’Alger). Cette interception est intervenue quarante-huit heures seulement après que 23 autres candidats à l’émigration clandestine soient tombés dans les mailles du filet de ces mêmes éléments de la Marine nationale. Citons encore les 21 harragas interceptés le 13 août à bord de deux embarcations à quelque 6 miles à l’est d’Oran, au large de la plage de Kristel. Les harragas arrêtés sont présentés à la justice pour  » tentative d’émigration clandestine « . Ils risquent six mois de prison.

Droits de l’homme

Le 9 juillet le président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’homme (CNCPPDH), Me Farouk Ksentini, a interpellé, dans son rapport annuel sur la situation des droits de l’homme en Algérie, le chef de l’Etat sur la détention préventive et l’usage “abusif et systématique” qui en est fait. Par ailleurs, le président de la CNCPPDH a souligné avoir interpellé le président de la République dans un rapport qu’il lui a remis deux semaines auparavant, sur d’autres sujets, notamment, la réconciliation nationale, la levée de l’état d’urgence, la liberté de la presse, la liberté d’opinion et de culte. Le rapport aborde également la question les droits sociaux et insiste, selon son auteur, sur les élections que la commission voudrait “transparentes”. Le rapport fait état aussi du “malaise social” dans le pays, de la souffrance de la jeunesse “marginalisée” et “désespérée” de trouver un logement ou du travail, et aborde le phénomène des “harraga”. Me Ksentini ajoute avoir insisté sur la nécessité d’approfondir la démocratie, car pour lui, “il ne suffit pas de proclamer la démocratie dans les textes mais il faut que la population la ressente dans la pratique quotidienne”. A ce sujet, l’avocat juge “insuffisants” les efforts consentis pour une démocratie qui demande à être “améliorée et approfondie”. Le plus important en démocratie, pour la CNCPPDH, ce sont des élections “totalement libres et transparentes, de manière à les rendre indiscutables aux yeux de l’opposition”. “C’est à partir de là que les choses changeront vers plus de démocratie”, estime l’avocat.

De son côté, le président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH), Me Mustapha Bouchachi, proche de l’opposition a déclaré le 30 juillet “La torture est toujours pratiquée” en Algérie, « Rien n’a changé depuis la levée de l’état d’urgence”.

Attentats contre l’armée et la police

La fréquence des attentats a considérablement augmenté pendant l’été, période qui a correspondu aussi au mois du ramadan (1er au 28 août cette année), traditionnellement propice aux actions violentes de la part des islamistes. Les forces de l’ordre et l’armée ont multiplié les mesures de sécurité, et selon un expert en matière de questions sécuritaires, “de nombreux attentats ont été déjoués et au moins 15 terroristes préparant des attentats ont été arrêtés ces derniers temps ». La plus spectaculaire de ces interceptions s’est produite le 25 juillet. En effet ce jour-là Abdelkahar Belhadj, membre d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et fils d’Ali Belhadj l’ex-numéro deux du Front islamique de Salut (FIS, interdit depuis 1992) a été tué avec deux complices dans un véhicule kamikaze en route pour Alger. Agé de 23 ans, il avait été condamné à mort par contumace en 2009 en Kabylie pour participation à plusieurs attentats sanglants. D’autres tentatives ont échoué comme celle du 27 juillet : un kamikaze repéré par des gardes communaux s’est fait exploser à Bouhamza, à quelque 300 kilomètres à l’est d’Alger, ou celle du 16 août à Bouira (au sud-est d’Alger) où les services de sécurité du département ont désamorcé une bombe de fabrication artisanale.

Cela dit, la liste est longue des attentats qui n’ont pu être empêchés. La Kabylie et la région de Boumerdès sont les plus touchées par des attentats généralement commis et revendiqués par des islamistes qui s’en prennent aux forces de sécurité.

13 et 14 juillet : deux attentats commis à Baghlia, dans les environs de Boumerdès causant deux morts et six blessés parmi les forces de l’ANP. Revendiqués par Aqmi

16 juillet : double attentat suicide contre le commissariat de Bordj Menaïel (70 km à l’est d’Alger). Revendiqué par Aqmi, il a fait 2 morts et 14 blessés.

20 juillet : du côté de Bouira, à 120 km d’Alger, une bombe a explosé au passage d’un convoi militaire, blessant plusieurs soldats, dont deux grièvement

31 juillet : trois militaires tués et huit autres blessés, dont l’un se trouve dans un état “très grave”, dans un attentat à la bombe commis à Tahamamt dans le département de Tissemsilt (350 km au sud-ouest d’Alger)

14 août : plus d’une trentaine de personnes dont deux Chinois ont été blessées dans un attentat suicide contre un commissariat du centre de la métropole de la Kabylie, Tizi Ouzou, à une centaine de km à l’est d’Alger.

16 août : un soldat a été tué et cinq blessés par l’explosion d’une bombe au passage de leur convoi à Thénia, dans la région de Boumerdès (50 km à l’est d’Alger).

17 août : un policier et un civil sont tués et d’autres personnes sont blessées dans le mitraillage de la voiture du chef de la sûreté de la sous-préfecture de Ben Douala, en Kabylie. Le chauffeur d’un véhicule de transport de voyageurs est tué, victime d’une balle perdue. La veille, dans la même localité, les passagers armés d’un véhicule avaient ouvert le feu sur une brigade mobile de la police judiciaire en patrouille.

23 août : trois membres des forces de sécurité ont été tués et deux autres blessés dans deux attentats. Le premier s’est produit en plein centre-ville de Bordj Bouararidj (270km à l’est d’Alger) vers 21h. Trois individus armés ont tué deux policiers chargés de régler la circulation. Un peu plus tôt, dans la localité de Taourga, dans la wilaya de Boumerdès (50Km à l’est d’Alger) un militaire a été tué et deux autres ont été blessés dans l’explosion de leur camion sur une charge commandée à distance.

26 août : 18 morts et 20 blessés à la suite d’un attentat kamikaze contre le mess extérieur de l’Académie militaire inter-armes de Cherchell.

La fréquence et la violence de ces attentats contre l’armée et la police auraient de quoi, dans n’importe quel pays, susciter l’effroi et une mobilisation nationale de la population, des organisations politiques et des pouvoirs publics. Pas en Algérie ! La banalisation de l’horreur est intériorisée collectivement pendant que le pouvoir tire des profits politiques des « événements ». Alternativement, les responsables algériens affirment soit que la politique de réconciliation nationale a réduit l’islamisme armé à quelques desperados isolés, soit que la menace est toujours réelle d’un retour aux années 90, menace à laquelle le pays ne peut échapper que par un renforcement de son dispositif sécuritaire. Ainsi à la suite de l’attentat de Cherchell, Le ministère de la Défense nationale estime que ce crime terroriste « démontre une nouvelle fois que les groupuscules terroristes tentent à travers cet acte abject d’atteindre des objectifs médiatiques afin de desserrer l’étau qui leur est imposé sur le terrain par les forces combinées de sécurité qui ont réalisé des résultats remarquables, notamment durant les dernières semaines ».

Il faut noter que les pays européens, au premier rang desquels la France, ne s’émeuvent pas non plus de ce que vit le peuple algérien actuellement ; la presse ne s’en fait pas l’écho et, on y reviendra plus bas, la coopération franco-algérienne est en plein développement. Les USA sont sur la même ligne. Dans son rapport annuel sur la situation du terrorisme dans le monde (rendu public le 20 août), le département d’Etat américain juge « remarquables » les efforts de l’Algérie dans la lutte anti-terroriste. Le rapport souligne « une nette avancée » dans la lutte contre les groupes islamistes armés. Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) est désignée comme la principale menace terroriste dans les régions montagneuses de l’est algérien mais pour le département d’Etat américain, les terroristes ont échoué dans leurs stratégies et leurs complots. « Les groupes armés ont mené des opérations, sans trop de succès », est-il écrit dans le rapport. N’ignorant pas les derniers événements (relatés ci-dessus) les rédacteurs du rapport admettent que l’Algérie connait une recrudescence des attentats terroristes cet été, notamment depuis le début du Ramadhan. Mais on n’explique que cette recrudescence n’est pas aussi importante que celle qu’a connu le pays durant les années 2008 et 2009. Le retour des attentats est finalement expliqué par les tentatives des terroristes de riposter aux attaques menées par les services de sécurité et l’armée dans les wilayas de Tizi Ouzou et de Boumerdès.

En d’autres termes, la thèse américaine, qui est aussi la thèse française, c’est qu’il faut soutenir le régime de Bouteflika car il protège l’Algérie et l’Europe de l’avènement d’une république islamiste au Maghreb.

La contribution de la France à la militarisation de l’Algérie

L’expérience tunisienne ne leur a rien appris ! Quand les intérêts économiques commandent, les autorités françaises sont comme aveugles aux réalités socio-politiques des pays avec lesquels elles commercent. L’offensive de charme réciproque à laquelle on assiste depuis le printemps (cf Les Echos du mois de juin) entre les deux états est indécente dans le contexte actuel des souffrances du peuple algérien et du prix payé au Maghreb et dans les pays arabes dans les combats pour la démocratie.

A l’occasion du 14 juillet, le président Abdelaziz Bouteflika a adressé à son homologue français, le président Nicolas Sarkozy, un message dont voici quelques extraits.

“Je me réjouis de constater que les relations entre nos deux pays ont réalisé, ces derniers mois, de réelles avancées qui traduisent notre volonté commune d’imprégner à nos rapports d’amitié et de coopération l’exemplarité à laquelle nous aspirons” … “En cette heureuse circonstance, il me plait de vous réitérer ma disponibilité à œuvrer, de concert avec vous, au renforcement de cet élan par l’approfondissement du dialogue politique et la densification des relations économiques au bénéfice de nos deux pays et de nos deux peuples”. Le 11 juillet, soit quelques jours avant ce message, le secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, en visite en Algérie, plaidait pour la construction d’un “partenariat d’exception” franco-algérien. L’ex-ministre du Budget soulignait “l’impérieuse nécessité” d’un soutien économique, “si nous ne voulons pas que les extrémistes confisquent la démocratie”. Et le 15 juillet on annonçait, de source diplomatique relayée par la presse algérienne, la visite prochaine en Algérie du ministre français de la Défense, Gérard Longuet, visite précédée par la venue de délégations militaires françaises qui prépareront le terrain des futures négociations. C’est que les enjeux sont importants. L’armée algérienne s’équipe comme jamais. Le 5 juillet, l’agence Reuters annonçait la signature d’un contrat d’armement entre l’Algérie et l’Allemagne d’un montant de 10 milliards d’euros, mais la Russie a livré à l’Algérie pour l’équivalent de 16 milliards de dollars d’armements ces 5 dernières années (le marché algérien représente 13 % des ventes d’armes russes). La compétition est féroce, d’autant que l’Allemagne, a réussi à se positionner sur le marché algérien bousculant ainsi le fournisseur traditionnel du pays, la Russie. L’effort d’armement de l’Algérie est donc colossal et la France (comme les italiens et les anglais) veut sa part du gâteau. Depuis plusieurs semaines, les responsables français tentent de convaincre leurs homologues algériens d’acquérir des armes françaises, notamment les Frégates et les Corvettes, et de décrocher le chantier de rénovation de la base navale de Mers El Kébir. Il est malheureusement plus que probable que ces armes serviront un jour ou l’autre contre le peuple algérien, contre le voisin marocain et pourquoi pas comme en Lybie, contre des coalitions occidentales, i.e. les actuels pays marchands d’armes.

L’islam en Algérie 31 août, 2011

Cette période de ramadan (qui tombe en août cette année) est l’occasion de proposer un éclairage sur la place de la religion dans la société algérienne. La question de l’islamisme politique sera abordée une prochaine fois.

L’amalgame entre une communauté de croyants (oumma) et une société de citoyens

On peut partir de deux faits bien établis

1. L’article 2 de la constitution algérienne stipule : « L’islam est la religion de l’état. » Aucune révision constitutionnelle ne peut porter atteinte à l’islam en tant que religion de l’état (article 178)

2. Il est généralement estimé que l’islam est la religion de 98 à 99 % des Algériens. (L’islam d’Algérie est un islam sunnite de rite malékite).

A la fois en tant qu’attribut de l’état et en tant que croyance partagée par la quasi-totalité de la population, l’islam est donc un élément essentiel de la vie publique et de la vie privée en Algérie.

La nature religieuse de l’état, se traduit, d’une part, par l’existence d’institutions spécifiques et, d’autre part, par l’existence de lois ou de règles administratives qui importent la référence à l’islam dans la gestion des affaires publiques. Du côté des institutions étatiques, il existe en Algérie un Ministère des affaires religieuses et des wakfs (Patrimoine constitué des biens donnés à des œuvres de bienfaisance par des particuliers espérant la récompense divine) dont la mission est de gérer tout ce qui, dans le domaine de la religion, affecte le fonctionnement de la société dans son entier (calendrier musulman, les horaires de prières, les jours de fête religieuse, l’annonce du ramadan, le pèlerinage à La Mecque, l’entretien des mosquées). Il existe aussi un Haut conseil islamique dont le rôle est dicté par la constitution et qui est la plus haute autorité religieuse du pays ; son rôle est essentiellement doctrinaire. D’autres organes et missions de l’état intègrent aussi la dimension religieuse. Ainsi, en matière de justice, le droit algérien n’est certes pas l’application de la loi islamique (charia) mais il s’appuie explicitement sur les principes moraux édictés par l’Islam ; les conséquences de cette adhésion sont manifestes en particulier dans le droit de la famille. On peut en prendre trois exemples : un mariage entre un-e- musulman-e- et un-e- non-musulman-e- ne peut être enregistré à l’état civil en Algérie ; le code de la famille consacre des inégalités notoires en matière d’héritage entre les filles et les garçons, reflétant les règles patrimoniales propres à la culture islamique traditionnelle ; le tuteur d’une personne mise sous tutelle ou un tuteur testamentaire doivent être de confession musulmane. L’autre domaine d’action de l’état perméable à l’influence religieuse est le domaine de l’éducation. L’enseignement de l’islam est obligatoire dans l’école publique, pendant toute la scolarité primaire et secondaire. Les enfants peuvent aussi apprendre le Coran dans les écoles Coraniques. Enfin, et pour terminer ce survol par un problème administratif qui est loin d’être anodin, il faut savoir que l’introduction du passeport biométrique a suscité l’année dernière des débats virulents sur les normes appliquées aux photos d’identité. En particulier était visé le port du voile par les femmes. Après des mois de négociation, une instruction du ministère de l’Intérieur, a arrêté que sur ces photos, les oreilles doivent être apparentes pour les femmes et la tête découverte ainsi que la barbe rasée pour les hommes.

En tant que croyance partagée par le plus grand nombre, l’islam est un trait culturel majeur de la société algérienne. L’athéisme ou l’adhésion à une autre religion que l’islam existent certes, mais de façon extrêmement marginale ; en outre, ils ne s’avouent pas et, nous y reviendrons, sont quasiment considérés comme des délits. L’islam marque toutes les étapes de la vie des algériens : naissance, baptême (circoncision pour les garçons), mariage, pèlerinage à La Mecque, décès, se déroulent selon des rites institués religieusement. Dans la vie quotidienne, les interdits alimentaires (porc, alcool) ou le respect de règles dans l’abattage d’animaux de boucherie s’imposent également à tous. Enfin, les fêtes rituelles (L’Aïd-el-Kébir et l’Aïd-el-Fitr sont les principales) et le mois de ramadan constituent des événements religieux et sociaux de première importance durant l’année. Le ramadan est une période longue (28 jours) et contraignante pendant laquelle tout le fonctionnement de la vie sociale et professionnelle, privée et publique s’ordonne à l’impératif de l’abstinence alimentaire et sexuelle entre le lever et le coucher du soleil, et de la convivialité familiale et amicale dans la soirée et la nuit, après la rupture du jeûne. C’est une période vécue avec piété et parfois avec zèle par les plus pratiquants (prières cinq fois par jour, bonnes œuvres..) mais qui est aussi ressentie comme pénible physiquement et psychologiquement par une majorité de personnes.

Bien sûr l’état tire parti de cet amalgame entre citoyenneté et religiosité ; il le fait de façon très « politique » en se présentant à la fois comme le protecteur de la société contre les dérives et les violences fondamentalistes et comme l’interlocuteur incontournable des islamistes. Il le fait aussi en donnant des gages d’islamité à la population : par exemple le Président (qui doit être musulman selon la constitution algérienne) communique beaucoup ces derniers mois sur son projet de construction de la future et monumentale Grande mosquée d’Alger.

Des contestations qui se développent

Trop de religion pour certains, pas assez pour d’autres, la question religieuse fait débat, rendue sensible par la menace (ou l’espoir pour certains) d’un passage à un régime de république islamique en cas de déstabilisation politique.

Les partis de gauche continuent d’appeler à la sécularisation de la vie politique et publique en Algérie et le thème de la laïcité figure en bonne place dans les projets de réforme de ces partis. Un thème qu’ils manient cependant avec prudence pour ne pas être accusés de tourner le dos aux valeurs de l’islam et de vouloir désislamiser la société. La prise en compte de l’ancrage psychique des Algériens dans une culture islamique traditionnelle est encore un élément essentiel de toute stratégie politique dans ce pays.

Une autre attaque, qui n’est pas nouvelle non plus, vient de la Kabylie et du mouvement berbérophone. Pour des raisons et avec des formes sur lesquelles il est indispensable de revenir dans un prochain Eclairage, l’identité kabyle s’exprime et se manifeste de façon très importante en Algérie. Les berbères se considèrent comme les descendants des peuples maghrébins envahis, soumis et convertis par les arabes au VIIème siècle. Ils contestent l’assimilation de leur culture à la culture arabo-musulmane dominante en Algérie. Cette affirmation identitaire prend depuis quelques années la forme d’une remise en cause de l’islam comme religion unique. Une attitude qui n’est pas indépendante bien sûr de la collusion que les kabyles perçoivent et contestent entre pouvoir politique et pouvoir religieux. La traduction la plus spectaculaire de cette remise en cause est le développement d’un mouvement significatif de conversion au christianisme. Il faut savoir qu’aux termes de l’islam le plus rigoureux, la renonciation à sa religion par un musulman (apostasie) est la plus grave des fautes et que selon le Coran cette faute doit être punie par la mort. Dés 2006, le parlement adoptait une loi contre le prosélytisme prévoyant des peines de prison pour toute tentative de « convertir un musulman à une autre religion ». Des peines de 2 à 5 ans de prison et une amende de 500 000 à 1 000 000 de dinars (5 000 à 10 000 euros environ) sont prévues contre toute personne qui « incite, contraint ou utilise des moyens de séduction tendant à convertir un musulman à une autre religion ». La loi prévoit des sanctions similaires contre toute personne qui « fabrique, entrepose, ou distribue des documents imprimés ou métrages audio-visuels ou tout autre support ou moyen, qui visent à ébranler la foi musulmane ». En 2008, les églises protestantes d’Algérie avançaient le chiffre de 50 000 fidèles, le ministère des Affaires religieuses reconnaissant 11 000 chrétiens dans le pays, essentiellement catholiques. Depuis 2006, de nombreux chrétiens et musulmans convertis ont été poursuivis, accusés d’avoir enfreint les dispositions de la loi. Pour endiguer leur progression, 10 Églises évangéliques ont été fermées alors même que les autorités refusent constamment d’enregistrer les Églises protestantes, forçant donc leurs membres à pratiquer leur culte dans des lieux non agréés par l’État, au risque de poursuite. L’Eglise protestante d’Algérie (EPA) vient d’être officiellement reconnue par le ministère de l’Intérieur algérien Preuve supplémentaire du dualisme qui associe droit musulman et droit positif dans la législation algérienne, les dispositions de la loi de 2006 sont en contradiction manifeste avec la constitution algérienne qui proclame la liberté d’expression, la liberté de conscience et la liberté de culte.

Enfin, et pour revenir à la célébration du ramadan qui a suscité la présentation de cet Eclairage, un autre phénomène prend de l’ampleur (tout en restant marginal) depuis quelques années : le non-respect des dogmes et en particulier le refus du jeûne du ramadan. Les non-jeûneurs s’expriment sur internet mais se cachent pour se nourrir d’abord parce que leur comportement est réprouvé par leur environnement social mais aussi parce que il arrive que des poursuites soient engagés contre eux.

Le régime s’est engagé à promouvoir dans les mois qui viennent des réformes profondes du fonctionnement de l’état. Les débats et les tractations commencés au printemps reprennent après la trêve estivale et le mois de ramadan. L’un des plus grands services que les gouvernants pourraient rendre à leur pays et à ses citoyens serait d’aller vers une sécularisation des institutions publiques. Malheureusement, la confusion entre identité religieuse et identité citoyenne est tellement ancrée dans la société et les bénéfices politiques de cette confusion tellement évidents pour le pouvoir qu’il n’y a pratiquement aucune chance qu’une telle évolution se produise à court terme.