Twitter Facebook Accueil

Ligue des droits de l'Homme

Section du Pays d'Aix-en-Provence

Archives par catégorie : Articles

Suspension d’exécution d’une révocation discriminatoire d’une infirmière 13 janvier, 2026

Communiqué commun LDH et Union syndicale Solidaires

La LDH (Ligue des droits de l’Homme) et l’Union syndicale Solidaires se félicitent de la décision du tribunal administratif de Paris suspendant la révocation d’une infirmière sanctionnée pour le port d’un calot.

Par un arrêté du 20 octobre 2025, la directrice du groupe hospitalier AP-HP avait prononcé la révocation, à compter du 10 novembre 2025, d’une infirmière pour le port d’un calot et son refus de l’ôter, au motif qu’il serait « contraire aux règles d’hygiène et de sécurité des soins de l’AP-HP ».  Les termes de cette décision singulière reprochaient à l’intéressée que ce dernier ne fasse « pas partie de la tenue réglementaire au travail ».

Or, le calot est habituellement porté par les personnels des établissements publics ou privé de santé, justement par souci d’hygiène pour prévenir tout risque d’infection. Son port au bloc opératoire et en réanimation est d’ailleurs obligatoire.

Reprocher à une agente qui procède à des actes médicaux ou paramédicaux sur des patient-es le port d’un accessoire qui a précisément pour objet de garantir l’hygiène et qui, en conséquence, ne contrevient nullement à l’exercice de sa fonction ne pouvait donc que relever d’arguments fallacieux masquant en réalité une discrimination dénoncée par nos organisations, visant encore une fois la communauté musulmane sous couvert d’un motif de laïcité dévoyée.

Compte tenu du caractère discriminatoire de cette décision, la LDH et l’Union syndicale Solidaires sont donc intervenues à l’appui du recours formé par l’infirmière révoquée.

Si le caractère discriminatoire de l’exclusion n’a pas été retenu par le juge des référés, l’exclusion ne se fondant pas ouvertement sur le principe de laïcité mais sur le caractère non réglementaire de la tenue vestimentaire, il a en revanche suspendu l’exécution de cette décision en raison de son caractère disproportionné. Depuis, la direction de l’APHP a communiqué sur la nécessité de respecter la laïcité, ce qui donne un poids à notre argumentation.

Dans l’attente d’un jugement au fond, la justice rappelle que les sanctions disciplinaires ne peuvent porter atteinte aux droits fondamentaux des personnes, défendus par nos organisations.

Paris, le 8 janvier 2026

Télécharger le communiqué commun LDH et Union syndicale Solidaires en pdf.

Source: Suspension d’exécution d’une révocation discriminatoire d’une infirmière

Contre l’accord UE-Mercosur – Pour une relocalisation écologique et solidaire 13 janvier, 2026

Lettre ouverte commune, dont la LDH est signataire, adressée à Emmanuel Macron, président de la République

Monsieur le président de la République,

Le 6 décembre 2024, alors que la présidente de la Commission européenne annonçait avoir conclu les négociations du contenu de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne (UE) et les pays du Mercosur, vous faisiez savoir que le texte « restait inacceptable en l’état » (1). Lors du dernier Salon de l’agriculture, en février 2025, vous qualifiiez le contenu de « mauvais texte », précisant que vous feriez « tout pour qu’il ne suive pas son chemin, pour protéger cette souveraineté alimentaire française et européenne » (2).

Depuis, le contenu de l’accord n’a été l’objet d’aucune modification : son économie générale et ses dispositions n’ont pas été modifiées d’une seule virgule. Cet accord est à la fois parmi les plus nocifs jamais négociés mais aussi le plus contesté de l’histoire de l’UE : il soulève toujours autant d’objections sévères pour ses impacts des deux côtés de l’Atlantique en matière agricole, mais aussi de climat, de droits humains et des peuples autochtones en particulier, de déforestation, de biodiversité, de bien-être animal, d’extraction minière, d’emplois et de justice sociale.

Par cette lettre ouverte, nous vous appelons donc solennellement à refuser la ratification de cet accord obsolète dans ses fondements et désastreux par ses effets.

Ce n’est pas « la clause de sauvegarde », présente dans l’accord depuis 2019 et jamais renforcée depuis, qui saurait changer la donne : on ne règle pas des risques de déstabilisation structurelle de marchés agricoles par l’activation d’une mesure par définition temporaire et dont l’usage est limitatif et exceptionnel. Qui plus est alors que tous les amendements votés par le Parlement européen pour renforcer ses modalités d’application unilatérale par l’UE ont été supprimés par le Conseil et la Commission. Face à ces risques structurels persistants, la réponse de l’UE consiste à mettre sur pied un fonds de compensation des agriculteur-ice-s mis en danger par cette concurrence déloyale : les agriculteur-ice-s veulent vivre de leur travail, pas être indemnisé-e-s pour disparaître.

Précisons également que les lignes rouges énoncées par la France à l’automne 2020 ne sont pas satisfaites. Ni sur la déforestation puisque l’annexe sur le développement durable ne comporte aucune dimension exécutoire en la matière et que la mise en œuvre du règlement européen contre la déforestation est toujours repoussée. Ni sur le climat puisque l’accord ne saurait être suspendu si un Etat menait des politiques contraires à la lutte contre le changement climatique. Ni sur le respect des normes sanitaires et environnementales de l’Union européenne que quelques mesures unilatérales françaises sur quelques produits phytosanitaires ne sauraient régler.

Enfin, c’est parce que nous sommes pleinement conscient-e-s de la situation géopolitique mondiale que nous disons qu’importer des carcasses de bœufs réfrigérées depuis l’autre côté de l’Atlantique et y exporter des pesticides interdits d’utilisation sur le sol européen et des voitures thermiques qui ne pourront plus y être commercialisées à partir de 2035, ne régleront aucun des problèmes géopolitiques actuels : les accords de libre-échange négociés par l’UE depuis 20 ans ne permettent ni d’exporter nos normes, nos règles et la démocratie, ni de faire refluer l’influence de la Chine dans l’économie mondiale ou sud-américaine, et ils ne renforcent pas non plus la place de l’UE dans le concert des nations.

Voter contre cet accord, ce n’est pas signer la fin du commerce international. C’est dire que nous ne voulons ni de la loi de la jungle de Donald Trump, ni de la poursuite d’une mondialisation néolibérale désastreuse, mais une relocalisation écologique et solidaire qui permette de satisfaire les besoins des populations sans détruire les activités des agriculteur-ice-s et des salarié-e-s, ni la planète.

Veuillez recevoir, Monsieur le président de la République, nos respectueuses salutations.

Organisations signataires :
ActionAid France, Action non-violente COP21, Alofa Tuvalu, Aitec, Alternatiba, Amis de la Terre France, Attac France, BLOOM, CADTM France, Collectif national Stop Mercosur, Combat Monsanto, Comité de solidarité internationale avec les Autochtones des Amériques (CSIA-Nitassinan), Comité Français pour la Solidarité Internationale, Confédération paysanne, Déclic Collectif, Ekō, France Amérique Latine – FAL, France Nature Environnement, Fédération Artisans du Monde, Foodwatch, Fondation Copernic, FSU, Générations Futures, Greenpeace France, L’Atelier Paysan, La Confédération Syndicale des Familles, LDH (Ligue des droits de l’Homme), Les Ami e s de la Confédération paysanne, MRJC, Notre Affaire à Tous, Notre Maison Brûle, Pôle InPact, Pollinis, Secrets Toxiques, Terre d’Abeilles, Union syndicale Solidaires

Paris, le 9 janvier 2026

1. Accord UE-Mercosur : « Ce n’est pas la fin de l’histoire », réagit l’Elysée, pour qui le texte « reste inacceptable en l’état »
2. Face aux agriculteurs, Macron fustige l’accord Mercosur, « un mauvais texte »

Télécharger la lettre ouverte commune à Emmanuel Macron en pdf.

Source: Contre l’accord UE-Mercosur – Pour une relocalisation écologique et solidaire

Attaques racistes contre un nourrisson, quand la haine de l’extrême droite n’a plus aucune limite 13 janvier, 2026

Comme de coutume en début d’année dans la presse, le journal La Provence a publié un article, le 1er janvier 2026, annonçant la naissance du premier bébé de l’année à Avignon qui se prénomme Zaïd.

A la suite de la mise en ligne de l’article sur la page Facebook du journal la Provence, le petit Zaïd, à peine né, est devenu la cible de nombreux commentaires racistes. Ces messages, pour la plupart anonymes, le qualifient, entre autres, de « premier migrant terroriste de 2026», « gnoule » ou encore « futur dealer ».

Ces insultes en raison de l’origine d’un prénom sont d’autant plus graves qu’elles s’adressent à un nourrisson. Elles nous rappellent de manière inquiétante la persistance d’un racisme décomplexé, banalisé dans l’espace public, nourri par les discours de l’extrême droite et amplifié par l’anonymat et la viralité des réseaux sociaux.

La LDH et sa section locale d’Avignon Orange Carpentras condamnent fermement ces attaques inacceptables.

Les réseaux sociaux et Internet ne sont pas des zones de non-droit et les propos injurieux, diffamant, ou incitant à la haine sont réprimés par la loi. La LDH a donc décidé de déposer plainte afin que les auteurs de ces messages soient identifiés et poursuivis.

Source: Attaques racistes contre un nourrisson, quand la haine de l’extrême droite n’a plus aucune limite

Non à l’impérialisme ! Solidarité avec la population du Venezuela ! 13 janvier, 2026

Communiqué commun dont la LDH est signataire, rassemblements le samedi 10 janvier 2026 partout en France dont à Paris à 15h place de la Bastille

Voir les rassemblements prévus partout en France

Dans la nuit du vendredi 2 au samedi 3 janvier 2026, les États-Unis d’Amérique ont lancé une opération militaire de grande ampleur sur la capitale du Venezuela, Caracas. Le président vénézuélien, Nicolás Maduro, et sa femme, Cilia Flores, ont été enlevé.es et placé.es en prison à New York. Selon les premières estimations, 78 personnes seraient mortes au cours de l’opération, parmi lesquelles au moins une civile.

Cette agression impérialiste et coloniale ordonnée par Donald Trump viole ouvertement la Charte des Nations unies et la Constitution des USA.

Cette attaque signe le retour du pire de l’impérialisme états-unien en Amérique latine, s’inscrivant dans l’inflexion globale vers l’extrême droite.

Les justifications à géométrie variable de « lutte contre le narcoterrorisme » sont contredites par les affirmations de Trump lui-même, qui assume pleinement sa volonté de domination coloniale et d’accaparement des ressources du pays, notamment pétrolières.

Les violations des droits humains et démocratiques perpétrées par le régime de Maduro sont bien réelles, tout comme les effets sur la population des sanctions imposées par les administrations américaines. En revanche, ni le peuple vénézuélien ni les Nations Unies n’ont donné mandat aux États-Unis pour intervenir et s’accaparer des ressources du pays. C’est aux populations du Venezuela de décider librement, sans interférences, de leur avenir.

Les évènements du Venezuela, et les nouvelles menaces que fait peser Donald Trump sur la Colombie, Cuba, le Mexique et le Groenland illustrent l’affirmation de la loi du plus fort comme seule norme des relations internationales, dans la pure tradition de l’extrême droite. La réaction d’Emmanuel Macron, ne nommant pas l’agresseur et ne condamnant pas clairement cette violation évidente des principes fondamentaux du droit international, est une faute politique historique et un blanc-seing donné à Donald Trump pour la suite.

De la Palestine à l’Ukraine, en passant par le Soudan et maintenant le Venezuela, les peuples agressés sont en première ligne de l’autoritarisme et de la fascisation accélérée ayant cours actuellement partout dans le monde. Face à tous les prédateurs, et à ceux qui laissent faire, le respect du droit des peuples à l’autodétermination doit être au coeur de nos mobilisations.

Nous appelons à se rassembler partout en France ce samedi 10 janvier 2026, dont à Bastille à 15h à Paris, pour exiger :
• l’arrêt immédiat de l’agression militaire des États-Unis, la fin de ses menaces sur les pays de la région et le retrait du déploiement de force US dans la Caraïbe ;
• le respect du droit du peuple vénézuélien à disposer de lui-même. Toute solution politique et diplomatique doit se baser sur la souveraineté populaire, la garantie de ses libertés et sur le droit international ;
• la levée des sanctions économiques et la satisfaction des besoins humanitaires des populations ;
• des sanctions contre les USA et Donald Trump : la fin de l’achat d’armes au complexe militaro-industriel US.

Seul le peuple vénézuélien peut et doit décider, en toute souveraineté et sans ingérences, de son propre avenir. Non à l’impérialisme ! Les peuples ne sont pas à vendre !

Signataires :

Arguments pour la Lutte Sociale, ATTAC, Collectif Haiti France, Collectif de Solidarité avec le Peuple du Nicaragua, CGT, Confédération Paysanne, CEDETIM/IPAM, CRID, Les Ecologistes, Pour une Ecologie Solidaire et Sociale, Emancipation Tendance Intersyndicale, France Amérique Latine, Fondation Copernic, FSU, L’Après, LDH (Ligue des droits de l’Homme), Le mouvement de la Paix, NPA Anticapitaliste, Nos Révolutions, PCF, PS, Réseau Bastille, Le Réseau Coopératif de Gauche Alternative, Union syndicale Solidaires, Solidaires Etudiant.e

Paris, le 8 janvier 2026

Source: Non à l’impérialisme ! Solidarité avec la population du Venezuela !

CERCLE DE SILENCE 10 janvier 11h30 7 janvier, 2026

Chers amis,

L’année dernière, à la même époque, nous faisions le constat que « sous la pression très organisée d’une frange extrémiste [nous assistions] à la rapide percée d’une idéologie raciste et discriminatoire rejetant purement et simplement toute politique d’accueil de migrants non européens ».

Les récents vœux de notre Président étaient certes enveloppés de courtes références aux valeurs de la République : ils évoquaient ainsi, d’entrée, la nécessité d’apporter secours et fraternité puis proposaient, en fin d’allocution, de lutter sans relâche contre […] toutes les formes de discrimination en proposant plus de bienveillance et plus d’humanité.

Le Président insistait pourtant – au moment où il évoquait dans son discours l’insécurité, les incivilités et les trafics de drogue – sur la nécessité de continuer à reprendre le contrôle de nos frontières françaises et européennes face à l’immigration illégale.

S’agissait-il là, d’une manière à peine dissimulée, de cibler les migrants non européens et surtout de proclamer que la fraternité ne s’appliquait qu’à certaines catégories de populations, les nationaux français en priorité, manifestant ainsi une vision discriminatoire totalement contraire au concept de « fraternité universelle » prôné par Mirabeau le 17 août 1789 ?

La percée ségrégationniste, rappelée en exergue, s’infiltre donc au plus haut sommet de l’Etat, elle avait déjà atteint depuis plusieurs mois certains ministères dont notamment celui de l’Intérieur, lequel, avec la circulaire Retailleau, abrogeait la circulaire Valls du 28 novembre 2012 qui traitait du pouvoir de régularisation exceptionnelle du préfet s’agissant des étrangers en situation irrégulière.

Dans le nouveau texte le souhait de « maîtrise du flux migratoire » y est clairement exprimé et se traduit par des « orientations » à destination des préfets (qui disposent cependant d’un pouvoir discrétionnaire). L’une d’elles est particulièrement préjudiciable aux étrangers qui ne disposent pas d’un diplôme français ou d’une certification linguistique.

Ne serait-ce pas de la discrimination ?

Si l’on s’intéresse maintenant à ce qu’il se passe sur le terrain, Médecins du Monde, qui fait partie par ailleurs des organisation humanitaires mises à l’index par Israël pour assister les Gazaouis, se groupe avec d’autres associations pour attaquer l’Etat en justice en raison du fait que les personnes exilées dans les camps autour de Dunkerque éprouvent les plus grandes difficultés – un combat quotidien – pour l’accès aux soins, à l’eau et à l’hygiène.

Ne s’agit-il pas d’un manque de bienveillance et d’humanité ?

Nous vous attendons très nombreux pour le premier cercle de cette nouvelle année, Place de la Rotonde, samedi 10 janvier 2026 de 11h30 à midi.

qu

Face à l’impérialisme de Trump, la France et l’Europe ne doivent pas faire acte d’allégeance 6 janvier, 2026

Communiqué LDH

En 1823, le Président Monroe affirmait que les Américains avaient des responsabilités particulières sur tout le continent au nom de la décolonisation. Ce sont les avatars de cette doctrine Monroe qui ont servi de prétexte aux Etats-Unis pour s’octroyer de manière répétée au cours des XIX et XXe siècles un droit d’ingérence en Amérique latine, qualifiée dès lors « d’arrière-cour » des Etats-Unis.

Aujourd’hui sous couvert de lutte contre la drogue, autrefois pour prévenir « le danger communiste », les dirigeants états-uniens ont toujours créé le discours d’une « juste cause » pour exercer la « big stick diplomacy » ou « diplomatie du gourdin » : en se débarrassant  par la force des gouvernants d’Amérique latine jugés « inamicaux », en portant au pouvoir ceux qu’ils avaient choisis, parfois des dictatures militaires, et cela à la faveur d’interventions militaires, de la destruction de l’économie par la voie d’embargo ou du soutien des opposants au pouvoir en place.

Ce 3 janvier 2026, Donald Trump a prétendu renouveler la doctrine Monroe en affirmant l’impérialisme américain après avoir initié un coup d’Etat brutal, illégal et illégitime.

Ce 3 janvier 2026, il a renforcé son pouvoir autocratique en tenant à l’écart le Congrès, s’arrogeant le pouvoir de déclarer seul une guerre, en violation de la Constitution des Etats-Unis. Et le pouvoir militaire a obéi.

Plus encore, ce 3 janvier 2026 Donald Trump a piétiné le droit international et en premier lieu les principes fondateurs de la Charte des Nations unies (égalité souveraine des Etats, intégrité de leur territoire et principe de non-intervention), en attaquant militairement un Etat tiers et enlevant son président en exercice pour ensuite annoncer que les Etats-Unis dirigeraient le pays le temps nécessaire à une transition démocratique.

Parmi les réactions internationales, alors que plusieurs chancelleries européennes condamnaient plus ou moins fortement le recours illégal à la force, la présidente de la Commission européenne a indiqué, « nous sommes solidaires du peuple vénézuélien et soutenons une transition pacifique et démocratique. Toute solution doit respecter le droit international et la Charte des Nations unies », sans avoir préalablement condamné les violations flagrantes du droit international par le gouvernement Trump.

De même, au lieu de condamner ce coup de force, Emmanuel Macron s’est simplement réjoui du départ de Nicolas Maduro et de la liberté soi-disant retrouvée du peuple vénézuélien.

Le Venezuela n’est pas libre s’il est dirigé, même transitoirement, par les Etats-Unis sans légitimité et en totale violation du droit international, de la souveraineté des Etats et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Le Venezuela n’est pas souverain si ses ressources naturelles et stratégiques sont accaparées par les sociétés américaines, si Trump et ses proches prennent la main et s’approprient la première réserve de pétrole au monde.

Le Venezuela n’est pas un protectorat des Etats-Unis. Ni la catastrophe humanitaire dans laquelle est plongé le pays, ni les actes criminels et autoritaires de Nicolas Maduro vis-à-vis de sa population, ni la corruption du régime ne justifient la remise en cause de la souveraineté d’un Etat en dehors des cas prévus par le droit international : une décision du Conseil de sécurité de l’ONU ou la légitime défense face à une agression militaire. L’éventuelle participation de Maduro en tant que chef d’Etat à un trafic international de stupéfiants, à la supposer démontrée, ne caractérise évidemment pas un tel cas.

La question n’est pas l’illégitimité du maintien au pouvoir de Nicolas Maduro, mais la possibilité pour une puissance extérieure de librement s’arroger le droit de décider unilatéralement du sort qui doit être réservé à un autre Etat. Ce qui se joue dans la réponse à apporter à cette question va bien au-delà du Venezuela.

La compromission de la présidente de la Commission européenne et la déclaration complaisante d’Emmanuel Macron reviennent à légitimer les actes d’ingérence armée, au mépris assumé des règles de droit, et à donner carte blanche à la mise sous tutelle d’Etats tiers, sous prétexte de protéger leur population, en violation des principes fondateurs du droit international.

L’absence de condamnation ferme et conjointe de la France avec l’ensemble des Etats et des institutions européennes du déploiement de forces armées étrangères et de la prise du pouvoir au Venezuela ouvrent la boîte de Pandore et la marche vers un ordre mondial marqué par un effacement des règles édictées par les Nations unies et la domination des logiques impérialistes et hégémoniques.

Ce silence assourdissant met gravement en péril les démocraties notamment face à l’appétit prédateur et sans limite de Donald Trump qui s’est manifesté hier vis-à-vis du Venezuela et qui pourra conduire demain à des interventions à l’égard du Groenland, de Cuba, de la Colombie, de l’Iran ou de l’Europe.

La remise en cause de l’autorité de la Cour internationale de justice par les Etats-Unis oblige d’autant plus la communauté internationale à réagir fermement face aux agressions illégales et aux violations de la souveraineté des Etats.

La LDH (Ligue des droits de l’Homme) considère que la déclaration d’Emmanuel Macron est irresponsable autant qu’inacceptable. Elle s’inquiète du sort du peuple vénézuélien et appelle au respect des droits humains au Venezuela et elle rappelle que le droit international n’est pas l’arme des faibles, il est la garantie du respect de la souveraineté des Etats, l’instrument de la paix et constitue le premier rempart à la loi du plus fort.

Paris, le 5 janvier 2026

Télécharger le communiqué LDH « Face à l’impérialisme de Trump, la France et l’Europe ne doivent pas faire acte d’allégeance » en pdf.

Source: Face à l’impérialisme de Trump, la France et l’Europe ne doivent pas faire acte d’allégeance

La Charte pour le respect des droits et la dignité des habitant-e-s de lieux de vie informels  22 décembre, 2025

18 décembre 2025 – Tribune de Nathalie Tehio « L’enjeu démocratique des choix militaires » publiée sur Mediapart 19 décembre, 2025

Tribune de Nathalie Tehio, présidente de la LDH

Lire la tribune sur Mediapart

Depuis des années la guerre est partout et sert à nous mobiliser, nous faire peur ou nous discipliner de force. Guerre contre le terrorisme, bataille de l’emploi, guerre contre le Covid, guerre contre le narcotrafic, rien n’échappe à cette dérive langagière qui inquiète tant elle a déjà été surexploitée par le fascisme d’avant-guerre, de la « bataille du blé » à la « guerre au paludisme ». Cette rhétorique permet également au président de la République de se poser en chef de guerre.

Malgré tout, la guerre est bien redevenue une réalité européenne depuis l’agression de l’Ukraine par la Russie en 2022. Pour la LDH (Ligue des droits de l’Homme), c’est d’abord une question d’effectivité du droit international dans un monde où l’emploi de la force et le déni du droit progressent. Avec la guerre, ressurgissent dans les milieux progressistes les débats ayant secoué l’Europe d’entre-deux-guerres entre pacifisme intégral et promotion d’un droit de se défendre. La LDH renoue alors avec les positions qui furent les siennes au profit des républicains espagnols durant la guerre d’Espagne. Elle promeut le droit du peuple ukrainien à effectivement se défendre et insiste sur la nécessité pour les démocraties de lui donner les moyens de pérenniser sa résistance. Elle revendique un cessez-le-feu mais conjointement avec le retrait inconditionnel des troupes russes du territoire ukrainien, puisque le droit international exige le respect de l’intégrité territoriale d’un Etat.

Parallèlement, il est important que les mandats d’arrêt émis par la Cour pénale internationale (CPI) contre des responsables russes soient mis en œuvre. La question des enfants ukrainiens enlevés par la Russie doit être rapidement traitée : c’est un cas potentiel de génocide qui devra être jugé. De ce fait, il faut aussi soutenir les opposants russes à la guerre en Ukraine afin de les protéger de la violence de la répression par les autorités russes. Celles-ci interdisent non seulement toute dissidence mais aussi toute possibilité de défense des droits de l’Homme : après Amnesty International, elles viennent de déclarer « indésirable en Russie » la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), dont la LDH est membre.

Mais la guerre n’a pas seulement fait son retour sur notre continent, elle a immédiatement fait son apparition dans les discours de politique intérieure d’Emmanuel Macron et de ses gouvernements. Argument massue visant à tuer le débat démocratique, elle sert depuis près de quatre ans maintenant à justifier des dépenses de défense exorbitantes, une course aux armements, les politiques économiques libérales et la militarisation de notre jeunesse.

Dans un contexte de balkanisation du champ politique, et alors qu’Emmanuel Macron ne dispose pas de majorité à l’Assemblée nationale, il est logique qu’il ait fortement investi l’un des seuls terrains où un accord transpartisan majoritaire est possible : la défense. Il s’agit en effet d’un domaine d’accord entre la gauche socialiste, la droite et l’extrême droite. Il est dès lors tentant de vouloir faire converger, autour d’une menace russe, des hausses de dépenses militaires que nul n’ose ou ne veut contester et d’en faire une base apparente de consensus. Les lois de programmation militaire (LPM) et autres débats sur la sécurité donnent lieu à des votes massifs restaurant à moindre coût politique l’apparence de majorité du bloc central.

Depuis le début du conflit sur le sol ukrainien, nos désormais anciens ministres des finances, Bruno Lemaire, et des armées, Sébastien Lecornu, se sont fait les chantres de l’« économie de guerre ». La LPM votée par le Parlement en 2023 permet d’organiser un vaste soutien à l’industrie d’armement pour lui permettre de fournir à l’Ukraine ce que l’industrie française peut produire et pour préparer la France à une guerre de haute intensité. Il fallait de ce fait multiplier les commandes publiques pour que l’industrie privée, issue de la privatisation des arsenaux d’Etat dans les années 80 et 90, recrée des chaînes de production et rattrape un certain retard technologique dans des domaines-clefs des conflits actuels (drones, missiles moyenne et longue portée…). Cette loi montre que pour approvisionner actuellement l’Ukraine, la France est contrainte d’organiser des transferts massifs d’argent public au profit de sociétés privées pour les vingt prochaines années. Cela engage le futur. On peut aussi interroger la pertinence de cette privatisation, étant donné la faiblesse de l’adaptabilité du secteur[1]. L’industrie d’Etat était également planifiée mais était plus flexible et moins coûteuse : cette question devrait également être tranchée par un débat démocratique et transparent.

Cette « guerre » permet ainsi de faire passer une politique néolibérale et d’accélérer les coupes budgétaires pour les services publics et les prestations sociales. Tous les partis d’accord avec la priorité de défense définie dans la LPM sont invités à soutenir la chasse aux « dépenses inutiles » et un appui aux « sacrifices nécessaires » qui permettront dans un contexte contraint d’« assurer la sécurité des Français ». La défense devient alors la caution des coupes dans les budgets d’éducation, sociaux ou culturels pour faire face à ce qui est présenté comme une menace russe existentielle et rapprochée.

Il ne s’agit pas de nier le caractère déstabilisant de la politique extérieure de la Russie, son absence de respect du droit international. Pas plus que l’Ukraine, la République française ne peut se passer d’avoir les moyens de se défendre. Mais il est possible de discuter de l’intensité de la menace russe : comment un pays qui après son entrée en Ukraine en 2022 n’a pas avancé de plus de quelques milliers de kilomètres carrés pourrait dans les toutes prochaines années (2030 étant souvent évoqué) être prêt à envahir l’Europe comme le proclame notre chef d’état-major des armées[2] ?

L’Europe doit certes pouvoir décourager tout velléité d’agression russe et elle doit désormais le faire sans l’allié états-unien. Mais cela ne nécessite pas, au nom du « Rearm Europe », de doubler son budget ou la taille de son armée qui est déjà à parité avec la Russie tout en possédant une supériorité technologique et industrielle certaine. Ne doit-on plutôt bénéficier d’un débat public argumenté sur des décisions de nature politique, comme l’intérêt de mettre en place les commandements communs en Europe que l’Otan ne garantit plus, ou de se répartir les productions et les tâches militaires pour davantage d’efficacité ?

On comprend que le point de vue de la Pologne ou des pays baltes soit différent de celui de l’Italie ou de l’Espagne. C’est aussi pourquoi il y a urgence à entendre ces différentes voix, à avoir accès à des expertises diverses pour construire les conditions d’un débat démocratique.

En annonçant la préparation au conflit direct avec la Russie comme l’alpha et l’oméga d’une vision européenne du temps qui vient, celle-ci n’a d’autre choix que de s’y préparer également, alors que son état après le conflit en Ukraine pourrait ouvrir le chemin à d’autres futurs. Dans une telle spirale, tout incident risque de déclencher inexorablement le conflit. Il est pourtant nécessaire de construire les conditions du non-affrontement avec l’énergie et la volonté que la raison impose.

Et qu’en est-il d’un contrôle démocratique sur l’institution militaire européenne qui émergerait de ce programme ? Sur l’armement ? La question est légitime puisque la loi (LPM) de 2023 a créé une commission parlementaire d’évaluation de la politique du gouvernement d’exportation de matériels de guerre[3], qui s’est constituée en janvier 2025 et ne s’est réunie qu’une fois sans publier aucune information[4]. Et ce, en dépit d’accusations d’exportations d’armes par des sociétés françaises, ou au moins de composants employés à Gaza, avec constitution de partie civile de la LDH pour complicité de crime de guerre et génocide[5].

Sur le plan économique, il faut bien constater que les seules actions attribuées à la Russie visent à fragiliser notre société en insistant sur ses lignes de fracture interne. Nous avons donc davantage besoin de développer l’éducation pour éviter la propagande et du social pour assurer la cohésion et donc la résilience de notre société, que de faire des coupes budgétaires pour avoir plus de chars. Si on veut lutter contre la désinformation, il faut surtout développer enfin des médias libres, indépendants tant de l’Etat que des grandes fortunes, dont certaines sont fondamentalement liées à la nouvelle économie de guerre. Enfin, il s’agit d’apaiser les tensions, en œuvrant à un développement économique profitant à tous. L’effet multiplicateur de la dépense militaire vendue par le chef d’état-major des armées existe, mais n’est pas relié spécialement à la défense, puisque Keynes expliquait au siècle dernier que cet effet découlait du principe même de la dépense publique, que ce soit pour des infrastructures d’éducation ou de transport… bref en faveur d’une économie au service de tous.

De surcroît, cette guerre qu’on nous annonce prochaine permet de mettre sur les rails un service militaire, et de « discipliner », « mettre au pas » une part de la jeunesse considérée rebelle. Il existait déjà les classes de défense, mais le ministère de l’Education nationale vient de publier un guide « Acculturer les jeunes à la défense », demandant aux enseignants d’inculquer aux élèves la culture militaire !

Et du feu service national universel (SNU) au service militaire « volontaire », ce climat prépare quasi inexorablement à un service militaire obligatoire dont la mise en place serait soutenue par ceux de la population qui, compte tenu de leur âge, sont sûrs de ne pas le faire.

La question de la conscription mérite d’être posée mais calmement, dans le cadre d’un débat démocratique transparent et non pas dans une peur suscitée et une urgence proclamée. Une partie de la gauche, depuis Jaurès, soutient la conscription pour mettre en place une armée démocratique, héritière de celle de l’an II, et pour briser la caste des soldats professionnels bellicistes. Mais ce ne peut pas être un projet d’imposition de l’ordre et de la discipline à une jeunesse qui mérite mieux que d’être « formatée » par des cadres militaires. On ne forme pas des citoyens en leur apprenant à se taire et à ne pas réfléchir.

Il s’agit alors également de s’interroger sur la pertinence de la professionnalisation de nos armées, qui a produit une armée expéditionnaire, sans conscience politique ni recul sur les opérations extérieures menées, extrêmement liée à la fonction présidentielle via notamment l’état-major particulier de celui-ci[6]. Est-il sain finalement de couper de la société 300 000 hommes et femmes et de les former au maniement des armes sans liberté associative, syndicale, d’expression, sans lien courant avec notre société du fait de leur encasernement dans la France périphérique et d’un rythme d’opération qui les maintiennent en vase clos ?

Enfin si cela a lieu, il faut se souvenir de ce qu’était le service national en termes de libertés : restriction de l’accès à certains médias, mauvais traitements, rémunération très faible, absence de droits associatifs et syndicaux, absence de cadre de dialogue et de concertation. La LDH avait d’ailleurs créé un « comité droits et libertés dans l’institution militaire » travaillant notamment sur ces sujets. Là encore peut-on souhaiter une telle expérience, magnifiée par l’Etat, pour commencer sa vie professionnelle ?

La guerre est bien de retour en Europe avec l’invasion de l’Ukraine, et nous souhaitons apporter tout notre soutien au peuple ukrainien qui lutte pour sa liberté. Mais cette triste guerre ne doit pas servir de prétexte pour enrichir les marchands de canon, accélérer la destruction de nos services publics ou discipliner et dépolitiser notre jeunesse.

Enfin, il faut absolument que la situation actuelle permette de prendre conscience que la « loi du plus fort » promue par l’extrême droite, de Poutine à Trump et à Netanyahou, déstabilise le monde, favorise les conflits armés, et détruit l’Etat de droit.

Nathalie Tehio, présidente de la LDH

[1] Et par ailleurs la transformation du ministre des Affaires étrangères en représentant de commerce…
[2] Par ailleurs, ancien chef d’état-major particulier de l’Elysée, c’est-à-dire principal conseiller militaire de la présidence.
[3] Voir la lettre ouverte envoyée par la LDH, la FIDH et l’observatoire de l’armement aux parlementaires à propos de cette commission.
[4] « Pour une meilleure responsabilisation en matière de transferts d’armes : les recommandations de la CNCDH », novembre 2025, p.48.
[5] La LDH agit contre deux industriels d’armement pour complicité de crimes de guerre, complicité de crimes contre l’humanité et complicité de génocide.
[6] La question de la responsabilité de la France dans le génocide rwandais est toujours non résolue. Voir le communiqué LDH et FIDH « Génocide des Tutsi au Rwanda, 30 ans après, où en est la justice ? La faillite des autorités françaises« , avril 2024.

Source: 18 décembre 2025 – Tribune de Nathalie Tehio « L’enjeu démocratique des choix militaires » publiée sur Mediapart

Amende pour consommation de stupéfiants portée à 500 € ? Une nouvelle surenchère qui ne règlera rien 19 décembre, 2025

Communiqué du Collectif pour une nouvelle politique des drogues (CNPD) dont la LDH est membre

Moins ça marche, plus on continue… En annonçant une nouvelle hausse de l’amende pour usage de stupéfiants, le président de la République s’inscrit une fois de plus dans une fuite en avant répressive dont l’inefficacité est pourtant démontrée depuis des décennies.

En annonçant mardi 16 décembre le passage de l’amende pour usage de stupéfiants de 200 à 500 euros, le président de la République rejoue un scénario désormais bien rodé. Face à l’échec des politiques menées, une annonce sécuritaire ; face à l’absence de résultats, une nouvelle surenchère répressive.

Cette communication s’inscrit dans la continuité de prises de position récentes stigmatisant directement les usager·ère·s de drogues, présentés comme le coeur du problème. Une stratégie de culpabilisation, mettant encore une fois sciemment sous le tapis toute dimension sociale, sanitaire, préventive des consommations de drogues et qui, surtout, échoue depuis des décennies. À chaque renforcement de l’arsenal répressif correspond le même constat : aucun recul des usages, peu ou pas d’impact sur les trafics.

La répression n’a jamais endigué les consommations et cette nouvelle annonce d’Emmanuel Macron ne fera pas exception.

L’amende forfaitaire délictuelle : un échec… pourtant annoncé

L’extension de l’amende forfaitaire délictuelle (AFD) à l’usage de stupéfiants avait déjà été présentée en 2018 comme une réponse simple, rapide et efficace. Le Collectif pour une nouvelle politique des drogues avait alors alerté sur une mesure inefficace, et contreproductive. Sept ans plus tard, le bilan est sans appel.

Malgré une massification sans précédent — plus de 1,6 million d’amendes forfaitaires délictuelles prononcées depuis 2019, dont près de 40 % pour usage de stupéfiants — aucun impact n’a été mesuré ni sur les consommations ni sur les trafics. Et pourtant : lorsque la sanction ne produit aucun effet, elle est durcie. Lorsque le durcissement échoue, il est encore renforcé. Cette fuite en avant tient lieu de politique des drogues en France depuis trop longtemps.

Pire encore, cette procédure s’est accompagnée d’atteintes aux droits fondamentaux. La défenseure des droits a ainsi constaté en 2023 que l’AFD porte atteinte aux droits de la défense et à l’accès à un juge, au droit au recours effectif et au principe d’individualisation de la peine. La verbalisation, fragilise la relation entre la police et la population et contribue à des pratiques discriminatoires. Augmenter le montant de cette amende ne corrigera rien : cela ne fera qu’aggraver des dérives déjà identifiées. D’autant que l’AFD touche prioritairement les publics les plus précaires, pour lesquels elle constitue une sanction économique supplémentaire.

Pendant qu’on sanctionne les usages, les trafics prospèrent

Pendant que les politiques donnent des discours qui se pensent fermes, l’État persiste dans une impasse : les moyens policiers sont mobilisés pour sanctionner des consommations tandis que les trafics continuent de prospérer. Cette stratégie détourne les forces de l’ordre de la lutte contre les organisations criminelles,
le blanchiment d’argent et les réseaux structurés sans jamais atteindre les objectifs affichés, alors même que la Cour des comptes a dénoncé la faiblesse des moyens de l’Office anti-stupéfiants dédiés notamment au blanchiment d’argent (7 enquêteurs seulement).

Cette logique a de nouveau été confirmée lors du débat parlementaire du 17 décembre consacré au « narcotrafic », à l’issue duquel le gouvernement a annoncé de « nouvelles mesures législatives ». Là encore, la réponse se concentre sur le durcissement pénal, sans diagnostic sur les causes profondes des consommations. Or l’augmentation des usages de drogues concerne désormais l’ensemble des milieux sociaux et ne peut être réduite à des comportements individuels, à la seule jeunesse ou à un aspect « festif » : elle s’inscrit dans des contextes multiples qui vont de l’intensification des rythmes de travail dans certains métiers, à la précarité, l’isolement, la santé mentale, la perte de sens. Ces déterminants sont largement documentés mais systématiquement absents des discours. Y faire face suppose des politiques autrement plus ambitieuses que des amendes : prévention, santé publique, réduction des risques et renforcement des services de proximité.

Dans le même temps, les causes structurelles de l’entrée dans les trafics demeurent ignorées. Les déterminants sociaux et économiques (absence d’emplois, relégation territoriale, affaiblissement des
services publics) sont pourtant connus. En refusant de s’y attaquer, les pouvoirs publics préfèrent répéter indéfiniment les mêmes réponses inefficaces et en constater, à chaque fois, l’échec.

Sortir du cycle, écouter enfin le terrain

Il est temps que les responsables politiques cessent de croire qu’en répétant les mêmes recettes, elles finiront par produire des résultats différents. Depuis des années, les acteur·trice·s de terrain, les usager·ère·s, les professionnel·le·s de santé, de la justice et de la réduction des risques et les militant·e·s des droits humains réuni·e·s au sein du Collectif pour une nouvelle politique des drogues, portent des analyses étayées et des propositions réalistes.

Plutôt que de prolonger indéfiniment un cycle répression–échec–répression, il est urgent d’engager une réforme fondée sur la santé publique, la prévention, le respect des droits humains et d’explorer les expériences de dépénalisation de l’usage et de régulation qui font leurs preuves chez nos voisins.

Signataires :
• Addictlib
• ASUD – Autosupport des usagers de drogues
• Cannabis sans frontières
• Collectif PCP – Police contre la prohibition
• Fédération Addiction
• GRECC – Groupement de recherches et d’études cliniques sur les cannabinoïdes
• LDH (Ligue des droits de l’Homme)
• SAFE
• SOS Addictions
• Syndicat de la magistrature

Paris, le 18 décembre 2025

Voir aussi :
L’échec annoncé de l’amende forfaitaire délictuelle (2018)
Supprimer les sanctions pénales pour simple consommation de drogues (2023)
Drogues et trafic : un échec français. Analyse de la proposition de loi « narcotrafic » (2025)

Télécharger le communiqué du CNPD en pdf.

Source: Amende pour consommation de stupéfiants portée à 500 € ? Une nouvelle surenchère qui ne règlera rien

Appel aux ministres de la justice et de l’Intérieur : respectez la liberté de la presse, renforcez le secret des sources 11 décembre, 2025

Il y a près d’un an, 110 médias et organisations interpellaient le gouvernement pour réclamer une réforme de la loi de 2010 relative à la protection du secret des sources des journalistes. Les contours flous de ce texte et l’absence de véritables garde-fous ont facilité des atteintes à la liberté de la presse depuis 15 ans. Pour rappel, au moins 27 journalistes ont été convoqué·es ou placé·es en garde à vue par la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), selon un décompte réalisé par le journal Télérama.

Depuis notre courrier, les intimidations contre la presse n’ont pas cessé : elles ont franchi un cran supplémentaire. Alors que l’Etat français a été condamné en 2023 pour l’arrestation illégale d’un journaliste couvrant une action écologiste, la police a à nouveau reçu l’ordre d’interpeller et placer en garde à vue, le 1er juillet, le journaliste Enzo Rabouy quinze jours après qu’il a couvert une action militante en marge du Salon du Bourget.

Le parquet général poursuit également son acharnement contre Ariane Lavrilleux, la journaliste de Disclose et membre du groupe de travail sur le secret des sources à l’origine de cet appel. L’AFP nous apprend que le parquet général de la cour d’appel de Paris a fait appel de la décision de non-lieu rendue par la juge d’instruction. Alors que la justice a reconnu l’intérêt public des révélations de Disclose sur l’opération militaire secrète de la France au profit de la dictature égyptienne, la journaliste pourrait être renvoyée devant un tribunal, plus de deux ans après avoir subi une garde à vue, une perquisition et des mesures disproportionnées de surveillance.

« Le secret des sources n’existe plus »

Une autre procédure judiciaire vise le journaliste Philippe Miller, à la suite d’une plainte pour vol de données déposée par un cabinet d’avocat dont le journaliste avait relaté les pratiques douteuses. Pour contester la saisie de son ordinateur et matériel professionnel, Philippe Miller a tenté d’opposer le secret des sources. Mais la juge des libertés et de la détention a validé l’atteinte au secret des sources, en considérant que la simple existence d’une enquête pénale relevait bien d’un “impératif prépondérant d’intérêt public”. Si n’importe quelle enquête pénale permet de lever le secret des sources, ce dernier n’existe plus.

Enfin, les vidéos policières révélées par Libération et Mediapart démontrent que les forces de l’ordre déployées à Sainte-Soline ont multiplié les tirs illégaux et ont visé, en toute connaissance de cause, des journalistes qualifiés de “pue-la-pisse”. Lors des manifestations du 10 septembre, Reporters sans frontières a recensé sept cas de journalistes entravés physiquement, dont certains blessés par des éclats de grenade. Le 17 novembre, plusieurs journalistes de Reporterre, Blast et Libération ont été violentés par les forces de police et gazés à bout portant alors qu’ils couvraient une action de désobéissance civile menée par plusieurs ONG sur le site normand du géant de l’agrochimie BASF.

Ces attaques inacceptables dans un Etat de droit sont le résultat d’une année d’immobilisme du gouvernement. Qu’est devenue la promesse de Rachida Dati, lors des États généraux de l’information, d’un projet de loi qui garantit le droit à l’information ? Ce projet est pour l’heure gardé secret.

Projet de loi sur les médias : un débat public est nécessaire

Le groupe de travail avait été reçu en février par le cabinet du Premier minstre, puis au début de l’été par le ministère de la justice afin de discuter de nos propositions et de remettre une ote d’analyse détaillée sur leur application concrète. Pour rappel, nous voulons :

– Mieux encadrer les conditions de la levée du secret des sources, qui est aujourd’hui possible dans le cas, mal défini, d’un « impératif prépondérant d’intérêt public»

– Exiger une autorisation par un·e juge indépendant·e avant toute levée du secret des sources

– Etendre le secret des sources aux collaborateur-rice-s de médias, réalisateur-rices et auteur-rices de livres ou documentaires

– Permettre à tou-te-s les journalistes de se défendre face à une violation du secret de leurs sources, en créant une voie de recours

– Renforcer les voies de recours et sanctions en cas de violation du secret des sources

La protection des sources n’est pas une coquetterie corporatiste. Elle est “la pierre angulaire de la liberté de la presse”, la condition indispensable d’un droit effectif à l’information de toute la population. Il est donc urgent que le projet de loi donne lieu à un débat public, ouvert et parlementaire le plus rapidement possible.

Par cet appel auquel se joignent 128 médias, sociétés de journalistes, syndicats et organisations, nous réclamons également aux ministres de la Justice et de l’Intérieur qu’ils formulent, dès à présent, des instructions écrites aux fonctionnaires afin de faire respecter la liberté de la presse telle qu’encadrée par la loi de 1881, ainsi que par la jurisprudence des tribunaux français et celle de la Cour européenne des droits de l’Homme.

Le groupe de travail sur la protection des sources à l’origine de cet appel 

Sherpa, Fonds pour une presse libre, Reporters sans frontières, Association de la presse judiciaire, Disclose, SNJ et CFDT-Journalistes.

Les 132 premiers signataires de l’appel :

25 sociétés des journalistes ou rédactions 

  • SDJ de l’AFP
  • SDJ du Parisien-Aujourd’hui en France
  • SDJ Epsiloon
  • SDJ de Radio France
  • SDJ de Radio France Internationale
  • SDJ FranceTV Sport
  • SDJ France 3 rédaction nationale
  • SDJ Le Figaro
  • SDJ de LCI
  • SDJ de Capital
  • SDJ Les Echos
  • SDJ de Mediapart
  • SDJ Groupe Profession Santé
  • SDJ d’Arte
  • SDJ de L’Informé
  • SDJ de RMC
  • SDJ du magazine GEO
  • SDJ Que choisir
  • SDJ La Tribune
  • SDJ d’Arrêt sur images
  • SDJ de Konbini
  • SDJ de Challenges
  • Société des rédacteurs du Monde
  • Société des journalistes et du personnel de Libération
  • Société des personnels de l’Humanité

7 collectifs de journalistes indépendant·es 

  • Collectif We Report
  • Collectif Hors Cadre
  • Collectif La Claque
  • Collectif Focus
  • Collectif Presse-Papiers
  • Collectif Youpress
  • Profession Pigiste

63 médias indépendants

  • Mediacoop
  • Reporterre
  • L’Arrière-Cour
  • Le Poing
  • Rural
  • Reflets.info
  • Blast
  • Vert
  • Covenant Médias
  • La Messagère Libérée
  • Rue89 Bordeaux
  • Spotlighted
  • Chabe
  • La Disparition
  • Altermidi
  • Citizen Jazz
  • Sciences Critiques
  • La Topette
  • Voxeurop
  • Le Courrier des Balkans
  • Orient XXI
  • Grand-Format
  • AOC
  • Terrestres
  • La Relève et La Peste
  • Fakir
  • Observatoire des multinationales
  • La Clé des Ondes
  • Mouais, le journal dubitatif
  • Les Jours
  • Facto !
  • Mediapart
  • Le Poulpe
  • Rembobine
  • Mediacités
  • Inf’OGM
  • Médianes
  • Extra Muros
  • Les Cent Plumes
  • Rue89 Bordeaux
  • Rue89Lyon
  • Rue89 Strasbourg
  • France Maghreb 2 Radio
  • Au Poste
  • Politis
  • Le Courrier d’Europe centrale
  • Rapports de force
  • 15-38 Méditerranée
  • Basta!
  • Décrypter l’Afrique
  • Paris Lights Up
  • Les Autres Possibles
  • L’Alterpresse68
  • Afrique XXI
  • Climax
  • Premières Lignes
  • Epsiloon
  • Podcastine
  • Le Ch’ni
  • Off Investigation
  • Splann !
  • Disclose
  • StudioFact Media Group

37 syndicats, associations et club de la presse 

  • SNJ (Syndicat national des journalistes)
  • CFDT-Journalistes
  • Filpac CGT
  • Fédération européenne des journalistes (FEJ)
  • Spiil (Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne)
  • Fonds pour une presse libre
  • Sherpa
  • Reporters sans frontières (RSF)
  • Association de la presse judiciaire
  • Prenons la Une
  • Acrimed – Action Critique Médias
  • Informer n’est pas un délit
  • Article 34
  • Journalisme & Citoyenneté
  • Les Assises du Journalisme
  • Association des journalistes de défense (AJD)
  • Association des journalistes antiracistes et racisé.e.s (AJAR)
  • La Scam
  • Le Prix Albert Londres
  • Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM)
  • Attac France
  • Transparency International France
  • LDH (Ligue des droits de l’Homme)
  • Syndicat des avocats de France (SAF)
  • Fonds de dotation Intérêt à agir
  • Maison des lanceurs d’alerte
  • Alertes.me
  • Femmes journalistes de sport
  • Journalistes écrivains pour la nature et l’écologie (JNE)
  • Profession : Pigiste
  • Nothing2Hide
  • Anticor
  • Observatoire des Libertés Associatives
  • Club de la presse de Marseille-Provence
  • Club de la presse Strasbourg-Europe
  • Club de la presse de Metz
  • Club de la presse de Bretagne

Source: Appel aux ministres de la justice et de l’Intérieur : respectez la liberté de la presse, renforcez le secret des sources