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Ligue des droits de l'Homme

Section du Pays d'Aix-en-Provence

Archives par catégorie : Articles

Appel à mobilisation : le 29 juin Ensemble contre un projet dévastateur pour la justice et les libertés fondamentales 28 juin, 2026

Communiqué commun dont la LDH est signataire et appel à mobilisation

Alors que la société découvre l’état de délabrement de la justice française et son incapacité à assurer toutes ses missions, le garde des Sceaux, largement discrédité, s’entête et persiste. Son projet de loi sur « la justice criminelle et la protection des victimes », déjà rejeté par la commission des lois, ne répond aucunement aux attentes d’une justice de qualité.

S’il a renoncé à la mesure phare de sa réforme, le plaider coupable en matière criminelle, le reste du texte qui sera examiné par l’assemblée le 30 juin est tout aussi inquiétant.

Abandon de la cour d’assises, éloignement du jury populaire, extension du fichage génétique, recul des droits fondamentaux, tel est le projet aberrant du garde des Sceaux.

Preuve de l’hypocrisie gouvernementale et de l’absence de priorisation réelle de la protection des enfants pourtant au cœur des débats des dernières semaines, le ministre de l’Intérieur proposera à l’Assemblée nationale, dès la semaine suivante, son texte « RIPOST » qui aggravera l’embolie des services d’enquête et des tribunaux en créant de nouveaux délits de faible gravité. Ce faisant, il détournera les magistrat·es de leurs missions essentielles tout en renforçant la surveillance de masse.
Tel est le projet de ce gouvernement.

Nous continuons à exiger l’abandon de l’intégralité de la réforme SURE portée par le garde des Sceaux et à faire entendre notre voix pour une justice de qualité.

Rendez-vous le 29 juin à midi devant tous les tribunaux judiciaires (horaires pouvant varier selon les tribunaux)

Paris, le 26 juin 2026

Signataires : Syndicat des avocat-e-s de France (Saf), Syndicat de la magistrature, Coordination générale du travail (CGT), Sauvons les assises, CGT chancelleries et services judiciaires, LDH (Ligue des droits de l’Homme/droits humains), Coalition féministe et enfantiste loi intégrale, la CGT protection judiciaire de la jeunesse, Noustoutes, Colère noire, L’observatoire du sexisme en politique, Fédération nationale des unions de jeunes avocats

Lire le communiqué en pdf

Source: Appel à mobilisation : le 29 juin Ensemble contre un projet dévastateur pour la justice et les libertés fondamentales

Pour la reconnaissance des droits des proches de personnes détenues 28 juin, 2026

Manifeste dont la LDH est signataire

Des proches de personnes détenues, réuni-es en collectif, ont décidé de porter un manifeste pour faire entendre une réalité trop souvent ignorée : celle du quotidien des familles et des proches confronté-es à l’incarcération, et du rôle essentiel qu’ils et elles jouent malgré tout dans le maintien des liens et les parcours de réinsertion.

Nous, proches de personnes détenues

En France, près de 90 000 personnes sont détenues. Derrière chacune d’elles, il y a une famille, un parent, une ou un conjoint, une ou un enfant, une ou un ami. Cela représente des centaines de milliers de personnes directement concernées par la prison. Et pourtant, notre existence est ignorée, notre rôle est nié, notre souffrance invisibilisée.

Quand une personne est incarcérée, ce n’est pas seulement elle qui vit une peine. Ses proches sont elles et eux aussi enfermés dans une réalité faite de silence, de stigmatisation, de fatigue et de coûts. La prison touche bien au-delà de ses murs.

On ne peut pas parler de la prison sans parler des proches.
Et on ne peut pas parler de réinsertion sans reconnaître le rôle décisif que nous jouons dans ce processus.

Aujourd’hui, le collectif des proches de personnes détenues appelle chacune et chacun à se saisir de ce manifeste, à soutenir ses revendications et à le signer pour rendre visibles leurs réalités et porter ensemble cette exigence de reconnaissance et de droits des proches des personnes détenues.

Lire le manifeste et les revendications 

SIGNER LE MANIFESTE

Paris, le 26 juin 2026

Source: Pour la reconnaissance des droits des proches de personnes détenues

La proposition de loi sur la présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre ne doit pas passer ! 28 juin, 2026

Communiqué commun Stop aux violences d’État (SAVE), LDH (Ligue des droits de l’Homme / droits humains), Syndicat de la magistrature (SM), Syndicat des avocat-e-s de France (SAF), Amnetsy international, Association des avocats pénalistes (ADP) et Flagrant déni

Prévue à l’agenda de l’Assemblée Nationale le 7 juillet prochain, une proposition de loi (PPL), déposée par le député Les républicains (LR) Eric Pauget, vise à instaurer une « présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre ». Ce texte est soutenu par le gouvernement : celui-ci a déjà fait adopter, lors d’une première discussion à l’Assemblée Nationale en janvier 2026, un amendement tendant à créer une présomption de légalité des tirs par les forces de l’ordre.

La proposition de loi amendée crée une présomption de légalité des tirs et inverse la charge de la preuve : l’usage de leur arme à feu par les forces de l’ordre sera considéré, a priori, comme étant légal, c’est-à-dire nécessaire et proportionné. Il appartiendra au procureur – en pratique aux familles des victimes – de démontrer que le tir mortel n’était pas justifié.

Ce texte s’inscrit dans le bilan déjà alarmant de la loi Cazeneuve de 2017 et la création de l’article L.435-1 du Code de la sécurité intérieure : elle autorise les policiers à utiliser leur arme dès lors qu’ils estiment que les occupants d’un véhicule sont susceptibles d’être dangereux — ce qui laisse les agents seuls juges d’une situation pouvant s’avérer mortelle.
Depuis son adoption, au moins trente-cinq occupants de véhicules ont été tués par les forces de l’ordre invoquant l’article L435-1, soit cinq fois plus qu’avant la loi. Le nombre de personnes tuées par les forces de l’ordre s’est, lui aussi, considérablement accru : quarante-neuf personnes sont mortes au cours d’une intervention policière en 2025 dont dix-neuf par arme à feu ; soixante-six en 2024, dont vingt-sept par arme à feu.

« La France est devenue depuis quelques années le pays de l’Union Européenne où il y a le plus grand nombre de personnes tuées ou blessées par des agents de la force publique » pointait Jorge Contesse, expert en droit international des droits humains lors de l’examen de la France par le Comité contre la torture des Nations unies, en avril 2025.

Dans un État de droit, l’usage des armes à feu devrait pourtant intervenir en tout dernier recours : un seul tir peut tuer. C’est pourquoi il est nécessaire que l’usage des armes soit encadré par des textes restrictifs. C’est aussi parce que nous sommes dans un État de droit que tout décès causé par un agent de l’État doit faire l’objet d’une enquête. Or, non seulement cette proposition de loi porte une atteinte manifeste au droit à la vie et à l’intégrité physique consacré par les articles 2 et 3 de la Convention européenne des droits de l’Homme, mais elle aurait également des effets majeurs sur la responsabilité des forces de l’ordre.

Concrètement, le fonctionnaire ayant fait usage de son arme à feu ne pourrait plus être placé en garde-à-vue, ce qui fera obstacle au recueil de sa version, à la réunion des premiers indices et, in fine, à la manifestation de la vérité. Or, le droit à la vie ne se limite pas à prohiber les atteintes arbitraires à l’existence ; il oblige également les autorités à mener une enquête rapide, impartiale et approfondie lorsqu’une personne trouve la mort à la suite de l’intervention d’un agent public. Dans ce contexte, l’instauration d’une présomption de légalité des tirs reviendrait à admettre d’emblée la conformité de l’usage de l’arme et donc de freiner, voire d’empêcher la réalisation de ces investigations, avec pour conséquence possible que des utilisations injustifiées de la force échappent à toute sanction.

Il est certain que cette absence d’investigation sur le recours aux armes à feu aura une influence directe sur le nombre de tirs mortels.

Cette proposition de loi fragiliserait donc des piliers de l’État de droit : le droit à la vie, l’obligation de l’État de rendre des comptes en cas de décès aux mains des forces de l’ordre.

Pour toutes ces raisons, cette proposition de loi doit être fermement rejetée.

Paris, le 25 juin 2026

Voir le communiqué en PDF et la liste complète des signataires

Source: La proposition de loi sur la présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre ne doit pas passer !

Panthéoniser Marc Bloch et Simonne Vidal : perpétuer un engagement républicain et antifasciste 28 juin, 2026

Communiqué LDH

Nombreuses sont les raisons pour que la Nation rende le plus grand des hommages à celui qui, par les armes et les lettres, a défendu un idéal de probité et de droiture face à la violence et la barbarie nazies. À l’heure du retour des périls en France, en Europe et dans le monde, l’exemple de Marc Bloch doit nous éclairer.

C’est d’abord par sa constance et son courage dans la lutte contre l’Allemagne nazie que l’héritage de Marc Bloch nous engage. Dès l’accession de Hitler au pouvoir, Marc Bloch prend position publiquement. Il signe en 1934 le manifeste pour la constitution d’un Comité antifasciste puis il dénonce en 1938 le blanc-seing des Accords de Munich. Face à « la lâche allégresse » qui suit Munich[1], c’est en intellectuel lucide et désabusé qu’il souligne la faillite des classes dirigeantes alors qu’Hitler menace en Europe. Quand la guerre embrase pour la seconde fois le continent européen depuis le début du siècle, Marc Bloch demande à être mobilisé malgré des dispositions légales qui lui auraient permis de s’y soustraire et de rester auprès de ses six enfants. Au plus près des difficultés des armées françaises pendant la campagne de France en mai-juin 1940, il fait montre d’une persévérance et d’un engagement qui lui valent une nouvelle citation pour avoir mené sa mission avec « un complet mépris du danger ».

La mise en place du Régime de Vichy à partir du 10 juillet 1940 voit Marc Bloch tomber sous le coup des lois et dispositions antisémites prises par Pétain et l’État français. Sa famille menacée, ses biens et tout particulièrement sa bibliothèque spoliée, il écarte cependant la possibilité de partir aux États-Unis. Fidèle à l’excipit de L’Étrange Défaite dans lequel il avait proclamé qu’« il n’est pas de salut sans une part de sacrifice ; ni de liberté nationale qui puisse être pleine, si on n’a pas travaillé à la conquérir soi-même »[2], il rejoint en 1943 le mouvement de résistance Franc-Tireur, créé à Lyon par Jean-Pierre Lévy, Georges Altman et Elie Péju. Au sein de ce mouvement, il met encore ses capacités intellectuelles et son courage au service de la lutte contre l’Occupant. Arrêté en mars 1944, torturé, il est assassiné le 16 juin 1944 avec trente résistants. Sa valeur comme sa détermination montrent un citoyen toujours prêt, si nécessaire, au sacrifice de soi pour défendre les valeurs et principes émancipateurs d’une République attaquée.

Toutefois, les raisons d’honorer Marc Bloch ne sauraient se limiter à son remarquable engagement dans la guerre puis dans la Résistance. Normalien, agrégé d’histoire, professeur à la Sorbonne, Marc Bloch est un intellectuel brillant qui a su articuler sa pratique d’historien de la société féodale à la compréhension du présent. Nous reprendrons ainsi à notre compte les paroles de l’historien dans L’Apologie pour l’Histoire pour qui « un mot, pour tout dire, domine et illumine nos études : ‘‘comprendre’’. […] Jusque dans l’action, nous jugeons beaucoup trop. Il est commode de crier ‘‘au poteau !’’. Nous ne comprenons jamais assez. Qui diffère de nous — étranger, adversaire politique — passe, presque nécessairement, pour un méchant. Même pour conduire les inévitables luttes, un peu plus d’intelligence des âmes serait nécessaire ; à plus forte raison pour les éviter, quand il en est encore temps »[3]. Appel à la mesure et à la réflexivité, ces mots écrits dans les temps troublés d’une France défaite et occupée après plusieurs années de crises politiques nous engagent collectivement afin d’être à la hauteur de ce grand personnage.

Or, pendant que sont célébrés Marc Bloch et tant de résistantes et résistants avec lui, les legs de la Libération sont plus que jamais menacés tant par l’extrême droite que par les droites extrêmes, dont les héritiers de Marc Bloch refusent la présence au Panthéon. Alors que d’aucuns veulent refuser la qualité de Français-e-s à certains de nos compatriotes, comme Vichy refusait de voir en Marc Bloch un Français ; que l’antisémitisme et le racisme prennent une ampleur nouvelle en France ; que la démocratie et l’État de droit se trouvent menacés ; que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes en Ukraine, en Palestine et ailleurs est nié par des régimes autoritaires et violents, il est plus que nécessaire de suivre l’exemple de cet historien-résistant. Plus que des cérémonies, le plus sincère hommage rendu à Marc Bloch est de faire nôtre son épitaphe : « dilexit veritatem »[4].

Cet amour de la vérité ainsi que l’exemple de courage, de probité, de droiture et d’honnêteté intellectuelle qu’est la vie de Marc Bloch doit nous inspirer collectivement dans la lutte présente et à venir contre l’anti-intellectualisme et le racisme, premières marches dans la construction des discours et des politiques fascistes.

[1] Lettre de Marc Bloch à Lucien Febvre, 03/10/1938.
[2] Marc Bloch, L’Étrange Défaite, chap. 3 « Examen de conscience d’un Français ».
[3] Marc Bloch, Apologie pour l’Histoire ou Métier d’historien, Paris, Dunod, 2020 (1949), p. 202-203.
[4] Marc Bloch, « Testament spirituel de Marc Bloch », Annales d’histoire sociale, 8ᵉ année, n° 1, 1945, p. 6 (littéralement « j’ai chéri la vérité »).

Paris, le 22 juin 2026

Voir le communiqué en PDF

Source: Panthéoniser Marc Bloch et Simonne Vidal : perpétuer un engagement républicain et antifasciste

Mouvements climat : appel à la résistance démocratique, sociale et écologique 21 juin, 2026

Communiqué commun dont la LDH est signataire

Records de chaleur meurtriers et cyclones dévastateurs, conflits pour l’accès à l’eau, reculs des politiques publiques de transition écologique et juste, montée de régimes autoritaires et multiples violations du droit international, attaques contre les défenseurs et défenseuses de l’environnement et renforcement des inégalités environnementales que subissent les populations les plus vulnérables, l’heure est grave pour les mouvements climat. C’est face à ce contexte que nous, actrices et acteurs de la société civile de la transition écologique et sociale, réunis les 19 et 20 juin 2026 lors des Rencontres des mouvements climat à Paris, lançons cet appel à la résistance.

La situation politique nationale et internationale, instable et préoccupante, est marquée par une détérioration des équilibres démocratiques, le dénigrement de la science, une concentration des médias menaçant leur indépendance et la montée de discours de repli. Dans le même temps, notre système économique favorise toujours plus les profits à court terme pour un petit nombre de personnes au détriment des conditions de vie dignes de la majorité de la population. Ce contexte dégrade les capacités d’actions de la société civile pour lutter contre le réchauffement climatique et permettre aux populations les plus vulnérables d’accéder à des conditions de vie dignes et des moyens convenables d’existence et d’accéder aux solutions de transition écologique. Les menaces pesant sur la résilience des structures associatives et militantes elles-mêmes s’accentuent également (menaces sur les libertés associatives, coupes budgétaires, instauration d’un climat de peur et d’intimidations, etc.), renforçant les inégalités environnementales subies par les personnes racisées, en situation de pauvreté, les femmes et les minorités de genre. Qu’adviendra-t-il de la société civile si le contexte, déjà délétère, s’aggravait du fait de bascules politiques possibles en 2027 ?

Pour toutes ces raisons, les actrices et les acteurs des mouvements climat ne doivent pas faiblir. Nous pouvons faire de l’espoir une puissance d’action, faire de la transition écologique une source d’émancipation, de justice et de protection, et nous renforcer collectivement pour affronter les défis et saisir les opportunités des mois et années à venir. Nous avons les moyens d’être forts aujourd’hui et résilients pour demain.

C’est pourquoi l’ensemble des organisations des mouvements climat est en ordre de marche pour résister :

  • Faisons preuve de solidarité, plus que jamais, vis-à-vis de la population dans toutes ses composantes, et notamment les minorités oppressées (personnes racisées, en situation de pauvreté, femmes et minorités de genre) : la solidarité doit rester un pan central de notre action ;
  • Dénonçons, chaque fois que cela est possible, l’obscurantisme, le racisme, le patriarcat, le négationnisme climatique ou encore la corruption, dont la montée est une menace pour
    les droits de tous, mais aussi pour les médias, les lieux de représentation démocratique et les plus hauts niveaux de décision de l’État ;
  • Opposons-nous, encore, à ce système économique d’accumulation des profits, de court-terme, privilégiant une minorité ;
  • Renforçons nos liens et les actes d’entraide avec les acteurs essentiels d’une société démocratique et juste : les chercheurs et chercheuses, les syndicats de travailleuses et travailleurs, ainsi que l’ensemble des acteurs de la société civile œuvrant pour une société plus solidaire et un monde préservé. Notre force réside dans cette diversité ;
  • Augmentons notre puissance d’action en demandant une meilleure reconnaissance du rôle des actrices et des acteurs de la justice sociale et climatique dans le fonctionnement de notre société et le respect de leurs droits et la protection de leurs ressources financières.

Ne laissons aucune force mettre en péril les droits humains fondamentaux, les acquis sociaux gagnés de haute lutte, et les équilibres environnementaux dont notre survie dépend directement. Nous devons lutter de concert contre les montées de l’obscurantisme, de la désinformation, des discriminations et des attaques contre les actes de solidarité. Nous sommes fiers, combatifs et plus nombreux que jamais, dans notre diversité et dans nos alliances. On ne lâche rien.

Paris, le 20 juin 2026

Signataires :  Voir la liste des signataires en PDF

Télécharger le communiqué commun en PDF

Source: Mouvements climat : appel à la résistance démocratique, sociale et écologique

Soutenues par le Syndicat des Avocat-e-s de France, 36 organisations attaquent le décret de simplification du droit de l’environnement 21 juin, 2026

Soutenues par le Syndicat des Avocat-e-s de France, 36 organisations attaquent le décret de simplification du droit de l’environnement
Soutenues par le Syndicat des Avocat-e-s de France, 36 organisations attaquent le décret de simplification du droit de l’environnement
Soutenues par le Syndicat des Avocat-e-s de France, 36 organisations attaquent le décret de simplification du droit de l’environnement

Communiqué commun dont la LDH est signataire

Le Syndicat des avocat-e-s de France (Saf) ainsi qu’une trentaine d’organisations dont le Syndicat de la magistrature (SM), France nature environnement (FNE), la LDH (Ligue des droits de l’Homme/droits humains), la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), la Confédération paysanne, Greenpeace France, Terres de luttes, Data for good, Notre affaire à tous (Nat), s’unissent pour déposer un recours afin de stopper un coup fatal porté au droit de l’environnement par le récent décret du 21 avril 2026, dit de “simplification de la procédure contentieuse en matière environnementale et d’accélération de certains projets”.

Le mouvement de détricotage du droit de l’environnement est bien connu des organisations environnementales et des avocat-e-s dans cette matière : depuis plusieurs années, le droit de l’environnement est sans cesse diminué, grevé d’exceptions et de « simplifications » dans le but d’accélérer les projets et leurs implantations au détriment de l’environnement bien commun. Les procédures de participation du public sont toujours plus expéditives et les recours contre les autorisations de ces projets toujours plus complexes à déposer pour les associations et citoyens. L’année passée, de nombreux-se-s avocat-e-s en droit de l’environnement du Saf s’étaient déjà uni-e-s dans une tribune intitulée « le droit de l’environnement est mort, vive le droit à polluer » afin de dénoncer de prétendues simplifications de procédure, qui, loin de simplifier le contentieux, créent de nouvelles difficultés pour l’ensemble des acteurs concernés : associations, citoyens, avocats, magistrats, etc.

C’est encore le cas ici, comme le précisait le Saf dans un communiqué de presse au lendemain de la parution du décret : ce décret entraîne plusieurs modifications majeures du droit de l’environnement pour une large série de projets, répartis en cinq catégories, avec des conséquences inquiétantes :

L’accès aux tribunaux de première instance est supprimé. Les requérants devront dorénavant saisir directement la cour administrative d’appel. Cette suppression du premier degré de juridiction contraint les requérants à saisir une juridiction plus éloignée et à supporter le coût d’une représentation obligatoire par avocat.

Le recours gracieux, qui permettait de prolonger les délais pour introduire un recours devant le tribunal, ne produit plus cet effet, faisant peser sur des personnes souvent peu averties, la responsabilité d’une organisation minutieuse et d’une grande réactivité face à des porteurs de projets accompagnés par des équipes d’avocats spécialisés.

Les cours administratives d’appel devront traiter les dossiers dans un délai de 10 mois, ne permettant pas d’instruction précise, d’échanges de mémoires et de réelle étude de l’impact des projets, si souvent dissimulé par les porteurs de projet au sein d’études d’impact de centaines, voire de milliers de page et court-circuitant de fait l’accès à l’expertise et à la médiation, les juges indiquant eux mêmes que ces délais ne sont pas suffisants pour une justice pleine et entière,

Enfin plusieurs modifications procédurales, comme la cristallisation des moyens ou l’obligation de notification des recours viennent alourdir la procédure, semant des pièges supplémentaires dans le parcours déjà escarpé du recours environnemental. Le non-respect de cette procédure permettant, évidemment, d’écarter d’un revers de manche la contestation.

Depuis de nombreuses années, les organisations environnementales tirent la sonnette d’alarme face au mouvement consistant à accélérer et simplifier l’implantation de projets ayant des impacts irréversibles sur le vivant et à toujours complexifier, éloigner l’accès à la justice et l’information du public. La profession agricole, ici représentée par la Confédération paysanne, fait de même au regard des difficultés accrues de régulation des projets agro-industriels types ICPE, mégabassines, ou autres projets énergétiques consommateurs d’espaces agricoles, naturels et forestiers. Les magistrats administratifs eux-mêmes critiquent ces modifications incessantes sans recul qui complexifient au lieu de simplifier, sans tenir compte des principes de droit au recours. Cette fois-ci le Saf vient épauler ces organisations pour faire obstacle à l’application de ce décret contraire au droit de l’environnement en vigueur et au droit d’accès à la justice.

Le 19 juin à 9h ont été déposés un recours en urgence et un recours au fond pour demander la suspension sans délai et l’annulation du décret n°2026-302 au Conseil d’État.

Listes des organisations portant le recours déposé le 19 juin et s’associant au CP : Syndicat des avocat-e-s de France (Saf), Syndicat de la magistrature (SM), France nature environnement (FNE), LDH (Ligue des droits de l’Homme/droits humains) , Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), la Confédération paysanne, Amis de la Terre France, les Amis de la Terre du Gers, Greenpeace France, Intérêt à agir, Terres de luttes, Data for good, Protection de l’environnement de Sarrant – Gers, Quels paysages pour la piège ?, Coordination nationale photorévoltée, Notre Affaire à tous, Longitude 181, Association pour la sensibilisation de l’opinion sur les danger de l’enfouissement des déchets radioactifs, Vosges alternatives au nucléaire, BLOOM association, Association de concertation et de proposition pour l’aménagement et les transports (ACPAT), Réseau “Sortir du nucléaire”, Stop Fessenheim, Sortir du nucléaire Bugey, Alterre, Les prés de la garde

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16 juin 2026 – Tribune « « Des jeunes gens de 18 ans, étrangers dans leur pays natal et dans le pays de leur bannissement, se voient délivrer une OQTF » : la terrible condition des enfants de Mayotte » publiée dans l’Humanité 21 juin, 2026

16 juin 2026 – Tribune « « Des jeunes gens de 18 ans, étrangers dans leur pays natal et dans le pays de leur bannissement, se voient délivrer une OQTF » : la terrible condition des enfants de Mayotte » publiée dans l’Humanité
16 juin 2026 – Tribune « « Des jeunes gens de 18 ans, étrangers dans leur pays natal et dans le pays de leur bannissement, se voient délivrer une OQTF » : la terrible condition des enfants de Mayotte » publiée dans l’Humanité
16 juin 2026 – Tribune « « Des jeunes gens de 18 ans, étrangers dans leur pays natal et dans le pays de leur bannissement, se voient délivrer une OQTF » : la terrible condition des enfants de Mayotte » publiée dans l’Humanité

Tribune de Nathalie Tehio, présidente de la LDH et Daniel Gros, représentant de la LDH à Mayotte

Lire la tribune dans l’Humanité

Mayotte est le symptôme de l’inhumanité du colonialisme en ce début du XXIe siècle, alors que la France s’enorgueillit d’être une démocratie. Appartenant à l’archipel des Comores, les liens ancestraux entre les familles et l’attirance d’un niveau de vie supérieur ne peuvent que rendre les frontières fictionnelles.

Les causes exactes de l’installation sur l’île ne sont pas recherchées, au profit de l’idéologie, car elles pourraient s’avérer liées au durcissement de la politique migratoire, qui imposent aux personnes présentes de se fixer à Mayotte plutôt que faire la navette avec Anjouan et y conserver des liens familiaux.

Convaincus sans doute par l’idée bien incertaine que l’attrait de la nationalité française produit un « appel d’air » migratoire vers Mayotte, le président de la République, les ministres, les parlementaires et tous les décideurs, n’ont pas hésité à durcir les conditions d’application du dispositif dit du « droit du sol » qui veut que tout enfant né en France a un droit à la nationalité du pays de sa naissance, dès lors qu’un de ses parents est également né en France ou est Français (sauf cas d’apatridie), ou s’il réside en France à sa majorité et ce, depuis au moins cinq ans à compter de l’âge de 11 ans.

En 2018, la loi a limité à Mayotte l’accès à la nationalité aux seuls enfants dont un des parents était en situation régulière au moins trois mois avant sa naissance. Face à l’inefficacité de la mesure sur la réduction de la population comorienne, un député a profité de la niche parlementaire du parti Les Républicains pour la recalibrer. « La condition de séjour régulière est étendue aux deux parents, sauf en cas de famille monoparentale » et « l’ancienneté du séjour régulier et continu exigée des deux parents, au moment de la naissance de l’enfant, est portée à un an minimum ».

La loi a été adoptée le 8 avril 2025. Le Conseil constitutionnel l’a déclarée conforme à la Constitution dans sa décision du 7 mai 2025, entérinant ainsi une politique de différenciation des territoires, alors qu’il s’agit d’un département français. Il a en effet considéré que Mayotte était dans une situation distincte du reste de la France, justifiant une dérogation au principe général, au regard « des flux migratoires très importants ».

Que vont devenir ces enfants rejetés de la République et de la communauté nationale ? Cette question n’a préoccupé personne au cours des débats. Pourtant, depuis le premier assaut contre le droit du sol à Mayotte en 2018, les effets sur les enfants ont été largement documentés et il était possible de s’y intéresser. Mais la population mahoraise semble pour les politiques le dernier des soucis. Car depuis cette date, les enfants de parents étrangers rejetés de la nationalité française sont dès leur majorité interpellés sur le chemin de l’école, retenus au centre de rétention administratif (Cra) et le plus souvent renvoyés sur l’île voisine d’Anjouan.

Depuis l’adoption de la seconde loi, le nombre des expulsions de jeunes majeurs commence à émouvoir les médias locaux. Si le service de communication de la préfecture refuse de répondre aux journalistes qui l’interrogent à ce sujet, il peut arriver que le préfet soit contraint de commenter lorsqu’il sacrifie au rituel de l’échange à la télévision.

Voilà ce qu’il s’est passé le lundi 4 mai, lors du journal télévisé du soir sur Mayotte la 1ère. À la suite de la diffusion, au cours de l’entretien, d’un documentaire relatant les déboires administratifs de deux jeunes femmes nées en France, le journaliste a interpellé le préfet sur le destin de ces enfants qui, à leur majorité, se découvrent « ni français, ni régularisables ».

Confirmant implicitement que l’avenir des jeunes de Mayotte indiffère les autorités, la réponse du préfet a été implacable : « Désolé de le dire de façon si nette, a-t-il répondu, c’est l’application de la loi. Le préfet ne peut pas déroger à la loi. Il est là pour appliquer la loi. Je n’ai pas la possibilité par la loi de régulariser. »

C’est le constat d’un État français qui promulgue sans sourciller des lois interdisant à des enfants de vivre dans leur pays natal

Ces enfants n’ont pourtant commis aucune faute. Ces enfants, comme la plupart de leurs camarades de classe, de sport, de jeux, leur copain ou copine dans la vie, ont obtenu le baccalauréat à l’âge de 18 ans, mais se voient bloqués dès leur majorité dans toutes leurs entreprises.

Et le préfet ne trouve rien à redire. Telle est la loi dit-il. Je n’ai pas la possibilité de les régulariser.

Et le journaliste, qui ignore le droit des étrangers, ne réplique pas au préfet que ni le droit dérogatoire appliqué à Mayotte, ni le déni de droit que les agents de la fonction publique infligent à leurs administrés, surtout s’ils sont indésirables faute de posséder une carte nationale d’identité, ne justifient de ne pas appliquer le droit commun des étrangers. Car contrairement à ce qu’il dit, le préfet peut toujours régulariser les personnes au titre de son pouvoir discrétionnaire (art. L435-1 du Ceseda) et, surtout selon l’article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales qui lui impose de le faire pour les jeunes hommes et les jeunes femmes nés à Mayotte, au nom du respect de leur vie privée et familiale.

C’est ce que retranscrit l’article L.423-13 du Code d’entrée et de séjour des étrangers et du droit d’asile (Ceseda) qui prévoit que « l’étranger né en France qui justifie par tout moyen y avoir résidé pendant au moins huit ans de façon continue ou discontinue et suivie, après l’âge de dix ans, une scolarité d’au moins cinq ans dans un établissement scolaire français, se voit délivrer, s’il en fait la demande entre l’âge de seize ans et l’âge de vingt-et-un ans, une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale ».

Mais il est exact que le préfet ne régularise pas. Mieux il expulse ces jeunes personnes nées à Mayotte dès que la loi les a instituées en jeunes majeurs.

Il les traque aux abords des lycées, là où il a les meilleures chances de les rencontrer, provoquant à présent la réaction des personnels, proviseurs et professeurs qui contraignent les agents de la police aux frontières à faire mine de se replier.

Il les enferme au centre de rétention administrative (Cra), leur délivre sans délai une OQTF, agrémentée d’une interdiction de retour sur le territoire français (IRTF).

Il les embarque dans les vingt-quatre heures sur la Marie-Galante, bateau qui assure la liaison entre Mayotte et Anjouan.

Les voilà alors qu’ils et elles débarquent en terre étrangère, vêtus des pauvres vêtements qu’ils portaient lors de leur interpellation, sans bagage, sans papiers, sans argent.

Les autorités françaises qui promulguent des lois sans considérer leurs effets, imaginent-elles ce qu’entreprennent ces enfants rejetés par le gouvernement de leur pays natal ?

Depuis le dernier assaut contre le droit du sol, les éloignements d’enfants ne se comptent plus.

Ces jeunes gens de 18 ans, étrangers dans leur pays natal et dans le pays de leur bannissement, se voient délivrer une OQTF en même temps qu’une affectation dans un établissement universitaire ou d’enseignement supérieur dans lequel ils ne pourront pas se présenter à la rentrée de septembre pour des raisons de tracasseries administratives insurmontables.

Quand les lois spéciales pour Mayotte ne cherchent qu’à vider le département d’outre-mer de l’ensemble des populations originaires des autres îles de l’archipel, le préfet délégué du gouvernement peut en effet méconnaître les dispositions dont le respect ouvrirait la possibilité pour les jeunes qui ont fréquenté l’école française jusqu’à son terme de construire leur vie dans leur pays natal.

Il suffit donc à ces enfants, dès l’âge de 16 ans, de se présenter à la préfecture munis d’un dossier contenant seulement un acte de naissance et les certificats de scolarité. Ce qui ne présente aucune difficulté. Ces enfants ayant grandi en France et n’ayant connu que ce pays, ont un droit au séjour.

Il est urgent que le président de la République, les ministres du gouvernement, les parlementaires reprennent leurs esprits et reviennent à la raison. S’obstiner contre le droit du sol à Mayotte ne résoudra pas les maux endémiques du département d’outre-mer, mais plongera au contraire la population dans le désarroi d’une enfance maltraitée. Condamner à la déportation cruelle une jeunesse dans un pays qu’elle ne connaît pas et qui ne les connaît pas, mènera au chaos, ici à Mayotte et là-bas aux Comores voisines. Il n’y a d’autre alternative que de restaurer chacun dans ses droits.

Le gouvernement doit sans délai rappeler ses agents à leurs obligations : recevoir dignement les enfants de parents étrangers, leur délivrer à chacun et chacune, dès l’âge de seize ans, un titre de séjour qui leur permettra d’envisager sereinement leur avenir et de construire leurs projets personnel et professionnel. Et aussi de rapatrier tous les enfants nés en France actuellement en déshérence aux Comores.

Paris, le 16 juin 2026

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Source: 16 juin 2026 – Tribune « « Des jeunes gens de 18 ans, étrangers dans leur pays natal et dans le pays de leur bannissement, se voient délivrer une OQTF » : la terrible condition des enfants de Mayotte » publiée dans l’Humanité

Manifestons contre tous les racismes dimanche 21 juin 2026 à Paris 21 juin, 2026

Communiqué commun dont la LDH est signataire et appel à rassemblement le dimanche 21 juin 2026 à Paris, 14h à Barbès

Dans la foulée des élections municipales, un déferlement de haine raciste a visé nombre d’élu-e-s de la République. L’extrême droite et les médias qui lui sont affiliés ont orchestré des campagnes virulentes d’attaques racistes, amplifiées sur les réseaux sociaux. Visé par l’une d’elles, le maire de Saint-Denis-Pierrefitte-sur-Seine Bally Bagayoko a appelé à un rassemblement contre toutes les formes de racisme, que nos organisations ont soutenu et qui a été un succès de mobilisation de la société civile.

Nous, organisations de la société civile, considérons que le 21 juin, nous avons la possibilité d’amplifier encore le mouvement, en manifestant à Paris, avant les festivités de la Fête de la musique, pour affirmer la large cohésion de la société contre tous les racismes, les discriminations, la haine de l’autre et en faveur de l’égalité en droits.

C’est cette égalité que l’extrême droite ne peut supporter, c’est cette égalité qu’elle continue d’attaquer frontalement partout où elle se sent suffisamment forte, là où elle a obtenu des municipalités, là où elle voudrait peser dangereusement sur les institutions. Ainsi, elle s’en prend à ce qui fait notre socle politique partagé depuis 1789, la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen et toutes les Constitutions républicaines depuis lors, qui proclament l’égalité de toutes et tous devant la loi.

Déterminées ensemble, partout, face à l’extrême droite, pour l’égale dignité de tous les êtres humains, nos organisations appellent à rejoindre largement le cortège du 21 juin 2026 à Paris, 14h à Barbès.

Premiers signataires : CGT (Confédération générale du travail), Fédération syndicale unitaire (FSU), LDH (Ligue des droits de l’Homme/droits humains), Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap), Union syndicale Solidaires

Autres signataires : Association France Palestine solidarité (AFPS), Association les midis du mie, Association Roya citoyenne, Attac France, La Cimade, Collectif de lutte antifasciste contre le racisme et l’antisémitisme (Clara), Dom’Asile, Emmaüs France, Fédération des Tunisiens citoyens des deux rives (FTCR), Femmes Egalité, France Amérique Latine (FAL), France Nature Environnement (FNE), Mouvement de la Paix
Association d’accueil des demandeurs d’asile (AADA) de Mulhouse

Paris, le 15 juin 2026

Remplir ce formulaire si votre organisation souhaite être signataire de l’appel (uniquement des signatures d’organisations par son ou ses représentants, pas de signatures individuelles).

TÉLÉCHARGER LE COMMUNIQUÉ COMMUN EN PDF

Source: Manifestons contre tous les racismes dimanche 21 juin 2026 à Paris

12 juin 2026 – Tribune collective « Pacte sur la migration et normalisation de la détention : lettre d’agent-es publics du droit d’asile » publiée dans Mediapart 21 juin, 2026

Tribune collective dont la LDH est signataire

Lire la tribune dans Mediapart

Le Pacte européen sur la migration et l’asile, qui entre en vigueur ce 12 juin 2026, « entérine un tournant majeur, car il repose sur la suspicion, la déshumanisation et la répression ». Un ensemble d’agent-e-s publics du droit d’asile, dont la CGT de l’Ofpra et de la CNDA, s’oppose fermement à « cette politique qui organise l’exclusion, banalise la détention, menace les fondements mêmes de l’État de droit. »

En tant qu’agent-e-s publics du droit d’asile, nos points de préoccupation sont nombreux. Parmi lesquels l’élargissement du champ d’application des procédures accélérées pour les demandeuses et demandeurs d’asile, lesquelles empêchent, dès aujourd’hui, l’accès à des conditions d’accueil décentes.

Le Pacte renforce également les contrôles aux frontières extérieures, en introduisant un « filtrage » massif et en prévoyant une procédure de demande d’asile à la frontière obligatoire pour un grand nombre de personnes qui seront alors placées en zone d’attente ou rétention et donc privées de leur liberté, y compris des enfants. Ce filtrage est effectué par les forces de police aux frontières, comprenant des contrôles sanitaires, d’identité et de sécurité, ainsi que la collecte, y compris sous contrainte, des données biométriques. A la suite de ce « tri », elles et ils peuvent être orientés vers une procédure d’asile, une obligation de retour, ou se voir refuser l’entrée sur le territoire.  Celles et ceux qui auraient accès à la procédure d’asile peuvent être relocalisé dans un pays différent de celui d’entrée, sans tenir compte de leurs souhaits ni de leurs liens personnels, familiaux ou linguistiques. L’objectif est clair : empêcher l’entrée dans les États membres et accélérer les expulsions à tout prix !

Les demandeuses et demandeurs d’asile originaires de pays présentant un faible taux de protection au niveau de l’Union européenne, ou considérés comme représentant une menace pour la sécurité nationale ou l’ordre public, sont soumis à la « procédure d’asile à la frontière ». Leurs demandes doivent être examinées dans un délai de douze semaines, recours compris. Un délai aussi restreint ne permet pas une évaluation sérieuse et individualisée, en particulier pour les personnes vulnérables — mineur-e-s, femmes, personnes LGBTI+ — nécessitant un accompagnement spécifique. Tout au long de cette procédure accélérée, les demandeuses et demandeurs seront placés en rétention dans des centres fermés aux frontières ou soumis à des mesures alternatives (telles que l’assignation à résidence), et donc privés de liberté de circulation. Là encore, les violences liées à l’enfermement sont appelées à se multiplier et les traumatismes à s’aggraver. Cette procédure est incompatible avec le respect effectif des droits des demandeuses et demandeurs d’asile.

Le Pacte introduit également une fiction juridique de « non-entrée » sur le territoire, aux conséquences désastreuses ! Indépendamment de leur présence physique sur le sol de l’Union européenne, les personnes soumises aux procédures de filtrage et aux procédures frontalières, ne sont pas légalement considéré-e-s comme ayant pénétré sur le territoire de l’État membre. Cette fiction juridique permet d’accélérer les expulsions si les demandes d’asile sont rejetées. Plus inquiétant encore, les recours contre les décisions de refus d’asile ne suspendent plus automatiquement l’éloignement. En d’autres termes, une demandeuse ou un demandeur peut être expulsé alors même qu’elle ou il conteste la décision devant un juge et que la procédure est toujours en cours.

De plus, le pacte élargit considérablement le champ de la surveillance des personnes exilées en développant et en interconnectant les bases de données européennes. Empreintes digitales, images faciales, données d’identité : ces informations seront collectées dès l’âge de six ans !

Les demandeuses et demandeurs dont les demandes seront jugées irrecevables peuvent être renvoyés soit vers leur pays d’origine, soit vers des pays tiers, abusivement qualifiés de « sûrs », avec lesquels ils et elles n’ont souvent aucun lien personnel. Ces renvois seront effectués avec le soutien de l’agence Frontex, dont l’ancien directeur, Fabrice Leggeri — aujourd’hui député européen du parti d’extrême droite du Rassemblement national — fait actuellement l’objet d’une enquête de la justice française pour complicité de crimes contre l’humanité et de torture.

En outre, le Pacte ne parvient pas à réformer le règlement de Dublin, selon lequel le premier pays d’entrée est responsable du traitement d’une demande d’asile, ce qui affecte de manière disproportionnée les États membres situés aux frontières extérieures de l’Union européenne. Il maintient même cette logique, en renforçant le suivi des « demandes Dublin » et en introduisant un « mécanisme de solidarité » entre les États membres. Dans la pratique, ce mécanisme permet aux États de se soustraire à l’accueil des demandeuses et demandeurs d’asile provenant de pays qui se considèrent comme soumis à une « pression migratoire », en échange d’une contribution financière. L’Union européenne considère-t-elle les personnes migrantes comme de simples marchandises ?

La généralisation et la multiplication de procédures accélérées et de délais irréalisables conduira inévitablement à des cas de déni du droit effectif à l’asile et à un recours massif à la détention aux frontières extérieures de l’Union européenne. Avec le Pacte européen sur la migration et l’asile, les demandeuses et demandeurs d’asile risquent d’être privés de protection internationale en raison de l’absence de conditions décentes pour faire valoir leurs droits.

En tant que syndicats représentant les professionnel-le-s de l’asile, nous considérons que le Pacte européen sur la migration et l’asile marque un recul sans précédent en matière de droits fondamentaux des personnes exilées et une menace directe contre les principes du droit d’asile et de non-refoulement.

Depuis des années, les organisations de défense des droits humains expriment leur profonde inquiétude face à la dérive répressive des politiques migratoires de l’Union européenne. Ce Pacte entérine un tournant majeur dans cette direction, car il repose sur la suspicion, la déshumanisation et la répression.

Nous nous opposons fermement à cette politique, qui organise l’exclusion, banalise la détention et menace les fondements mêmes de l’État de droit.

Plus que jamais, nous — agent-e-s publics du droit d’asile et défenseurs des demandeurs d’asile — restons mobilisé-e-s pour garantir à toutes et tous un accès effectif et digne aux droits fondamentaux !

Paris, le 12 juin 2026

Signataires : CGT-Ofpra, CGT CE-CNDA (Conseil d’État -Cour nationale du droit d’asile), Asyl, Sipce (Syndicat indépendant des personnels [sic] du Conseil d’État), Fp Cgil

Soutiens : Epsu (European public service union), LDH (Ligue des droits de l’Homme / droits humains), Sylvie Aebischer et Christophe Delecourt, co-secrétaires généraux de l’UFSE (Union Fédérale des Syndicats de l’État), Picum, Baam (Bureau d’accueil et d’accompagnement des migrant-es), l’ADA – Accueil demandeurs d’asile à Grenoble.

Pour soutenir ce texte

Source: 12 juin 2026 – Tribune collective « Pacte sur la migration et normalisation de la détention : lettre d’agent-es publics du droit d’asile » publiée dans Mediapart

Le « boycott » de Nadav Lapid est une censure 21 juin, 2026

Lettre ouverte de l’Observatoire de la liberté de création, dont la LDH est membre, adressée au Festival international du cinéma de Marseille (FID)

Face à la situation intenable qui a été fait à Nadav Lapid par le FID Marseille, l’Observatoire de la liberté de création tient à rappeler quelques principes élémentaires.
Quand on invite un artiste, que ce soit pour montrer ses œuvres, pour participer à un jury ou pour une master-class, on ne le désinvite pas. On est lié, juridiquement, politiquement, éthiquement, par son invitation. Donc on l’assume.
Quand on invite un artiste, que ce soit pour montrer ses œuvres, pour participer à un jury ou pour une master-class, on ne lui fait pas sentir que ce serait bien qu’il se désinvite tout seul. Cela s’appelle de la lâcheté.
Quand le fait d’inviter un artiste déclenche des réactions hostiles, on ne cède pas. On assume, on explique, on résiste. L’Observatoire de la liberté de création est toujours là pour aider les invitants en difficulté.
Quand le fait d’inviter un artiste est pris pour prétexte par d’autres artistes pour menacer de partir, on les laisse assumer leurs choix.

Maintenant quelques mots à l’adresse de ceux qui font campagne pour ce qu’ils dénomment d’un euphémisme, le « boycott culturel ». Le boycott, c’est refuser d’aller au contact de l’œuvre ou de l’artiste et  éventuellement inviter les autres à vous suivre en expliquant vos raisons. Ce qui se joue ici, et ce qui s’est joué contre Nadav Lapid, n’est rien moins qu’une censure, sous la forme insidieuse de l’entrave. L’entrave, dit le code pénal, c’est empêcher la libre diffusion des œuvres sous la menace et dans la concertation. Tous les éléments sont ici réunis.

Quant à la cible choisie, ce n’est pas le chanteur israélien qui a chanté il y a quelques jours à Paris à la gloire de l’armée israélienne et de la colonisation qui a été entravé. C’est un artiste qui dénonce, dans ses  propos et dans ses œuvres, les exactions du gouvernement de son pays. Curieux paradoxe que de s’attaquer à celui qui dénonce.

La question du financement mérite débat, pas entrave. Va-t-on reprocher à d’autres artistes, d’autres nationalités, dont certains risquent la prison, que leurs films soient financés par leurs États quand ceux-ci violent les droits humains ? Ne comprend-on pas qu’en s’en prenant aux artistes qui sont des opposants à leurs régimes respectifs, on ne fait que renforcer ces derniers ?

L’Observatoire de la liberté de création se tient à la disposition des Festivals de façon générale pour les aider face à ce type de tourmente. Mais nous ne pouvons que dénoncer l’attitude du FID et de ceux qui ont fait pression sur le FID, et dire fermement que nous n’accepterons pas que cela constitue un précédent.

Paris, le 11 juin 2026

Télécharger la lettre ouverte.

Retrouvez cette lettre ouverte sur le site de l’Observatoire de la liberté de création.

Source: Le « boycott » de Nadav Lapid est une censure