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Ligue des droits de l'Homme

Section du Pays d'Aix-en-Provence

Archives du tag : Revue de presse

Migration et droit d’asile en Europe : il existe une meilleure solution 11 juin, 2026

Communiqué commun dont la LDH est signataire

Déclaration de la campagne contre l’inhumanité aux frontières de l’Europe

A quelques jours de l’entrée en vigueur du Pacte européen sur la migration et l’asile, une très grande diversité d’organisations de la société civile, dont la LDH, s’adressent aux responsables des institutions européennes pour dire qu’il y a de meilleures politiques à mettre en œuvre, des politiques qui s’inscriraient « contre l’inhumanité aux frontières de l’Europe ». Le choix du mot « inhumanité » traduit bien ce que sont des politiques qui reflètent l’idéologie de l’extrême-droite dans nombre des mesures qu’elles contiennent. Engagées dans cette spirale infernale de politiques dictées par les haines, les rejets, les déshumanisations, alors que le « Pacte » n’entre en vigueur que maintenant, déjà de nouvelles propositions visant à approfondir cette inhumanité sont avancées pour de nouvelles lois. Organiser la solidarité avec les personnes migrantes est plus que jamais un enjeu de société, pour la société dans laquelle nous voulons vivre !

Télécharger le communiqué commun en PDF (anglais)

Voir la liste des signataires en PDF

Source: Migration et droit d’asile en Europe : il existe une meilleure solution

Face à la multiplication des actes LGBTIphobes, l’urgence d’une réponse institutionnelle forte 11 juin, 2026

Communiqué LDH

En ce début de mois des fiertés, la LDH s’inquiète de l’augmentation forte des crimes et délits visant les personnes LGBTI+ et dénonce la faiblesse de la réponse de l’État.

La lutte contre l’homophobie est instrumentalisée par les extrêmes droites contre les musulmanes et musulmans, alors que ces extrêmes droites ont en réalité renforcé leur offensive contre les minorités de genre, avec l’appui des médias financés par des milliardaires réactionnaires. Dans ce contexte national, une multiplication d’actes hostiles peut être relevés, dont voici quelques exemples.

Dans l’Aisne, le parti Reconquête a publié une pétition en ligne pour s’opposer au passage de la Marche des fiertés devant la basilique de Saint-Quentin, sur un fondement religieux, au mépris de la loi de 1905.

Dans le Finistère, à Brest, Mme Nouyou, déléguée départementale adjointe du même parti et le réseau s’intitulant « Parents vigilants » ont appelé à un rassemblement pour demander l’annulation d’activités culturelles liées aux thématiques LGBTI+ dans les médiathèques, s’opposant à la liberté de conscience et entravant l’accès à la culture.

Les initiatives mises en place par la mairie d’Arcueil de sensibilisation contre les discriminations, dans le cadre de la Journée mondiale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie, ont été vandalisées.

De façon dramatique, le combat pour l’égalité des droits et contre les LGBTIphobies n’est pas terminé et nécessite de mener des politiques publiques volontaires. Car les violences sont toujours là. C’est ainsi que le jeune Noahm, 19 ans, a succombé trois jours après des coups mortels à Metz, le 2 juin dernier. Les amis de la victime, témoins de l’agression, ont relié celle-ci aux propos homophobes tenus par les agresseurs.
Dans notre pays, c’est d’abord et surtout les idées d’extrême droite qui portent les actes, qui vont du symbolique aux violences criminelles. La LDH les condamne et se tient aux côtés des personnes et associations qui en sont la cible.

Elle dénonce par ailleurs la non-prise en compte, dès le début de l’enquête, de la circonstance aggravante du mobile transphobe ou homophobe dans la plupart des affaires, en dépit de propos explicites tenus par les auteurs de violences. Les associations et les victimes doivent alors se battre pour une telle reconnaissance. Policiers et juges doivent se former à mieux identifier ces violences et à mieux les poursuivre.

En mars dernier, la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) a fortement critiqué la « mise en œuvre décevante » du plan national 2023-2026, due notamment à l’absence de coordination interministérielle.

La LDH demande que le nouveau plan en discussion soit plus offensif, notamment en matière éducative. La lutte contre les LGBTIphobies, comme toute autre discrimination, commence en expliquant inclusion, sensibilisation et tolérance et cela quel que soit l’âge, pour un mieux vivre ensemble, dans le respect des droits et de la dignité de chacun et de chacune.

De plus, alors que les droits des personnes LGBTI+ sont violemment attaqués et reculent partout dans le monde, la LDH demande au gouvernement d’intervenir pour protéger toutes celles et tous ceux détenus à raison de l’orientation sexuelle parmi lesquels se trouvent des personnes ressortissantes françaises, et d’accorder des visas aux personnes visées le demandant, avant de leur accorder l’asile.

Plus que jamais, la LDH appelle à participer aux Marches des fiertés organisées sur l’ensemble du territoire pour s’opposer à la montée de la haine et défendre l’égalité des droits.

Les rendez-vous des sections pendant les Marches des fiertés :

  • Sète : du 11 au 14 juin 2026 toute la journée
  • Dijon, place Darcy : 13 juin 2026 à 14h
  • Périgueux, esplanade Badinter : 13 juin 2026 à 14h30
  • Montpellier, jardin du Peyrou : 20 juin 2026 à 11h – Nathalie Tehio, présidente de la LDH sera présente à l’événement
  • Paris, entre Palais royal et place de la Nation : 27 juin 2026 à 13h30

Voir le détail des événements 

Paris, le 10 juin 2026

Télécharger le communiqué en PDF

Source: Face à la multiplication des actes LGBTIphobes, l’urgence d’une réponse institutionnelle forte

8 juin 2026 – Tribune collective « Interdisez le commerce avec les colonies israéliennes illégales ! » : la lettre ouverte des ONG aux ministres des Affaires étrangères et de l’Économie publiée dans l’Humanité 11 juin, 2026

8 juin 2026 – Tribune collective « Interdisez le commerce avec les colonies israéliennes illégales ! » : la lettre ouverte des ONG aux ministres des Affaires étrangères et de l’Économie publiée dans l’Humanité
8 juin 2026 – Tribune collective « Interdisez le commerce avec les colonies israéliennes illégales ! » : la lettre ouverte des ONG aux ministres des Affaires étrangères et de l’Économie publiée dans l’Humanité
8 juin 2026 – Tribune collective « Interdisez le commerce avec les colonies israéliennes illégales ! » : la lettre ouverte des ONG aux ministres des Affaires étrangères et de l’Économie publiée dans l’Humanité

Lettre ouverte collective, dont la LDH est signataire, adressée au ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, au ministre délégué de l’Europe et des Affaires étrangères chargé du commerce extérieur et de l’attractivité, et au ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique

Lire la tribune dans l’Humanité

Messieurs les ministres,

Au nom de sept organisations de la société civile française, nous vous écrivons afin de vous exhorter à demander une interdiction par l’Union européenne (UE) du commerce avec les colonies israéliennes illégales. Cette mesure est nécessaire pour garantir la conformité de la politique commerciale de l’UE avec le droit international, et devrait donc être approuvée à la majorité qualifiée des États membres en vertu de l’article 207 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) (Politique Commerciale Commune).

Une dynamique s’accélère au sein de plusieurs Etats membres de l’UE pour interdire ces échanges contribuant à la viabilité et à l’expansion des colonies, en violation flagrante du droit international, et en contradiction avec les positions longtemps défendues par la France et l’UE. Après l’annonce d’une interdiction d’importation des produits des colonies israéliennes par l’Espagne et la Slovénie en 2025, les Pays Bas et l’Irlande sont en train de mettre en place des mesures similaires, et la Belgique pourrait suivre. En particulier, les mesures espagnole et néerlandaise vont au-delà d’une simple interdiction à l’importation : la première prévoit également une interdiction de la publicité de la commercialisation de marchandises originaires de colonies, et la seconde interdit la vente, la commercialisation et les services de courtage pour les marchandises provenant des colonies israéliennes illégales dans le Territoire Palestinien Occupé et le plateau du Golan.

Nos organisations ont accueilli favorablement les récents propos de monsieur le ministre Forissier rappelant que « nous ne pouvons accepter aucune importation de produits qui sont, en réalité, fabriqués dans des territoires occupés illégalement au regard du droit international. » Nous appelons à présent la France à participer activement à cette dynamique européenne. Nous rappelons que l’établissement de colonies dans le Territoire palestinien occupé (TPO) est illégal au regard du droit international humanitaire, notamment en vertu de la quatrième Convention de Genève, et constitue un crime de guerre aux termes du Statut de Rome de la Cour pénale internationale. Nous rappelons en outre les obligations incombant aux États membres de l’UE telles qu’énoncées dans l’avis consultatif de la Cour internationale de justice (CIJ) du 19 juillet 2024 de ne pas aider et assister la situation illégale créée par Israël en Territoire palestinien occupé. La CIJ a en particulier souligné que tous les États ont l’obligation « de prendre des mesures pour empêcher les échanges commerciaux ou les investissements qui aident au maintien de la situation illicite créée par Israël dans le [TPO] » (par. 278) et de « veiller […] à ce qu’il soit mis fin à toute entrave à l’exercice du droit du peuple palestinien à l’autodétermination résultant de la présence illicite d’Israël dans le [TPO] » (par. 279).

Engagées de longue date pour le respect du droit international en Territoire palestinien occupé, les organisations signataires de ce courrier souhaitent partager à vos cabinets les principes suivants afin d’éclairer les échanges de la France avec la Commission européenne et le Conseil de l’UE concernant la mise en place d’une interdiction du commerce avec les colonies israéliennes illégales. Ces principes constituent des éléments incontournables afin que toute éventuelle mesure européenne à ce sujet respecte pleinement les obligations de tous les États en vertu du droit international, y compris celles énoncées par la CIJ dans son avis consultatif du 19 juillet 2024.

1. Dans ses échanges avec les institutions de l’UE concernant le commerce avec les colonies israéliennes illégales, la France doit prioriser une interdiction, et non des mesures insuffisantes sur les plans opérationnel et juridique telles que la mise en place de taxes élevées sur les produits provenant des colonies ou des restrictions à l’import sur la base d’un certificat délivré par l’Autorité palestinienne. Ces propositions, soulevées par la France et la Suède en avril dernier auprès de la Commission européenne, demeureraient inefficaces et ne permettraient pas à l’UE de mettre en place ses obligations internationales d’empêcher le commerce avec les colonies, selon l’avis consultatif de la CIJ. Israël mène une politique consistant à subventionner massivement la production des colonies, ce qui pourrait couvrir tout ou partie des droits de douane. De plus, une hausse des droits de douane aurait pour effet pervers d’accroître les bénéfices financiers de l’UE sur les produits et services provenant des colonies illégales.

2. La portée d’une interdiction du commerce avec les colonies israéliennes illégales ne doit pas couvrir uniquement l’importation des produits, mais inclure également les exportations, les services et les investissements directs étrangers liés aux colonies illégales. Une mesure couvrant l’ensemble des aspects du commerce avec les colonies illégales, y compris les investissements, comme le mentionne l’avis consultatif de la CIJ, serait celle qui s’alignerait le plus étroitement sur les obligations de droit international qui incombent aux États membres de l’Union européenne.

3. Le cadre le plus approprié et cohérent pour une interdiction du commerce avec les colonies israéliennes serait l’article 207 du TFUE, c’est-à-dire la Politique Commerciale Commune, et non une sanction relevant de la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC). Parmi les précédents pertinents adoptés en vertu de l’article 207 figurent les règlements de l’UE interdisant les produits fabriqués par le recours au travail forcé et les produits utilisés à des fins de torture, les règlements relatifs aux minerais provenant de zones de conflit et aux biens à double usage, l’instrument anti-coercition, ainsi que l’interdiction d’importer du gaz russe. En outre, la création, la présence et l’expansion des colonies israéliennes sont illégales au regard du droit international indépendamment du comportement, des abus et des politiques des autorités israéliennes et des colons.

4. Dans le cas où l’Union européenne ne serait pas en mesure de s’accorder sur une telle interdiction dans un délai raisonnable, la France devra travailler à l’adoption d’une interdiction du commerce avec les colonies illégales au niveau national. Les précédents en Espagne, aux Pays Bas et en Irlande ont démontré la compatibilité d’une interdiction du commerce avec les colonies avec le droit européen, en vertu des régimes d’exception prévus par le droit de l’UE et de l’Organisation mondiale du commerce. De plus, l’article 55 de notre Constitution consacre la primauté des engagements internationaux de la France et donc de la protection de la dignité de la personne humaine et du respect des droits fondamentaux. Une telle mesure permettra ainsi d’empêcher que les activités économiques françaises, dont les services et les investissements, ne contribuent à perpétuer une situation contraire au droit international. Enfin, cela contribuera à faire évoluer la dynamique au sein de l’UE et à accroître les perspectives d’une mesure globale au niveau européen.

Nous restons à votre disposition pour toute information complémentaire et serions heureux de pouvoir discuter de cette question avec vos cabinets.

Nous vous prions d’agréer, messieurs les ministres, l’expression de notre considération distinguée,

Signataires : 

ActionAid, Association France Palestine Solidarité (AFPS), CCFD-Terre Solidaire, Human Rights Watch (HRW), LDH (Ligue des droits de l’Homme/droits humains), Plateforme des ONG françaises pour la Palestine, Secours Catholique – Caritas France

Paris, le 8 juin 2026

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4 juin 2026 – Tribune collective « Lorsque les contre-pouvoirs dépendent, dans leur désignation, de l’autorité qu’ils sont censés contrôler, leur indépendance est fragilisée » publiée dans Le Monde 11 juin, 2026

4 juin 2026 – Tribune collective « Lorsque les contre-pouvoirs dépendent, dans leur désignation, de l’autorité qu’ils sont censés contrôler, leur indépendance est fragilisée » publiée dans Le Monde
4 juin 2026 – Tribune collective « Lorsque les contre-pouvoirs dépendent, dans leur désignation, de l’autorité qu’ils sont censés contrôler, leur indépendance est fragilisée » publiée dans Le Monde
4 juin 2026 – Tribune collective « Lorsque les contre-pouvoirs dépendent, dans leur désignation, de l’autorité qu’ils sont censés contrôler, leur indépendance est fragilisée » publiée dans Le Monde

Tribune collective dont la LDH est signataire

Lire dans Le Monde

Dans une tribune collective au « Monde », les dirigeants de la LDH et de plusieurs organisations syndicales estiment regrettable que l’exécutif français pèse tant dans les nominations, de plus en plus politiques, des dirigeants d’organismes garants de la séparation des pouvoirs.

La France est une démocratie fragile, et il est impératif que l’Etat de droit soit renforcé par la modification des modalités de nomination à la tête d’institutions essentielles à son bon fonctionnement : Conseil d’Etat, Cour des comptes, Défenseur des droits, Commission nationale consultative des droits de l’homme ou encore Contrôleur général des lieux de privation de liberté.

L’Etat de droit est synonyme d’une prééminence du droit sur le pouvoir. En soumettant les autorités étatiques au droit et en assurant la séparation des pouvoirs, il protège contre l’arbitraire, ce qui en fait une structure nécessaire à toute démocratie. L’Etat de droit exige en particulier le respect de la hiérarchie des normes, la sécurité juridique, l’indépendance de la justice et le respect des droits humains. Il vise aussi, fondamentalement, à assurer l’égalité de traitement des citoyens par les institutions et devant la loi.

Or, le pouvoir de nomination de l’exécutif pour des institutions chargées précisément d’exercer un rôle de contrôle et de garantie des libertés est un facteur de déséquilibre. Ce pouvoir nourrit les soupçons de favoritisme, et affaiblit mécaniquement la légitimité de l’institution. En pratique, les nominations sont souvent des choix politiques, au gré du fait du prince. Par ailleurs, les questions de déontologie devraient être privilégiées. La nomination d’Amélie de Montchalin au poste de première présidente de la Cour des comptes, alors même qu’elle était ministre de l’action et des comptes publics, est par exemple problématique – l’immédiat enchaînement entre les deux fonctions est susceptible de susciter des conflits d’intérêts.

Au détriment de la confiance

Lorsque les contre-pouvoirs dépendent, dans leur désignation, de l’autorité qu’ils sont censés contrôler, et même si un comité ou une commission intervient en amont pour apprécier la pertinence du choix du candidat ou de la candidate, leur indépendance et, de ce fait, leur impartialité, s’en trouvent fragilisées, au détriment de la confiance des citoyens et de l’effectivité des droits. Cela est d’autant plus vrai lorsque le budget de ces contre-pouvoirs, déjà très contraint, tend à être réduit, ce qui affecte leur capacité d’action et diminue leur indépendance.

Le pouvoir de nomination des membres du Conseil constitutionnel est réparti entre les président de la République, du Sénat et de l’Assemblée nationale. Les cours constitutionnelles étrangères pourraient servir de modèles pour repenser ce mode de désignation, ainsi que les critères imposés aux candidats. La possibilité de choisir parmi d’anciens élus, sans délai de viduité entre les fonctions, et sans critère de compétence juridique et d’exercice effectif d’une profession juridique pendant un certain nombre d’années, discrédite une institution qui devrait être reconnue comme une véritable juridiction, depuis que la procédure de la question prioritaire de constitutionnalité a été instituée. La possibilité pour les anciens présidents de la République d’y siéger devrait évidemment être abolie.

La révision constitutionnelle permettant de rendre le parquet indépendant de l’exécutif, tant dans sa nomination que dans l’exercice de ses fonctions, est restée au milieu du gué. L’exécutif ne devrait pas avoir de pouvoir sur la carrière de tout magistrat, administratif ou judiciaire. L’indépendance de la justice est un marqueur essentiel de l’Etat de droit.

Afin de préserver pleinement l’Etat de droit, il apparaît indispensable de renforcer les garanties entourant les nominations à la tête d’institutions qui doivent être réellement indépendantes de l’exécutif. Cela implique notamment, en dehors du cas des magistrats, des procédures plus transparentes, pluralistes et encadrées, un contrôle renforcé par le Parlement, ainsi que par des instances indépendantes, imposant un calendrier contraignant et limitant la prééminence de l’exécutif.

A l’issue de nominations déjà effectuées, dont certaines ont pu faire débat, et à l’approche des nominations à la tête du Défenseur des droits, de la Commission nationale consultative des droits de l’homme, du Contrôleur général des lieux de privation de liberté et d’autres institutions analogues, nous demandons que ces mesures, visant à garantir l’indépendance et la légitimité de ces institutions soient appliquées. Il est impératif de rester vigilants quant au respect de ces exigences, qui conditionnent la vitalité démocratique et la protection effective des droits et libertés.

Signataires : 

Judith Allenbach, présidente du Syndicat de la magistrature ; Sophie Binet, secrétaire générale de la Confédération générale du travail (CGT) ; Caroline Chevé, secrétaire générale de la Fédération syndicale unitaire (FSU) ; Julie Ferrua et Murielle Guilbert, codéléguées générales de Solidaires (Union syndicale Solidaires) ; Thomas Giraud, président du syndicat Justice administrative collective et indépendante ; Stéphane Maugendre, président du Syndicat des avocats de France ; Nathalie Tehio, présidente de la LDH (Ligue des droits de l’Homme/Ligue  des droits humains).

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27 mai 2026 – Tribune collective « Le 21 juin, mettons un « coup KO » au racisme, à toutes les discriminations et à l’extrême droite » publiée dans l’Humanité 29 mai, 2026

27 mai 2026 – Tribune collective « Le 21 juin, mettons un « coup KO » au racisme, à toutes les discriminations et à l’extrême droite » publiée dans l’Humanité, Mediapart, Politis et Le Média
27 mai 2026 – Tribune collective « Le 21 juin, mettons un « coup KO » au racisme, à toutes les discriminations et à l’extrême droite » publiée dans l’Humanité, Mediapart, Politis et Le Média
27 mai 2026 – Tribune collective « Le 21 juin, mettons un « coup KO » au racisme, à toutes les discriminations et à l’extrême droite » publiée dans l’Humanité, Mediapart, Politis et Le Média

27 mai 2026 – Tribune collective « Le 21 juin, mettons un « coup KO » au racisme, à toutes les discriminations et à l’extrême droite » publiée dans l’Humanité

Le 21 juin rassemblons-nous à Paris pour porter haut une exigence : celle d’une société réellement égalitaire, fraternelle et libre. Une marche pour affirmer notre attachement commun aux valeurs de la République : liberté, égalité, fraternité.

Ce rendez-vous est un appel à l’engagement, à la dignité, à la solidarité active. Il est un appel à construire un avenir solidaire, juste et humain, contre toutes les formes de racisme, de haine et de division. Le 21 juin, marchons ensemble. Nombreu-s-es, solidaires, déterminé-e-s.

Les initiateurs : Bally Bagayoko (Maire de Saint-Denis/Pierrefitte-Sur-Seine); Azzédine Taïbi (Maire de Stains); Mohamed Gnabaly (Maire de l’île Saint Denis) ; Aly Diouara (Maire de La Courneuve); Sofienne Karroumi (Maire d’Aubervilliers); Demba Traoré (Maire du Blanc-Mesnil); Konate Bassi (Maire de Sarcelles); Diangou Traoré (élue à Saint Denis); Aziza Nouioua (élue à Neuilly-sur-marne); Manon Monmirel (élue à Saint-Ouen); Sofia Boutrih (élue à Saint-Denis/Pierrefitte-Sur-Seine); Leila Boustella (élue à Livry-Gargan); Nezha Barhandi (élue à Clichy) ; Thomas Bardoux (élu à Pantin) ; Mehmet Ozguner (élu à Bondy)

Les premiers signataires : Nadège Beausson-Diagne, Artiste  ; Swann Arlaud, Acteur ; Agathe Bonitzer, Comédienne ; Bastien Bouillon, Comédien ; Rachida Brakni, Actrice ; Néhémy Dahomey, Écrivain ; Rokhaya Diallo, Journaliste, autrice et Réalisatrice ; Laetitia Dosch, Actrice autrice et metteuse en scène ; Annie Ernaux, Ecrivaine ; Malcom Ferdinand, Universitaire ; Adèle Haenel, Comedienne ; Salah Hamouri, Militant Franco Palestinien ; Imany, Chanteuse et auteurecompositrice-interprète . Pierre Lemaître, Écrivain ; Grace Ly, autrice ; Soumahoro Maboula, Presidente, association Black History Month ; Mademoiselle K, Musicienne ; Hind Meddeb, Réalisatrice ; Médine, Rappeur ; Anna Mouglalis, Actrice ; Youssouf Mulumbu, Consultant ; Akim Omiri, Humoriste ; Léonie Pernet, musicienne ; Soa de Muse, Artiste ; Tatiana, Humoriste ; Jenna Thiam, Comédienne, rappeuse ; Assa Traore, Collectif Adama ; Françoise Verges, Autrice, militante decoloniale ; Abdourahman Waberi, Ecrivain ; Lamia Ziade, Artiste ; Elies Zoghlami, Humoriste

Représentants d’organisation : Sophie Binet, Secrétaire générale de la CGT ; Amal Bentounsi, Collectif de la marche du 21 avril ; Said Bouamama, FUIQP ; Caroline Chevé, secrétaire générale de la FSU ; Samia El Khalfaoui, Association Stop aux violences d’état (SAVE) ; Julie Ferrua , Co-déléguée générale de l’Union syndicale Solidaires ; Murielle Guilbert , Co-déléguée générale de l’Union syndicale Solidaires ; Tayeb Khouira , Secrétaire National de l’Union syndicale Solidaires ; Béatrice Orès , Porte-parole UJFP ; Véronique Poulain , Trésorière Nationale de l’Union syndicale Solidaires ; Raphaël Pradeau , Porte-parole d’Attac France ; Jonathan RuƯ-Zahn , Cofondateur Tsedek ; Anzoumane Sissoko, Marche des Solidarités ; Nathalie Tehio , Présidente de la LDH ; Assa Traore, Collectif Adama ; Yoro Traore , Intercollectif des Sans-Papiers ; Youlie Yamamoto , Porteparole d’Attac France

Ils et elles signent également : Nasteho Aden, présidente du carré citoyen 93 ; Jean-Pierre Amira Bendjaballah, Journaliste ; Sissoko Anzoumane, Responsable MDS et Élu 18 eme ; Nadia Azoug, Vice-présidente Département SSD 93 / 1ere Adjointe Pantin ; Anne Azoulay, Comédienne ; Pauline Bade, Thérapeute militante ; David Baiot, Acteur ; Etienne Balibar, Professeur honoraire, Université de Nanterre ; Frank Barat, Producteur ; Christian Benedetti, Acteur / metteur en scène ; Siham Bengoua, Créatrice de contenu ; Hakim Benhabib, Thérapeute/Artiste ; Eric Berr, Economiste ; David Bertrand, Directeur de Casting ; Louise Bihan, Documentariste ; Benjamin Biolay, Chanteur et acteur ; Morgane Bonnaud, Monteuse ; Said Bouamama, FUIQP ; Sigrid Bouaziz, Comédienne et réalisatrice ; Idir Boumertit, Maire de Vénissieux ; Dominique Cabrera, Réalisatrice ; Jean-Victor Castor, élu ; Cécile Cée, Artiste ; Manon Chaillou, Intermittente du spectacle ; Charlie Le Mindu, artiste ; Annie Chazelle, Engagement auprès des familles sans papiers ; Elodie Chazelle, Architecte ; Sarah Chazelle, Distributrice de films ; Judith Chemla, Actrice ; Mona Chollet, Autrice ; Claudine Cordani, Journaliste ; Alexia Coutant, Attachée de presse ; Coline Crance-Philouze, Distributrice ; Xavier Czapla, Comédien ; Slimane Dazi, Comédien ; Laurence De Cock, historienne, enseignante ; Malek Délégué, Éditorialiste politique ; Caroline Deruas Peano, Réalisatrice ; Lolo Dewaere, Comédienne ; Dinaa, Artiste ; Abdoubar DjaƯar, élu de Créteil; Maïmouna Doucouré, réalisatrice ; Juliet Drouar, Auteur ; Victoire Du Bois, Comédienne ; Karine Durance, Attachée de presse ; Samia El Khalfaoui, Association Stop aux violences d’état (SAVE) ; Sepideh Farsi, Cinéaste ; Eric Fassin, Professeur de sociologie à l’Université Paris 8 ; Benjamin Fiorini, Maître de conférences, Université Paris 8 ; Cécile Fisera, Comédienne ; Sandrine Floc’h, Distributrice ; Giulia Fois, Journaliste, autrice ; Jérémie Fontaine, Réalisateur ; Sophie Fustes, Musicienne ; Lena Garrel, Actrice ; Caroline Geryl, Musicienne ; Hélène GiaƯeri, Humaniste, antiraciste et antifasciste ; Catherine Giraud, Attachée de presse ; Emmanuel Gras, Réalisateur ; Alain Guiraudie, Cinéaste ; Yasmine Hamdan, Artiste ; Eva Huault, Actrice ; Axelle Jah Njike, Autrice afropéenne, podcasteuse, documentariste & dramaturge. ; Rachel Keke, humaniste ; Negin Khazaee, Cinéaste ; Camille Kouchner, Autrice, Enseignante-chercheuse. ; Ariane Labed, Actrice, réalisatrice ; Thomas Lacoste, Réalisateur, La Bande Passante ; Abdelkader Lahmar, Maire de Vaulx en Velin ; Annie Lahmer, Conseillère Régionale ; Mélissa Laveaux, autrice compositrice interprète ; Radouan Leflahi, Acteur ; Ainhoa Leguy, Étudiante ; Marie Lemarchand, Comédienne et activiste ; Albert Lévy, ancien magistrat ; Florence Loiret-Caille, Actrice ; Emily Loizeau, Artiste auteure compositrice interprète ; (Lydroppedthemic) LY, Rappeur ; Grace Ly, Autrice ; Ziad Majed, Professeur universitaire ; Bertrand Mandico, Cinéaste ; Karim Mastouri, Adjoint au Maire d’Ivrysur-Seine ; Xavier Mathieu, Acteur ; Maxime Matray, cinéaste ; Lola Maupas, Chercheuse ; Guillaume Meurice, Humoriste ; Johanna Meyer, Distributrice cinéma ; Shanti Mouget, Danseuse ; Bruno N’Diaye, Membre du Bureau Exécutif de la Libre Pensée ; Ugo Palheta, Enseignant-chercheur ; Julie Paratian, Productrice de films ; Caroline Peano Derua, Réalisatrice ; Jean-Gabriel Périot, cinéaste ; Elisabeth Perlié, Distributrice ; Cinna Peyghamy, Artiste ; Pablo Pillaud-Vivien, Journaliste ; Princess Erika, Chanteuse et actrice ; Olivier Rabourdin, acteur ; Narivelo Randriana Riosa, élu à Meudon ; Raz, streamer politique ; Marine Riou, Exploitante de cinéma ; François Sauterey, co-président du MRAP ; Pierre Schoeller, Cinéaste ; Claire Simon, Cinéaste ; Julien Simon, Acteur ; Ahlam Slama, Comédienne ; Juliette Smadja, comédienne et autrice ; Amine Snoussi, Journaliste – Le Média TV, Frustration ; Dominique Sopo, président de SOS-Racisme ; Yuki Takahata, autrice traductrice ; Emily Tante, Dragqueen ; Juliette Todisco “Macho Boulot Dodo”, Créatrice de contenu ; Khadija Toufik, Journaliste ; Claire Touzard, Écrivaine ; Victoire Tuaillon, Journaliste ; Piero Usberti, Réalisateur ; Youness Valo, Réalisateur ; Madhuri Van Eeckhout, 3ème assistant caméra ; Valentin Vasseur, Technicien de maintenance ; Virgil Vernier, Réalisateur ; Gisèle Vienne, Chorégraphe metteur en scène ; Bixente Volet, Réalisateur ; Alexia Walther, Cinéaste ; Kiara Wimbush, Ingénieure de recherche ; Wissam Xelka, Streamer, militant décolonial ; Omar Yaqoob, Maire de Creil…

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10 mai 2026 – Tribune « La censure est le symptôme d’une démocratie malade » publiée dans l’Humanité 13 mai, 2026

Tribune de Nathalie Tehio, présidente de la LDH

lire dans l’Humanité

Avocate de profession, la présidente de la LDH (Ligue des droits de l’Homme), Nathalie Tehio, revient sur sa vie marquée par le racisme et la colonisation en Kanaky. Elle appelle à organiser la défense de l’Etat de droit particulièrement affaibli par dix ans de macronisme.

Nathalie Tehio a le sens de l’accueil. Elle dégage l’énergie chaleureuse d’une militante qui consacre sa vie, depuis son plus jeune âge, au respect de l’autre et à la défense des droits fondamentaux. Sourire large et poignée de main délicate, la présidente de la LDH attend sur le seuil de l’entrée, au siège de l’association dans le 18e arrondissement parisien. Elle vient d’apprendre le classement de la pétition contre la loi Yadan, qui a pourtant recueilli plus de 700 000 signatures. Ni une ni deux, son téléphone sonne. « Oui, je suis déjà au courant », répond-elle. Et déjà prête à poursuivre son combat pour préserver l’espace civique.

Pourquoi être devenue avocate ?

Devenir avocate n’était pas un rêve d’enfant. En réalité, c’est mon père qui a voulu que je choisisse ces études ! Il exerçait cette profession et était le seul à défendre les indépendantistes kanak. Quand nous sommes arrivés en Kanaky – Nouvelle-Calédonie avec mon père et ma mère, j’avais 5 ans. Dès mon plus jeune âge, j’ai subi le racisme. Moi, je voulais voyager en Chine, d’où ma famille paternelle est originaire.

Mon père est né à Tahiti, ses grands-pères avaient été amenés sur l’île par les Français, qui recherchaient de la main d’œuvre chinoise pour travailler dans les plantations. Avec une amie, elle aussi d’origine chinoise, nous projetions de retourner dans le pays de nos ancêtres afin de retrouver nos origines. Mais, finalement, j’ai écouté mon père et j’ai intégré la faculté de droit de Montpellier en 1982…

De Tahiti à La Nouvelle-Calédonie, votre histoire est liée à la colonisation française…

La colonisation repose sur la hiérarchie des races et, le bas de l’échelle, c’est le peuple colonisé. Dans mon école, il n’y avait même pas de Kanak. Cette mentalité coloniale perdure encore aujourd’hui, même si l’évolution politique a amené à davantage d’ouverture et à un croisement des cultures plus important.

Mais c’est affolant de voir que, même avec le temps, les inégalités sociales perdurent, en dépit des accords de Matignon, puis de Nouméa, qui m’avaient donné de l’espoir. Le préambule de l’accord de Nouméa était magnifique. Il reconnaissait l’identité du peuple kanak, les méfaits de la colonisation mais aussi les bagnards et les colons comme « victimes de l’histoire ».

L’idée était de construire un peuple au destin commun. Ce fut aussi la symbolique extraordinaire de la poignée de main entre Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur, c’était merveilleux. Cela m’a fait tellement de mal de voir combien les élus en Kanaky – Nouvelle-Calédonie n’ont pas fait ce qu’il fallait et comment la France a finalement renoncé à mettre en œuvre ses accords. Maintenant, c’est pire que tout.

Emmanuel Macron s’enferme avec quelques conseillers qui se pensent plus compétents que les diplomates et tous ceux ayant travaillé sur le sujet avant eux. Il impose par la force, au mépris de l’histoire et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, sa réforme du corps électoral. Les Kanak sont aujourd’hui minoritaires et minorés dans leur pays afin qu’ils n’accèdent jamais à leurs revendications, et notamment à l’indépendance.

Comment avez-vous vécu les années 1980, marquées par une quasi-guerre civile ?

Je me trouvais à Montpellier pour mes études, j’ai voulu rentrer mais mes parents m’ont dit de rester en France. « Au moins, tu es en sécurité ! » Mon père et mes proches ont été visés par de nombreux attentats, ils étaient sur la liste des personnes à abattre. Quand Éloi Machoro (indépendantiste du FLNKS – NDLR) a été tué, mon père est allé à la morgue pour calmer les Kanak, une voiture a tenté de lui foncer dessus. Il a été sauvé de justesse. Moi, je suivais tout ça depuis de France, où il y avait de fortes mobilisations. Je militais activement dans les amphis de ma fac.

C’étaient finalement vos premières heures de militantisme…

J’ai commencé bien plus jeune ! À 14 ans, je rédigeais mes premiers articles pour des amis kanak dans le journal du FLNKS (Front de libération nationale kanak et socialiste). L’un sur un lieu coutumier saccagé par l’armée ; un second lorsqu’un régiment avait demandé des danses kanak contre rémunération : ils les ont payés, mais en bouteilles de whisky… À 16 ans, j’ai été nommée rapporteuse d’un groupe de travail lors du congrès du FLNKS à Ouvéa. Je suis née dans la lutte, mes parents ont participé à créer la LDH en Kanaky – Nouvelle-Calédonie. Je suis un « bébé ligue » (rire).

Devenir la présidente de la LDH un aboutissement assez logique…

J’étais très loin de cette idée. Pour moi, c’était militer sur le terrain et dans les sections qui comptait. Aujourd’hui, en tant que présidente, j’ai quelques frustrations, je ne peux plus être aussi présente dans ma section d’arrondissement parisien (10e-11e). Quand j’ai élevé seule mon enfant, j’ai dû lever un peu le pied, puis j’ai recommencé à militer pleinement.

C’est à ce moment là que j’ai participé à la création de  l’Observatoire parisien des libertés publiques et rejoint les bancs de la fédération pour avoir une vue d’ensemble sur le territoire parisien et rencontrer des militants, discuter et débattre davantage… et me voilà présidente !

Comment définiriez-vous le rôle de la LDH ?

La LDH est une association politique mais pas partisane. Nous agissons pour veiller au respect des droits fondamentaux. Fondamentalement, nous sommes contre la raison d »État. Notre création remonte à l’affaire Dreyfus, nous combattons l’antisémitisme, le racisme et toutes les discriminations. C’est assez fou, mais nous sommes souvent attaqués par des politiques simplement parce qu’on demande le respect et l’application du droit.

Gérald Darmanin et Elisabeth Borne nous ont menacés quand nous avons dénoncé les violences des forces de gendarmerie totalement disproportionnées à Sainte-Soline, comme l’ont depuis démontré les images des caméras-piétons. Récemment, le maire (RN) de Carcassonne a coupé les subventions de la section locale parce qu’elle avait attaqué son arrêté anti-mendicité…

Concernant l’antisémitisme, comment analysez-vous la séquence de la loi Yadan ?

C’était une grave menace pour la liberté d’expression et les libertés académiques. Cette proposition de loi visait à faire le lien entre antisionisme et antisémitisme et à interdire toute critique du gouvernement d’extrême droite de Benyamin Netanyahou. Mme Yadan allait faire passer cette proposition de loi avec les voix du RN, parti issu du Front national cofondé par des SS qui ont participé au génocide des juifs, sans que personne se pose de questions, c’est aberrant !

Le problème dans la lutte contre l’antisémitisme et le racisme, c’est le manque de soutien politique. Chaque année, la Commission nationale consultative des droits de l’Homme publie un rapport sur ces sujets. Alors qu’il est écrit dans la loi que le Premier ministre doit en prendre connaissance, il n’a pas voulu le recevoir ! Et après, ils disent vouloir lutter contre le racisme et l’antisémitisme, c’est quand même étrange…

Dans les affaires judiciaires, on constate que la circonstance aggravante de « racisme » est très rarement retenue…

Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a pris une circulaire pour demander que la circonstance aggravante d’antisémitisme soit toujours retenue dès lors qu’il y a le moindre élément pour le laisser penser. Mais pourquoi pas aussi pour le racisme ? Je n’ai pas de réponse, je ne comprends pas pourquoi. L’exemple type, c’est le meurtre de Djamel Bendjaballah, tué par un militant identitaire contre lequel la victime avait, plusieurs fois, porté plainte pour racisme. Mais, là encore, le motif raciste du meurtre n’a pas été retenu. C’est inexplicable…

En classant la pétition contre la loi Yadan, quel signal le pouvoir envoie-t-il, selon vous ?

Cette décision s’inscrit dans la restriction continuelle de  l’espace civique. Cette dynamique est dangereuse pour une démocratie. En ce moment, toutes les formes d’expression à propos du conflit israélo-palestinien sont très contraintes, mais, globalement, nous sommes dans une volonté qui vise à faire taire.

L’Etat de droit est menacé, les contre-pouvoirs sont cassés, on essaye de nous bâillonner. Le politique tend à décider ce sur quoi les citoyens ont le droit de parler. Vous avez le droit de manifester, mais que sur les thèmes autorisés… Cette censure est le symptôme d’une démocratie malade.

Les mandats d’Emmanuel Macron ont-ils contribué à affaiblir l’Etat de droit ?

L’Etat de droit en France n’est pas très affermi. Il n’est pas si fort. Les nominations des magistrats ont lieu en Conseil des ministres, les procureurs de la République reçoivent des instructions générales directement du ministre de la Justice, dont ils sont dépendants hiérarchiquement. Et ne parlons même pas du Conseil constitutionnel, où siègent non pas des juges indépendants mais des politiques. Dans le cas des violences policières, la fébrilité de l’État est assez significative.

Alors que des juges commencent à prendre conscience de leur réalité et à sanctionner des policiers, une proposition de loi arrive à l’Assemblée nationale pour instaurer une « présomption de légitime défense » et empêcher ce contrôle judiciaire. Le  ministre de l’Intérieur a promis de la reprendre dans un projet de loi, car elle n’a pas été votée. C’est dramatique et je ne crois pas en un hasard de calendrier !

Le risque est simple, il n’y aura même plus d’enquête, puisque le tir d’un policier sera toujours présumé légal. Comment peut-on imaginer que ce que fait un policier est bien, par principe ? Au contraire, compte tenu du pouvoir qu’il a, le policier devrait être d’autant plus surveillé et rendre des comptes systématiquement.

Si le RN arrive au pouvoir, aura-t-il les mains libres pour développer sa politique d’extrême droite ?

Oui, il y a beaucoup de choses qu’il pourra faire, et notamment son fameux « projet de loi référendaire » qui institutionnaliserait « la priorité nationale », car il est déjà certain que le  Conseil constitutionnel ne s’y opposera pas. Nous n’avons pas grand-chose comme garde-fous. Pendant longtemps, nous avons vécu dans l’idée qu’il y avait un approfondissement de l’Etat de droit. Aujourd’hui, nous sommes en marche arrière à cause de choix politiques.

Certains politiciens jouent sur le terrain du RN pour gagner des voix et parfois partagent sincèrement leurs idées, alors que les médias d’extrême droite diffusent déjà leurs thèmes à grande échelle dans la société. Moi, j’ose me référer à la radio des Mille Collines, qui a préparé le génocide des Tutsis. Comment imaginer que ces médias de la haine n’auront pas d’effets ? En France, des gens sont déjà menacés, voire tués pour ce qu’ils sont. En affaiblissant l’Etat de droit et la démocratie, un tremplin a été construit pour le RN.

Comment vous préparez-vous à une possible victoire de l’extrême droite à la présidentielle de 2027 ?

Effectivement, on doit se préparer, car il ne fait aucun doute que le RN s’attaquera à tous les contre-pouvoirs. Ils ne le feront pas immédiatement, mais il leur suffira d’un prétexte. Nous avons commencé à travailler sur les meilleurs moyens de contrer les attaques contre les associations. Nous en avons déjà l’expérience, malheureusement, notamment depuis la loi sur le séparatisme qui a permis de retirer les subventions de  nombreuses associations.

De l’espoir quand même ?

La lueur d’espoir réside dans les études qui sont faites par la Commission nationale consultative des droits de l’Homme sur le racisme. Le travail sur l’indice longitudinal de tolérance montre que celle-ci a augmenté au fil des années. On voit bien que la société est quand même plus ouverte. Le problème dans la dichotomie entre cette ouverture et le vote et l’abstention.

Un grand nombre de personnes se sentent délaissées par les pouvoirs publics. Cela génère du repli sur soi et un vote au profit du RN, qui, en promettant une politique d’exclusion de certains, fait croire qu’il redistribuera mieux les richesses. Une lueur d’espoir se trouve aussi dans l’incroyable force de la société civile quand elle se mobilise. La LDH sera toujours dans la lutte pour combattre l’extrême droite.

Source: 10 mai 2026 – Tribune « La censure est le symptôme d’une démocratie malade » publiée dans l’Humanité

4 mai 2026 – « Contre le racisme, la parole décomplexée et la suspicion permanente », publiée sur Mediapart 7 mai, 2026

Tribune collective, signée par Nathalie Tehio, présidente de la LDH

Lire sur Mediapart

Nous, syndicalistes, élu-e-s politiques, acteurs et actrices associatifs, artistes, sportifs, journalistes, chercheur-euse-s, écrivain-e-s, intellectuel-le-s et citoyen-ne-s engagé-e-s, directement concerné-e-s par les discriminations liées à nos origines réelles ou supposées :

En France, en 2026, trop nombreuses sont celles et ceux d’entre nous qui vivent encore sous le poids d’un soupçon permanent. Un soupçon diffus, persistant, qui ne repose ni sur des actes ni sur des faits, mais sur un nom, une apparence, une histoire familiale. Trop souvent, nous sommes renvoyé·es à une altérité, maintenu-es à distance, placé·es sous une forme de mise en doute permanente. Ce soupçon n’est pas seulement individuel : il est devenu un fait politique. Il structure une partie du débat public, alimente des stratégies de division et fragilise le pacte démocratique lui-même.

Depuis quelques années, un seuil a été franchi. Une parole raciste s’est installée, plus libre, plus assumée. Dans l’espace public comme dans le débat médiatique, des propos qui auraient autrefois suscité une condamnation claire sont désormais banalisés, relativisés, parfois même revendiqués. Cette évolution n’est pas anodine : elle légitime des comportements, elle autorise des discriminations, elle installe un climat qui pèse concrètement sur nos vies.

Elle s’inscrit dans un contexte plus large de radicalisation du débat public, où l’obsession identitaire remplace les enjeux sociaux, écologiques et démocratiques, et où certain-es cherchent à diviser la population plutôt qu’à construire un avenir commun.

Il est essentiel de rappeler que ces situations ne relèvent ni du hasard ni de cas isolés, mais sont le produit de constructions sociales et de stéréotypes profondément ancrés. À ce titre, il relève également de la responsabilité de nos organisations d’en assurer la déconstruction, au même titre que pour les autres formes de discriminations. Cela suppose de regarder en face les logiques systémiques à l’œuvre, y compris lorsqu’elles traversent nos propres institutions, et de refuser les dénis qui empêchent d’agir.

Ces mécanismes se traduisent de manière très concrète dans le monde du travail. À chaque étape des parcours professionnels, des inégalités persistent : difficultés d’accès à l’emploi, tri des candidatures sur des critères implicites, inégalités de traitement à compétences égales, freins dans les évolutions de carrière, plafonds invisibles, formes de mise à l’écart ou de disqualification plus ou moins explicites. Ces expériences, largement partagées, sont encore trop souvent minimisées ou invisibilisées, alors même qu’elles participent à la reproduction d’inégalités structurelles.

Nous le constatons également dans l’accès au logement, dans les interactions avec les institutions, dans les parcours professionnels ou politiques : le doute précède trop souvent la reconnaissance. À compétences égales, l’égalité ne va pas de soi. À engagement égal, la légitimité est questionnée.

Et lorsque nous accédons à des responsabilités — qu’elles soient syndicales,  politiques, associatives, culturelles, sportives, médiatiques ou universitaires — l’exposition est plus forte encore. Il est trop fréquent que les attaques ne portent pas seulement sur nos idées ou nos actions, mais sur ce que nous sommes. Notre place est interrogée, notre loyauté suspectée, notre présence contestée. Cette mise en cause permanente n’est pas seulement injuste : elle vise à décourager, à invisibiliser, à exclure des voix qui dérangent parce qu’elles portent une exigence d’égalité réelle.

Nous ne l’acceptons pas.
Nous refusons que cette banalisation de la parole raciste devienne la norme. Nous refusons de devoir en permanence justifier notre place. Nous refusons que l’égalité reste un principe abstrait quand elle devrait être une réalité concrète.

Le racisme n’est pas une opinion. C’est une atteinte directe à la dignité et aux droits. Ce que nous vivons n’est pas marginal : c’est le reflet de mécanismes profonds qui traversent encore notre société.

Nous affirmons simplement que nulle personne ne doit, du fait de son origine, de sa religion, de sa couleur de peau, prouver sa légitimité ; s’excuser d’être là ; accepter d’être traitée différemment.
Nous appelons à une prise de responsabilité collective.
Dans les institutions qui ont l’obligation de garantir une égalité réelle.

Dans les organisations syndicales, politiques et associatives qui doivent faire vivre des pratiques cohérentes avec les valeurs affichées.

Dans les médias que nous appelons à rompre avec les représentations biaisées, à refuser toute complaisance envers les discours racistes et à faire à nouveau une place substantielle à la parole antiraciste aujourd’hui largement marginalisée.

Dans l’ensemble de la société où chacun·e porte la responsabilité d’agir individuellement ou collectivement pour ne plus laisser passer ce qui ne devrait jamais l’être. Nous appelons aussi à reconstruire un récit commun fondé sur l’égalité, la justice et la dignité, face aux logiques de peur, de rejet et de hiérarchisation des vies.

Nous appelons aussi à reconnaître pleinement ce que nous apportons — dans tous les domaines — à la vie sociale, culturelle, économique et démocratique du pays.

Notre parole est une parole d’expérience. Elle ne cherche ni à opposer ni à diviser, mais à nommer une réalité pour mieux la dépasser. Elle est aussi une parole d’espoir : celle d’une société capable de se regarder lucidement pour devenir plus juste.

Parce qu’aucune société ne tient durablement sur l’injustice,

Parce que l’égalité ne peut rester une promesse,

Parce que la dignité ne se négocie pas,

Parce que la démocratie ne peut survivre à la banalisation du racisme,

Nous prenons la parole, ensemble. Pour l’égalité et pour la dignité.

Premiers signataires : Tayeb Khouira : secrétaire national de l’Union syndicale Solidaires ; Véronique Poulain : trésorière nationale de l’Union syndicale Solidaires ; Sophie Vénétitay : secrétaire générale du SNES-FSU ; Myriam Lebkiri : secrétaire confédérale CGT ; Kevin Razy : artiste ; Nathalie Tehio : présidente de la LDH (Ligue des droits de l’Homme) ; Sabina Issehnane : économiste ; Mourad Guichard : journaliste indépendant ; Mounir Satouri : député européen ; Sandra Nkaké : artiviste, auteure-compositrice, chanteuse et productrice ; Mélissa Laveaux : autrice-compositrice-interprète ; Youlie Yamamoto : porte-parole d’Attac France ; Jean-Benoit Diallo : humoriste ; Nawel Ben Kraïem : artiste chanteuse ; Dominique Sopo : président de SOS Racisme ; Bally Bagayoko : maire de Saint-Denis / Pierrefitte-sur-Seine ; Allan Barte : auteur de BD ; Solène Brun : sociologue, chargée de recherche au CNRS ; Lionel Crusoé : avocat au barreau de Paris ; Haidari Nassurdine : président du CRAN ; Aminata Niakaté : maire adjointe de Paris ; ; Cécile Chathuant : porte-parole de Solidaires Jeunesse et Sports ; Abdelkrim Bichkou : humoriste ; Fatoumata Koné : maire adjointe de Paris ; Nicolas Macumi : artiste-auteur, documentariste ; Kader Chibane : président du Pôle écologiste d’Île-de-France ; Nadège Meden : artiste lyrique ; Carlos Martens Bilongo : député du Val-d’Oise ; Lucie Chhieng : artiste (Planète Boum Boum) ; Nacer El Idrissi : président de l’Association des travailleurs maghrébins de France (ATMF) ; Mélissa Camara : députée européenne ; Ali Mouni (Alee) : musicien ; Seinde Doucouré : adjointe au maire du 13e arrondissement de Paris ; Hakim Pas Possible : vidéaste ; Annie Lahmer : conseillère régionale ; Mourad Musset : artiste musicien ; Béchir Saket : conseiller de Paris ; Myssa : artiste ; Ibrahim Chenouf : conseiller municipal délégué ; Nawel Ben Kraïem : artiste chanteuse ; Samir Allel : sociologue ; Danièle Obono : députée ; HK : artiste chanteur ; Nadia Azoug : première maire adjointe de Pantin, vice-présidente du conseil départemental 93 ; Mustapha Amokrane : artiste (membre du groupe Zebda) ; Mehdy Belabbas : président de l’association Pour la mémoire, contre l’oubli ; Aziz Oguz : journaliste ; Michaël Nguyen : conseiller municipal de Schiltigheim et conseiller de l’Eurométropole de Strasbourg ; Irène Ansari : coordinatrice de l’association Ligue des femmes iraniennes pour la démocratie (LFID) ; Remy El Sibaïe : photographe ; Hanan El Adraoui : conseillère départementale Blois 1 (Loir-et-Cher) ; Hocine Rouagdia : journaliste ; Rachel Keke : ancienne députée du Val-de-Marne ; Goundo Diawara : adjointe au maire de Saint-Denis ; Akli Mellouli : sénateur ; Vincent Nativel : secrétaire adjoint SUD Logement Social ; Nellie Rebib : secrétaire adjointe SUD Protection sociale ; Mohamed Diaby : trésorier fédéral de SUD Solidaires des transports urbains et interurbains ; Rémy Chabbouh : porte-parole du syndicat SUD SDIS ; Camille Cordeau : co-porte-parole du syndicat Solidaires-Météo ; Dalila Arab : première adjointe à la mairie de Sevran ; Pouria Amirshahi : député ; Elisabeth Abanda Ayissi : responsable de la commission antiracisme des Écologistes ; Iman El Feki : doctorante, Université de Strasbourg ; Imane El Hamzaoui : coordination nationale LFI (antiracisme) ; Mohamed Gnabaly : maire de L’Île-Saint-Denis ; Samia Lakehal : trésorière nationale des Écologistes ; Slimane Tirera : président du GIST ; Modibo Tounkara : président de l’association PEREFORMANT ; Salima Zerroun : maire adjointe de Rosny-sous-Bois ; Aurore KESSAÏ membre du Conseil Syndical Asso Solidaires ; AJAR (Association des journalistes antiracistes et racisé.e.s)

Source: 4 mai 2026 – « Contre le racisme, la parole décomplexée et la suspicion permanente », publiée sur Mediapart

4 mai 2025 – Tribune « Nous, universitaires, soutenons les “1001 territoires pour la fraternité”, contre l’extrême droite » publiée sur Libération 7 mai, 2026

4 mai 2025 – Tribune « Nous, universitaires, soutenons les “1001 territoires pour la fraternité”, contre l’extrême droite » publiée sur Libération
4 mai 2025 – Tribune « Nous, universitaires, soutenons les “1001 territoires pour la fraternité”, contre l’extrême droite » publiée sur Libération
4 mai 2025 – Tribune « Nous, universitaires, soutenons les “1001 territoires pour la fraternité”, contre l’extrême droite » publiée sur Libération

Tribune collective qui soutient la démarche 1001 territoires Pour la fraternité, dont la LDH est partie-prenante

Tribune sur Libération

Les élections municipales ont été marquées par une nouvelle poussée du Rassemblement national (RN). Il a emporté des dizaines de communes et continue de s’installer dans les territoires et le paysage politique et institutionnel. Les thèmes de prédilection de l’extrême droite ont envahi le débat public. Le RN marque des points chaque jour dans la bataille culturelle qu’il mène avec l’aide active de médias réactionnaires de plus en plus offensifs et décomplexés. Le patronat prend langue avec Jordan Bardella et ne juge pas son parti à l’aune de ses valeurs mais de sa compatibilité avec ses intérêts économiques. Une large partie de la droite, jusqu’alors attachée à la République, cède aux sirènes d’un discours xénophobe. Chaque jour semble se confirmer ainsi le risque de voir s’installer à l’Elysée dans un an un-e président-e de la République qui tourne le dos à l’héritage républicain. Ce désastre peut être déjoué. Il n’est pas inéluctable. Il ne faut pas nourrir l’anticipation de l’échec parce qu’il conduit toujours à sa réalisation.

 Il reste 12 mois pour empêcher les tenants de la haine de l’autre et du repli sur soi de mettre en œuvre leur projet de société. La lutte contre l’extrême droite peut emprunter de nombreux chemins. Sur le terrain des partis, nombreuses sont encore les organisations à défendre les valeurs de liberté et d’égalité. Sur le terrain intellectuel, le monde de la recherche déconstruit les idées nauséabondes et simplistes de l’extrême droite, alerte sur la confusion politique ambiante sur laquelle le RN cherche à capitaliser, délégitime ses solutions économiques simplistes et inefficaces ou nuance la droitisation de la société française présentée comme une lame de fond irrésistible. Nous y prenons notre part. La société civile prend aussi sa place dans le combat. Elle s’est fortement mobilisée en juin-juillet 2024 pour faire obstacle à l’arrivée des promoteurs de la haine de l’autre et du repli sur soi alors que leur accession aux responsabilités était présentée comme inévitable. On disait impossible lors de ces élections législatives un report massif des voix vers la candidate ou le candidat face à l’extrême-droite. Malgré la réserve de quelques forces politiques, une formidable mobilisation des actrices et acteurs de la société civile s’est levée, bien au-delà des organisations partisanes, contribuant à ce que la participation électorale reprenne des couleurs, les électrices et électeurs prenant la mesure de l’enjeu. C’est un mouvement puissant qui s’est exprimé.

Dans ce sillage, une autre dynamique s’est mise en place ces derniers mois à laquelle nous voulons donner de l’écho et notre soutien enthousiaste. Depuis le Mouvement associatif jusqu’à plusieurs grandes organisations syndicales, de la LDH (Ligue des droits de l’Homme), Ligue de l’enseignement, à France Nature Environnement, d’associations de jeunesse, culturelles, sportives ou de tourisme jusqu’à Emmaüs, aux MJC ou aux centres sociaux… 41 organisations nationales associatives et syndicales regroupant des millions de personnes sur les territoires ont décidé de manière inédite de s’unir et de fédérer leurs forces et leurs membres dans une démarche collective exemplaire : 1001 territoires pour la fraternité. L’objectif est de redonner l’espoir en la fraternité, l’égalité et la liberté aux habitantes et habitants de notre pays et de mettre en lumière les valeurs positives portées au quotidien par nombre de projets sur les territoires. Elles témoignent d’une réalité toute autre que celle, anxiogène, véhiculée par des médias proches de l’extrême droite. Concrètement la dynamique vise à fédérer, en des lieux multiples, les initiatives collectives porteuses de solidarité opposées au repli sur soi et à la haine de l’autre.

Projets culturels, projections de films, débats sur l’espace public, rencontres sportives, soirées festives interculturelles, concerts, actions flash, formations, banquets citoyens, actions éducatives… Les rencontres se multiplient qui se revendiquent de la solidarité, du faire ensemble, de la fraternité, des valeurs de l’éducation populaire. Une deuxième phase de la démarche se lance en mai et juin sur un nombre de lieux plus importants. Elle va mobiliser plusieurs centaines d’initiatives locales regroupant des dizaines de milliers d’habitants. Pendant l’été, des centaines de milliers de vacanciers vont être sensibilisés aux valeurs de la fraternité. Il restera alors une toute petite année scolaire, sportive, associative, syndicale… Pour faire monter la vague de fraternité depuis les territoires afin d’empêcher les thèmes de l’extrême droite d’envahir la campagne électorale de la présidentielle et des législatives.

Le monde syndical et associatif ne se résigne pas à la défensive, et à attendre passivement la prochaine élection où il faudra à nouveau sans nul doute faire front. Les valeurs républicaines de fraternité, de solidarité, d’ouverture à l’autre et de liberté de conscience sont ancrées dans le quotidien des territoires. Le paysage social et politique s’assombrit mais il y aussi de la lumière et une puissante aspiration à vivre dans une société où les droits fondamentaux sont accessibles à toutes et tous. Elle s’exprime souvent, spontanément, dans le quotidien, dans les solidarités. Nous, universitaires et chercheurs, nous saluons cette démarche porteuse d’espoir et nous y apportons notre plein soutien.

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Source: 4 mai 2025 – Tribune « Nous, universitaires, soutenons les “1001 territoires pour la fraternité”, contre l’extrême droite » publiée sur Libération

3 mai 2026 – Tribune collective « Projet de loi de programmation militaire : la séparation des pouvoirs et les libertés publiques menacées » publiée dans L’Humanité 7 mai, 2026

3 mai 2026 – Tribune collective « Projet de loi de programmation militaire : la séparation des pouvoirs et les libertés publiques menacées » publiée dans L’Humanité
3 mai 2026 – Tribune collective « Projet de loi de programmation militaire : la séparation des pouvoirs et les libertés publiques menacées » publiée dans L’Humanité
3 mai 2026 – Tribune collective « Projet de loi de programmation militaire : la séparation des pouvoirs et les libertés publiques menacées » publiée dans L’Humanité

Tribune collective dont la LDH est signataire

Lire sur l’Humanité

La LDH (Ligue des droits de l’Homme), Alternatiba, ANV Cop-21, Fédération syndicale unitaire (FSU), France nature environnement (FNE), Greenpeace, le Syndicat des avocats de France (Saf), le Syndicat de la Magistrature (SM), la CGT et Solidaires dénoncent la création d’un « état d’alerte à la sécurité nationale » dans le cadre du Projet de loi de programmation militaire.

Le projet de loi actualisant la programmation militaire pour les années 2024 à 2030 a été présenté en conseil des ministres le 4 avril dernier et doit être examiné à l’Assemblée nationale à partir du 4 mai prochain.

Sous couvert de « réarmer la France », ce projet veut créer un nouvel « état d’urgence », « l’état d’alerte de sécurité nationale » (article 21 du projet de loi), afin de passer en phase d’économie de guerre… sans guerre et de pouvoir déroger tant à la séparation des pouvoirs qu’aux règles de droit commun.

Le gouvernement s’offrirait ainsi la possibilité de déclarer cet état d’alerte en conseil des ministres soit parce qu’il estimerait que la France serait menacée ou en vertu d’accords internationaux engageant la France à soutenir un gouvernement étranger lui-même menacé, c’est-à-dire sur des critères flous qu’il déterminerait lui-même.

Le gouvernement veut obtenir l’accélération de la production afin de faire face à une « menace grave et actuelle ». En d’autres termes, un état d’exception économique pourrait être déclaré. Il doit être rappelé que la France est déjà une partie au conflit au Moyen-Orient, et que de ce fait, le gouvernement pourrait activer immédiatement l’état d’alerte pour s’octroyer des pouvoirs dérogatoires du droit commun.

Cet état d’exception économique permettrait d’octroyer immédiatement des pouvoirs au gouvernement pour modifier des règles légales, sur tout ou partie du territoire.

Cela conduit évidemment à de très graves reculs des libertés publiques (création de périmètres de protection contrôlés soumis à autorisation d’accès par simple arrêté ; enquêtes administratives sur les employés travaillant sur ces zones) mais aussi à des reculs sociaux (possibilité après habilitation pour les autorités administratives de déroger aux normes de sécurité ou aux règles de temps de travail ou de protection en matière de santé et de sécurité au travail, lorsque l’entreprise est en lien avec l’économie de guerre, critère également flou), patrimoniaux (possibilité de déroger aux règles de l’urbanisme et délivrance de permis de construire dérogeant aux règles de préservation du patrimoine archéologique), ou environnementaux (possibilité de déroger aux règles dans le domaine de l’environnement, notamment sur les évaluations et les consultations requises, et délivrance de permis de construire dérogeant aux règles de préservation des espèces menacées).

La démocratie environnementale n’est pas épargnée puisque les projets prévus dans ce cadre sont dispensés de toutes les formes de « participation du public aux décisions ayant une incidence sur l’environnement », principe pourtant constitutionnel et découlant de la convention d’Aarhus.

Les organisations signataires n’admettent pas que les libertés publiques, les droits sociaux, la sécurité au travail, le droit à environnement sain ou le patrimoine de la France soient sacrifiés à l’économie, fût-elle de guerre.

Le spectre de la guerre ne doit pas servir à discipliner notre société, à faire reculer les droits et libertés et à tout subordonner aux dogmes du profit et de l’efficacité économique.

Cet état d’exception économique, même soumis au vote du Parlement pour être prolongé au-delà de deux mois, offre la possibilité à un gouvernement autoritaire de s’attaquer frontalement aux droits des travailleurs, à la protection de l’environnement ou aux règles d’urbanisme et d’étendre son contrôle sur la société.

Nous appelons donc le gouvernement à retirer du projet de loi actualisant la programmation militaire cet « état d’alerte de sécurité nationale », tous les parlementaires à refuser de l’adopter et la société civile à se mobiliser pour protéger les libertés, le patrimoine national et l’environnement.

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Source: 3 mai 2026 – Tribune collective « Projet de loi de programmation militaire : la séparation des pouvoirs et les libertés publiques menacées » publiée dans L’Humanité

14 avril 2026 – Tribune collective « Loi Yadan : « Ni la lutte nécessaire contre l’antisémitisme, ni la juste condamnation du terrorisme ne doivent servir de prétexte à bâillonner toute réflexion critique » » publiée sur Le Monde 23 avril, 2026

14 avril 2026 – Tribune collective « Loi Yadan : « Ni la lutte nécessaire contre l’antisémitisme, ni la juste condamnation du terrorisme ne doivent servir de prétexte à bâillonner toute réflexion critique » » publiée sur Le Monde
14 avril 2026 – Tribune collective « Loi Yadan : « Ni la lutte nécessaire contre l’antisémitisme, ni la juste condamnation du terrorisme ne doivent servir de prétexte à bâillonner toute réflexion critique » » publiée sur Le Monde
14 avril 2026 – Tribune collective « Loi Yadan : « Ni la lutte nécessaire contre l’antisémitisme, ni la juste condamnation du terrorisme ne doivent servir de prétexte à bâillonner toute réflexion critique » » publiée sur Le Monde

Tribune collective signée par Pierre Tartakowsky, président d’honneur de la LDH

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La deuxième proposition de la loi Yadan n’ajoute rien à l’arsenal juridique existant et contient des formulations floues qui ouvrent la voie à l’arbitraire le plus total, dénonce un collectif de personnalités juives engagées pour le respect des droits du peuple palestinien, parmi lesquelles Rony Brauman, Pierre Khalfa et Nicole Lapierre, dans une tribune au « Monde ».

La première proposition de loi Yadan avait soulevé une émotion justifiée. Elle visait à limiter drastiquement les critiques du gouvernement d’Israël et de son armée sous prétexte de lutter contre « les formes renouvelées de l’antisémitisme ». De nombreuses tribunes en avaient démontré le caractère nocif, et les débats à la commission des lois ainsi que les remarques du Conseil d’Etat ont entraîné des modifications importantes de ce texte. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ?

La proposition de loi modifie en premier lieu la rédaction de l’article 421-2-5 du Code pénal : « Le fait de provoquer directement, même implicitement, à des actes de terrorisme ou de faire publiquement l’apologie de ces actes ou de leurs auteurs, y compris en cas d’apologie, en minorant ou banalisant les actes de façon outrancière, sera puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende. »

Nombre de poursuites injustifiées

Il s’agit ici d’élargir encore le délit – très contesté et contestable – d’apologie du terrorisme, déjà à l’origine de nombre de poursuites injustifiées, notamment contre des militants affirmant leur solidarité avec le peuple palestinien. L’ajout du qualificatif « implicite » ouvre la voie à l’arbitraire le plus total. Où commence et où s’arrête la minoration ou la banalisation « outrancière » d’un acte ? On voit bien les dérives possibles de ces formulations qui, au surplus, n’ajouteraient rien à l’arsenal existant contre les propos antisémites.

La proposition de loi prévoit aussi d’ajouter un deuxième paragraphe à l’article 24 de la loi de 1881 sur la presse : ceux qui auront « appelé publiquement, en méconnaissance du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et des buts et principes de la Charte des Nations unies, à la destruction d’un Etat reconnu par la République française » encourront cinq ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende.

La formule est pour le moins obscure. Au dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), le 19 février, le Premier ministre a apporté cette précision : « On a pu espérer la chute de l’empire soviétique. On peut vouloir un changement de régime en Iran. Mais souhaiter la disparition d’un Etat – de la Russie, de l’Iran, de la France – ce n’est pas une opinion : c’est un appel à la destruction. C’est un appel au crime », déclare-t-il.

Or l’Union soviétique était un Etat reconnu par la France, Etat qui ne se réduisait pas à la Russie. Souhaiter la disparition de l’Union soviétique, c’était souhaiter la disparition d’un Etat reconnu par la France et membre fondateur de l’ONU. L’exemple même pris par le Premier ministre montre à quel point la formulation contenue dans ce projet a peu de sens.

Un « appel au crime » ?

Appeler à la suppression des discriminations fondées sur des bases ethniques et religieuses, renforcées et officialisées par la loi organique de 2018 sur « l’Etat-nation du peuple juif », sera-t-il considéré comme un « appel au crime » ? Aura-t-on encore le droit de contester l’auto-définition d’Israël comme Etat du peuple juif ? Sera-t-il interdit de débattre de la nature coloniale de l’Etat d’Israël, alors que les pères du sionisme eux-mêmes, à commencer par Theodor Herzl [1860-1904], assumaient la dimension coloniale de leur projet ?

S’agissant du délit de négationnisme prévu à l’article 24 bis de la loi sur la presse, la proposition de loi indique que celui-ci est constitué dès lors qu’il y a « négation, minoration ou banalisation outrancière de l’existence » des crimes contre l’humanité reconnus comme tels par le tribunal de Nuremberg. Alors que l’arsenal juridique actuel permet déjà d’incriminer et de condamner les propos négationnistes, qu’apporte ce nouvel ajout ?

D’après l’exposé des motifs de la proposition de loi, il s’agit de faire tomber sous le coup de cette incrimination tout parallèle entre les atrocités commises par les nazis et celles commises par le gouvernement israélien d’extrême droite. Or nombreux sont les intellectuels et militants israéliens qui eux-mêmes affirment, comme l’historien Omer Bartov, qu’Israël s’est « engagé dans des crimes de guerre systématiques, des crimes contre l’humanité et des actes génocidaires ».

Mme Yadan voulait une loi spécifique pour défendre Israël contre les mises en cause de sa politique. Or, il n’y reste rien maintenant qui évoque explicitement l’antisémitisme ou l’antisionisme, ni Israël dans ce texte, à l’exception de son intitulé. Ce qui reste, en revanche, ce sont ses dispositions floues qui se prêtent à une interprétation subjective, et en cela sont à l’évidence une menace pour la liberté d’expression.

Une judaïté diverse

En fait, cette loi vise un objectif politique qu’éclaire là encore d’une lumière crue le discours de Sébastien Lecornu au dîner du CRIF. Selon lui, une nouvelle forme d’antisémitisme s’exprimerait sous la forme de l’antisionisme : « Car aujourd’hui, se dire antisioniste, ce n’est pas critiquer une politique : c’est contester le droit même d’Israël à exister. »

Nous, Françaises et Français revendiquant une judaïté diverse, n’acceptons pas la prétention de l’Etat d’Israël ni celle de son porte-voix en France, le CRIF, à parler en notre nom. Nous revendiquons le droit de dénoncer les crimes commis par l’armée israélienne et les colons à Gaza et en Cisjordanie. Nous refusons la politique discriminatoire et colonialiste de l’Etat d’Israël en contradiction avec les résolutions de l’ONU auxquelles il est tenu de se conformer.

Contrairement aux dispositions potentielles de la proposition de loi Yadan, le débat historique sur les origines et le développement du conflit du Proche-Orient garde toute sa légitimité et doit pouvoir se développer. Diverses solutions visant au statut de la Palestine mandataire ont vu le jour dans le passé. Rien ne permet de les exclure pour l’avenir – deux Etats, un Etat binational, ou toute autre solution –, il appartiendra aux peuples israélien et palestinien d’en décider, et la liberté d’en débattre doit rester totale.

Ni la lutte nécessaire contre l’antisémitisme, ni la juste condamnation du terrorisme ne doivent servir de prétexte à bâillonner toute réflexion critique. Pour toutes ces raisons, nous appelons les députés à rejeter cette proposition de loi.

Signataires : Rony Brauman, ex-président de Médecins sans frontières ; Sophie Ernst, philosophe ; Nicole Fayman, fille de déportés ; Dominique Glaymann, professeur émérite en sociologie ; Pierre Khalfa, économiste membre de la Fondation Copernic ; Nicole Lapierre, anthropologue et sociologue ; Danièle Lochak, universitaire ; Véronique Nahoum-Grappe, chercheuse en sciences sociales ; Claude Szatan, militant associatif ; Pierre Tartakowsky, président d’honneur de la LDH (Ligue des droits de l’Homme)

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