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Ligue des droits de l'Homme

Section du Pays d'Aix-en-Provence

Archives du tag : Revue de presse

8 juillet 2020 – Tribune collective signée par Malik Salemkour “Nouveaux droits pour les jeunes précaires : « Il y a urgence ! »” et publiée sur La-Croix.com 8 juillet 2020

Tribune collective signée par Malik Salemkour, président de la LDH

La crise sanitaire a rendu particulièrement visible l’ampleur de la pauvreté des jeunes, qui touche en France plus d’un jeune sur cinq. La crise sociale qui s’annonce, avec la contraction de l’emploi, de l’intérim, des petits boulots, va accroître encore ces situations de pauvreté, en creusant inévitablement les inégalités d’accès à l’emploi. Ce sont des centaines de milliers de jeunes, diplômés ou pas ou peu qualifiés, qui, ne pouvant s’appuyer sur le soutien familial, vont se trouver sans ressources et sans filet de sécurité.

La société solidaire qu’appelle de ses vœux le président de la République ne peut laisser ainsi une part importante de ses jeunes sur le bord de la route. Il en va de notre responsabilité collective. Il nous faut aujourd’hui tirer les leçons de 30 ans de politiques de lutte contre la pauvreté des jeunes, partielles et segmentées, qui mettent des jeunes dans des cases, et définir enfin, pour tous, un droit à l’insertion, c’est-à-dire un droit à un accompagnement de qualité couplé à la garantie d’un revenu décent. 

Tout citoyen de 18 à 25 ans doit pouvoir, s’il le souhaite, être accompagné dans son parcours. Nous mesurons l’ampleur d’une telle ambition. Elle impose de mobiliser tous les acteurs qui accompagnent aujourd’hui les jeunes dans le cadre de politiques sectorielles (acteurs de l’insertion sociale et professionnelle, acteurs de l’hébergement, structures de l’insertion par l’activité économique, acteurs du handicap…) et de leur donner les moyens d’amplifier leurs efforts. A la diversité des situations doit en effet répondre une pluralité d’acteurs et de modalités d’action, pour garantir à la fois la qualité de l’accueil et l’adaptation aux profils et aux besoins des jeunes. Tous les jeunes en difficulté d’insertion pourront faire valoir ce droit à l’accompagnement, à commencer bien sûr par les plus exclus, dans une démarche active pour les repérer et les mobiliser, avec une attention particulière pour les jeunes en errance, les jeunes en situation de handicap, les jeunes sortant de l’aide sociale à l’enfance ou encore les jeunes des zones urbaines sensibles et des zones rurales isolées. Plus que jamais, le non-recours serait un aveu d’échec. 

A ce droit à l’accompagnement doit répondre un droit à une allocation équivalente au montant du RSA, sous condition de ressources. Tout citoyen de 18 à 25 ans, s’il répond aux critères de ressources et s’il a fait valoir son droit à l’accompagnement, aura droit à cette allocation. Il est temps de mettre fin à cette discrimination qui exclut les moins de 25 ans du droit inscrit dans le préambule de la constitution du 27 octobre 1946, pour toutes les personnes en difficulté d’accès à l’emploi, d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence. 

Il convient enfin de promettre à ces jeunes qu’ils ne seront jamais abandonnés sans solution. Le droit à l’accompagnement, comme le droit au soutien monétaire de la collectivité, doit donc s’exercer sans limite de durée, jusqu’à ce que les jeunes accompagnés soient autonomes. 

La crise sociale qui s’installe et qui va toucher particulièrement les jeunes rend nécessaire une réponse forte de la Nation. Au-delà de leur coût et des effets d’aubaine qu’elles offrent aux employeurs, les recettes classiques qui, pour favoriser l’emploi des jeunes, passent par l’abaissement du coût du travail, ne traitent qu’une partie du problème, faute d’accompagnement pour les personnes qui ont besoin de temps et de soutien pour tracer leur chemin. Il faut aller plus loin et reconnaître enfin les devoirs de la société envers les jeunes les moins favorisés, en faisant progresser leurs droits. C’est à ce prix qu’on leur construira un avenir : le nôtre.

Signataires : Christophe Devys, Président du Collectif Alerte ; Laurent Berger, Secrétaire Général de la CFDT ; Claire Hédon, Présidente d’ATD Quart monde ; Antoine Dulin, Président de la commission insertion des jeunes du COJ ; Louis Gallois, Président de la Fédération des acteurs de la solidarité ; Nicolas Truelle, Directeur général des Apprentis d’Auteuil ; Christophe Robert, Délégué général de la Fondation Abbé Pierre ; Véronique Fayet, Présidente du Secours Catholique-Caritas France ; Julien Lesince, Co-responsable du Forum Français de la Jeunesse (FFJ) ; Patrick Doutreligne, Président de l’Uniopss ; Guy Janvier, Président d’EAPN France ; Bernard Devert, Président d’Habitat et Humanisme ; Jean-François Maruszyczak, Directeur Général Emmaus France ; Claude Garcera, Président de l’Union nationale pour l’habitat des jeunes (UNHAJ) ; Laurent El Ghozi, Président de la FNASAT – Gens du voyage ; Alain Rochon, Président d’APF France handicap ; Michèle Pasteur, Directrice générale de l’agence nouvelle des solidarités actives (ANSA) ; Orlane François, Présidente de la Fage (Fédération des associations générales étudiantes) ; Malik Salemkour, Président de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) ; Isabelle Richard, Présidente de la Fédération de l’entraide protestante (FEP) ; Laurent Escure, Secrétaire Général de l’Unsa ; Cyril Chabanier, Président de la CFTC ; Tom Chevalier, Chercheur au CNRS ; Camille Peugny, Professeur de sociologie (UVSQ) ; Guillaume Allègre, Économiste à l’OFCE ; Nicolas Farvaque, chercheur et consultant (ORSEU Recherche & études) ; François Sarfati, Professeur de sociologie (Université d’Evry-Paris Saclay) ; Radia Bakkouch, Présidente de Coexister ; François Salomé, Président de la Jeunesse ouvrière chrétienne ; Bruno Palier, Directeur de Recherche du CNRS, Sciences Po ; Paul Israel, Président du CCSC (Comité Chrétien de solidarité avec les chômeurs) ; Salomé Gavairon, Présidente de l’Union Nationale des Etudiants en Droit, Gestion, AES, Sciences Economiques, Politique et Sociales (UNEDESEP) ; Lyes Louffok, Membre du Conseil national de la protection de l’enfance ; Hugues Vidor, Président de l’Udes ; Marie-Laure de Guardia, Présidente du Groupe national des établissements publics sociaux et médico-sociaux (GEPSo) ; Jean-Pierre Rosenczveig, Magistrat honoraire, ancien Président du Tribunal pour enfants de Bobigny, membre du Conseil national de la protection de l’enfance ; Denis L’Hour, Directeur général de Citoyens & justice ; Lise-Marie Schaffhauser Administrateur pour la Collégiale UNAPP Union nationale des acteurs de parrainage de proximité ; Bénédicte Aubert, présidente de l’ANPF (Association nationale des placements familiaux) ; Isabelle Moret, Directrice générale de SOS Villages d’enfants

Lire la tribune sur La-Croix.com.

 

Source: 8 juillet 2020 – Tribune collective signée par Malik Salemkour “Nouveaux droits pour les jeunes précaires : « Il y a urgence ! »” et publiée sur La-Croix.com

Le 6 juillet 2020 – Tribune de Malik Salemkour “Ces maux qui minent la cohésion nationale”, publiée dans Mediapart 8 juillet 2020

Tribune de Malik Salemkour, président de la LDH

La mort filmée de George Floyd, un Afro-Américain étouffé sous les genoux d’un policier de Minneapolis, le 25 mai 2020, était insupportable et a soulevé une vague mondiale d’indignation. Si l’histoire américaine est singulière vis-à-vis des personnes noires, ces images ont réveillé partout des ressentiments profonds d’injustice qui portent à la fois sur des pratiques violentes et discriminatoires des forces de l’ordre et sur un racisme que les pouvoirs publics n’ont pas endigué, faute d’en traiter aussi les sources et toutes les dimensions.

En France, le rassemblement à l’appel du Comité Adama devant le tribunal judiciaire de Paris, le 2 juin, a été d’une ampleur massive et inattendue, réunissant pacifiquement des dizaines de milliers de personnes, malgré l’interdiction de manifester posée par le préfet de police de Paris. Le décès de ce jeune homme le 19 juin 2016, dans une gendarmerie du Val-d’Oise, dans des conditions et responsabilités toujours non éclaircies, est posé en symbole français de la défiance envers les autorités policières et judiciaires portée par une partie de la population. Les rassemblements populaires se succèdent dans de nombreuses villes, appelant à la vérité et à la justice sur les trop nombreux cas restés impunis, à sortir du déni officiel des violences policières et à combattre le racisme présent dans une institution chargée de les prévenir.

Ces sujets sont sérieux et les débats ouverts ne peuvent être clos par les différences entre la France et les Etats-Unis ou par la déclamation du président de la République de soutien de la puissance publique et de la reconnaissance de la nation aux policiers et gendarmes. Les tentatives de discrédits sur les manifestants tentent de détourner l’attention des problèmes réels posés. Lancer le mot de « séparatiste » inocule l’idée d’une aspiration à des droits spécifiques, à des démarches hors des institutions. Au contraire, ces mouvements appellent avec force à l’égalité, à la prévention de l’arbitraire et de l’impunité, à des autorités publiques qui traitent chacune et chacun avec les mêmes droits, sans distinction d’origine, de couleur de peau ou de lieux de vie. C’est au nom de la République et de sa devise que sont exprimées ces revendications de justice, d’institutions exemplaires et d’une effectivité des droits égaux pour tous et partout sur le territoire national.

Des violences individuelles à la répression des mouvements sociaux

La question des violences policières est sur le devant la scène depuis longtemps. Elle émerge au rythme de dramatiques faits divers, souvent dans des quartiers populaires, et des actualités judiciaires les concernant. Avant le cas d’Adama Traoré, l’électrocution mortelle le 27 octobre 2005 de Zyed Benna (17 ans) et de Bouna Traoré (15 ans) pour échapper à un contrôle de police, avec les émeutes dans les banlieues françaises qui s’en sont suivies, reste dans toutes les mémoires avec une procédure conclue en 2015 par la relaxe des deux policiers renvoyés devant le tribunal correctionnel. D’autres affaires sont marquantes comme celle d’Amine Bentounsi, tué d’une balle dans le dos à Noisy-le-Sec en 2012 par un policier condamné en 2017 à cinq ans de prison avec sursis, Théo Luhaka, insulté et violé en février 2017 par une matraque lors d’un contrôle policier avec une instruction en cours, Liu Shaoyao, abattu à Paris par des policiers devant ses enfants en 2017 avec un non-lieu jugé en 2019, Aboubakar Fofana, mort en 2018 au volant de son véhicule par le tir d’un CRS lors d’un contrôle d’identité. Plus récemment, le 5 janvier 2020, Cédric Chouviat meurt à Paris après un plaquage ventral de trois policiers, le 25 mai dernier le jeune Gabriel Djordjevic, 14 ans, apparaît sur les réseaux sociaux le visage tuméfié après une interpellation à Bondy.

Ces cas dépassent les comportements individuels de policiers ou gendarmes. Ils interrogent leurs missions, leurs techniques d’intervention et le fonctionnement de la justice. Les victimes et leurs familles se sentent abandonnées par les institutions, en incompréhension des procédures ouvertes, longues et complexes, elles se sentent en déficit d’informations et leurs paroles sont trop souvent mises en doute. Les sanctions, quand elles arrivent, sont jugées inadaptées aux faits en cause, accroissant, chez elles et bien plus largement, le sentiment d’une justice à deux vitesses et d’une impunité des forces de l’ordre. C’est à cela qu’il convient de s’attaquer.

Les critiques des forces de l’ordre naissent aussi de l’expérience, par des populations nouvelles, de la répression des derniers mouvements sociaux, des « gilets jaunes » aux manifestations pour le climat ou contre la réforme des retraites. Les blessés graves, les gazages systématiques, les prises en « nasse » des manifestants ont mis en lumière des violences illégitimes et une stratégie du maintien de l’ordre qui dépasse ceux qui la mettent en œuvre et qui renvoie directement à la chaîne de commandement et aux volontés politiques. Des propositions sont sur la table pour sortir d’une militarisation néfaste des opérations de sécurité publique et rétablir une confiance partagée entre la police et tous les citoyens. Le gouvernement doit sortir du déni et y travailler. Il convient d’assurer une transparence des données sur ces violences et de créer un service d’enquête indépendant, de réviser les méthodes d’intervention de maintien de l’ordre afin de prévenir les dérives constatées, d’abandonner des armements inadaptés et dangereux, d’interdire des techniques d’immobilisation mortelles, d’assurer un traitement judiciaire équitable des faits de violences policières et un meilleur encadrement des procédures d’outrage et rébellion, de former les policiers et gendarmes, notamment ceux intervenant dans les quartiers populaires et de redéployer une police de proximité en dialogue avec tous les habitants. Il s’agit aussi de lutter contre les contrôles au faciès, avec notamment l’instauration d’un récépissé de contrôle d’identité, de réformer les conditions autorisant ces contrôles aujourd’hui détournés de leur objet à des fins de pression et de répression, notamment envers les étrangers.

Racisme, préjugés, discriminations : en débattre pour agir

L’agression et les insultes racistes envers un sans-papiers à L’Ile-Saint-Denis en avril 2020, les dernières révélations de groupes racistes sur les réseaux sociaux et le rapport du Défenseur des droits en juin dernier dénonçant des pratiques discriminatoires dans le 12e arrondissement à Paris montrent, si nécessaire, l’importance de lutter contre le racisme et les préjugés au sein de la police qui, comme le reste de la population, n’est pas épargnée de ce fléau. Il n’est pas de racisme d’Etat, celui-ci ayant fixé le cadre et ouvert les moyens de le combattre. Mais il est des pratiques publiques et privées qui font système et discriminent. Elles sont à étudier librement pour éclairer des réponses préventives. Le traitement incomplet de l’histoire de France, notamment coloniale, empêche une lecture utile des mécanismes complexes à l’œuvre qui alimentent des préjugés et du racisme. Il est temps de les affronter. L’Etat, par ses représentants publics, avec leurs discours et les dispositions qu’ils adoptent, doit garantir que toutes personnes vivant en France soient traitées avec les mêmes droits et en égale dignité. Celles et ceux qui manifestent après la mort de George Floyd appellent aux débats et à l’action. Il est de notre responsabilité collective de saisir d’urgence cette opportunité pour combattre ensemble ces maux qui minent notre cohésion nationale.

 Paris, le 6 juillet 2020

Malik Salemkour, président de la LDH

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Source: Le 6 juillet 2020 – Tribune de Malik Salemkour “Ces maux qui minent la cohésion nationale”, publiée dans Mediapart

Le 2 juillet 2020 – tribune collective signée par Malik Salemkour “Le poison du racisme distillé dans les foyers bretons”, publiée dans mediapart 6 juillet 2020

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En réponse à l’éditorial d’Hubert Coudurier « Le poison de l’indigénisme » publié le 13 juin dans le journal Le Télégramme, des élus, artistes, militants affichent leur indignation face à ce texte qui « attise la haine et les divisions ». Ils dénoncent « la volonté de faire perdurer un roman national raciste. »

Dénigrement des militants anti-racistes, blanc-seing donné aux forces de l’ordre, conviction civilisatrice des colonisateurs, voilà ce que défend dans son éditorial du 13 juin Hubert Coudurier, directeur de l’information du Télégramme. Ce n’est pas le premier dérapage de cet acabit pour le patron de presse breton, mais c’est celui de trop pour nous.

 

Police-citoyens : repensons nos relations

« Certes, personne ne peut sérieusement comparer les violences policières en France à celles, bien réelles, aux États-Unis (six fois plus de morts en interventions, toutes proportions gardées). De plus, les Français, qui savent raison garder, contrairement à leur gouvernement de « pétochards », comme l’a justement dit Philippe de Villiers, approuvent largement les forces de l’ordre dont ils comprennent la complexité de la tâche. » – Extrait de l’éditorial d’Hubert Coudurier.

La mort aux Etats-Unis de Georges Floyd replace la question des relations entre les citoyens et les forces de l’ordre au cœur du débat public français. Nier les violences policières en France, n’en faire qu’un problème américain, ne nous permettra pas d’avancer. Il est temps de se confronter à notre réalité, celle de citoyens français qui ne se sentent pas en sécurité en présence de nos forces de l’ordre, de citoyens qui se sentent discriminés et niés dans leur humanité.

Quelques mois après la mort de Steve Maia Caniço à Nantes, de Zineb Redouane à Marseille, ou de Cédric Chouviat à Paris, l’idée sous-entendue par l’éditorialiste que nos fonctionnaires de police feraient toujours et en toutes circonstances un usage strictement proportionné de la force reviendrait presque à délivrer aux policiers et aux gendarmes un permis de tuer. Certes le travail des forces de l’ordre est complexe mais nous ne sommes pas au pays des cow-boys. Comme le dit très simplement Blaise Pascal : « La justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique ».

Les familles des victimes de violences policières ne défendent pas une cause égoïste et séparatiste mais bien les droits de tous les citoyens français. Ce combat rassemble aujourd’hui des dizaines de milliers de personnes à travers la France, n’en déplaise à monsieur Coudurier.

 

Il est temps de sortir d’une vision ethnocentrée de la colonisation

« La France a une histoire coloniale comportant des heures tragiques mais aussi de belles histoires. Beaucoup d’officiers méharistes ou de coopérants croyaient en leur mission civilisatrice » – Extrait de l’éditorial d’Hubert Coudurier.

Sans transition, le directeur de l’information en arrive ensuite aux « belles histoires » de la colonisation française. Non Monsieur, l’histoire coloniale ne porte en elle aucune once de beauté. Envahir des territoires et assujettir des peuples dans le sang et la barbarie n’a rien de romantique. Vous évoquez les gentils officiers méharistes mais oubliez au passage les Faidherbe et Bugeaud. Par votre éditorial, vous trahissez la volonté de faire perdurer un roman national raciste. Oui, la colonisation fait partie de l’histoire française et il est temps aujourd’hui de l’assumer, l’écrire, l’enseigner dans sa globalité, sans omettre aucune voix, pour sortir enfin de cette vision ethnocentrée.

 

Une semaine après la publication de cet édito raciste, un silence assourdissant…

Parce qu’en France, on manifeste par milliers contre le racisme mais on a bien du mal à défendre ce combat dans notre vie quotidienne.

Parce qu’en France, l’avenir de nos enfants, blancs, est plus simple que la vie de nos enfants noirs, arabes et asiatiques,

Nous, journalistes, élus, artistes, militants, citoyens français, affichons aujourd’hui publiquement notre indignation face à cet éditorial qui attise la haine et les divisions.

 

Signataires :

Yamgnane Kofi premier maire noir de France et ancien secrétaire d’Etat à l’intégration
Chamoiseau Patrick ecrivain, prix Goncourt 1992
Alimi Arié, avocat au barreau de Paris
Salemkour Malik  président de la Ligue des droits de l’Homme
Tartakowsky Pierre, journaliste et président d’honneur de la Ligue des droits de l’Homme
Mouss et Hakim, auteur, chanteur
Hadadi Kaddour alias HK et les Saltimbanks, auteur, chanteur
Riguidel Eugène, navigateur
Sopo Dominique, président de SOS Racisme
Labbize Souad, écrivaine
Massadian Valerie, cinéaste
Dambury Gerty, autrice/metteure en scène. membre fondatrice du collectif Décoloniser les arts
Cheb Sun Marc, auteur
Ryo Christian, directeur du festival du cinéma de Douarnenez
Jacquiau Christian , économiste, écrivain
Thomas Samuel, délégué générale des maisons des potes
BenarabAttou Malika, ancienne député européenne EELV

Associations,Collectifs, Groupes politiques et Syndicats : 

Collectif des familles victimes des violences policière Vies Volées,
Collectif Lamine Dieng, 
LDH,
MRAP,
EELV,
LFI,
PCF 35, 
PS 35, 
Union Syndicale Solidaire 56

Formulaire de signature en ligne : Tribune citoyenne contre l’éditorial raciste du Télégramme

Source: Le 2 juillet 2020 – tribune collective signée par Malik Salemkour “Le poison du racisme distillé dans les foyers bretons”, publiée dans mediapart

Le 26 juin 2020 – Tribune de Malik Salemkour “Une régularisation dans l’intérêt de tous”, publiée dans Mediapart 2 juillet 2020

Tribune de Malik Salemkour, président de la LDH

Depuis des décennies, dans un discours xénophobe croissant, se succèdent des lois toujours plus restrictives en matière d’entrée et de séjour des étrangers comme d’accès au droit d’asile. La dernière loi « Collomb », adoptée en septembre 2018, produit pleinement ses effets et rend encore plus difficile la possibilité de vivre régulièrement sur notre territoire. De nouveaux dispositifs sont aussi venus fragiliser la vie quotidienne des demandeurs d’asile et des personnes sans titre comme les limitations des retraits d’argent liquide avec la carte d’allocation pour demandeur d’asile (carte ADA), l’allongement des délais pour bénéficier de la protection universelle maladie (Puma) et plus largement de l’aide médicale d’Etat (AME). Les difficultés sont encore accrues par la dématérialisation de procédures administratives déjà complexes et le comportement zélé de certains services préfectoraux.

Accueillir des personnes en détresse obligées de fuir leur pays n’est pas un choix mais une obligation internationale régie par la convention de Genève de 1951 sur le droit d’asile. Elle impose à la France des devoirs envers les personnes qui lui demandent cette protection, tant en matière d’accueil digne que d’accès à leurs droits les plus élémentaires. La réalité est que seulement la moitié d’entre elles disposent d’un hébergement, obligeant les autres à survivre dans des campements de fortune, dans une grande insécurité, et être sujettes à toute forme d’exploitation. Elles doivent, de surcroît, affronter un parcours administratif semé d’embûches qui commence par la quasi-impossibilité d’accéder aux préfectures autrement que par Internet. Elles subissent ensuite les aléas de la procédure dite de Dublin qui permet aux autorités françaises, qui en abusent, de les renvoyer dans le premier pays européen dans lequel elles ont été enregistrées. 40 % des demandeurs d’asile sont ainsi menacés d’expulsion. A défaut de se soumettre à cette procédure ils sont considérés « en fuite » et doivent disparaître dans la nature, pour des périodes allant jusqu’à dix-huit mois, avant de pouvoir déposer une demande en France.

Ces politiques et pratiques lourdes en charges administratives, policières et judiciaires conduisent à des violences, à jeter de nombreuses personnes dans la clandestinité, à leur imposer la précarité, la misère et de vivre en marge. Elles sont encore plus déplacées et inhumaines avec la crise extraordinaire que nous vivons.

La pandémie de la Covid-19 est sévère et n’est pas terminée. Les autorités politiques et sanitaires mondiales s’accordent à dire qu’il n’y aura pas de retour à la normale avant qu’un vaccin ne soit trouvé. En France, ce virus frappe durement, avec déjà cent soixante mille cas confirmés et trente mille morts. Pour limiter sa propagation et traiter au plus tôt les malades, toutes les femmes et les hommes qui vivent sur notre territoire doivent être protégés et soignés. Il s’agit d’humanité et de responsabilité, face à un enjeu majeur de santé publique qui ne peut souffrir d’aucune exception, particulièrement en raison de la régularité du séjour car les principales victimes sont les plus fragiles et les exclus.

La période a vu l’adoption de mesures d’exception au nom de l’état d’urgence sanitaire. Elle a ouvert une situation nouvelle qui oblige des décisions inédites et des mesures sociales fortes de la part des pouvoirs publics avec des moyens conséquents, en écho aux formidables solidarités de proximité qui ont émergé durant le confinement entre les habitants d’un même territoire, qu’ils aient des papiers ou non. Plutôt que d’aller toujours plus loin dans les atteintes au droit des étrangers et dans leur précarisation comme avec les dernières ordonnances réduisant les délais de recours, favorisant une justice d’abattage par visioconférence ou à juge unique face à des drames humains, il est au contraire nécessaire de rendre effectifs des droits fondamentaux égaux pour toutes et tous : accès aux soins, à un habitat digne, à la scolarisation des enfants, à des ressources minimales.

C’est en ce sens qu’avec les Etats généraux des migrations et de nombreux partenaires, la LDH demande la régularisation de tous les étrangers sans titre présents sur le territoire national. Cette décision politique à prendre est d’intérêt général et utile pour tous. Elle nous aidera à affronter ensemble cette grave crise sanitaire, économique et sociale, à égalité de droits et de dignité.

Paris, le 26 juin 2020

Malik Salemkour, président de la LDH

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Source: Le 26 juin 2020 – Tribune de Malik Salemkour “Une régularisation dans l’intérêt de tous”, publiée dans Mediapart

le 25 juin 2020 – tribune commune “Devoir de vigilance : la protection des droits humains en péril”, publiée sur La croix 2 juillet 2020

Tribune signée par plusieurs organisations dont la LDH

Cette tribune collective, signée notamment par Sylvie Bukhari-de Pontual, présidente du CCFD – Terre Solidaire, Guillaume Duval, président du Collectif Éthique sur l’étiquette, Luc de Ronne, président d’ActionAid France, Sandra Cossart, directrice de Sherpa, Danielle Auroi, présidente du Forum citoyen pour la RSE et de nombreux autres signataires. Il s’agit de la première action en justice contre une multinationale sur le fondement de la loi pionnière sur le devoir de vigilance, adoptée en mars 2017.

La loi française sur le devoir de vigilance est unique au monde. Fruit de quatre ans de combat de la société civile, elle entend prévenir et réparer les atteintes aux droits humains et à l’environnement causées par les activités de multinationales françaises où qu’elles aient lieu sur le globe. Une décision du tribunal judiciaire de Nanterre du 30 janvier dernier remet pourtant sérieusement en cause cette loi humaniste et visionnaire, qui a tout juste 3 ans, en la renvoyant aux mains du tribunal de commerce. Alors que le dossier sera sur le bureau des juges d’appel le 24 juin prochain, l’enjeu à préserver l’esprit de cette loi pionnière est de taille.

En juin 2019, les Amis de la Terre France, Survie et quatre associations ougandaises mettent en demeure le groupe Total de se conformer à la loi sur le devoir de vigilance. Deux ans d’enquête en Ouganda avaient révélé que des dizaines de milliers de personnes allaient être affectées par un gigantesque projet de forage du pétrolier français, et que plusieurs milliers d’entre elles avaient déjà été privées du droit de cultiver leurs terres, sans avoir reçu de compensation financière adéquate. Le projet se développe en outre au cœur du parc naturel des Murchison Falls, une zone protégée pour sa biodiversité.

Quatre mois plus tard, en octobre 2019, considérant que Total n’avait toujours pas mis en œuvre les mesures nécessaires pour prévenir les impacts humains et environnementaux liés à ce projet, les six ONG assignent l’entreprise devant le tribunal judiciaire, engageant ainsi la première action en justice visant à faire respecter la loi sur le devoir de vigilance.

La décision du tribunal judiciaire de Nanterre du 30 janvier 2020 apparaît comme un nouveau frein dans la lutte contre l’impunité des multinationales. Estimant que le devoir de vigilance est assimilable à un acte de gestion de l’entreprise, le tribunal a jugé que le litige ne relevait pas de sa compétence mais de celle du tribunal de commerce.

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Source: le 25 juin 2020 – tribune commune “Devoir de vigilance : la protection des droits humains en péril”, publiée sur La croix

26 mai 2020 – Entretien de Malik Salemkour “Nous restons dans une période de libertés confinées et de démocratie confinée”, publiée dans Le Monde 28 mai 2020

Entretien de Malik Salemkour, président de la LDH

La Ligue des droits de l’Homme a contesté en justice et jusqu’au Conseil d’Etat plusieurs dispositions prises pendant l’état d’urgence sanitaire. Malik Salemkour, qui préside l’association depuis trois ans, estime que les contre-pouvoirs n’ont pas rempli leur rôle face à l’exécutif pendant cette période, et dénonce des entraves à la liberté d’expression. Selon lui, « la multiplication des recours à la justice est le témoignage de l’échec du dialogue social, du dialogue civique et du dialogue politique ».

Lire l’ensemble de l’entretien sur Le Monde

Source: 26 mai 2020 – Entretien de Malik Salemkour “Nous restons dans une période de libertés confinées et de démocratie confinée”, publiée dans Le Monde

Le 17 mai – Tribune collective, signée par Malik Salemkour “Droits LGBTQI+ : l’égalité et la solidarité contre les haines et les violences !”, publiée sur Libération 25 mai 2020

Tribune collective dont Malik Salemkour, président de la LDH, est signataire

A l’occasion de la journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie, ce dimanche, plus d’une centaine de citoyens, d’élus et de responsables d’association appellent le gouvernement à agir contre les discriminations des droits des personnes LGBTQI+.

Tribune. Ne confinons pas notre aspiration à l’égalité. Cette année, cette journée mondiale de lutte contre les haines anti-LGBTQI+ a lieu dans le contexte particulier de la pandémie de Covid-19. Nous ne pouvons pourtant pas abandonner la lutte pour des sociétés humaines ouvertes, vivantes et créatives.

Les associations travaillent au quotidien solidairement aux côtés des personnes lesbiennes, gays, bi, trans et intersexes victimes de violences et de discriminations, souvent accentuées par cette pandémie, et nous saluons leur mobilisation remarquable. C’est d’autant plus crucial que les conséquences de la pandémie entraînent, avec le confinement par exemple, un recul des libertés individuelles.

De ce point de vue aussi, ce qui se passe en Europe est inquiétant et, pour tout dire, inacceptable. En Hongrie, c’est dès les premiers jours de confinement, le 31 mars, que les personnes trans et intersexes ont été ciblées sans états d’âme par l’article 33 d’un projet de loi qui, d’un coup de plume, efface toute possibilité pour elles et eux d’obtenir des papiers en conformité avec leur identité de genre. L’incompréhensible calendrier de cette mesure, son contenu abject, est une façon comme une autre, dans le cadre du hold-up généralisé du Premier ministre conservateur Viktor Orbán sur l’état de droit, de désigner les personnes trans à la réprobation générale.

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Source: Le 17 mai – Tribune collective, signée par Malik Salemkour “Droits LGBTQI+ : l’égalité et la solidarité contre les haines et les violences !”, publiée sur Libération

le 7 avril 2020 – Tribune de Malik Salemkour “« Jour d’après » ? Libérons nos droits et faisons droit à nos libertés”, publiée dans Mediapart 8 mai 2020

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La pandémie du Covid-19 nous a précipités brutalement – et pour une longue période – dans un monde de peurs et d’incertitudes. Un monde agité de gouvernances improvisées, erratiques et par dessus tout, cyniques. Un monde issu des politiques aveugles et sourdes à tout ce qui pouvait venir entraver, ou même interpeller, leur foi exclusive en un néolibéralisme mondialisé et sans entrave.

Chacun mesure aujourd’hui à quel point l’impact de ces politiques aura été et reste catastrophique. L’humanité comme construction anthropologique, ses longs efforts vers plus de sécurité pour les peuples et les personnes, plus de solidarité, plus de liberté et de paix, s’en trouvent profondément fragilisés, voire fondamentalement remis en cause.

Loin de n’être que sanitaire, la crise s’est révélée environnementale, diplomatique, politique, sociale et économique ; enfin, mais ce n’est pas le moins important : démocratique. Mondiale par définition, la désorganisation née de la pandémie a mis à bas les règles d’organisation de la production et de l’échange qui prévalaient dans le « monde d’avant ». Pour autant, loin de liquider les maux de ce vieux monde, elle en a exacerbé les tares. L’urgence sanitaire a révélé l’inhumanité qui s’attache aux inégalités sociales, économiques, d’accès aux droits. Le confinement les a cruellement aggravées, singulièrement pour les personnes privées de droits, les SDF, les étrangers, les détenus…

L’heure, nous dit-on, est au déconfinement. Acceptons-en l’augure, même si sa mise en œuvre s’accompagne de confusions, de mesures anxiogènes et culpabilisatrices, d’un projet inquiétant de traçage et de mise en fichier des personnes. Reste à déterminer de quoi ce déconfinement sera l’antichambre. Que voulons-nous faire, vers quoi voulons-nous aller et, comment souhaitons-nous y parvenir ?

Nous ne retrouverons pas le monde « d’avant ». Nous ne regretterons certes pas ses tares, illustrées jusqu’à la caricature par l’exercice gouvernemental durant la crise.

Confronté à ses responsabilités sur des enjeux de vie et de mort, le président de la République a adopté une posture grandiloquente, multiplié mensonges, dénis de responsabilité, voltes faces, approximations et contradictions. D’un bout à l’autre de la crise, la décision solitaire a été privilégiée.

Dans un climat aussi anxiogène, rumeurs et réflexes de peur s’épanouissent, au détriment du débat, de la confiance et d’une réflexion commune sur ce qu’il convient de faire et, surtout, de comment le faire. La stigmatisation morale ou physique des plus démunis, des exclus, des étrangers, des handicapés et des plus fragiles en a suivi, comme s’il s’agissait, à travers leur mise à l’écart et le déni de leur dignité à être, de refouler toujours davantage, toujours plus aux marges, la part la plus « faible » de notre humanité.

L’autoritarisme a naturellement accompagné le mouvement. Car l’enflure du pouvoir personnel, pour ridicule qu’elle soit, traduit une véritable conception de l’exercice du pouvoir et une pratique qui en modifie substantiellement le cadre juridique. Ce, jusqu’à altérer lentement mais sûrement l’idée même que nous faisons, les uns et les autres, de nos droits et libertés.

Sous couvert d’urgence sanitaire, la loi du 23 mars 2020 a ainsi autorisé le Premier ministre à prendre toute une série de mesures générales restreignant de nombreux droits et libertés et qui pourraient se prolonger au-delà de la fin de l’état d’urgence sanitaire, fin sans cesse renvoyée à plus tard… C’est aussi cette loi qui a permis au gouvernement d’adopter par ordonnance des mesures dérogatoires au Code du travail dans les domaines… du temps de travail.

Aux premiers jours de la pandémie, la Haut-commissaire aux droits de l’Homme des Nations-Unies, Madame Michelle Bachelet, avait affirmé que dans cette période « les droits de l’Homme doivent être au cœur des décisions ». Le dispositif juridique du gouvernement se situe aux antipodes. Au point que la Commission nationale consultative des droits de l’Homme s’en inquiète, soulignant qu’il « conduit à une concentration entre les mains de l’Exécutif du pouvoir de restreindre les droits et libertés que la République n’a jamais connue en temps de paix. »

Le constat est d’autant plus préoccupant que tout au long de la crise, le parlement n’a eu aucun moyen de remplir sa mission de contrôle de l’Exécutif. Le contrôle juridictionnel, a été réduit, voire empêché. Enfin, le Conseil constitutionnel et le Conseil d’État, saisis tous deux des débordements de l’Exécutif ont, pour le premier admis une violation patente de la Constitution et, le second, s’est quasi systématiquement incliné, signant ainsi la défaite du droit face à la raison d’État.

Ainsi, la défense d’une certaine conception de « l’ordre public sanitaire » l’a largement emporté sur la protection des droits et libertés dans le contrôle de leur proportionnalité. Les décisions prises ici et là par quelques préfets et quelques maires en mal de toute puissance, les bouffées de violence dans des quartiers populaires exaspérés par une présence policière aux allures provocatrices, ne sont finalement que des manifestations logiques d’une construction légale de plus en plus asphyxiante.

Le risque n’a donc jamais été aussi grand de voir, coup de gomme après coup de gomme passés sur les droits et les libertés, le citoyen ramené à son corps défendant au statut de sujet.

Aux antipodes de cet exercice autocratique et étouffant du pouvoir, la société civile, elle, a multiplié les initiatives de solidarité, marquées de dévouement et d’altruisme. C’est le courage de celles et ceux qui ont assuré la continuité de la vie sociale, la mobilisation héroïque des personnels soignants et hospitaliers malgré un scandaleux contexte de dénuement, l’engagement des salariés des services publics, de ceux de l’éducation, des services territoriaux, des avocats et des bénévoles associatifs et des services au public… Au-delà, ces femmes et ces hommes, prêts à risquer leur vie pour les autres, ont clairement signifié leur volonté de rupture avec un modèle sacrifiant, en toute connaissance de cause, la biosphère et avec elle, notre humanité.

C’est dans ce contraste saisissant que s’enracinent les aspirations à un « jour d’après » et la multiplication des appels, projets, plaidoyers pour un « plus jamais ça ». Tous convergent pour désigner un horizon d’attente marqué du primat de l’écologie, animé par l’urgence climatique, structuré par la réappropriation du sens de la vie, du travail et des solidarités. Tous posent la question d’une juste redistribution pour répondre à ces besoins. Tous portent en filigrane la marque de conflits qui animent de longue date le débat public.

Tandis que des voix syndicales et associatives désignent comme coupable un productivisme néo libéral mortifère, de grands acteurs économiques plaident en coulisses pour, « raison » économique oblige, obtenir la levée des réglementations liées aux enjeux climatiques. Des experts en chambre proposent des schémas d’une démocratie renouvelée du sol au plafond, clés en mains. Ici on prône le « retour de l’État », là, on plaide pour de nouvelles proximités territoriales…

Le débat est donc posé, largement. Il met en scène la complexité des intérêts en jeu, la vivacité de leurs affrontements et la diversité des alternatives. Il pourrait constituer une chance pour la démocratie, pour nous tous.

« Pourrait » car si ces projets s’expriment sans entraves – encore qu’inégalement – dans la sphère médiatique, ils sont lourdement grevés par les conditions dégradées des droits et des libertés dans notre pays et au-delà. Pendant que les acteurs de la société civile et du monde du travail déployaient des trésors de courage, de mobilisations et d’inventivité, il a fallu, dans tout le pays, batailler pied à pied contre l’arbitraire, pour la dignité des aînés, pour la sécurité des femmes confrontées à une promiscuité lourde de violences, pour un droit égal aux soins, pour des mesures protectrices des détenus, des migrants et des retenus, des sans-abris, des mineurs et des jeunes en difficultés. Il a fallu saisir la justice de décisions pétries de mépris et fondamentalement liberticides.

Cette contradiction entre un appareil d’État de plus en plus lourdement répressif et une société qui aspire, dans ses manifestations, à plus de débats, plus de solidarité, plus de libertés, plus d’égalité, plus de fraternité, plus de droits effectifs est au cœur d’une possible réappropriation d’un avenir commun.

Les temps à venir s’annoncent donc difficiles. Derrière le déconfinement et « l’après », d’énormes intérêts économiques sont en jeu et les acteurs qui les incarnent sont fermement décidés à « tout changer pour que rien ne change » si ce n’est dans leur seul intérêt. De quels droits, de quelles libertés avons-nous besoin pour aller de l’avant ? Dans quelle architecture légale devons-nous les penser ? Et quelle place sommes-nous décidés à leur donner ? S’agit-il d’en faire l’axe, le pivot des changements ou de les considérer comme plus ou moins importants, selon la conjoncture et les intérêts prioritaires du moment ?

Pour conjurer des réponses adoptées à la va-vite et des décisions prises sans examen, pour éviter que ne prévalent une fois de plus des calculs égoïstes, nous avons effectivement besoin de déconfinement, de débats, de confrontations d’idées et de décisions. Nous avons besoin, collectivement, de veiller sur les droits et les libertés sans lesquels aucun projet ne peut espérer s’imposer à un passé déterminé à imposer ses lois.

Si nous ne voulons pas que le jour « d’après », soit pire que le jour « d’avant », et le risque est réel, il nous faut réaffirmer la primauté et l’effectivité des droits selon le seul fondement qui vaille : la liberté et l’égalité d’une humanité partageant sans hiérarchie l’ensemble vivant que porte notre planète.

L’universalité des droits doit de même être revisitée, loin de toute uniformité, au travers d’une construction et d’une réappropriation dynamique par les individus comme par les peuples. Cette universalité sera légitime si, autour d’un socle indérogeable, elle représente, protège et développe la diversité de l’humanité, de ses peuples, de toutes leurs cultures.

Il n’y a donc pas à choisir entre droits civils et politiques et droits économiques et sociaux. Nous devons au contraire refonder cette indivisibilité des droits autour d’un intérêt général réévalué à la lumière de la crise et pensé à l’échelle de l’humanité, de sa primauté sans jamais ignorer l’initiative et la liberté de chacun. Cette indivisibilité doit enfin exclure tout rapport de domination entre l’humanité et la planète, les deux formant un tout indissociable.

Voilà ce dont il nous faut débattre si nous voulons penser l’après, accélérer la mue du réel, en déterminer le sens, l’organiser autour de « biens communs » constitués et reconnus, garants d’une humanité rendue à elle-même.

Paris, le 7 mai 2020

Malik Salemkour, président de la LDH

Source: le 7 avril 2020 – Tribune de Malik Salemkour “« Jour d’après » ? Libérons nos droits et faisons droit à nos libertés”, publiée dans Mediapart

Le 7 mai 2020 – Tribune signée par Malik Salemkour “Coronavirus : faire taire les lanceurs d’alerte nuit gravement à la santé publique” publiée dans Libération 8 mai 2020

Tribune collective signée par plusieurs personnalités, dont Malik Salemkour, président de la LDH

Cette crise démontre la nécessité de protéger celles et ceux qui rendent publiques des informations pour protéger l’intérêt général, au risque de bousculer les intérêts économiques.

Pour que la crise d’aujourd’hui nous prémunisse, demain, de nouvelles catastrophes, il y a urgence à accorder aux lanceurs d’alerte plus qu’une promesse de protection. C’est pourquoi nous appelons les citoyens et les citoyennes soucieux de l’intérêt général à soutenir, à nos côtés, l’instauration d’un statut véritablement protecteur des lanceurs d’alerte et à se mobiliser pour que leur rôle fondamental dans l’exercice démocratique soit pleinement reconnu.

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Source: Le 7 mai 2020 – Tribune signée par Malik Salemkour “Coronavirus : faire taire les lanceurs d’alerte nuit gravement à la santé publique” publiée dans Libération

Le 5 mai 2020 – Tribune collective, signée par Malik Salemkour “Sous le masque d’une Guinée confinée, une démocratie qui cherche de l’air”, publiée sur le point 8 mai 2020

Tribune collective de plusieurs personnalités, dont Malik Salemkour, président de la LDH

À l’ombre de la crise sanitaire du Covid-19 couve la menace réelle de voir la démocratie du pays s’enliser dans les sables du 3e mandat du président Condé.

Comme ailleurs, la pandémie de Covid-19 fait peser la menace bien visible d’une nouvelle crise sanitaire sur la Guinée, un pays au système de santé fragile, qui a déjà été durement frappé par une épidémie due au virus Ebola en 2014. Cependant, à l’ombre de cette crise, un autre drame se joue : celui du déni démocratique par un pouvoir prêt à tout pour ouvrir la possibilité d’un 3e mandat au président Alpha Condé. La communauté internationale doit se remobiliser et se montrer proactive pour assurer le respect des droits fondamentaux et des principes démocratiques.

Un scrutin au forceps

Le 12 mars dernier, alors qu’un projet de changement de Constitution fait l’objet depuis un an d’une contestation massive menée par le Front national de défense de la constitution (FNDC), un premier cas de Covid-19 est recensé en République de Guinée. Malgré la menace sanitaire, le pouvoir organise au forceps un double scrutin législatif et référendaire le 22 mars, pour permettre la promulgation d’une nouvelle Constitution. Des centaines de milliers de manifestants dénoncent alors ce qu’ils qualifient de « coup d’État constitutionnel » et la communauté internationale (hormis la Chine et la Russie) remet en question la crédibilité des élections et du référendum. Quelques jours plus tard, l’état d’urgence sanitaire est décrété et différentes mesures sont mises en œuvre pour tenter de circonscrire l’épidémie à la capitale.

Répression sanglante par les forces de défense et de sécurité

Face à une contestation citoyenne inédite depuis l’arrivée au pouvoir d’Alpha Condé en 2010, les forces de défense et de sécurité ont recours à une répression sanglante. Les chiffres sont accablants : plus de 80 décès par balle en marge des manifestations, plus de 100 blessés graves et autant d’arrestations arbitraires, 40 disparitions forcées, intimidations, harcèlement et emprisonnement récurrents des leaders de la contestation… Aujourd’hui encore, un des leaders du FNDC, Oumar Sylla, est arbitrairement détenu après avoir dénoncé la répression à la radio. Le lendemain du référendum, des violences ont notamment éclaté à Nzérékoré où des témoignages rapportent que des personnes auraient été enterrées à la va-vite dans une fosse commune. Les dérives sont patentes et appellent à des enquêtes indépendantes. Dans ce contexte, toutes coopérations avec les forces de sécurité méritent d’être réinterrogées.

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Source: Le 5 mai 2020 – Tribune collective, signée par Malik Salemkour “Sous le masque d’une Guinée confinée, une démocratie qui cherche de l’air”, publiée sur le point