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Ligue des droits de l'Homme

Section du Pays d'Aix-en-Provence

Archives par catégorie : Articles

Nice : la Cnil censure le dispositif « reporty » 28 mars, 2018

Communiqué LDH

La Ligue des droits de l’Homme se réjouit de la suspension de la mise en œuvre de l’application « Reporty », après la décision de la Cnil du 15 mars 2018 qui a sanctionné le caractère manifestement illégal de ce dispositif. Celui-ci permettait de faire de chaque détenteur d’un smartphone, un supplétif potentiel pour alimenter le centre de visionnage de la police municipale de Nice, ville déjà ultra-surveillée (vingt-sept caméras au km²).

La Cnil a d’une part souligné le caractère disproportionné du dispositif avec ses risques d’atteintes à la vie privée, et, d’autre part, mis en lumière les faiblesses des garanties sur ses mésusages.

Cette application, qui avait été lancée à grand renfort de communication par le maire de Nice, Christian Estrosi, sous la forme d’une expérimentation engageant deux mille volontaires du 10 janvier au 10 mars 2018, avait été immédiatement dénoncée par de nombreuses associations locales et nationales, dont la LDH, sur la dérive que constitue un tel dispositif de délation généralisée, avec les dangers et les déviances qu’il porte.

Confortée par cette décision de la Cnil, la LDH persiste à demander à la mairie de Nice l’abandon définitif de cette mesure attentatoire aux libertés, et restera vigilante pour prévenir toute tentative de légalisation de tels dispositifs.

Paris, le 26 mars 2018

Télécharger le communiqué LDH

Lire également le communiqué de la section LDH de Nice

Source: Nice : la Cnil censure le dispositif « reporty »

Carcassonne et Trèbes : la haine de la démocratie 28 mars, 2018

Communiqué LDH

La Ligue des droits de l’Homme (LDH) s’incline devant les victimes des attentats de Carcassonne et de Trèbes. Elle assure les familles de ses condoléances et de sa solidarité. Elle tient à rendre hommage au courage et au sens du sacrifice qui ont amené le gendarme Arnaud Beltrame à se substituer à un otage afin de sauver sa vie, au risque de la sienne.

La LDH appelle les citoyennes et citoyens à faire preuve de vigilance pour qu’un crime qui mérite toutes les rigueurs de la loi ne se transforme pas en une occasion supplémentaire de faire des droits des obstacles dans la lutte contre le terrorisme. Elle dénonce la surenchère démagogique d’appels à de nouvelles mesures sécuritaires fondées sur des dispositions d’exception, voire le rétablissement de l’état d’urgence, et sur l’extension d’une logique de suspicion généralisée.

La LDH affirme une fois de plus que, face au terrorisme, la démocratie doit être défendue par l’affirmation de ses valeurs. Leur haine de la démocratie doit trouver comme réponse le rejet absolu de toute stigmatisation, notamment en raison de la religion, et le respect de l’Etat de droit.

Paris, le 27 mars 2018

Télécharger le communiqué au format PDF

Source: Carcassonne et Trèbes : la haine de la démocratie

Projet de loi Asile-immigration : le plaidoyer inter-associatif 26 mars, 2018

Plaidoyer inter-associatif relatif à la loi Asile-immigration

Les associations, qui travaillent au quotidien à l’accueil et l’accompagnement de toutes les personnes en situation de précarité sont aujourd’hui très inquiètes des orientations annoncées par le projet de loi « pour une immigration maîtrisée et un droit d’asile effectif » présenté en Conseil des ministres le 21 février 2018.

Effectivement, nos associations portent des valeurs fortes d’humanisme et de solidarité comme fondement de la cohésion sociale, s’appuyant sur une éthique associative construite à partir de la primauté de la personne.
C’est dans ces valeurs de solidarités, de respect des droits fondamentaux et notamment du droit d’asile, d’accueil inconditionnel et de respect de l’autre et de sa différence que nous nous devons d’accueillir toutes les personnes en difficulté présentes sur le territoire, quels que soient leur choix de vie, leur âge, leurs difficultés sociales, leurs problématiques de santé, leur nationalité ou leur situation administrative.
Cet accompagnement n’est possible qu’à travers l’instauration d’un climat empreint de confiance et de non-discrimination, que les associations se doivent de garantir.
Or, aujourd’hui le système d’accueil est pensé à l’envers, en multipliant les dispositifs d’accueil temporaires et sélectifs en dehors de toute rationalité, sans prendre en compte ni les besoins ni le parcours des personnes.

Dans ce contexte, les travailleurs sociaux et les associations tentent de s’adapter à des injonctions souvent paradoxales, parfois contraires à leur déontologie et qui refusent de reconnaitre l’évidence : une intégration qui doit être pensée le plus en amont possible.
Les annonces du projet de loi « pour une immigration maitrisée et un droit d’asile effectif » nous font ainsi craindre un réel recul pour les droits des personnes et l’évolution du travail social.
Il nous semble fondamental que certaines mesures soient amendées ou supprimées dès lors que, sous prétexte de fluidité, elles remettent directement en cause nos missions d’accompagnement, d’hébergement et de logement en ignorant ce que nous voyons au quotidien : des parcours de vie, des histoires individuelles ainsi que des vies gâchées et mises en danger par l’absurdité du système.

Paris, le 23 mars 2018

Télécharger et lire le plaidoyer





Source: Projet de loi Asile-immigration : le plaidoyer inter-associatif

Le Parlement Polonais doit protéger la santé et les droits des femmes 26 mars, 2018

Communiqué commun dont la LDH est signataire

Nous sommes scandalisé-e-s par les tentatives incessantes pour faire reculer les droits reproductifs des femmes en Pologne.

Cette semaine, le Parlement Polonais débat d’un nouveau projet de loi intitulé « Stop à l’avortement ». S’il est adopté, ce projet de loi limitera encore davantage les motifs déjà très restreints qui permettent aux femmes d’accéder légalement à l’avortement en Pologne. Il mettra en danger la santé et la vie des femmes et violera les obligations internationales de la Pologne en matière de droits humains.

Nous appelons les membres du parlement polonais à écouter les voix des femmes qui s’élèvent dans toute la Pologne et à rejeter cette proposition législative régressive, pour protéger la santé des femmes et les droits humains.

La loi Polonaise est déjà l’une des plus restrictives en Europe sur l’avortement. L’avortement n’est légal que dans trois cas : s’il y a danger pour la vie ou la santé des femmes, dans des situations de malformation fœtale grave ou lorsque la grossesse résulte d’un viol ou d’un inceste. Cependant, même dans les situations où l’avortement est légal, les femmes doivent faire face en pratique à de multiples obstacles. La dernière proposition de loi « Stop à l’avortement » vise à interdire l’avortement en cas de grave anomalie fœtale.

Si ce projet de loi est adopté, cela signifiera que les soins liés à l’avortement ne seront plus accessibles aux femmes polonaises lorsqu’une anomalie fœtale grave ou mortelle sera diagnostiquée. Les statistiques officielles de 2016 montrent qu’en pratique, 96% des avortements légaux en Pologne sont pratiqués pour ces motifs. La plupart des femmes qui décident de mettre fin à une grossesse à la suite d’un viol ou parce que leur santé est menacée n’ont de fait pas accès à l’avortement légal en Pologne et doivent aller à l’étranger pour le faire. Ce projet de loi constituera une entrave supplémentaire pour les femmes,  notamment celles qui ont des faibles revenus et celles vivant en milieu rural, pour accéder  à des services d’avortement sans risque.

 

Depuis 2011, le gouvernement polonais a lancé des attaques répétées contre les droits reproductifs des femmes. En 2011, 2013, 2015 et 2016, des propositions législatives ont été introduites pour limiter ou interdire quasiment l’avortement. À la suite de manifestations publiques massives, telles que les « black protests » en 2016, largement relayées et soutenues par des mouvements massifs dans plusieurs pays d’Europe, ces projets de loi ont été rejetés.

 

Interdire aux femmes l’accès à un avortement sûr et légal est contraire à plusieurs droits humains consacrés par le droit international, notamment le droit à la vie, l’accès à la santé et aux soins, à la non-discrimination et à l’égalité, à la protection de la vie privée et  à la liberté de s’opposer à des  traitements cruels, inhumains ou dégradants. De nombreux organes internationaux des droits humains, notamment le Comité des droits de l’Homme des Nations-Unies, le Comité des droits économiques, sociaux et culturels, le Comité pour l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF) et le Comité contre la torture ont exhorté les gouvernements à lever les obstacles aux services d’avortement et à assurer l’accès à un avortement sûr et légal.

 

 Liste des signataires :

Abortion Rights Campaign, Ireland ; Abortion Rights Coalition of Canada, Canada ; Abortion Support Network, United Kingdom ; ACAI, Spain ; Agrupación de Madrid del Forum de Política Feminista, Spain ; Albanian Center for Population and Development, Albania ; A.L.E.G. Romania; Alianza por la Solidaridad, Spain ; Alliance des Femmes pour la Démocratie, France ; Alliance for Choice in Northern Ireland, UK ; ALRANZ Abortion Rights Aotearoa, New Zealand ; Amnesty International ; AnA Society for Feminist Analyses, Romania ; ANCIC, France ; Asia Pacific Alliance for Sexual and Reproductive Health and Rights (APA) ; Asociación con la A, Spain ; Asociación Feminista, Spain ; Association Défense de la Démocracie en Pologne, France ; Association des anciennes députées de l ‘Assemblée Nationale française ; Association for Family Planning and Sexual Health, Latvia ; Association HERA-XXI, Georgia ; Association Histoire, Femmes et Sociétés- revue Clio, France ; Association Mnémosyne, France ; AIED – Associazione Italiana per l’Educazione demografica, Italy ; Asian-Pacific Resource and Resarch Centre for Women (ARROW), Malaysia ; ASTRA Network; ASTRA Youth Network ; Atria – Institute for Gender Equality and Women’s History, the Netherlands ; ATTAC France ; ‘’AUT’’ LGBTIQ+ student initiative, Croatia ; Avortament Lliure i Gratuït. Dret al Propi Cos, Spain ; Avortement en Europe, les Femmes décident, France ; Autonomous Women’s House Zagreb – Women Against Violence Against Women, Croatia ; B.a.B.e. (Be active, Be emancipated), Croatia ; UK All Party Parliamentary Group on Population, Development & Reproductive Health, UK ; Beyond Beijing Committee, Nepal ; Calala Fondo de Mujeres, Spai ; The Catalan Family Planning Association, Catalonia ; Catholics for Choice ; Center for Community Mediation and Security, Romania ; Center for Health, Ethics and Social Policy, USA ; Center for Promotion and Defense of Sexual and Reproductive Rights, Peru ; Center for Reproductive Rights ; Centre Women and Modern World, Azerbaijan ; Center for Women’s Studies of the Faculty of Philosophy and Social Sciences, University of Zagreb, Croatia ; CEDES – Center for the Study of State and Society, Argentina ; Centro de Estudios e Investigación sobre Mujeres, Spain ; CGT France ; CHOICE for Youth and Sexuality, the Netherlands ; City University of New York Law School, Gender Justice Clinic, USA ; Clínica Dator, Spain ; Colectivo de Salud Feminista, Argentina ; Collectif 13 Droits des femmes, France ; Collectif des Féministes pour l’Egalité, France ; Collectif Féministes contre le cyberharcèlement, France ; Collectif Libertaire Anti-Sexiste ; Collectif National pour les Droits des Femmes, France ; Confédération Française Démocratique du Travail, France ; Conseil National des Femmes Françaises, France ; Culture, Egalité, France ; Dziewuchy Dziewuchom Berlin, Germany ; Diverse Voices and Action (DIVA) for Equality, Fiji ; Doctors for Choice UK ; DOK – Democracy is OK, Poland ; Drogheda Abortion Rights Campaign, Ireland ; El Colectivo Hetaira, Spain; Encore Féministes! – Network, France; Ensemble! – Political Movement, France; Equidad de Género, Ciudadanía, Trabajo y Familia, México; Equilibres & Populations (Equipop), France; Estonian Sexual Health Association, Estonia; European Association for the Defence of Human Rights; European Civic Forum; European Humanist Federation, France; European NGOs for Sexual and Reproductive Health and Rights, Population and Development; European Parliamentary Forum on Population and Development; European Women’s Lobby; Family Planning and Sexual Health Association, Lithuania; Family Planning Association of Moldova; Fédération de Normandie du Planning Familial, France; Federation for Women and Family Planning, Poland; Fédération Laïque de Centres de Planning Familial, France; Fédération Nationale Solidarité Femmes, France; Fédération Nationale Sud Santé-Sociaux, France; FEMEN International; Féministes pour une autre Europe, France; Femmes Contre les Intégrismes, France ; Femmes Libres Radio libertaire, France; Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir, France; Femini Berlin Polska Berliński Kongres Kobiet Manifest Wolnej Polski (Congress of Women), Poland; FILIA Centre, Romania; FOKUS – Forum for Women and Development, Norway; Fórum de Política Feminista, Spain; Frente Ecuatoriano por la Defensa de los Derechos Sexuales y Reproductivos, Ecuador; Freedom of Choice; FRONT Association, Romania; Fundación Arcoiris. Mexico; Fundación ASPACIA, Spain; Fundación Desafío de Ecuador, Ecuador; Fundacja im. Kazimierza Łyszczyńskiego, Poland; Gals4Gals Lodz, Poland; Gender Alternatives Foundation, Bulgaria; GERT – Gender Education, Research and Technology Foundation, Bulgaria; Gender Scan, France; Global Doctors for Choice; Global Fund for Women, USA; Great Lakes Initiatives for Human Rights and Development, Rwanda; H.E.R.A. – Health Education and Research Association, Macedonia; HowToUse; Humanists UK; Human Rights Watch; ILGA – Europe; International Campaign for Women’s Right to Safe Abortion; International Commission of Jurists; International Federation for Human Rights, France; International Women’s Health Coalition, USA; IPPF European Network; IPPF Global Federation; Irish Family Planning Association, Ireland; Kazakhstan Feminist Initiative « Feminita »; KOD – Independent Group Berlin, Germany; Kollektief Antikonceptie, Belgium; Komitet Obrony Demokracji – Niezależaa Grupa Berlin, Germany; L’Assemblée des Femmes, France; L’Egalité, c’est pas sorcier, France; La Paille et le Mil, France; Ladder for Rural Development, Malawi; League for International Women’s Rights, France; Legal Center for Women’s Initiatives “Sana Sezim”, Kazakhstan; Lesbian Group Kontra, Croatia; Les Effronté-es, France; Libres Mariannes, France; Lights4Rights, Belgium; Ligue des droits de l’Homme, France; Lobby Europeo de Mujeres- LEM España, Spain; London-Irish Abortion Rights Campaign; Luna Abortuscentrum Antwerpen, Belgium; Marche Mondiale des Femmes France; Marche Mondiale des Femmes Belgique, Belgium; Marche Mondiale des Femmes Midi-Pyrénées, France; Médecins du Monde, France; Medical Students for Choice; Mediterranean Women’s Fund, France; Mujer y Salud en Uruguay; Novgorod Gender Centre, Russia; Osez le Féminisme!, France; PaRiter, Croatia; PARI o DISPARE, Italy; Planned Parenthood Federation of America; Planning Familial 76, France; Planning Familial National, France; Plataforma CEDAW Sombra País Valenciano, Spain; Polish Society of Antidiscrimination Law, Poland; Population Matters, United Kingdom; Pro familia Bundesverband, Germany; Regards de Femmes, France; Regina Women’s Network, Lithuania; Reproductive Health Matters; Reproductive Health Training Center, Moldova; RESURJ; Roda – Parents in Action, Croatia; Romanian Women’s Lobby, Romania; Ruptures, France; Rutgers, Netherlands; Safe2choose; SALUS Foundation, Ukraine; Sarajevo Open Centre, Bosnia; Sensoa, Belgium; Sexual Health Switzerland; Sexual and Reproductive Justice Coalition, South Africa; Sexual Rights Initiative, Canada; Society for Education on Contraception and Sexuality, Romania; Society Without Violence, Armenia; Solidarité France Grèce pour la Santé, France; S.O.S. Sexisme, France; Spanish Federation of Family Planning (FPFE), Spain; Surkuna – Centro de Apoyo y Protección de los Derechos Humanos, Ecuador; Sustainable Health Development Center – VietHealth, Vietnam; Tendo’s World (Arts & Health), Uganda; L’Union des Familles Laïques (Union of French Secular Families), France; Union syndicale Solidaires, France; Union Women Center, Georgia; Urgent Action Fund for Women’s Human Rights, USA; Väestöliitto – Family Federation of Finland; Voice for Choice UK; WISH Associates, South Africa; Women Enabled International; Women’s Front of Norway; Women’s Global Network for Reproductive Rights (WGNRR); Women Help Women, Poland; Women on Waves; Women on Web; Women’s International League for Peace and Freedom, France; Women’s International League for Peace and Freedom, Italy; Women’s Link Worldwide; Women’s Resource Center, Armenia; Women’s Rights Center, Armenia; Women’s Room – Center for Sexual Rights, Croatia; YouAct – the European Youth Network on Sexual and Reproductive Rights; Youth Coalition for Sexual and Reproductive Rights; Young Women for Change, Nepal; Youth Champions Advocacy Nepal (Youth CAN), Nepal; 40 ans de movement, France.

 

Le 22 mars 2018

Télécharger le communiqué en version anglaise

Source: Le Parlement Polonais doit protéger la santé et les droits des femmes

21 mars 2018 Tribune collective « La loi sur le secret des affaires est un danger pour nos libertés fondamentales » publiée dans Libération 26 mars, 2018

Tribune signée par plusieurs personnalités, dont Malik Salemkour, président de la LDH

L’Assemblée nationale et le Sénat s’apprêtent à remettre en cause nos libertés fondamentales en votant, via une procédure accélérée, une proposition de loi portant sur le secret des affaires.

Ce texte, qui sera étudié en séance publique à l’Assemblée nationale le 27 mars 2018 et qui porte sur « la protection des savoir-faire et des informations commerciales non divulgués contre l’obtention, l’utilisation et la divulgation illicites », est la transposition d’une directive européenne adoptée en 2016 malgré les mises en garde des ONG, des syndicats, des journalistes, des chercheurs et l’opposition massive des citoyens. Cette directive a été élaborée par les lobbies des multinationales et des banques d’affaires qui souhaitaient un droit plus protecteur pour leurs secrets de fabrication et leurs projets stratégiques, alors que le vol de documents et la propriété intellectuelle sont déjà encadrés par la loi.

La France dispose de marges de manœuvre importantes pour la transposition de la directive dans notre droit national, et peut préserver les libertés tout en respectant le droit européen. Pourtant, le gouvernement et la majorité semblent avoir choisi, en catimini, de retenir une option remettant gravement en cause l’intérêt général et le droit des citoyens à l’information. La proposition de loi sur le secret des affaires a des implications juridiques, sociales, environnementales et sanitaires graves. De fait, ce texte pourrait verrouiller l’information à la fois sur les pratiques et les produits commercialisés par les entreprises.

En effet, la définition des « secrets d’affaires » est si vaste que n’importe quelle information interne à une entreprise peut désormais être classée dans cette catégorie. L’infraction au secret des affaires aurait lieu dès lors que ces informations seraient obtenues ou diffusées et  leur divulgation serait passible de sanctions pénales. Les dérogations instituées par le texte sont trop faibles pour garantir l’exercice des libertés fondamentales. Des scandales comme celui du médiator ou du bisphénol A, ou des affaires comme les Panama Papers ou LuxLeaks pourraient ne plus être portés à la connaissance des citoyens.

Qu’il s’agisse d’informations sur les pratiques fiscales des entreprises, de données d’intérêt général relatives à la santé publique ou liées à la protection de l’environnement et à la santé des consommateurs, les journalistes, les scientifiques, les syndicats, les ONG ou les lanceurs d’alertes qui s’aventureraient à rendre publiques de telles informations s’exposeraient à une procédure judiciaire longue et coûteuse, que la plupart d’entre eux seraient incapables d’assumer face aux moyens dont disposent les multinationales et les banques. C’est là le pouvoir de cette loi : devenir une arme de dissuasion massive.

Pour les téméraires qui briseront cette loi du silence, on peut toujours espérer que les tribunaux feront primer la liberté d’expression et d’informer. La récente affaire Conforama indique plutôt le contraire. Les soi-disant garanties proposées par le gouvernement français ne couvrent pas tous les domaines de la société civile et notamment le travail des associations environnementales. Ces dérogations ne sont qu’un piètre hommage aux grands principes de la liberté d’informer. Elles ne vaudront pas grand-chose devant une juridiction armée d’un nouveau droit érigeant le secret des affaires en principe, et la révélation d’informations d’intérêt public en exception.

Cette offensive sans précédent sur notre droit à l’information est un enjeu démocratique majeur qui est en train de mobiliser l’ensemble de la société civile, comme le montre le succès de la pétition dans ce sens. Lanceurs d’alertes, syndicats, ONG, journalistes, avocats, chercheurs et citoyens : nous nous opposerons à l’adoption en l’état de cette loi. Le droit à l’information et l’intérêt des citoyens ne sauraient être restreints au profit du secret des affaires.

Le lien vers la pétition : http://www.stopsecretdaffaires.org

Signataires : Aiquel Pablo, journaliste, SNJ-CGT ; Alt Éric, vice-Président de l’association ANTICOR ; Apel-Muller Patrick, directeur de la rédaction de l’Humanité ; Beynel Eric, porte-parole de l’union syndicale Solidaires ; Binet Sophie, Secrétaire générale adjointe de l’UGICT CGT ; Borrel Thomas, porte-parole de Survie ; Cellier Dominique, président de Sciences Citoyennes ; Compain Florent, Président Les Amis de la Terre France ; Cossart Sandra, Directrice de Sherpa ; Deltour Antoine, lanceur d’alertes Luxleaks ; Dr Arazi Marc, lanceur d’alerte du Phonegate ; Dupré Mathilde, Présidente du Forum citoyen pour la RSE ; Du Roy Ivan, journaliste, co-rédacteur en chef de Basta! ; Julliard Jean-François, directeur-exécutif de Greenpeace France ; Kalinowski Wojtek, Co-Directeur de l’Institut Veblen ; Ingrid Kragl, directrice de l’information, Foodwatch ; Kotlicki Marie-José, secrétaire générale de l’UGICT CGT ; Lepers Elliot, Directeur de l’ONG “Le Mouvement” ; Lucet Élise, journaliste ; Merckaert Jean, rédacteur en chef de la Revue Projet ; Monfort Patrick, Secrétaire général du SNCS-FSU ; Kamenka Patrick, journaliste, SNJ-CGT ; Perrin Edouard, journaliste, Président du Collectif “Informer n’est pas un délit” ; Peres Eric, Secrétaire général de FO Cadres ; Petitjean Olivier, journaliste, coordinateur de l’Observatoire des multinationales ; Plihon Dominique, économiste, porte-parole d’Attac ; Potier Julie, Directrice de Bio Consom’ACTEURS ; Poilane Emmanuel, Directeur général de France libertés et président du Crid ; Raffin Patrick, photographe ; Ramaux Christophe, économiste à l’Université Paris 1, membre des Economistes atterrés ; Remy Clément, Président de l’ONG POLLINIS ; Roques Laurence, Présidente du Syndicat des avocats de France ; Rousseaux Agnès, journaliste, co-rédactrice en chef de Basta! ; Salamand Bernard, Ritimo ; Salemkour Malik, LDH ; Thibaud Clément, président de l’Association des historiens contemporanéistes de l’enseignement supérieur et de la recherche ; Trouvé Aurélie, porte parole d’Attac ; Vire Emmanuel, Secrétaire général du Syndicat national des journalistes CGT (SNJ-CGT)

Et aussi :

CrimHalt ; Collectif On ne se taira pas ! ; Alternatives économiques ; La Télé libre ; Ingénieurs sans frontières-AgriSTA ; Fédération CGT des finances

Et :

La Société des journalistes des Échos ; La Société des rédacteurs du Monde ; La Société des journalistes de TV5 Monde ; La Société des journalistes du Point ; La Société des journalistes de France 2 ; La Société des journalistes et du personnel de Libération ; La Société des journalistes de BFMTV ; La Société des journalistes de Premières Lignes ; La Société des journalistes de Challenges ; La Société des journalistes de RMC ; La Société des journalistes de Mediapart ; La Société des journalistes de Télérama ; La Société des personnels de l’Humanité ; La Société des journalistes du JDD

Lire la tribune

Source: 21 mars 2018 Tribune collective « La loi sur le secret des affaires est un danger pour nos libertés fondamentales » publiée dans Libération

Plan contre le racisme : aucun territoire ne doit être oublié 26 mars, 2018

Communiqué LDH

Le Premier ministre a présenté, le 19 mars dernier, le nouveau Plan national de lutte contre le racisme et l’antisémitisme 2018-2020.

La Ligue des droits de l’Homme considère que l’engagement de l’Etat est nécessaire pour agir contre ce fléau et l’existence d’un tel Plan, même si sa définition reste limitée, est par principe positive, donnant un cadre d’action intergouvernementale utile.

Si le volontarisme du gouvernement pour lutter contre le racisme sur Internet est à saluer et à soutenir, le reste du Plan apparaît modeste dans ses ambitions, notamment sur l’objectif de cinquante plans territoriaux alors que la déclinaison locale de l’action publique est essentielle pour accompagner, partout, les victimes, et agir au plus près du terrain. Des moyens seront notamment nécessaires pour appuyer les initiatives associatives qui interviennent au quotidien sur tous les territoires, en termes d’accueil, d’éducation, de recherche et de sensibilisation.

Ce Plan est maintenant à mettre en œuvre. La LDH, avec ses sections locales, mobilisées inlassablement contre tous les racismes, sera attentive à le rendre concret et efficace.

Paris, le 20 mars 2018

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Source: Plan contre le racisme : aucun territoire ne doit être oublié

LETTRE A UN AGENT RÉPUBLICAIN DES FORCES DE L’ORDRE 16 mars, 2018

LIBERTE EGALITE FRATERNITE

 

« Quand le prochain est atteint dans ses droits, on atteint le droit qui est aussi le droit qui nous protège et donc on sait immédiatement que c’est l’ensemble de la société qui n’est plus protégée et c’est cet espace de réciprocité qui constitue le sentiment fraternel et c’est l’absence de sensibilité, l’apathie, qui empêche qu’il y ait fraternité ».

Sophie Wahnich (janvier 2016) aux « Agoras de l’Humanité » . Musée de l’histoire de limmigration à Paris

 

Lettre à un agent républicain des forces de l’ordre

En région PACA, Rhône Alpes Auvergne ou ailleurs

 

A l’énoncé de notre devise républicaine qui anime tout.e Français.e, j’ai besoin de t’écrire cette lettre car je te considère sans réserve à ce titre comme mon Frère.

 

Aussi, face à ces migrant.e.s et exilé.e.s désespéré.e.s, épuisé.e.s, trop souvent lâchement abandonné.e.s, voire harcelé.e.s par les pouvoirs publics, je souhaiterais partager avec toi le désarroi des nombreux.ses citoyen.e.s dont nous sommes. Nous venons au secours de ces personnes pour pallier les carences de l’Etat. Or nous te voyons, sur ordre de tes supérieur.e.s, eux-mêmes dépendant.e.s du pouvoir central, accomplir des actes contraires au droit et aux valeurs mêmes de notre République. Et cela malgré la connaissance de tous, par les médias, du quatrième revers subi au Tribunal Administratif (TA) de Nice par le préfet des Alpes-Maritimes, concernant sa gestion du flux migratoire. Sur requêtes soutenues par nos ami.e.s avocat.e.s et plusieurs associations, le « réacheminement » par tes collègues de 19 migrants mineurs vers l’Italie, sur ordre de ce préfet, a été « suspendu » le 23 février dernier par le juge des référés, celui-ci considérant qu’une « illégalité manifeste » a porté « gravement atteinte » à ces mineurs.

 

Trop souvent, ces agents de la force publique, oublient l’obligation qui leur est faite d’accorder à tout.e mineur.e isolé.e, avant son expulsion un délai d’un jour franc et la désignation indispensable d’un administrateur ad hoc. Au lieu de cela, depuis la dernière gare avant la frontière italienne, ils l’installent dans un train qui le dépose, anéanti, à Vintimille. Oubliée également pour toute demande d’asile, l’obligation faite à la police aux frontières de saisir l’Ofpra impérativement. Dans ce cas, l’adulte, lui, devra repartir immédiatement à pied pour l’Italie.

 

Trop souvent, ce sont des mineur.e.s non accompagné.e.s (MNA) qui subissent ce sort. Comme cet enfant érythréen de 12 ans qui, en janvier dernier, valut le 3ème camouflet adressé au préfet par le même TA. Selon les traités internationaux signés par la France, les règlements européens et nos propres lois qui les appliquent, ces enfants doivent être remis aux services de l’aide sociale à l’enfance (ASE), quelle que soit leur situation et qu’ils soient détenteurs ou non des documents requis.

 

Trop souvent, on prive des enfants non francophones, voire analphabètes, de l’interprète auquel ils ont droit. Puis on fait signer à ces mêmes enfants terrifiés des documents d’apparence anodine, par lesquels, de fait et à leur insu, ils expriment un prétendu souhait de quitter la France : parfois la case correspondante est déjà cochée sur l’imprimé. Facile ensuite de les reconduire benoîtement en Italie !

 

Et je ne parle pas ici de l’usage disproportionné de la force par certains de tes collègues. A Calais cela a été largement démontré et dénoncé (de même qu’en Italie, cf. rapport d’Amnesty international du 3/11/2016 et le 2017/18 Cf « La situation des droits humains dans le monde »).

 

Tous ces actes, contraires au droit et à l’éthique, sont imposés par les ordres venus de la préfecture, nous le savons. Certes, comme dans tout groupe humain il y a des « vilains canards » qui usent facilement de ces brutalités et d’une domination indigne. Mais nous savons aussi que la plupart d’entre vous subissez ces ordres. Les statistiques révèlent trop souvent aussi comment, au bout du désespoir, un policier a pu mettre fin à ses jours avec son arme de service, laissant ses collègues dans l’abattement, sa famille et ses proches dans la détresse.

 

Par cette lettre, nous voudrions faire grandir avec vous tous une lueur d’espoir en rappelant que vous n’êtes pas obligés de respecter ces ordres que l’éthique et la loi condamnent. La République vous encourage même à les refuser. Rappelons à notre mémoire collective, convoquons ce devoir de désobéissance.

 

Si tu es gendarme, le Bulletin officiel des armées de décembre 2005, précise dans une «instruction n°201710/DEF/SGA/DFP/FM/1 du 4 novembre» que «le subordonné doit refuser d’exécuter un ordre prescrivant d’accomplir un acte manifestement illégal».

 

Si tu es policier.e tu connais le code de déontologie de la police nationale (CDPN) qui depuis 1986, sous l’autorité à valeur constitutionnelle de l’art 12 de la DDHC de 1789 (1), précise dans son article 17 : « Le subordonné est tenu de se conformer aux instructions de l’autorité, sauf dans le cas où l’ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public. Si le subordonné croit se trouver en présence d’un tel ordre, il a le devoir de faire part de ses objections à l’autorité qui l’a donné, en indiquant expressément la signification illégale qu’il attache à l’ordre litigieux ». Les articles 7, le policier « a le respect absolu des personnes, quelles que soient leur nationalité ou leur origine,… » et 10, le policier « ayant la garde d’une personne dont l’état nécessite des soins spéciaux doit faire appel au personnel médical et, le cas échéant, prendre des mesures pour protéger la vie et la santé de cette personne», précisent tes devoirs au regard des personnes placées sous ton autorité (2).

 

Et plus généralement l’article L121-3 du code pénal traite du « délit en cas de mise en danger délibérée de la personne d’autrui … ou de manquement à une obligation de prudence ou de sécurité prévue par la loi ou le règlement… »

 

Toi et tes collègues avez ainsi les moyens de respecter votre engagement noble à servir la République, engagement infiniment respectable en même temps que celui qui l’accompagne nécessairement et qui a pour nom : « éthique ».

 

Et, de ce fait, comment ne pas réagir aux événements de la nuit du 10 mars, tellement opposés à notre éthique fondamentale ? Cette nuit-là, dans les Hautes-Alpes, les forces de l’ordre ont arrêté un bénévole ayant recueilli dans son véhicule plusieurs migrant.e.s qui venaient de passer la frontière à Montgenèvre, dont une femme sur le point d’accoucher. Malgré l’urgence et les cris de douleur de cette femme, tes collègues immobilisent véhicule et occupants.e.s pendant plus d’une heure. Transportée ensuite par les pompiers, la dame accouche par césarienne d’urgence quelques instants plus tard. Et c’est sur sommation de l’hôpital de Briançon à la PAF (Police Aux Frontières), que son mari et leurs deux jeunes enfants auraient échappé à l’expulsion immédiate.

Ce mercredi 14 mars, nous avons manifesté devant la PAF du Montgenèvre pour dénoncer ces faits ainsi que la convocation reçue par le bénévole incriminé, comme d’autres, pour solidarité.

 

Surtout, ne te fie pas, mon frère, aux paroles des politiques qui semblent te défendre face aux critiques parfois sévères de nos ami.e.s témoins de violences policières. Demain ces mêmes politiques, si leur pouvoir en dépend, t’abandonneront et te laisseront condamner en justice, comme ce préfet a vu entraver ses actions contraires à la loi.

 

Tu peux refuser d’être l’exécutant des ordres d’un pouvoir qui transforme ignominieusement l’article 622-4 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) en qualifiant de « profit » les actes généreux de celles et ceux qui viennent au secours de migrant.e.s en danger et sont l’honneur de notre pays ; cela  pour mieux intimider et punir leurs auteur.e.s. Tu peux donc aussi, au nom de ce motif inique, refuser d’interpeller et de garder à vue ces citoyen.ne.s qui inscrivent leur action en cohérence avec les traditions et les valeurs les plus nobles de notre Histoire.

 

Merci mon frère et ma soeur, policier.e, gendarme ou douanier.e d’avoir lu ces lignes dont le seul but vise, au-delà du vivre ensemble, à notre prise de conscience collective, dans et pour l’unité de la nation, et à vous mettre en garde contre ces dérives qui peuvent conduire au pire.

 

Nous avons confiance en vous, en nous, en toute fraternité républicaine.

 

Le 15 mars 2018

Les citoyens solidaires et les associations en région PACA et RAAu :

Association pour le droit des étrangers (ADDE), Défends ta citoyenneté (DTC), Ligue des droits de l’Homme (LDH PACA et RAAu), Syndicat des Avocats de France (SAF), Roya Citoyenne (RC), Tous Migrants, Tous Migrants 73.

 

Correspondance messagerie : comiteregionalpaca@ldh-france.org

 

 

 

 

 

(1) Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen Art. 12. : « La garantie des droits de l’Homme et du Citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée.

 

(2) Code de déontologie de la police nationale Art. 7. – Le fonctionnaire de la police nationale est loyal envers les institutions républicaines. Il est intègre et impartial : il ne se départit de sa dignité en aucune circonstance.

Placé au service du public, le fonctionnaire de police se comporte envers celui-ci d’une manière exemplaire.

Il a le respect absolu des personnes, quelles que soient leur nationalité ou leur origine, leur condition sociale ou leurs convictions politiques, religieuses ou philosophiques.

Art. 10. – Toute personne appréhendée est placée sous la responsabilité et la protection de la police ; elle ne doit subir, de la part des fonctionnaires de police ou de tiers, aucune violence ni aucun traitement inhumain ou dégradant.

Le fonctionnaire de police qui serait témoin d’agissements prohibés par le présent article engage sa responsabilité disciplinaire s’il n’entreprend rien pour les faire cesser ou néglige de les porter à la connaissance de l’autorité compétente…

 

Maintien de l’ordre : pour la justice, contre les violences policières 16 mars, 2018

Communiqué LDH

 

La Journée internationale de lutte contre les violences policières du 15 mars s’inscrit encore, cette année, dans un contexte de mobilisation très forte des forces de l’ordre sur le terrain.

La Ligue des droits de l’Homme n’a cessé de le réaffirmer au ministre de l’Intérieur, au Défenseur des droits – chargé de la déontologie des forces de l’ordre – et à l’IGPN* : si la sécurité des citoyens est essentielle, il est fondamental d’assurer leur sûreté en s’appuyant sur une police totalement respectueuse de leurs droits.

C’est pourquoi elle considère hautement problématique la disproportion croissante qui caractérise les déploiements répressifs dans la dernière période. Rappelons que certains se sont soldés par des morts. Cette situation est d’autant plus préoccupante que la justice semble en banaliser les manifestations. Trop de victimes et de familles sont ainsi laissées dans un désarroi judiciaire. Trop de non-lieux ont été rendus, maintenant un sentiment d’injustice, comme pour Ali Ziri, en 2016, retraité algérien de 69 ans décédé suite à une garde à vue en 2009, ou en janvier dernier pour Rémi Fraisse, mortellement atteint par l’explosion d’une grenade offensive sans qu’aucune responsabilité, ni administrative ni politique, n’ait été prononcée.

Au-delà de ces drames, les abus du quotidien, comme le harcèlement de fait ciblé sur certaines catégories de population, ou sur des quartiers spécifiques, contribuent largement à dégrader les relations des forces de l’ordre avec la population. L’actuel procès de pratiques policières agressives dans le 12e arrondissement de Paris, à la suite de plaintes de jeunes concernés, démontre l’importance de faire la transparence sur les faits et les comportements de quelques-uns, encouragés par un sentiment de toute puissance et, surtout, d’impunité.

C’est pour rompre avec cette situation que la Ligue des droits de l’Homme formule les demandes suivantes :

– la création, au sein d’un organisme indépendant, d’un observatoire des faits de violences
dues aux forces de l’ordre ;

– une révision des méthodes d’intervention de maintien de l’ordre afin de prévenir les dérives constatées dues à l’absence de coordination du commandement, à des armements inadaptés et dangereux et des objectifs contradictoires assignés aux forces de l’ordre par les autorités publiques ;

– un traitement judiciaire équitable des faits de violences policières et un meilleur encadrement des procédures d’outrage et rébellion ;

– la prévention des contrôles au faciès, avec notamment l’instauration d’un récépissé de contrôle d’identité ;

– une réforme des conditions autorisant ces contrôles d’identité, aujourd’hui détournés de leur objet à des fins de pression et de répression, notamment envers les étrangers ;

–  la formation des policiers et gendarmes, notamment ceux intervenant dans les quartiers populaires.

Parce que la sécurité est l’affaire de tous et la sûreté un droit absolu contre l’arbitraire, la mise en place d’une police de la sécurité du quotidien est un enjeu central au regard des changements nécessaires ; c’est pourquoi la LDH invite à un large débat, sans tabou, sur ces enjeux.

 

Paris, le 15 mars 2018

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* IGPN : Inspection générale de la police nationale


Source: Maintien de l’ordre : pour la justice, contre les violences policières

L’Observatoire de la liberté de création affirme que Bertrand Cantat a le droit de chanter 16 mars, 2018

Communiqué de l’Observatoire de la liberté de création

Qu’il y ait un débat sur ce que représente Bertrand Cantat sur scène est parfaitement légitime. On peut aussi considérer qu’il y a une certaine hypocrisie à ne contester que sa tournée et pas ses disques, comme si le concert était le lieu de toutes les sacralisations.

En tout état de cause, ce débat change de nature quand il se transforme en demande d’annulation de sa tournée.

Cantat a le droit de chanter, les programmateurs sont libres de le programmer et chacun est libre d’aller le voir, ou pas.

Dans un Etat de droit, personne ne se fait justice à soi-même, et personne ne fait justice à quelqu’un d’autre en dehors de la justice.

Les demandes, directes ou indirectes, de censure ou d’annulation de son spectacle, qu’elles soient portées par des associations comme Osez le féminisme ou par des personnes hors réseaux associatif, les pressions diverses et variées des élus, les retraits de subventions aux festivals ou structures qui le programment contreviennent à la lettre et à l’esprit de la loi.

Il semble nécessaire de rappeler aux uns et aux autres les dispositions légales. La loi de 2016 dispose dans son article 2 que la diffusion de la création artistique est libre, et l’article 431-1 du Code pénal réprime le fait d’entraver, d’une manière concertée et à l’aide de menaces, l’exercice de la liberté de création artistique ou de la liberté de la diffusion de la création artistique d’un an d’emprisonnement et de quinze mille euros d’amende.

D’autre part, l’Etat (c’est l’article 3 de cette loi), à travers ses services centraux et déconcentrés, et les collectivités territoriales doivent mettre en œuvre la politique en faveur de la création artistique, laquelle poursuit notamment comme objectif le soutien de l’existence et le développement de la création artistique sur l’ensemble du territoire, en particulier la création d’œuvres d’expression originale française et la programmation d’œuvres d’auteurs vivants, et doit garantir la liberté de diffusion artistique en développant l’ensemble des moyens qui y concourent. L’Etat doit encore promouvoir la circulation des œuvres sur tous les territoires, la mobilité des artistes et des auteurs et entretenir et favoriser le dialogue et la concertation entre l’Etat, l’ensemble des collectivités publiques concernées, les organisations professionnelles, le secteur associatif, les acteurs du mécénat et l’ensemble des structures culturelles et leurs publics.

En prenant des positions qui ne sont pas à la hauteur des exigences légales à propos de la tournée de Bertrand Cantat, et en gardant un silence inquiétant sur la plupart des affaires récentes d’atteinte aux libertés de création et de diffusion des œuvres, la ministre de la Culture manque aux devoirs relevant de son titre et de son domaine d’intervention.

L’Observatoire de la liberté de création regrette que l’artiste, sous la pression, ait renoncé à tourner dans les festivals cet été et s’inquiète qu’en France, en 2018, certains soient plus tentés par les réflexes de censure que par le respect des libertés et par le débat démocratique qu’ils réclament, paradoxalement, de leurs vœux.

 Paris, le 13 mars 2018

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Source: L’Observatoire de la liberté de création affirme que Bertrand Cantat a le droit de chanter

Dossier de presse : traité ONU sur les multinationales et les droits humains 16 mars, 2018

Communiqué commun

Hier, jeudi 8 mars, le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU a examiné le rapport de la 3ème session du groupe intergouvernemental de travail (GTIG) chargé d’établir un instrument international juridiquement contraignant pour que les multinationales soient tenues responsables des atteintes aux droits humains et à l’environnement qu’elles commettent (1). Une nouvelle étape a été franchie qui permettra au processus de négociation de se poursuivre vers une nouvelle session en octobre 2018, avec le soutien de la société civile et d’une majorité d’États, dont la France. L’intervention de l’Union européenne était particulièrement attendue, car elle a, à plusieurs reprises, tenté d’obstruer le processus depuis 2015 (2) : elle a finalement annoncé qu’elle participerait de manière constructive.

Ce changement d’attitude de l’Union Européenne, et le rôle pro-actif de la France au sein de l’UE, font suite à une importante mobilisation de la société civile et des parlementaires français qui ont été près de 250, de divers bords politiques, à écrire au président Macron pour soutenir l’initiative de ce traité (3).

Par l’adoption de la loi sur le devoir de vigilance en mars 2017, la France a été la première nation au monde à adopter une législation contraignant les multinationales au respect des droits humains et de l’environnement, y compris dans le cadre des activités de leurs filiales, sous-traitants et fournisseurs. Cette loi est devenue une référence internationale, comme l’a rappelé hier l’Équateur, qui préside le GTIG.

La France porte donc une responsabilité particulière pour que les négociations sur ce traité puissent aboutir. La perspective d’une 4ème session de négociation en octobre prochain doit lui permettre de renforcer son rôle au sein de l’UE et de faire des propositions concrètes de contenu, pour sortir des faux débats et soutenir un traité qui permettra réellement de faire reculer l’impunité des multinationales.

Les attentes de la société civile sont fortes. Le projet de traité qui sera présenté en juin prochain par l’Équateur devra être ambitieux et permettre l’ouverture de nouveaux droits pour les communautés affectées ainsi que des mécanismes de sanctions leur garantissant un accès à la justice et aux réparations. La coalition française pour le traité ONU et ses alliés de la société civile internationale resteront mobilisés pour veiller à ce que les négociations aboutissent dans des délais raisonnables, et que le contenu du traité ne soit pas affaibli par certains États ou par des lobbys économiques qui ont déjà exprimé maintes fois leur opposition à toute norme contraignante.

Notes :

(1)    La 3ème session s’était tenue en octobre 2017. Voir le site du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU : http://www.ohchr.org/EN/HRBodies/HRC/WGTransCorp/Pages/IGWGOnTNC.aspx

(2)    En octobre dernier, elle a remis en cause la validité du mandat du groupe de travail au-delà de cette 3ème session de négociation, et en décembre, elle a tenté de supprimer les fonds alloués au groupe intergouvernemental de travail au travers d’un amendement au budget de l’ONU. Voir le communiqué : http://www.amisdelaterre.org/Traite-ONU-tentative-de-sabotage-de-l-Union-europeenne.html

(3)     Voir l’article dans Libération et la lettre des 245 parlementaires : http://www.liberation.fr/france/2017/10/26/responsabilite-sociale-des-entreprises-245-parlementaires-veulent-voir-macron-faire-bouger-l-europe_1605861. Un cercle de réflexion parlementaire a de plus été créé en février 2018 à l’initiative des député-e-s Dominique Potier, Mireille Clapot et Jean-Paul Lecoq, afin de contribuer aux débats sur le contenu du futur traité.

 

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Paris, le 9 mars 2018

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Dossier de presse

 

TRAITÉ ONU SUR LES MULTINATIONALES ET LES DROITS HUMAINS :  VRAIS ENJEUX ET FAUX DÉBATS

 

En juin 2014, un groupe de travail intergouvernemental a été créé à l’ONU, porté par une coalition d’États menée par l’Équateur, et mandaté pour élaborer un instrument international juridiquement contraignant (« traité ONU ») pour réguler l’activité des entreprises transnationales et autres entreprises en matière de respect des droits humains.  Ce projet de traité constitue une opportunité historique et une source d’espoir considérable pour des millions de personnes dans le monde, victimes de violations des droits humains et de dommages environnementaux commis par les multinationales.

 

Ce dossier de presse a été élaboré par la Coalition française pour un traité ONU dont la LDH est membre avec ActionAid, Les Amis de la terre France, Attac, CCFD-Terre-solidaire, Collectif éthique sur l’étiquette, la CGT, France Amérique latine, Sherpa et Union syndicale Solidaires.

 

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Source: Dossier de presse : traité ONU sur les multinationales et les droits humains