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Ligue des droits de l'Homme

Section du Pays d'Aix-en-Provence

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« Les expulsions forcées subies par les Roms atteignent des niveaux intolérables » 17 mars, 2016

Source: « Les expulsions forcées subies par les Roms atteignent des niveaux intolérables »

Paris, le 8 mars 2016

Monsieur le Ministre,

Nous vous adressons cette lettre car les expulsions forcées subies par les Roms (ou les personnes désignées comme telles) vivant dans des bidonvilles en France atteignent des niveaux intolérables durant cette période hivernale.

En effet, le recensement des évacuations forcées de lieux de vie occupés par des Roms (ou des personnes désignées comme telles), en France, indique que depuis le début de l’année 2 582 personnes ont été évacuées de force de leurs lieux de vie, soit près de 300 personnes par semaine.

Sans attendre la fin du premier trimestre 2016, nous voulons alerter sur cette situation indigne et inhumaine. Rien que durant la dernière semaine, en plein hiver, ce sont plus de 1 000 personnes qui ont été ainsi jetées à la rue à Roubaix, à Marseille, à Nantes et en d’Ile-de-France.

Dans votre réponse au Commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, M. Nils Muižnieks, en date du 12 février 2016, vous affirmiez : « Des efforts sont faits pour atténuer au maximum les effets sur les parcours de scolarisation, ce qui explique notamment qu’une grande partie des évacuations ont lieu en été. » Si ce que vous dites est avéré et au vu du nombre élevé d’évacuations forcées exécutées durant les deux premiers mois de cette année, nous craignons le pire, pour l’été à venir. Dans le cas contraire, vos dires ne se vérifient pas dans les faits.

Dans le même courrier, vous faites référence à la circulaire du 26 août 2012, indiquant son application lors des évacuations forcées. Nous devons vous contredire aussi sur ce sujet : sur les 19 expulsions recensées depuis le début de l’année, seules 11 ont fait l’objet d’une proposition d’hébergement temporaire. L’application de cette circulaire n’est pas du tout systématique, et ceci depuis le mois d’août 2012. Quand elle l’est, ce n’est que de manière très partielle. Cette observation est faite par tous les acteurs opérant sur le terrain. Ces expulsions se font, de fait, toujours sans solution de relogement valide et pérenne.

Ces expulsions sont condamnées par le Commissaire aux droits de l’Homme ou la Commission antiracisme (Ecri) du Conseil de l’Europe. Dans la lettre que le Commissaire aux droits de l’Homme vous a envoyé le 26 janvier 2016, M. Nils Muižnieks spécifiait en effet : « En outre, comme je l’ai rappelé dans mon rapport de 2015, le Comité européen des droits sociaux a rendu une série de décisions concernant la France, constatant plusieurs violations de la Charte sociale européenne concernant les droits sociaux des Roms. »

L’inquiétude est grande car on ne comprend pas pourquoi se perpétue cette politique inhumaine, indigne et inutile, car elle ne résout rien. Elle aboutit à précariser encore plus une population déjà très fragilisée. On estime qu’un tiers des personnes ainsi rejetées sans abri sont des enfants.

Nous voulons vous alerter ainsi que l’opinion publique, car, comme pour les réfugiés de Calais, c’est une politique du bulldozer qui est mise en place.

Nous réitérons la même demande, de manière inlassable : la suspension des expulsions systématiques, la sécurisation des bidonvilles et leur assainissement, la mise en place de solutions adaptées pour l’insertion des familles à travers le droit commun et ceci avant toute expulsion, pour toutes les familles et sur tout le territoire. Le suivi de ces politiques devrait être organisé dans le cadre d’un dialogue permanent entre les pouvoirs locaux (communes, collectivités territoriales), les autorités régionales et nationales et les acteurs publics et associatifs actifs dans les bidonvilles.

Vous comprendrez, monsieur le Ministre, que nous rendions cette lettre publique.

Je vous prie de croire, monsieur le Ministre, en l’expression de ma haute considération.

Françoise Dumont
Présidente de la LDH

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L’Action française hier et aujourd’hui 7 mars, 2016

Voici  un document qu’André Koulberg présente sous l’égide de la LDH, section d’Aix-en-Provence. Intitulé « L’Action française hier et aujourd’hui » (mars 2016)  il développe un historique de ce mouvement et de ses valeurs anti-démocratiques, anti-républicaines, racistes et antisémites. Il fournit un argumentaire précieux pour nos militants.

 

L’Action française, une résurgence. Mais de quoi ?

Depuis près de deux ans, un groupe de jeunes gens, se réclamant de l’Action française, cherche à perturber un certain nombre de réunions ou de manifestations politiques, culturelles, associatives, ouvertes et pacifiques, en usant de la provocation et quelquefois de violence envers les personnes présentes. Ils ont ainsi perturbé une réunion publique de l’association Résister aujourd’hui qui se déroulait au théâtre Toursky en février 2014, s’en sont pris physiquement à des militants communistes dans le local du Parti communiste aixois en octobre 2015, ont hurlé des slogans hostiles en face, puis à l’intérieur, du Cercle du silence d’Aix en septembre 2015, ont manifesté pour réclamer l’arrêt d’une exposition d’art contemporain à Marseille réclamant « la corde » pour les artistes traités de « pédophiles » en septembre 2015, ont interrompu violemment une réunion publique, consacrée à la question du Front national, organisée par le Parti socialiste en décembre 2015, ont fait intrusion au théâtre d’Aix où le député Jean-David Ciot présentait ses vœux, brutalisant plusieurs personnes et hurlant « à mort Ciot », ont perturbé le déroulement d’une réunion publique des Jeunes républicains en février 2016, etc.
Au cours de leur intervention contre le Cercle du silence ceux qui subissaient leur démonstration virile les ont entendus ironiser sur l’âge des participants à ce Cercle. Eux sont jeunes. Mais leurs idées et leurs pratiques ne le sont pas. Elles sont vieilles de plus d’un siècle.
En se rendant au cimetière de Roquevaire pour se recueillir sur la tombe de Maurras (et commémorer le 6 février 34), les militants royalistes se sont explicitement référés à ce vieil héritage. Ce mouvement dont le dirigeant a été condamné à la dégradation nationale et à la réclusion à perpétuité en 1945 est-il donc si séduisant ?
L’Action française, avant de devenir groupusculaire après guerre, a été de 1899 au milieu des années 30 le principal mouvement d’extrême droite en France. Pour l’extrême droite, elle représente un passé prestigieux, avec ses écrivains célèbres (Maurras, Léon Daudet, l’historien à succès Jacques Bainville…), ses campagnes nationales tonitruantes, sa longévité avant le discrédit, etc.
Ce long processus historique, ainsi que les prises de position de Charles Maurras, son prolixe dirigeant qui n’a jamais cessé de s’expliquer et d’argumenter, nous ont laissé un abondant matériau qu’il peut être utile d’analyser pour comprendre en quoi consiste cet héritage aujourd’hui réactualisé. Sans prétendre étudier exhaustivement ce mouvement en quelques pages nous pouvons, malgré tout, rappeler quelques éléments décisifs qui éclaireront la démarche des jeunes disciples contemporains. Maurras nous servira de guide.
La haine de la république et de la démocratie

AF image

Une caricature de Forain dont Maurras s’est servi pour exprimer sa haine de la république, de la démocratie, des protestants et des juifs

La vision du monde très singulière de l’Action française ne se résume pas à une simple prise de position royaliste. Elle est d’abord un rejet violent de la démocratie, de la république et de tout ce qui s’y rapporte : les valeurs démocratiques, les droits de l’Homme, etc. Pour en prendre la mesure, observons une caricature de Forain que Maurras a insérée dans l’ Enquête sur la monarchie . Sous le titre ironique « La Belle Jardinière », Forain dessine une femme hideuse. C’est la République. Maurras commente longuement cette œuvre. Elle l’inspire…
Comment sait-on que la jardinière est effectivement une représentation de la République ? Cela se voit, assure Maurras, non seulement au fait qu’elle est coiffée d’un bonnet phrygien mais à sa laideur physique (signe d’une laideur morale). Eléments clefs de cet enlaidissement, un nez énorme et crochu désignant une « République enjuivée ». Le commentaire du leader de l’Action française prolonge le trait du dessinateur : Pour l’arroseuse, à défaut du bonnet phrygien, ce nez crochu, ce gros œil bombé de juive trentenaire feraient reconnaître notre troisième République. Laide à susciter l’horreur (je vous fais horreur), incarnation de la bêtise (je suis la bêtise), la jardinière avouerait par la voix de Maurras : je suis bien cette juive que vous appelez République. Et avec de tels attributs, nous devinons que cela est affreux.

La démocratie
Cette exécration de la république atteint son point culminant au moment où est évoqué le plus détesté de ses fondements : la démocratie. C’est lorsqu’il s’agit de la démocratie que Maurras choisit les images et les comparaisons les plus dégradantes, les plus susceptibles de susciter dégoût et mépris. Oui, te voilà Démocratie ! épais arrière-train et croupe de bête mystique, grave accumulation de ce poids de bassesses qui te tirent, à chaque instant, un peu plus près de ton élément naturel ! La démocratie est représentée par l’élément de l’anatomie traditionnellement désigné comme le plus bas, le plus indigne, prenant en outre une forme d’énorme protubérance dans la caricature. La démocratie, c’est dégoûtant !
En octroyant cette place de choix au sein de ses détestations, pourtant particulièrement nombreuses, Maurras nous met sur la voie : le plus grave dans une république c’est qu’elle est démocratique. Une république totalement élitiste, gouvernement des « meilleurs », pourrait être, à la rigueur, tolérée, mais une république démocratique, mal général, œcuménique et planétaire, ne peut tendre qu’à la mort .

La souveraineté du peuple
Sur quoi se fonde cette vision démoniaque de la démocratie ? L’œuvre de Maurras apporte tous les éclaircissements voulus. C’est l’ensemble des institutions, des principes, des valeurs démocratiques qui provoquent la rage de l’Action française. A commencer en tout premier lieu par cette idée saugrenue d’une possible souveraineté du peuple, cette doctrine de mythologie politique en vertu de laquelle la volonté populaire est souveraine .
Le peuple n’a ni les compétences ni la dignité nécessaire pour participer aux décisions collectives. Maurras ne cache pas son mépris : Un régime qui vit des « volontés du peuple » est le paradis des crétins. Seule l’élite, et, au dessus de l’élite, le roi, ont la légitimité et les compétences pour gérer les affaires publiques. Même indépendant, même probe, même intelligent (même : on devine qu’il s’agit d’un cas de figure exceptionnel), l’électeur sera toujours incompétent sur la plupart des sujets qui lui seront soumis. Cette incompétence le rend violent et aveugle ou hésitant et versatile, souvent même ceci et cela à la fois. Le citoyen est sommé d’abandonner ses droits politiques, il abandonnera par un fidei-commis solennel et irrévocable à la branche survivante de la famille capétienne l’exercice de la souveraineté . Ce n’est plus un citoyen, c’est devenu un sujet.

Le pluralisme
Deuxième élément des démocraties perçu comme intolérable et constamment vilipendé par Maurras et ses acolytes : le pluralisme. Que ce soient les initiatives des individus , l’existence d’une pluralité de partis , la « lutte des classes » (terme très large englobant jusqu’à la simple revendication syndicale) , etc. toutes les velléités de pluralismes sont rejetées.
Mais l’Action française, objectera-t-on, ne défend-elle pas une conception décentralisatrice ?
L’idée de décentralisation, héritée des doctrines monarchistes traditionnelles, aurait effectivement pu faire exception, mais, justement, pas dans l’interprétation qu’en fait Maurras. Là où nous imaginons une pluralité de communes, de régions, de « provinces » (en langage maurrassien) où régnerait le débat démocratique, en leur sein aussi bien qu’entre elles ou avec l’Etat, Maurras ne voit qu’un désordre anarchique. C’est la principale raison pour laquelle, selon lui, la décentralisation ne peut être envisagée en « république démocratique » : Si par miracle la décentralisation se faisait, la France, tiraillée entre les grandes compagnies divergentes, disparaîtrait en tant qu’unité politique, faute d’un organe vivant et puissant de l’intérêt général. La décentralisation fantasmée par Maurras n’a rien à voir avec cette libre diversité, elle constitue au contraire un ordre rigide composé de « cercles » concentriques allant de la famille à la nation sans aucune confrontation et sans anicroche, une pyramide de pouvoirs pénétrant dans l’intimité des foyers et, à la fois, dirigée tout en haut par un roi. Un ordre parfait.
La diversité n’est pas perçue ici comme le signe d’un système pluraliste mais comme l’organisation parfaite d’un système de pouvoir immuable.

Les valeurs
Enfin, cette furie antirépublicaine vise l’ensemble des valeurs fondamentales de la démocratie, en tout premier lieu la liberté et l’égalité (et la fraternité, évidemment, les haines de Maurras en représentent l’antithèse absolue) : La République démocratique consiste en premier lieu à n’avoir pas de tête, et en second lieu, à loger un peu partout dans son corps la plus haute dose possible de déraison. La liberté d’abord ou l’absence de chef ! Ensuite l’égalité ou le manque d’ordre !
On imagine aisément qu’un tel ressentiment antidémocratique conduira Maurras et l’Action française à prendre constamment pour cible les droits de l’Homme. Et, effectivement, dès le premier numéro du journal « L’Action française » en 1899, ses fondateurs Pujo et Vaugeois affirmaient : Il est temps de renoncer à mettre l’abstraction des « droits de l’homme » à la place des droits historiques de notre belle race française. Cette condamnation des droits de l’Homme restera une constante tout au long de l’histoire du mouvement.
Les inégalités de droit et de statut deviennent sous la plume de Maurras si « naturelles » qu’il en vient à jeter un regard complaisant sur les dominations les plus extrêmes comme l’esclavage. Ainsi, croit-il pouvoir affirmer, le visage de l’esclave était ami au maître (…) en vertu de la réciprocité des services, l’esclave se tenait pour un membre secondaire, mais nécessaire, de la famille. Touchant tableau familial !

La logique antidémocratique et ses conséquences
Cet acharnement contre la démocratie, ses références à une souveraineté populaire, son pluralisme, ses libertés et ses droits fondamentaux, toutes ses valeurs, n’est pas anodin. Cela explique l’ ambivalence et, plus d’une fois, le soutien de l’Action française au fascisme italien, pourtant étatiste et fort peu décentralisateur. Cela explique ses discours sur la nécessité d’une dictature qui, à l’imitation de tous les postulants dictateurs, est présentée comme temporaire. Les auteurs du manifeste « dictateur et roi » (Maurras et son ami Amouretti), affirment (…) que le gouvernement du roi de France ne peut manquer d’être répressif et vengeur dans ses premiers actes de dictature, afin de pouvoir être réparateur dans ceux qui suivront. Les prétendants au trône ont raison d’affirmer que le chef de la Maison de France leur apparaît Dictateur nécessaire autant que roi légitime . Le texte, bien que très général, prévoit d’ailleurs un régime clairement autoritaire : l’anarchie politique et ses théoriciens seront donc surveillés, et s’il existe des confessions religieuses qui tendent à cette anarchie, elles seront soumises à cette surveillance, qui est de droit naturel . Cela explique enfin que le régime autoritaire du maréchal Pétain soit apparu à Maurras, malgré l’antigermanisme viscéral de l’Action française, comme une « divine surprise ».

Le sens des violences d’hier et d’aujourd’hui
L’Action française n’a jamais eu le pouvoir, même si, indirectement, de nombreuses mesures prises par le gouvernement de Vichy sont d’inspiration incontestablement maurrassienne, illustrant parfaitement les dérives et les politiques criminelles auxquelles peuvent conduire ces idées. Mais même dans le cadre que lui imposait son statut de simple opposant au sein de la République, elle affichait ses options et manifestait ses inquiétantes potentialités par son style et ses pratiques.
Outre ses manifestations, souvent violentes, elle se singularisait d’abord par les nombreuses campagnes qu’elle menait contre des personnes (et non seulement contre des idées). Dans bien des cas cela consistait à mener des campagnes de calomnies et des chasses aux sorcières, laissant derrière elles existences et réputations en lambeaux Ainsi, par exemple, la campagne menée, avec d’autres journaux d’extrême droite, contre Roger Salengro en 1936, accusé à tort d’avoir été un déserteur, qui l’accula au suicide ; ou celle menée contre l’ex-président du conseil Joseph Caillaux, accusé à tort d’avoir trahi la France en temps de guerre, qui conduisit à son incarcération en 1918 et son jugement par la Haute cour en 1920, dont il ne sera amnistié qu’en 1925.
Dès sa naissance en 1899, le mouvement s’acharna sur le capitaine Dreyfus, mêlant sa voix à celle des antidreyfusards les plus fanatiques. Ce type d’attaques personnelles, de cibles en cibles, ne s’est jamais arrêté..
Une autre action caractéristique de l’Action française, dont s’inspirent encore aujourd’hui les jeunes agitateurs aixois, consistait à intervenir collectivement et brutalement pour faire taire, ou au minimum perturber les paroles, débats, manifestations culturelles et expressions de toute sorte qui ne leur plaisaient pas. Qu’il s’agisse de perturber des cours ou des conférences universitaires dont le contenu ne leur convenait pas, s’acharnant, par exemple, contre les conférences à la Sorbonne de François Thalamas professant des idées non conformes sur Jeanne d’Arc ; de frapper quelquefois des professeurs ; de saccager les locaux de journaux défendant d’autres points de vue que les siens ; d’interrompre la projection de films ou de pièces de théâtre ; de molester les hommes politiques aux idées opposées aux leurs … toutes ces exactions et ces brutalités expriment chaque fois la même visée : agresser et réduire au silence des individus exprimant des opinions autres que celles de l’Action française, et quand l’occasion se présente, de les humilier, de les rabaisser (le goudron, l’huile de ricin…).
De la propension de Maurras à menacer de mort ses adversaires (ou perçus comme tels) à ces violences répétées contre qui pense autrement, règne le même esprit. Dans cette vision du monde il n’existe pas de débat démocratique ou d’opposition, les opposants sont une maladie, des traîtres, l’anti-France, des assassins…la rhétorique de l’Action française y revient constamment. Il faut donc les mettre hors d’état de nuire sans égard pour leur personne et commencer par leur couper la parole, les faire taire. Ce lourd héritage s’est manifestement transmis à ses émules provençaux contemporains. Ceux-ci auraient pu chercher à défendre leurs idées en participant aux débats, ouverts à tous, les débats qu’ils ont interrompu. Mais au lieu de participer à une discussion publique où chacun peut s’exprimer tout en respectant la liberté de parole des autres, ils s’imposent de force, arrêtent brutalement les débats, introduisant la violence et l’intimidation dans des réunions ouvertes et pacifiques. Oui, de ce point de vue, ils sont bien les héritiers des Camelots du roi et des diverses milices d’extrême droite des années 30 qui voulaient imposer un ordre nouveau dont la démocratie serait définitivement bannie. Leurs violences en constituent les prémices, une sorte de préfiguration.

La haine des protestants et des autres
Continuant à interpréter le dessin de Forain en y projetant ses exécrations, Maurras poursuit : Le bouquet de vieux poils enroulé tumultueusement sur la nuque fait sans doute quelque allusion à cet idéalisme protestant qui assaisonne les démarches et les discours de la mauvaise fée ; à la sottise naturelle elle ajoute ce grain de folie religieuse, acquis à l’école primaire. Que signifie cette phrase étonnante ? Pour l’essentiel, que les idées des protestants sont sottes et follement désordonnées à l’image des cheveux outrageusement mal coiffés de la « belle jardinière » et que l’école laïque, fortement influencée par le mode de pensée protestant selon Maurras, diffuse ces manières de penser pernicieuses jusque dans les cerveaux innocents des petits Français.
Tout ce qui constitue la spécificité du protestantisme, aux yeux de Maurras, est haïssable. Sa néfaste doctrine du « libre examen » génératrice d’individualisme et d’anarchisme effréné ainsi que ses tendances démocratiques en font un ferment de rébellion contre les autorités traditionnelles immuables et indiscutables, celle de l’Eglise, celle des rois… Nous n’excuserons plus la séparation d’avec Rome ni ces longues rébellions dont le trait commun a été de produire toutes les idées qui ébranlèrent notre unité : libéralisme, parlementarisme, République, démocratie, romantisme, on peut même dire hervéisme et dreyfusisme.
Les protestants sont avant tout des destructeurs. Ils sont l’autre. Bien que Français, ils sont constamment décrits comme des représentants de l’étranger. Leurs idées « anti-romaines » sont « plus ou moins sorties des forêts de la Germanie » .
Le pluralisme religieux s’avère finalement aussi illégitime que le pluralisme politique. Ceux qui s’écartent du catholicisme romain le plus intransigeant sont aussitôt accablés d’injures et accusés des pires turpitudes. L’historien Gabriel Monod, protestant et de surcroît en désaccord intellectuel avec Maurras, en a fait l’amère expérience. L’auteur de l’Enquête sur la monarchie lui a consacré un texte incroyable, un véritable monument de haine. Maurras ne discute quasiment pas son œuvre qui est pourtant substantielle, se contentant de la qualifier de « nullité » et son auteur d’imbécile … Il l’attaque par ses origines, cherchant à le disqualifier par un récit malveillant centré sur la famille Monod depuis plusieurs siècles. Il n’est que le représentant d’une « horde » peuplée de « fous » à face de « singe » , de non catholiques déloyaux, hostiles « aux intérêts et aux traditions de la France » , des sortes de traîtres, des Allemands dissimulés parmi nous, Maurras dénonçant en Gabriel Monod « cet Allemand secret » . Et il trouve même au sein de cette famille une « féministe » !
L’altérité, dans cette conception du monde, est devenue une abomination. Du constat d’une différence on passe sans transition aux accusations les plus graves. Et à chaque nouvelle divergence les mêmes dénonciations rageuses ressurgissent. L’intolérance est au fondement de l’Action française.

L’intolérance
Dans la France du XXème siècle, les personnes et les courants politiques ou culturels qui ne se conforment pas au modèle brandi par l’Action française (royaliste autoritaire, catholique intransigeant, vomissant la démocratie…) sont légions. Et ils sont effectivement légions à être non seulement critiqués mais couverts d’insultes et accusés d’ourdir les projets les plus criminels contre la France et les Français. Rappelons deux cas, canoniques dans le corpus de l’Action française. Les romantiques (ainsi que tous ceux qui peuvent y être associés), en rupture avec le classicisme cher à Maurras, sont accusés d’être une forme d’ « invasion étrangère ». Quant aux francs-maçons, leur anticléricalisme est lu comme une « ardente haine militante pour le prêtre catholique », leur esprit critique comme une « entreprise de destruction » génératrice de la pire d’entre elles selon Maurras : la Révolution française.
Cette intolérance furieuse, transformant tout écart aux dogmes maurrassiens en crime inexpiable, ne se lit pas seulement dans les diatribes acerbes du leader royaliste et de ses amis. Elle transparaît tout autant dans leurs prises de position d’apparence les plus conciliantes. Quelques protestants échappent à cette vindicte. Faisant exception, ils sont tolérés. Qu’ont-ils de particulier ? Ils sont « patriotes » (c’est-à-dire nationalistes), « royalistes », ils ont rejoint L’Action française… Maurras veut bien reconnaître une personne autre lorsqu’elle s’est dépouillée de sa singularité, de son altérité, lorsqu’elle est devenue exactement comme lui. La tolérance de Maurras s’arrête à lui-même. Sa manière d’être tolérant est un comble d’intolérance.

La haine des Juifs
Dans la caricature de Forain, nous l’avons vu, les traits hideux qui exhibent la laideur de la république sont en tout premier lieu les traits classiques désignant les juifs dans les caricatures antisémites. Ce qui fait de la république un régime odieux, c’est d’abord le fait qu’elle est une république « enjuivée ».
Un simple coup d’œil à la caricature, avec à l’esprit les commentaires de Maurras, suffit à réduire à néant tous les efforts de certains de ses disciples pour présenter son antisémitisme comme un antisémitisme modéré. La célèbre distinction entre antisémitisme de peau (l’antisémitisme biologique des nazis) et antisémitisme d’Etat (celui de l’Action française), ne signifie pas que Maurras ne haïrait pas les Juifs et ne leur voudrait pas de mal. Non seulement ses prises de position sont souvent particulièrement malveillantes mais, à un moment où les enjeux humains sont dramatiques, sous l’occupation, il cautionne (et comment ! ) la politique criminelle de Vichy envers les Juifs. Nulle compassion pour les victimes, il approuve bruyamment les mesures discriminatoires, multipliant les surenchères verbales au moment même où se déroulent les persécutions.
Réagissant au premier statut des Juifs, il commence par minimiser, voire nier totalement l’oppression et la souffrance des victimes : Il ne s’agit nullement, en effet, d’une persécution et rien n’est plus sage que d’interdire aux Juifs les postes d’administration, de direction, de formation des intelligences . En effet, insiste Maurras, Il n’est écrit nulle part, entre les étoiles du ciel ni dans les profondeurs de la conscience, qu’il soit offensant pour une personne humaine de ne pouvoir accéder à la direction ou à la gérance d’un théâtre ou d’un cinéma, d’une publication ou d’une université .
Ce ne sont pas ces peccadilles (les malheurs d’autrui) qui préoccupent le vieux dirigeant, mais le fait que certains risquent d’échapper à la pleine rigueur de ces mesures, les Juifs ne sont-ils pas rusés et dissimulateurs ? Les Juifs nous ont tant roulés . Le « maître » de Martigues relaie l’inquiétude de ceux qui pensent que les Juifs sont malins, qu’ils ont bien caché leur trésor . Ils ont raison de s’inquiéter mais au lieu de se décourager ils devraient se mettre en chasse résolument pour récupérer ces dépouilles . Encore en 1944, ce qui inquiète le leader de l’Action française c’est que peut être certains Juifs pourraient échapper à la répression. On serait curieux de savoir si la noble famille (juive) est dans un camp de concentration, ou en Angleterre, ou en Amérique, ou en Afrique, — ou si par hasard elle a gardé le droit d’épanouir ses beaux restes de prospérité dans quelque coin, favorisé ou non, de notre Côte d’Azur ? (…) si la tribu nomade était restée en France, il faudrait faire cesser à tout prix une hospitalité scandaleuse et une tolérance qui touche à la folie. Dans la suite du texte, Maurras propose d’appliquer la loi du talion aux hordes juives soupçonnées de violences de parole et d’attitude .
Les vociférations haineuses du vieux leader royaliste ne sont pas des vociférations dans le vide, elles ont accompagné et soutenu l’oppression des Juifs (ainsi que beaucoup d’autres victimes de ces temps barbares), avec une ardeur sans faille.
En une période décisive l’antisémitisme de l’Action française a été un pousse au crime. Il n’avait rien d’anodin.

Le racisme
Les Juifs ne sont pas perçus ici comme des individus ayant fait des choix mais comme les représentants d’une ethnie, étroitement déterminés par cette origine . L’antisémitisme de Maurras, même s’il ne s’exprime pas en termes biologiques à la façon de Gobineau et des nazis, a tout les traits du racisme : individu déterminé par son origine ethnique, identités ethniques éternelles, séparation absolue entre populations issues d’origines différentes, etc. Et le racisme est effectivement un autre fondement de la pensée d’Action française. Si le racisme anti-Juif est le plus obsessionnel il est loin d’être le seul. Un exemple, tout à fait caractéristique suffira à le suggérer.
En avril 1910 plusieurs journaux relatent un fait divers particulièrement choquant. Des marins blancs embarqués sur un bateau, la Moulouya, ont déserté , prétextant qu’ils ne pouvaient supporter la proximité avec les « chauffeurs » (chargés d’entretenir la chaudière) noirs. Un certain nombre de journalistes s’indignent devant cette manifestation de racisme primaire. Maurras, au contraire, prend la défense des marins. S’ils ont eu tort de déserter, leur protestation contre la situation qu’on leur imposait était légitime. Il oppose ces revendications légitimes de citoyens français aux pirouettes des pédants qui crient au racisme : Un travailleur français n’a pas le droit de se sentir chez lui sur un vaisseau français (…)Il ne lui est même pas permis de trouver qu’un nègre sent mauvais. Maurras, lui, se le permet sans que ça lui pose le moindre problème de conscience. Au contraire, de cette agression olfactive supposée, il tire des conséquences ségrégatives radicales : la cohabitation avec les Noirs est impossible. Des Français blancs n’ont pas à supporter la promiscuité des indigènes, il y a des différences à respecter.
Les Noirs aussi sont affligés collectivement d’une différence disqualifiante qui justifie les discriminations, la ségrégation, rejoignant la cohorte de toutes les communautés, peuples, ethnies, confessions, courants politiques, littéraires, artistiques… que Maurras abomine et qu’il voudrait exclure, censurer, discriminer, réprimer, etc.

L’Action française hier et aujourd’hui
On pourrait ironiser sur cet homme autoritaire qui hait tout ce qui n’est pas lui Mais ce n’est pas qu’un homme, c’est tout un mouvement politique qui a réagi pendant de nombreuses années ainsi. Et nous savons que la haine de la démocratie, des droits de l’Homme, les tentations autoritaires, l’intolérance exacerbée, le racisme obsessionnel, ensemble ou séparément, ont parsemé l’histoire d’épisodes dramatiques et sanglants. Ces haines ont déjà souvent frappé.
Nous ne nous demanderons pas comment des jeunes gens du début du XXIème siècle ont pu prendre cet ensemble d’idées morbides et paranoïaques pour des idées fraiches et joyeuses pleines de promesses mais leurs agissements donnent à penser que, même s’ils n’ont pas lu les 25 fascicules du Dictionnaire politique et critique de Maurras, ils s’efforcent de marcher sur les traces de leurs aînés. Leurs slogans « A bas la République », « vive le roi » ainsi que les attaques répétitives contre la démocratie sur les différents sites de l’Action française sortent tout droit de la naphtaline maurrassienne. La dénonciation véhémente de «la politique immigrationniste qui détruit la France par sa haine de notre pays » correspond parfaitement aussi à la vision du monde que nous avons décrite dans les chapitres précédents. Mais c’est surtout leur style d’intervention négateur du débat, du pluralisme, des personnes, cherchant à briser la vie démocratique et à imposer, ne serait-ce qu’un instant, leur ordre par la force, qui témoigne de leur état d’esprit Action française. Leur royalisme, comme celui de leurs sinistres prédécesseurs, ne consiste pas seulement à remplacer un régime républicain par un roi, c’est, en profondeur, tout ce qui constitue la vie démocratique qui est visé, nos valeurs, nos droits fondamentaux.
Haine de la démocratie, haine de l’étranger, haine du différent , etc. la vieille
ritournelle a trouvé de nouveaux adeptes.

 

Pièces jointes

Appel à un 8 mars de lutte pour l’égalité femmes-hommes au travail et dans la vie ! 7 mars, 2016

Source: Appel à un 8 mars de lutte pour l’égalité femmes-hommes au travail et dans la vie !

Ce 8 mars : luttons, faisons grève, manifestons, rassemblons-nous, menons ensemble des actions festives et symboliques !

A Paris :

Rassemblement le 8 mars à 12h30 devant le Medef, 55 avenue Bosquet, paris 7e (M° Ecole militaire)

Manifestation le 8 mars au soir, rendez-vous à 18 heures, Fontaine des innocents (M° Les Halles) vers Saint-Lazare.


Le 8 mars, c’est la Journée internationale de luttes pour les droits des femmes du monde entier !
Les luttes des femmes ont permis de conquérir des droits et de progresser vers l’égalité entre les femmes et les hommes.

La journée du 8 mars, qui célèbre l’histoire de ces luttes, est plus qu’un symbole. C’est la journée internationale de luttes pour les droits des femmes du monde entier. Ce n’est pas la journée de « la » femme, comme les médias se complaisent à le répéter. Nous refusons la récupération de cette journée à des fins commerciales, avec des messages publicitaires proposant de la « fêter » par un cadeau ou une distribution de fleurs sur le lieu de travail… sans doute pour mieux faire oublier, le reste de l’année, l’ampleur des inégalités qui restent à combattre.

Dans la société les femmes sont partout mais l’égalité nulle part !

Les femmes sont touchées par les inégalités de salaire et de retraite, par le temps partiel subi, la précarité, elles sont majoritairement en charge des tâches domestiques et familiales, minoritaires dans les postes de responsabilité politique ou économique. Elles sont trop souvent victimes de multiples formes de violences : viols, violences conjugales, violences sexistes et sexuelles au travail, lesbophobie, prostitution, agressions racistes, violences contre des femmes réfugiées. Les femmes sont les premières victimes des guerres.

Aujourd’hui plus que jamais nous devons nous rassembler, faire converger nos luttes pour l’égalité et contre toute forme de violence.

Les politiques d’austérité, la montée des extrêmes droites et le retour des extrémismes religieux imposent plus que jamais des régressions pour les femmes :

la loi Rebsamen (dilution des rapports de situation comparée et des négociations égalité professionnelle), la loi Macron (travail du dimanche et de nuit), précarisent encore plus la situation des femmes ;

la diminution drastique des dépenses publiques met en danger les services publics et touche particulièrement les femmes : menace sur les gardes d’enfants, sur l’accès au droit à l’IVG (150 centres IVG fermés en 10 ans), sur l’accès aux soins (notamment l’éloignement des services de maternité…) ;

la diminution voire la fin des subventions publiques menace l’existence même des associations féministes qui œuvrent tous les jours pour les femmes ;

les courants extrémistes ont réussi à faire enterrer les ABCD de l’égalité à l’école, et menacent le droit à l’IVG. Ils refusent la PMA pour toutes les femmes.

AGIR ! RENDRE TOUTES LES LUTTES DES FEMMES VISIBLES !

Comme les coiffeuses et manucures du boulevard de Strasbourg, comme les femmes de chambre des grands hôtels, comme les femmes de ménage grecques, comme les femmes de Latelec en Tunisie, comme toutes les anonymes qui disent tous les jours STOP à toute forme de violence, comme toutes celles et ceux qui œuvrent chaque jour pour le droit des femmes, faisons entendre la voix des femmes !

Luttons pour obtenir l’égalité salariale, contre le temps partiel imposé et la précarité

Imposons le partage des tâches domestiques. Les femmes ne sont pas programmées génétiquement pour accomplir ce travail. Assez de la double journée !

Pour faire reculer le système patriarcal et obtenir l’égalité, aussi bien au travail, dans la famille que dans la société toute entière, le 8 mars ne doit pas être une journée sans lendemain. Plus que jamais, il doit s’inscrire dans une dynamique de mobilisations, de luttes et de revendications des femmes, ici et partout dans le monde,

Sur la base de ce texte, les signataires appellent à renforcer ou à créer partout des collectifs unitaires pour préparer ensemble des 8 mars de luttes, revendicatifs, féministes et syndicaux.

Premiers signataires : Collectif national pour les droits des Femmes, Agir contre le chômage !, Ailes-Femmes du Maroc, ANEF, Alternative Libertaire, CADAC, les Chiennes de garde, CGT, Collectif 20e/Tenon, Coordination Lesbienne en France, DIDF Fédération des associations des travailleurs et des jeunes, Les Effronté-e-s, EELV, Ensemble !, Étudiants communistes de Nice, Femmes Égalité, Femmes libres Radio Libertaire, Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir, Femmes Migrantes Debout, FSU, Jeunes communistes des Alpes-Maritimes, Ligue des droits de l’Homme, Ligue des femmes iraniennes pour la démocratie, Maison des Femmes de Montreuil, Maison des Femmes de Paris, Marche mondiale des femmes, Ile de France, Mémoire Traumatique et Victimologie, Mouvement du Nid Paris, NPA, Osez le Féminisme, Parti de Gauche, PCF, PCOF, Rajfire, Réseau féministe Ruptures, Sans compromis, Snpes-PJJ-FSU, UFAL, Union Syndicale Solidaires.

 

Réfugiés à Calais : vingt-deux millions d’euros pour servir de garde-chiourme ! 7 mars, 2016

Source: Réfugiés à Calais : vingt-deux millions d’euros pour servir de garde-chiourme !

Communiqué LDH

Vingt-deux millions d’euros, c’est ce que le gouvernement britannique offre de payer à la France pour cantonner les réfugiés à distance de ses côtes. Peu importe les attaches familiales, peu importe les devoirs de la Grande-Bretagne, l’essentiel est que la France continue à faire obstacle. Et le gouvernement français accepte de jouer ce jeu aussi malsain qu’honteux, s’inscrivant ainsi dans les accords du Touquet souscrits par N. Sarkozy.

Pourtant, l’Elysée et Matignon savent que la situation actuelle est intenable et qu’elle ne peut que générer drames humains et affrontements en série. Les conditions particulièrement brutales dans lesquelles le gouvernement procède à la destruction d’une partie de la « jungle » en attestent.

Il est plus que temps que les gouvernements français et britannique, et l’Union européenne dans son ensemble, changent de politique. Accueillir ces réfugiés est un devoir d’humanité ; cesser de les balloter au gré de procédures qui ont fait la preuve de leur nocivité relève du simple bon sens politique. C’est ce qu’on attend de gouvernements qui se disent soucieux de respecter les valeurs proclamées de l’Union européenne.

Vingt-deux millions d’euros pour laisser des milliers de personnes, hommes, femmes et enfants, croupir dans le dénuement ! Cet argent peut être mieux utilisé. Plutôt que de parquer, décidons enfin d’accueillir.

Paris, le 4 mars 2016

Pas de compromis sur les droits humains ! La Turquie n’est pas un pays sûr – La migration n’est pas une menace 7 mars, 2016

Source: Pas de compromis sur les droits humains ! La Turquie n’est pas un pays sûr – La migration n’est pas une menace

Pas de compromis sur les droits humains !

La Turquie n’est pas un pays sûr – La migration n’est pas une menace

Bruxelles, 4/03/16 – Ces derniers mois, l’Union européenne (UE) a déployé tous les efforts possibles, y compris des moyens militaires, pour protéger sa frontière de ce qu’elle présente sans relâche et à tort comme une menace à sa sécurité intérieure. En détournant le regard des violations des droits perpétrés en Turquie ainsi que de ses obligations internationales envers les personnes migrantes et réfugiées, l’UE et ses Etats membres mettent en danger – directement et honteusement – la vie de millions de personnes.

 

Le 7 mars 2016, les chefs d’Etats et de gouvernement se réuniront avec les autorités turques à Bruxelles, après avoir rencontré le premier ministre et le président turcs ainsi que les représentants de l’OTAN et de Frontex le 4 mars 2016 à Ankara. Depuis octobre 2015, la Commission européenne et ses Etats membres déploient leur « plan de coopération UE-Turquie » sur la migration qui vise à « tarir les flux migratoires » ainsi que l’a exprimé sans détour le président du Conseil de l’UE.

Un certain nombre de mesures ont été prises pour mettre en œuvre ce plan. L’Union pousse notamment pour l’inscription de la Turquie sur la liste des pays d’origine sûrs, pour la renégociation de l’accord de réadmission controversé UE-Turquie de 2014 afin que les non-Turcs puissent être renvoyés en Turquie avant la date initialement prévue, et déploie des moyens civils et militaires contre les personnes migrantes et réfugiées (Frontex, opération OTAN). En parallèle, les Etats membres n’ont pas été capables de respecter leurs engagements de réinstallation et de répartition des personnes réfugiées.

Les autorités turques n’ont eu, de leur côté, aucun scrupule à conditionner leur coopération au versement de 3 milliards d’EUR, un « accord dangereux » largement dénoncé par les organisations de défense des droits humains. Une telle collaboration est non seulement immorale, mais aussi illégale. En bloquant les personnes loin de son territoire par tous les moyens, l’Union européenne viole le droit de quitter tout pays et le droit de demander l’asile, contrevenant ainsi aux obligations juridiques qui sont les siennes selon la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, le Pacte International sur les Droits Civils et Politiques, et la Convention de Genève relative au statut des Réfugiés. Cette coopération expose potentiellement les personnes à des formes de discrimination, voire de violence, en Turquie, pays où la situation des droits humains a rarement été aussi préoccupante.

Reconnaître l’importante contribution de la Turquie à l’effort humanitaire apporté aux réfugiés de Syrie ces dernières années ne doit pas faire oublier les évolutions récentes extrêmement inquiétantes qui, depuis plusieurs mois, entachent les engagements turcs de respect des droits humains dans des proportions sans précédent.

C’est notamment le cas pour les réfugiés de Syrie dont l’insécurité en Turquie va croissante : au moins trois militants qui documentaient les violations des droits commises par Da’esh ont été tués, et un journaliste syrien arrêté sans motif ni contact avec l’extérieur pendant trois jours en février 2016. La fermeture de la frontière syrienne et l’imposition de visas depuis janvier 2016 aux ressortissants de Syrie désirant entrer en Turquie par avion ont considérablement accru la vulnérabilité des personnes réfugiées abandonnées dans un pays ravagé par la guerre. Le regroupement familial, ainsi que la liberté d’association, d’assemblée et de circulation des réfugiés de Syrie sont aussi restreints via l’imposition de permis spécifiques nécessaires aux déplacements au sein du pays (par voies terrestre et aérienne).

D’un point de vue de politique intérieure, le pays s’éloigne peu à peu d’une gouvernance démocratique fondée sur un état de droit. Dans le sud-est, les autorités ont imposé 58 mesures de couvre-feu depuis août 2015 dans 19 districts de 7 villes, certains pendant des mois d’affilée – avec des conséquences sur environ 1,4 millions de personnes – dans une stratégie proche de la punition collective et alors que le conflit entre le PKK et le gouvernement turc a repris en intensité. Des violations graves des droits humains par les forces de sécurité, parmi lesquelles des assassinats extra-judiciaires, des actes de tortures, et des violations de la neutralité des espaces et des employés médicaux ont été documenté par des organisations de défense des droits humains.  En parallèle, les autorités ont sanctionné toute forme de critique ou d’opposition, emprisonnant journalistes, opposants politiques et défenseurs des droits humains. La répression violente envers les universitaires signataires de la déclaration pour la paix est l’exemple le plus récent de l’intolérance des autorités turques à toute opinion divergente, et de la manipulation du système judiciaire à des fins répressives.

Si la notion de « pays sûr » est, en soi, en opposition totale avec la notion d’asile, l’ambition de l’UE d’inscrire la Turquie comme un pays sûr relève assurément d’un aveuglement volontaire aux fins de contrôles aux frontières. Que ce soit pour les minorités et les opposants, ou encore pour les étrangers, la Turquie ne peut être qualifiée de sûre.

L’absence de réaction de l’Union européenne à ces violations des droits est tristement emblématique d’une volonté délibérée d’ignorer le penchant autoritaire de son interlocuteur, reléguant sa politique des droits humains au rang d’un vœu pieu.

Le respect des droits humains ne peut être l’otage d’une politique de gestion des frontières, en particulier lorsque celle-ci est engagée contre des hommes, des femmes et des enfants. Il est grand temps que l’Union européenne use de ses moyens diplomatiques pour s’opposer aux auteurs des violations des droits humains si elle souhaite rester fidèle à ses valeurs et ses obligations*.

*Lire la lettre adressée à HR / VP Federica Mogherini dans laquelle EuroMed Droits exprime sa profonde préoccupation au sujet de la répression en cours contre les voix dissidentes en Turquie.

Monsieur le président, la France doit être exemplaire dans la lutte contre le terrorisme 28 février, 2016

Source: Monsieur le président, la France doit être exemplaire dans la lutte contre le terrorisme

Le 25 février 2016,Monsieur le président de la République,

Plus de 60 organisations membres de la FIDH, dont, bien sûr, la Ligue française des droits de l’Homme, sont particulièrement préoccupées par la situation des libertés publiques et individuelles en France. Tous nos membres ont été horrifiés par les attentats commis durant l’année 2015 à Paris et Saint Denis. Ces actes de terrorisme sont commis partout dans le monde et il est de la responsabilité des Etats d’y répondre de manière à préserver la sécurité de tous ainsi que les libertés. La FIDH et ses organisations membres, s’appuyant sur leur expérience bientôt centenaire, affirment que cette lutte doit impérativement se mener dans le respect des droits de l’Homme sous peine de porter atteinte aux principes mêmes de la démocratie, satisfaisant ainsi aux objectifs des criminels. A quoi s’ajoute le fait que, à ne pas respecter les libertés fondamentales, on nourrit stigmatisations et discriminations, au risque de mettre en péril la cohésion d’un pays.

Nos organisations, mais aussi les gouvernements du monde entier et les instances internationales, sont attentifs à la réaction des autorités françaises. Toute mesure attentatoire aux droits des individus et aux libertés publiques serait un reniement des engagements internationaux de la France et indigne du pays de la Déclaration des droits de l’Homme. Elle ne manquerait pas d’être prise comme exemple par les régimes les plus autoritaires pour légitimer leur politique de répression des opposants politiques, journalistes ou ONG comme les nôtres, menée au prétexte fallacieux de la lutte contre le terrorisme.

C’est pourquoi nos organisations s’inquiètent particulièrement de la prorogation de l’état d’urgence , et plus encore de son renouvellement annoncé à partir du 26 février. Si de nombreux gardes fous républicains permettent d’examiner les conditions de sa mise en œuvre, plusieurs informations et témoignages font état d’un recours à la force inutile et d’erreurs dans le cadre des plus de 3000 perquisitions exécutées sans l’autorisation du juge judiciaire. Près de 400 assignations à résidence ont par ailleurs été décidées par les préfets sur la base de simples notes blanches, certaines dépassant le strict cadre de la lutte contre le terrorisme pour concerner par exemple des militants écologistes. Ces actes ont été validés dans leur quasi totalité par la justice administrative dont le contrôle, exercé a posteriori, s’est révélé largement insuffisant voire inopérant lorsqu’il s’agit de perquisitions. Nous relevons au surplus que, de l’avis même du mécanisme parlementaire de surveillance de l’état d’urgence, les modalités d’action instaurées par celui-ci ne sont presque plus utilisés par les services concernés. Nous en concluons que les moyens du droit commun permettent de faire face à la situation actuelle.

Le projet de réforme de la Constitution sur l’état d’urgence et la déchéance de nationalité, ainsi que le projet de réforme de la procédure pénale qui viennent s’ajouter à la loi sur la surveillance électronique et à trente années de législation abondante sur la lutte contre le terrorisme, inquiètent également quant aux risques accrus de violations des libertés et droits fondamentaux des citoyens qu’elles comportent. La France sera un des seuls pays dont la Constitution inclut trois dispositifs d’exception.

Nonobstant le soutien dont les sondages d’opinion semblent créditer ces réformes, nous craignons vivement, pour notre part, qu’elles ne renforcent au sein de la population, et singulièrement parmi les plus vulnérables, un sentiment d’arbitraire, qu’elles ne favorisent des actes de stigmatisation et de discrimination et ne fissurent davantage la cohésion sociale.

Il serait pour le moins paradoxal que, sous couvert de favoriser l’union nationale, les réformes engagées encouragent au contraire la désunion et, in fine, ne bénéficient principalement qu’aux forces politiques les plus extrêmes de la société française. C’est pourtant la profonde préoccupation que ces réformes nous inspirent, à l’aune de l’expérience douloureuse que nous avons suivie dans nombre de pays depuis le 11 septembre 2001.

Aussi, nos organisations appellent au non renouvellement de l’état d’urgence, au retrait des réformes constitutionnelles proposées, et à l’encadrement par un strict respect des droits humains, de toute réforme entreprise et de la politique étrangère de la France relatives à la lutte contre le terrorisme.

Nous appelons aussi les autorités françaises à renouer le dialogue avec l’ensemble de la société civile et à s’appuyer sur son expertise.

Enfin, nous vous recommandons d’inviter officiellement en France aux fins d’enquête, les principaux organes du Conseil de l’Europe et des Nations unies compétents, pour évaluer les mesures en vigueur ou proposées et les pratiques en cours, à l’aune des obligations internationales conventionnelles souscrites par la République française. Parmi eux, le Commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe et le Rapporteur spécial de l’ONU sur la lutte contre le terrorisme et le respect des droits de l’Homme nous semblent devoir être invités prioritairement.

La France entend agir dans le cadre des systèmes onusiens et européens de protection des droits, qu’elle soutient par ailleurs et qu’elle s’est engagée à respecter et promouvoir. Une telle invitation nous semblerait cohérente, nécessaire et opportune.

Pour notre part nous organiserons à bref délai une mission d’enquête internationale, espérant de la part des autorités française une collaboration active.

Restant à votre disposition, nous vous prions de croire, Monsieur le président de la République, à l’assurance de notre haute considération.

Téléchargez la lettre

Signataires :

En Afrique
Ligue ivoirienne des droits de l’Homme (LIDHO) – Côte d’Ivoire
Organisation nationale des droits de l’Homme (ONDH) – Sénégal
Mouvement ivoirien des droits humains (MIDH) – Côte d’Ivoire
Rencontre africaine pour la défense des droits de l’Homme (RADDHO) – Sénégal
NSANZURWIMO – Rwanda
Maison des droits de l’Homme du Cameroun (MDHC) – Cameroun
DITSHWANELO – Bostwana
ZimRights – Zimbabwe
Groupe LOTUS – RDC
Kenya Human Rights Commission – Kenya
Ligue tchadienne des droits de l’Homme – Tchad
Association tchadienne pour la promotion et la défense des droits de l’Homme (ATPDH) – Tchad
Ligue djiboutienne des droits de l’Homme – Djibouti

En Amériques
Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) – Haïti
Ligue des droits et libertés du Québec – Canada
Liga argentina por los derechos mumanos (LADH) – Argentine
CCR – USA
CNDH – République Dominicaine
Limedddh – Mexique
Centro de Capacitación Social de Panamá – Panama
Comisión de Derechos Humanos de El Salvador (CDHES) – El Salvador
CELS – Argentine
Coordinadora Nacional de Derechos Humanos (CNDDHH) – Perou

En Asie
Mouvement Lao pour les droits de l’Homme (MLDH) – Laos
Comité Viet Nam Pour la défense des droits de l’Homme – Vietnam
Save Tibet – Tibet
Human Rights Commission of Pakistan – Pakistan
Commonwealth Human Rights Initiative – Inde
Odhikar – Bangladesh
ALTSEAN – Birmanie
ADHOC – Cambodge
Armanshahr/OPEN ASIA – Afghanistan
Philippine Alliance of Human Rights Advocates – Philippines

En Europe
Ligue des droits de l’Homme – France
Ligue des droits de l’Homme – Belgique
Malta Association of Human Rights – Malte
Hellenic League for Human Rights – Grèce
LIDU- Lega Italiana dei Diritti dell’Uomo – Italy
Ihmisoikeusliitto – Finnish League for Human Rights – Finlande
Latvian Human Rights Committee – Littonie
Human Rights Association (IHD) – Turkey
Committee on the Administration of Justice (CAJ) – UK
League for Human Rights Netherlands – Netherlands
Liga für Menschenrechte – Allemagne

En Europe de l’Est et Asie Centrale
Kazakhstan International Bureau for Human Rights and Rule of Law – Kazakhstan
Human Rights Movement « Bir Duino-Kyrgyzstan » – Kirghizistan
Human Rights Center (HRIDC) – Géorgie
Civil Society Institute – Arménie
Promo-LEX Association – Moldavie
Anti-Discrimination Centre « Memorial » – Russie
Bureau for Human Rights and Rule of Law – Tadjikistan
Human Rights Organisation « Citizen’s Watch » – Russie
Public foundation « Legal clinic « Adilet » – Kirghizistan
International human rights organisation « Fiery hearts club » – Ouzbékistan
Human Rights Centre « Viasna » – Bélarus

Au Maghreb et au Moyen-Orient
Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH) – Tunisie
Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD) – Tunisie
DOUSTOURNA – Tunisie
Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) – Tunisie
Cairo Institute for Human Rights Studies (CIHRS) – Égypte
Association marocaine des droits humains (AMDH) – Maroc
Organisation marocaine des droits humains (OMDH) – Maroc

 

Avis de la CNCDH sur le projet de loi constitutionnelle de protection de la Nation 24 février, 2016

Source: Avis de la CNCDH sur le projet de loi constitutionnelle de protection de la Nation

Alors que le projet de loi constitutionnelle de protection de la Nation est en cours de discussion au Parlement, la Commission nationale consultative des droits de l’homme s’insurge contre la constitutionnalisation de l’état d’urgence et de la déchéance de nationalité, et manifeste sa plus profonde indignation.

De l’absolue nécessité de rejeter le projet de loi constitutionnelle de protection de la Nation

L’état d’urgence doit demeurer un état d’exception ; le constitutionnaliser porterait lourdement atteinte aux équilibres démocratiques et libertés fondamentales.

« Ombre portée de la fondation », écrit Hannah Arendt, la Constitution est la Loi fondamentale qui scelle le socle des principes essentiels qui régissent notre démocratie. « La Constitution ne doit pas être un instrument de conjecture politique, alors que la Nation est sous le coup de l’émotion », rappelle avec force Christine Lazerges, présidente de la CNCDH.

Inscrire l’état d’urgence dans la Constitution en période de crise aigüe revient à élever un régime d’exception, par définition attentatoire aux libertés et droits fondamentaux, au même rang que les droits de l’homme dont la reconnaissance fut, tout au long de notre histoire, un combat permanent. Constitutionnaliser l’état d’urgence c’est banaliser toutes les restrictions aux libertés avec leurs dérives.

Dans sa formulation, le texte soumis au Parlement comporte de nombreuses lacunes notamment : aucune définition précise des circonstances justifiant la déclaration de cet état d’exception par le chef de l’Etat, aucune limitation dans le temps, aucun contrôle a priori par le Parlement ou par le Conseil constitutionnel, ou encore aucune référence aux droits indérogeables. Tous ces silences ne manquent pas d’inquiéter quant à l’image de la France et quant au respect de ses engagements internationaux.

Constitutionnaliser la déchéance de nationalité, une violation intolérable des principes républicains

L’inscription de la déchéance de nationalité est de nature à créer des catégories de Français et à les diviser. Drapée dans la lutte contre le terrorisme, cette mesure à l’inefficacité achevée, est inconciliable avec l’article 1er de la Constitution qui proclame que la France est une République qui « assure l’égalité de tous les citoyens ». La Loi fondamentale créerait ainsi, de façon permanente et en dehors de toute référence au terrorisme, des citoyens de seconde zone en stigmatisant les binationaux, alors même que, pour la plupart d’entre eux, cette double nationalité leur est imposée à la naissance.

Si la mesure devait s’étendre aux mononationaux, l’apatridie guetterait. Dans ce contexte, la CNCDH ne peut que rappeler son profond attachement à l’article 15 de la Déclaration universelle des droits de l’homme qui stipule que « Tout individu a droit à une nationalité ».

Dans ces temps troublés, il est impératif de porter haut les valeurs de la République, les équilibres démocratiques et la recherche de la cohésion nationale, et non de les sacrifier.

Téléchargez l’avis sur le projet de loi constitutionnelle de protection de la Nation

Avis de la CNCDH sur le suivi de l’état d’urgence 24 février, 2016

Source: Avis de la CNCDH sur le suivi de l’état d’urgence

Au lendemain du vote par le Parlement de la prorogation de l’état d’urgence, c’est un constat sévère que dresse la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) sur la mise en œuvre de l’état d’urgence.

Saisie le 9 décembre 2015, par le président et le vice-président de la commission des lois de l’Assemblée nationale, la CNCDH, institution nationale de promotion et protection des droits de l’homme, accréditée par les Nations unies, participe au contrôle de l’état d’urgence déclenché au lendemain des attentats de novembre 2015.

Abus, dérives, débordements, détournements

3 284 perquisitions administratives, 392 assignations à résidence, une dizaine de fermetures de lieux de cultes, moins d’une dizaine d’interdictions de manifester : les chiffres du ministère de l’Intérieur posent le cadre.

Les résultats ?

29 infractions en lien avec le terrorisme ont été constatées. Ces infractions se ventilent de la façon suivante : 23 délits d’apologie d’actes de terrorisme et seulement 6 saisines du Parquet antiterroriste.

La réalité des mesures de l’état d’urgence, c’est aussi :

  • des perquisitions menées de nuit, sans prendre en compte la présence au domicile de personnes vulnérables (dont de nombreux enfants terrorisés),
  • des comportements policiers peu adaptés (menottage abusif, mise en joue avec arme),
  • de nombreux dégâts matériels ou encore l’absence de remise systématique de l’ordre et du récépissé de perquisition,
  • des assignations à résidence par nature attentatoires à la liberté d’aller et de venir et à bien d’autres droits. Du fait des pointages imposés, la vie familiale et professionnelle ne peut qu’en être lourdement désorganisée
  • des détournements de l’état d’urgence, sans lien avec la lutte contre le terrorisme, pour entraver des manifestations d’écologistes, de syndicalistes, et pour lutter contre l’immigration clandestine ;des mesures qui pour l’essentiel sont de nature à stigmatiser une population et une appartenance religieuse.

Le contrôle de l’état d’urgence : les déséquilibres démocratiques et les initiatives citoyennes

Décidées par la seule autorité administrative (ministre de l’Intérieur, préfets), les mesures de l’état d’urgence échappent totalement au contrôle a priori du juge judicaire. En outre, s’agissant du juge administratif, si les conditions d’un contrôle a posteriori se sont progressivement mises en place, leur efficacité est trop souvent entravée par la pauvreté des pièces (notes blanches) soumises au contrôle du juge.

Dans ce contexte, la CNCDH salue l’engagement résolu des journalistes, des associations et des citoyens qui, dans le quotidien de leur vie, se sont efforcés de recenser les abus et de les combattre.

Christine Lazerges, présidente de la CNCDH, rappelle que « l’état d’urgence est un état d’exception qui doit demeurer circonscrit dans le temps, encadré et contrôlé strictement. La sortie de l’état d’urgence est une décision politique difficile, mais impérative. Le tribut que l’état d’urgence fait subir à la Nation et à ses citoyens est trop lourd, le respect de l’état de droit est un horizon non négociable ».

Téléchargez l’avis sur le suivi de létat d’urgence

Calais : les bulldozers ne font pas une politique ! 24 février, 2016

Source: Calais : les bulldozers ne font pas une politique !

Appel

Une fois de plus, l’unique réponse qu’envisagent les pouvoirs publics face à la situation dans le Calaisis, c’est l’évacuation d’un camp de réfugiés, et leur dispersion. On feint de s’attaquer aux causes réelles du problème ; mais en réalité, en s’en prenant aux victimes condamnées à se disperser dans la peur, cette politique ne fait que le déplacer et l’aggraver. Cette « solution » n’en est pas une.

Aux huit organisations qui ont adressé une lettre ouverte à Bernard Cazeneuve pour lui demander de surseoir à l’évacuation programmée d’une grande partie de la « jungle » de Calais, le ministre de l’Intérieur vient d’adresser une réponse qui est une fin de non-recevoir : il justifie sa décision à coups de propos incantatoires sur le respect des droits fondamentaux des migrants et le bien-fondé de politiques qui ne varient pas depuis des années, malgré leur échec évident ; et il rappelle aux associations leur « partenariat » avec l’État comme pour les impliquer dans la politique qu’elles contestent. Dans la foulée, la préfecture du Pas-de-Calais vient de publier un arrêté ordonnant aux occupants de la zone sud du bidonville, dite « la Lande », de quitter les lieux mardi 23 février au plus tard.

Les bulldozers ne peuvent pas tenir lieu de politique. Cela n’implique évidemment pas de nous accommoder d’une « jungle » dont le nom dit tout. Personne ne saurait accepter le maintien en l’état du bidonville de Calais, pas plus que du camp de Grande-Synthe, ni d’aucun autre. Personne ne peut se satisfaire de voir des réfugiés contraints de survivre dans de tels lieux.

Depuis des années, nous ne cessons d’ailleurs de dénoncer l’indignité de ces conditions de vie,comme l’a fait également Jacques Toubon, le Défenseur des droits, l’été dernier. Plus récemment, le tribunal administratif de Lille a même condamné l’État à procéder en urgence à des améliorations, décision confirmée par le Conseil d’État.

Pour autant, il n’est pas question non plus de cautionner l’évacuation annoncée, non seulement parce qu’elle est inhumaine, mais aussi parce qu’elle ne résoudra rien. Chasser les habitants d’une large partie du bidonville, y faire passer des bulldozers et détruire tout ce qui, dans la précarité et avec les moyens du bord, a été construit au fil des mois : à quoi bon ?

Les migrants qui se trouvent dans le Calaisis veulent souvent rejoindre des proches en Grande-Bretagne. D’autres seraient en droit de demander l’asile en France mais ils ne le savent pas toujours, ou bien ils se méfient de l’accueil qui leur serait réservé. D’autres encore attendent une réponse à leur demande. Parmi eux, il y a beaucoup d’enfants… Or pour plusieurs catégories de migrants, il existe des solutions inscrites dans les textes, avec des dispositifs, des acteurs, des fonds alloués à cet effet. Elles auraient pu être mises en œuvre depuis longtemps déjà.

Au lieu de s’y atteler, les pouvoirs publics ont préféré procéder à des « démantèlements » successifs. En 2015, ils ont contraint les migrants ainsi délogés à s’installer dans une zone « aménagée » pour eux. Bref, ils ont déjà défait ce qui se faisait, forçant ceux qu’ils chassaient à vivre dans une précarité plus grande encore.

Aujourd’hui, la partie principale du bidonville d’État de Calais est constituée de tentes et d’abris sommaires, bâtis par les réfugiés avec des bénévoles de différentes associations. Dans ces quelques kilomètres carrés sont nés peu à peu des cafés ou des restaurants de fortune, de minuscules épiceries, des lieux de culte de différentes religions, de toutes petites écoles, un théâtre sous chapiteau, une cabane d’aide juridique, plusieurs endroits dévolus à des soins, etc. Autant d’espaces de vie sociale, partagés par les réfugiés des différentes nationalités présentes dans le bidonville.

Qu’est-ce qui justifie de raser tout cela ? Le ministre veut convaincre que c’est pour le bien des occupants. En réalité, c’est une politique de dissuasion : rendre la vie invivable aux réfugiés. À ceux qu’ils ont hier installés dans cette zone, les pouvoirs publics enjoignent depuis des semaines d’occuper des conteneurs – sortes d’Algecos – ou sinon d’être dispersés loin de Calais, dans des CAO (centres d’accueil et d’orientation), baptisés « lieux de répit ».

Or c’est une alternative impossible.

Le ministre vante les mérites des conteneurs, qui sous sa plume semblent des bungalows pour vacanciers. Le fait est qu’il s’agit de cabanes de chantier, avec dans chacune des lits superposés pour douze personnes, où l’on ne peut qu’être debout ou couché ; toute installation de mobilier y est interdite, toute intimité impossible…

Concernant les CAO, le ministre se félicite de ce qu’ils permettraient aux migrants, grâce à « un accompagnement associatif de qualité » et à « un suivi particulier » des personnes, de déposer des demandes d’asile dans de bonnes conditions, ce qui n’était pas le cas dans le bidonville. « Au dernier recensement », écrit-il, « 80 % des migrants encore présents en CAO étaient engagés dans une démarche d’asile »… Il oublie de parler de ceux qui, mis en hôtel, sont privés de tout accompagnement et risquent une prochaine expulsion du territoire. Il oublie aussi de préciser que les CAO ont été conçus comme des solutions à très court terme ; après leur fermeture, qu’adviendra-t-il des personnes qui y auront été envoyées ?

Conteneurs, CAO ; expulsion, dispersion ; ces réponses ne feront qu’aggraver le sort des migrants sans régler pour autant le problème auquel est confrontée la région du Calaisis, pas plus qu’en son temps la fermeture du camp de Sangatte. Et dans un an, on nous rejouera la même scène. Car c’est avant tout l’inaction des pouvoirs publics, mais aussi leur action, qui, en créant des conditions de vie impossibles, rend la situation ingérable. L’État veut nous faire croire qu’il prend le parti des habitants contre les réfugiés ; en réalité, il monte les premiers contre les seconds en abandonnant les uns et les autres.

Il faut cesser de chasser de jungle en bidonville toute la misère du monde, persécution qui ne fait qu’exaspérer le ressentiment des « riverains ». Non, le malheur des migrants ne fera pas le bonheur des Français, pas plus à Calais qu’ailleurs. En réalité, laisser se dégrader la situation est plus pénible pour les populations du Calaisis, et plus coûteux aussi pour les pouvoirs publics, que s’employer à l’améliorer. L’humanité la plus élémentaire nous interdit ces destructions à répétition ; mais notre intérêt bien compris aussi.

Ce pays peut-il se satisfaire de devenir le champion du non-accueil, alors que les réfugiés y sont moins nombreux qu’ailleurs ? Ce que d’autres pays font déjà, la France doit pouvoir le faire. La Grande-Bretagne, qui porte une lourde responsabilité dans cette situation, doit elle aussi revoir sa position à cette frontière. Il faut en finir avec l’improvisation perpétuelle ; il est temps de penser dans la durée. Et si l’État ne fait pas son travail, nous allons y travailler nous-mêmes – avec les associations sur le terrain, avec les habitants du Calaisis et avec les réfugiés.

Les jours prochains, nous irons à Calais pour le clamer haut et fort : nous ne sommes pas condamnés à choisir entre la « jungle » et sa destruction. Nous refusons de réduire la France à des barbelés et des bulldozers. Nous tiendrons une conférence de presse. Nous voulons faire entendre un autre discours que celui des pouvoirs publics qui occupent les médias. Détruire, dit la Préfète ? Avec, sans ou contre l’État si nécessaire, il faudra pourtant bien construire un avenir.

Une fois de plus, nous, organisations signataires et personnes solidaires, demandons :

  • que soit annulé l’arrêté d’expulsion pris le 19 février ;
  • en urgence : une prise en charge individuelle respectueuse des droits fondamentaux des personnes actuellement présentes à Calais ;
  • une discussion du règlement Dublin III et des Accords du Touquet ;
  • plus largement, que la France s’engage enfin, en particulier en faisant la promotion de cet axe au sein de l’Union européenne, pour une véritable politique d’accueil des personnes migrantes.

22 février 2016

Organisations et personnalités signataires :

Organisations
Act & Help
Actes Et Cités
Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT)
ActionFroid-Calais (Paris)
Action Tunisienne
Association Démocratique des Tunisiens en France (ADTF)
Alternatives Européennes
Alternative libertaire
Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé)
Association des Marocains en France (AMF)
Association des Travailleurs Maghrébins de France (ATMF)
Auberge des migrants (Calais)
Avocats pour la défense des droits des étrangers (ADDE)
Barcelona Accion Solidaria
Boston2calais (Massachussetts, USA)
Bridge2 (Grande-Bretagne)
Calais Action
Care4Calais
Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale (Cedetim)
La Cimade
La Cimade régionale Nord Picardie
Comité médical pour les exilés (Comede)
Collectif de sans-papiers CSP 75
Collectif de soutien de l’EHESS aux sans papiers et aux migrant-es
Collectif de Soutien aux Familles Roms de St Denis
Collectif pour l’avenir des foyers (Copaf)
Collectif R, Lausanne (Suisse)
Conseil d’urgence citoyenne
Day-mer, Turkish and Kurdish Communtiy Centre, London (Grande-Bretagne)
Droits devant
Droits d’urgence
ECNou, « Eux c’est Nous » (Pas-de-Calais)
École Laïque du Chemin des Dunes (Calais)
Emmaüs Boulogne
Emmaüs Dunkerque
Emmaüs France
Emmaüs Europe
Emmaüs International
Fédération des Associations de Solidarité avec Tou-te-s les Immigré-e-s (Fasti)
Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH)
Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS)
Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR)
Fédération Syndicale Unitaire (FSU)
La Ferme des Ânes, Brouckerque (Pas-de-Calais)
FIDL, le syndicat lycéen
Flandre Terre Solidaire
Fondation Frantz Fanon
Forum des organisations de solidarité internationale issues des migrations (Forim)
France Amérique Latine (FAL)
France Libertés
Front uni des immigrations et des quartiers populaires (FUIQP 59/62)
Groupe d’information et de soutien des immigré.e.s (Gisti)
Initiatives pour un autre monde (Ipam)
Islam et laïcité
Itinérance Cherbourg
Jesuit refugee service (JRS) France
Ligue de l’enseignement
Ligue des droits de l’Homme (LDH)
Marche des femmes pour la dignité (Mafed)
Association Marilyn et Marie-Myriam (Si les Femmes Comptaient)
Médecins sans Frontières (MSF)
Mouvement Burkinabe des Droits de l’Homme et des Peuples (Comité Régional Aquitaine et section de France)
Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP)
MRAP – Comité du Littoral Dunkerquois
Neuilly Emmaüs avenir
Observatoire citoyen du CRA de Palaiseau
Observatoire de l’enfermement des étrangers (OEE)
Organisation pour une Citoyenneté Universelle (OCU)
Revue Incise
Revue Pratiques
Refugee Foundation EV (Allemagne)
Réseau Éducation sans frontières (RESF)
Réseau Euromed France (REF)
Réseau Immigration Développement Démocratie (IDD)
Réseau Reprenons l’initiative contre les politiques de racialisation
Le Réveil voyageur (Calais)
Secours Populaire, comité de Vendin-Oblinghem
Solidarine
Solidarité Laïque
Syndicat des avocats de France (SAF)
Syndicat de la magistrature (SM)
Syndicat de la médecine générale (SMG)
Tenons et mortaises
Terre d’errance -Norrent-Fontes (Pas-de-Calais)
Terre d’errance -Steenvoorde (Pas-de-Calais)
Union syndicale Solidaires
Utopia 56

Personnalités
Laurence Abeille, députée du Val de Marne
Michel Agier, anthropologue, directeur d’études à l’EHESS
Carlos Agudelo, chercheur associé, URMIS (Unité de Recherche Migrations et Société)
Philippe Aigrain, essayiste et poète
Karen Akoka, maître de conférence en science politique, Université Paris Ouest Nanterre
Eric Alliez, professeur, Paris 8
Emmanuel Alloa, maître de conférences en philosophie, Université Sankt Gallen (Suisse)
Charles Alunni, enseignant-chercheur, École normale supérieure de Paris
Anne-Claude Ambroise-Rendu, professeure d’Histoire, Université de Limoges
Claire Angelini, cinéaste et artiste
Isabelle Attard, députée citoyenne du Calvados, Groupe Ecologiste
Jean-Christophe Attias, directeur d’études à l’EPHE (Sorbonne), chaire de pensée juive médiévale
Laurent Aucher, sociologue
Daniele Auroi, députée EELV du Puy de Dôme
Chryssanthi Avlami, historienne, Université Panteion des sciences politiques et sociales, Athènes
Eduardo Ayres Tomaz, doctorant, philosophie politique
Etienne Balibar, professeur émérite, Université de Paris-Ouest Nanterre
Géraldine Barron, doctorante en histoire, Paris Diderot
Julien Bayou, porte parole national EELV
Esther Benbassa, directrice d’études à l’EPHE (Sorbonne), sénatrice du Val-de-Marne
Gisèle Berkman, professeur de lettres
Bruno Bernardi, philosophe
Arno Bertina, écrivain
Sophie Bessis, historienne
Emmanuel Blanchard, président de Migreurop
Nedjma Bouakra, productrice pour la radio France Culture
Florence Bouillon, anthropologue
Mathieu Bouvier, artiste chercheur
Gérard Bras, philosophe, président de l’Université populaire des Hauts-de-Seine
Rodolphe Burger, artiste
Claude Calame, directeur d’études, EHESS
Nicole Caligaris, écrivain
Laurent Cantet, cinéaste
Cécile Canut, professeure des universités, Université Paris-Descartes-Sorbonne
Miguel Castello, docteur en philosophie
Monique Chemillier-Gendreau, professeur émérite à l’université Paris Diderot
Catherine Chevallier, rédactrice photo
Olivier Clochard, chargé de recherche au CNRS, laboratoire Migrinter, Université de Poitiers
Catherine Colliot-Thélène, Université Rennes 1
Catherine Coquio, littérature, professeur à l’université Paris Diderot
Lycette Corbion-Condé, maître de conférences en droit privé à l’Université de Toulouse 1 Capitole
Philippe Corcuff, maître de conférences de science politique à l’IEP de Lyon
David Cormand, Secrétaire national de EELV
Marie Cosnay, enseignante, écrivain
Maria Letizia Cravetto, romancière et poète, directeur de programme au Collège international de philosophie, Paris
Marie Cuillerai, professeur des Universités, Paris 7-Diderot
Alexis Cukier, philosophe, Fondation Copernic
Didier Daeninckx, écrivain
Fanny Darbus, sociologue
Sonia Dayan-Herzbrun, sociologue, professeure émérite à l’université Paris-Diderot
Fred Decosse, sociologue, LEST-CNRS
Karima Delli, eurodéputée Europe Écologie du nord
Anne-Emmanuelle Demartini, maître de conférences, Université Paris-Diderot-Paris7
Fabrice Dhume, sociologue, enseignant-chercheur à l’université Paris Diderot
Emmanuel Dockès, Université Paris Ouest Nanterre
Stéphane Douailler, professeur de philosophie, université Paris 8
Laurence Dubin, professeure de droit, Université Paris 8
Mélanie Duclos, docteur en sociologie de l’université Paris Diderot
Philippe Enclos, maître de conférences en droit privé, Lille
Kévin Eybert, doctorant en sociologie, université Paris Diderot
Mireille Fanon-Mendes-France, experte ONU
Didier Fassin, professeur, Institut d’études avancées de Princeton
Éric Fassin, sociologue, professeur à l’Université Paris-8
Michel Feher, philosophe, président de Cette France-là
Nathalie Ferré, professeure de droit, Paris 13
Laurent Fleury, Université Paris Diderot
Simone Gaboriau, présidente de chambre honoraire de la Cour d’appel de Paris, ancienne présidente du Syndicat de la magistrature
Nathalie Garraud, metteur en scène, compagnie du Zieu
Catherine Gégout, ancienne Conseillère de Paris
François Gemenne, chercheur en science politique, Science Po, Université de Liège
Claudia Girola, maitre de conférence de sociologie et anthropologie
Anne Gleonec, CEFRES, Prague
Pilar Gonzalez Bernaldo, professeur d’Histoire et Civilisation de l’Amérique latine, Université Paris Diderot
Camille Gourdeau, doctorante en sociologie, Paris Diderot
Luce Goutelle, artiste
Cyrille Granget, enseignante-chercheuse en sciences du langage à l’Université de Nantes
Ninon Grangé, mcf-hdr, philosophie, Paris 8
Nacira Guénif, professeure Université Paris 8
Serge Guichard, membre du réseau Reprenons l’initiative
Virginie Guiraudon, directrice de recherche CNRS, Sciences Po Paris
Jean Waddimir Gustinvil, docteur en philosophie, enseignant-chercheur à l’ENS de l’Université d’État d’Haïti
Eric Hazan, éditeur
Stephanie Hennette Vauchez, professeure de droit public, Université Paris-Ouest Nanterre-La-Défense
Catherine Heurteux Peyrega, éditrice
Michael Hoare, Copaf
Srecko Horvat, philosophe, Democracy in europe movement (Croatie)
Sandra Iché, chorégraphe
Emmanuelle Jacobson-Roques, photographe
Maria Kakogianni, Université Paris 8
Jérôme Karsenti, avocat
Anne Kerzerho, directrice pédagogique d’EXERCE, master en danse, CCN de Montpellier
Ariane Labed, actrice
Mylène Lauzon, directrice artistique le Bellone- Bruxelles (Belgique)
Christian Lazzeri, professeur à l’université Paris-Ouest Nanterre-la-Défense
Éric Lecerf, maître de conférences, département de philosophie, Université Paris 8
Martine Leibovici, Université Paris-Diderot
Marie-Magdeleine Lessana, psychanalyste, écrivain
Danièle Lochak, juriste, professeur émérite de l’Université Paris-Ouest Nanterre
Camille Louis, philosophe, artiste-dramaturge co créatrice du collectif kom.post
Elise Lowy, secrétaire nationale adjointe d’EELV
Michael Lowy, chercheur émerite au CNRS
Seloua Luste Boulbina, philosophe, CIPH
David Lyons, musicien
Géraldine Magnan, journaliste
Sarah Mailleux Sant’Ana, doctorante, Université Paris Diderot- Paris 7
Noël Mamère, deputé écologiste
Françoise Martres, ancienne présidente du Syndicat de la magistrature
Jeanne Mascolo de Filippis, réalisatrice
Jean Matringe, Professeur de droit, Université Paris 1 Sorbonne
Stéphane Maugendre, avocat, président du Gisti
Jacques Message, professeur de philosophie en classes préparatoires
Juliette Mézenc, écrivain
Alain Michard, artiste chorégraphe, Rennes
Niccolo Milanese, Chair, European Alternatives
Christophe Mileschi, professeur des universités, traducteur, écrivain
Alain Minet, docteur en sociologie
Marianne Mispelaëre, éditrice et artiste
Muriel Montagut, chercheure associée, Laboratoire de Changement Social et Politique (Paris Diderot)
Didier Moreau, enseignant-chercheur Paris VIII
Alain Morice, laboratoire Urmis et réseau Migreurop
Mirjana Morokvasic, sociologue
Aurore Mréjen, docteur en philosophie, chercheuse au LCSP, Paris Diderot –Paris 7
Laurent Mucchielli, sociologue
Jean-Luc Nancy, philosophe
Daniela Neuendorf, president of the board Refugees Foundation, Köln (Allemagne)
Frédéric Neyrat, philosophe
Gérard Noiriel, directeur d’études à l’EHESS
Bertrand Ogilvie, professeur de philosophie Université de Paris 8
Elaine Ortiz, Founder of the hummingbird project (Grande-Bretagne)
Joel Oudinet, maitre de conférences en Economie, Université Paris 13
Cédric Parizot, anthropologue, IREMAM, CNRS
Karine Parrot, professeure de droit
Willy Pelletier, sociologue, université de Picardie, coordinateur général de la Fondation Copernic
Geneviève Petauton, Copaf
Eric Premel, artiste
Marie Preston, artiste
Catherine Quiminal, professeure émérite URMIS, université Paris Diderot
Jacques Rancière, professeur émérite à l’Université Paris VIII
Emmanuel Renault, professeur de philosophie, Université Paris-Ouest Nanterre-La-Défense
Matthieu Renault, Université Paris 8
Neal Richardson, musicien de jazz
Nelly Robin, chargée de recherches CEPED, Paris Descartes Ined IRD, Migrinter, CNRS
Diane Roman, professeure de droit, Université François-Rabelais, Tours
Joël Roman, président de Islam et laïcité
Sandrine Rousseau, porte parole d’EELV, Lille
Claire Saas, enseignante-chercheuse
Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky, professeur, INALCO, CESSMA
Jane Sautière, écrivaine
André Scala, enseignant de philosophie
Paul Schor, americaniste, professeur à l’Université Paris-Diderot
Johanna Siméant, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne
Laurence Sinopoli, Université Paris X Nanterre
Serge Slama, maitre de conférences en droit public, Université Paris Ouest-Nanterre-La Défense, CREDOF
Heidi Sleiman, Calais/Dunkirk Volunteer, Boston, MA (USA)
Elsa Stamatopoulou, Director, Columbia University, New-York
Laurent de Sutter, professeur de droit
Federico Tarragoni, maître de conférences en sociologie, Université Paris 7-Denis Diderot
Étienne Tassin, philosophe, professeur à l’université Paris Diderot
Albena Tcholakova, sociologue
Jean-Paul Thibeau, artiste coordinateur des Protocoles Méta (Marseille)
Sophie Thonon-Wesfreid, présidente déléguée de France Amérique Latine
Marine Tondelier, membre de la direction d’EELV, élue d’opposition à Hénin-Beaumont
André Tosel, professeur émérite de Philosophie, Université de Nice
Loïc Touzé, artiste chorégraphe
Maryse Tripier, sociologue
Madeleine Valette-Fondo, professeure de littérature honoraire, Université Marne-la-Vallée
Eleni Varikas, professeure émérite
Patrick Vauday, Université Paris 8
Patrice Vermeren, directeur du département philosophie, Université Paris 8
Pauline Vermeren, post-doctorante en philosophie, université Paris Diderot
Christiane Vollaire, philosophe
Sophie Wahnich, directrice de recherche
Catherine Wihtol de Wenden, militante de la LDH, directrice de recherche CNRS
Laurence Zaderatzky, membre du Conseil National du Parti Communiste Français et de la commission Libertés/migrations
Jean-Pierre Zirotti, professeur émérite, sociologue, Université Nice Sophia-Antipolis