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Ligue des droits de l'Homme

Section du Pays d'Aix-en-Provence

Archives par catégorie : Articles

Projet de loi justice : défendons ensemble une justice de qualité pour toutes et tous 11 janvier, 2019

Communiqué commun et appel à rassemblement le 15 janvier 2019 à Paris

Le projet de loi de programmation 2018 – 2022 pour la justice a été adopté en première lecture au terme d’un débat parlementaire chaotique marqué par l’ajout en dernière minute et sans préavis de nouvelles dispositions aux conséquences lourdes dont un amendement qui permet de réformer par voie d’ordonnance la justice des mineurs. Malgré la ferme opposition des acteurs du monde judiciaire, rejoints dans leurs analyses par des institutions telles que le Défenseur des droits et la Commission nationale consultative des droits de l’Homme, le gouvernement persiste dans sa volonté de passer en force.

Le texte doit de nouveau être examiné au Parlement à partir du 15 janvier à la suite de l’échec de la commission mixte paritaire.

Nous affirmons notre opposition à un projet qui aura pour effet de dégrader les conditions dans laquelle la justice est rendue. A l’insuffisance des moyens de la justice française, le gouvernement répond par une logique de rationnement.

Cette réforme sacrifie la qualité du débat judiciaire, l’accès de tous à la justice, les libertés individuelles et les droits de la défense dans une course aveugle à la productivité et aux économies d’échelle. Elle ne peut pas être adoptée en l’état, à marche forcée, au mépris de l’opposition des professionnels et des organisations de défense des droits, au moment même où un « grand débat national » est ouvert sur les questions de citoyenneté, du service public et de son organisation territoriale, en réponse aux mouvements sociaux qui secouent le pays.

Nos organisations sont déterminées à défendre une justice de qualité, accessible, égale pour tous et protectrice des libertés. Nous appelons donc l’ensemble des professionnels de la justice et des associations œuvrant pour l’accès aux droits à poursuivre leur mobilisation afin que l’examen de ce projet de loi ne soit pas poursuivi. Nous demandons au Premier ministre de recevoir une délégation de représentants de nos organisations à l’issue de la manifestation pour entendre nos revendications.

Retrouvons-nous, unis toutes et tous ensemble, professionnels et citoyens,
le 15 janvier 2019 à 11h30, place Saint-Michel à Paris, pour un départ du cortège en direction des Invalides à 13H.

 

Organisations signataires :

Barreau de Paris, CGT chancellerie et services judiciaires, CGT insertion, CGT-PJJ, Conférence des Bâtonniers, Conseil national des barreaux, Droit au logement, Fédération nationale des Associations représentatives des étudiants en sciences sociales (ARES), FNUJA, FSU, Genepi, La CGT, Ligue des droits de l’Homme, Observatoire international des prisons, SNEPAP – FSU, SNPES-PJJ/FSU, Solidaires, Solidaires-justice, Syndicat de la magistrature, Syndicat des avocats de France.

Paris, le 10 janvier 2019

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Source: Projet de loi justice : défendons ensemble une justice de qualité pour toutes et tous

Edouard Philippe : une fuite en avant contre les libertés 11 janvier, 2019

Communiqué LDH

Le Premier ministre a ouvert, ce lundi 7 janvier une nouvelle surenchère sécuritaire face à des mouvements sociaux qui persistent. En visant les casseurs, les mesures envisagées portent de lourdes menaces sur la liberté de manifester et la liberté d’opinion de toutes et tous.

Le poison de l’état d’urgence poursuit ces effets liberticides et le Premier ministre annonce le retour de la responsabilité collective qu’avait instituée la loi « anticasseurs », de sinistre mémoire. Les mesures adoptées par le Sénat, et qui seraient portées et aggravées par le gouvernement, s’en inspirent grandement. Plus de pouvoir administratif, moins de justice, moins de libertés.

La Ligue des droits l’Homme (LDH) s’inquiète vivement de ce qui serait ainsi envisagé, avec notamment de nouveaux pouvoirs aux préfets qui pourraient décider qui peut, ou pas, manifester, et de faire d’un manifestant un délinquant, dès lors qu’un rassemblement auquel il participe par conviction politique ne serait pas déclaré.

Au lieu de réponses sociales et politiques de nature à apaiser les tensions, le choix de l’autoritarisme est dangereux pour notre démocratie et nos libertés, qui ont au contraire besoin de force et vigueur.

Paris, le 8 janvier 2019

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Source: Edouard Philippe : une fuite en avant contre les libertés

Parution d’Hommes & Libertés n° 184 ! 11 janvier, 2019

Le numéro 184 de la revue Hommes & Libertés, trimestriel de la Ligue des droits de l’Homme, est paru !

Avec un dossier « Universalisme, universalité(s), universel(s) » et d’autres articles sur le climat, Parcoursup, la politique sociale d’Emmanuel Macron, les élections européennes à venir…

– Pour consulter le sommaire de ce numéro, cliquez ici

– Pour commander et accéder à la boutique de la LDH, cliquez ici

Source: Parution d’Hommes & Libertés n° 184 !

Sortir du cynisme en Méditerranée 11 janvier, 2019

Communiqué LDH

Depuis le 22 décembre, le navire Sea-Watch 3 erre dans les eaux méditerranéennes entre l’Italie et Malte avec à son bord, 32 naufragés, dont un bébé d’1 an, deux enfants de 6 ans et 7 ans, trois adolescents non accompagnés et quatre femmes. Le navire See-Eye, avec dix-sept réfugiés, se trouve dans la même errance depuis le 29 décembre.

Les personnes recueillies et les équipages de ces ONG allemandes sont épuisés, avec un mauvais temps qui rend la navigation périlleuse. Les équipes médicales à bord alertent aussi quant aux vivres disponibles et aux réserves d’eau restreintes. Pourtant, Malte, l’Italie et l’Espagne refusent l’accès de ces deux bateaux dans un de leurs ports, les autorités maltaises accordant seulement un abri au large de leurs côtes mais sans possibilité d’accostage.

Depuis des semaines maintenant, les deux équipages cherchent désespérément un port pour accéder à des secours de première nécessité et mettre en place le transfert des migrants, notamment en Allemagne et aux Pays-bas, qui ont déclaré accepter d’en prendre en charge une partie.

Les différents pays de l’Union européenne se renvoient la balle et l’indécision rend chacun complice d’un risque mortel. Face à cette urgence humanitaire, la France doit sortir de l’indifférence cynique actuelle et prendre l’initiative de sortir de cette impasse inhumaine.

La LDH de Corse a saisi, sans réponse à ce jour, la préfecture de l’Ile pour que soit rapidement proposé le débarquement de ces naufragés. Les dirigeants de la Collectivité de Corse ont exprimé publiquement leur disponibilité pour accompagner une telle décision.

Une solution rapide est donc possible. Il revient à l’Etat de faire ce geste et de mettre fin à un cauchemar qui peut tourner au drame à chaque instant.

Paris, le 8 janvier 2018

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Source: Sortir du cynisme en Méditerranée

Menaces et racisme inacceptables contre des parlementaires 11 janvier, 2019

Communiqué LDH

Jean-François Mbaye, député de la majorité, a été destinataire d’un courrier à la tonalité abjecte, développant un discours raciste avec des menaces de mort, visant également deux de ses collègues parlementaires, Laetitia Avia et Hervé Berville.

La Ligue des droits de l’Homme (LDH) rappelle que les menaces proférées à l’encontre des parlementaires ont toujours été la marque de l’extrême droite, anti démocratique et anti républicaine. Elle dénonce fermement de telles pratiques et plus encore quand, comme c’est le cas, elles ajoutent à la lâcheté l’ignominie du racisme. Elle exprime son soutien le plus entier à ces trois élus de la République. Il reviendra à la justice saisie d’en trouver les auteurs et d’appliquer la loi face à ces graves délits.

Paris, le 7 janvier 2019

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Source: Menaces et racisme inacceptables contre des parlementaires

Triple féminicide : Sakine, Rojbin, Leyla, assassinées en 2013 à Paris. L’impunité doit cesser ! 11 janvier, 2019

Appel à manifestation, le 12 janvier 2019 à Paris, départ à 11h30 de Gare du Nord en direction de la place de la République. Prises de parole à partir de 14h

Le 9 janvier 2013, trois militantes et féministes kurdes, Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez sont sauvagement exécutées en plein cœur de Paris dans les locaux du Centre d’information du Kurdistan par les services secrets turcs.

Notre colère et notre douleur sont intactes. Nous condamnons leur assassinat tout en renouvelant nos protestations contre les institutions françaises et les gouvernements successifs qui n’ont toujours pas agi pour que justice soit rendue alors que les auteurs et les commanditaires sont connus.

Depuis 6 ans, le peuple kurde et leurs ami-e-s se  battent pour que la vérité éclate et que le rôle joué par le gouvernement turc apparaisse au grand jour. Le 17 décembre 2016,  la mort de l’assassin présumé empêche le procès, qui était prévu le 23 janvier 2017, d’avoir lieu devant la Cour d’assise. Ce procès aurait dû avoir lieu bien avant si la justice française avait été plus diligente, si elle avait pris en compte le caractère politique de ce crime et la gravite de l’état de santé de Güney, connu dès son arrestation. En différant la tenue de ce procès, la France a manqué une occasion cruciale de juger, enfin, un crime politique commis sur son territoire.

Cette attaque inhumaine à l’encontre des trois militantes et féministes kurdes, Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez est une attaque contre le courage et l’existence de toutes les femmes.

Nous savons que ce meurtre et l’impunité dont a bénéficié l’assassin, et dont bénéficient toujours les commanditaires du crime sont des attaques contre le combat des femmes pour la liberté, l’égalité, la justice et la démocratie.

A travers Sakine, Rojbin et Leyla nous commémorons toutes les femmes qui ont été assassinées, de Dulcie September à Berta Caceres du Honduras, à Marielle Franco d’Argentine, par un ordre patriarcal à travers toutes sortes de violence masculine, de guerre, terreur étatique, d’occupation et d’exploitation.

C’est leur mémoire qui suscite notre volonté inébranlable de mettre fin au féminicide.

Nous lançons un appel à toutes les femmes à participer à la grande marche contre l’impunité  et pour que justice soit enfin rendue à Sakine, Rojbin et Leyla

Trois femmes, trois génération, 3 militantes de la paix, assassinées à Paris, l’impunité ne doit pas triompher !
Féminicide, l’impunité doit cesser !

Paris, le 7 janvier 2019

Les premiers signataires : Femmes solidaires, Marche mondiale des femmes, Union des femmes socialistes (SKB), Réseau féministe « ruptures », Coordination Française pour le lobby Européen des femmes (CLEF), France-Kurdistan, Union des femmes socialistes (SKB), Laurence Cohen-sénatrice du Val de Marne et vice présidente de la délégation aux droits des femmes, Danielle Simonnet–coordinatrice du parti de gauche, Halima Menhoudj-adjointe au maire en charge de la coopération décentralisée, de la solidarité internationale, Le collectif libertaire anti-sexiste, Catherine Samary  Féministe altermondialiste, , Fabienne Lefebvre- conseillère municipale et territoriale de Vitry-sur-Seine, Crysis Caporal-élue écologiste féministe, La ligue des femmes Iraniennes pour démocratie (LFID), Collectif des Amazighs en France,  Mouvement jeunes communistes de France (MJCF), La ligue des droits de l’Homme (LDH)

 

 

Le 9 janvier 2019  nous organisons une marche blanche pour commémorer la 6éme année de l’assassinat des féministes kurdes Sakine, Fidan et Leyla  à 12h30 au départ du 16 rue d’Enghien Paris 10 jusqu’au 147 rue de la Fayette (lieu du triple assassinat) où seront déposés des gerbes. Pour un rassemblement puissant  nous appelons toutes les femmes à participer à cette marche blanche pour rendre hommage et pour dire que l’impunité doit cesser !!



Source: Triple féminicide : Sakine, Rojbin, Leyla, assassinées en 2013 à Paris. L’impunité doit cesser !

Non à une fuite en avant contre les libertés ! 11 janvier, 2019

Non à une fuite en avant contre les libertés !

La section du Pays d’Aix-en-Provence du Pays d’Aix communique :

La Ligue des droits de l’Homme réprouve l’usage de la violence qui ruine les fondements mêmes du débat démocratique.

C’est pourquoi déjà en décembre 2018 elle faisait le constat dramatique d’un usage illégitime et disproportionné des grenades de désencerclement et des lanceurs de balles de défense (Flash Ball) par les forces du maintien de l’ordre dans le cadre des manifestations des Gilets jaunes. De très nombreux citoyens de tous âges, y compris des mineurs lycéens et des retraités, ont été et sont encore victimes de graves blessures voire de de mutilations à vie causés par les tirs de ces armes qui figurent toujours dans l’arsenal légal du maintien de l’ordre en France, seul pays de l’Union européenne à en faire usage.

De la même façon nous réprouvons que des factions d’extrême-droite, dont les pouvoirs publics se gardent bien d’interdire l’activité, puissent exercer des violences inadmissibles sur les forces de l’ordre et contribuent ainsi à décrédibiliser un mouvement pacifique et populaire.

Aux violences commises par les forces de l’ordre s’ajoute une volonté d’humiliation ; en décembre toujours, des vidéos montrant plus d’une centaine de mineurs, pour beaucoup lycéens, à Mantes-la-Jolie, agenouillés, face contre un mur, certains les mains sur la tête, matés par des policiers, sont insupportables et ont profondément choqué. Au-delà de l’indignité d’un tel comportement de représentants des forces de l’ordre, la Ligue des droits de l’Homme dénonce ces agissements illégaux, en violation de l’ordonnance du 2 février 1945 sur les mineurs et des garanties accordées à toute personne interpellée. Aucun principe de sécurité ou d’ordre public ne saurait primer sur les droits de l’enfant ni autoriser des humiliations d’État.

Voilà que le Premier ministre a ouvert, ce lundi 7 janvier, une nouvelle surenchère sécuritaire face à des mouvements sociaux qui persistent. En visant les casseurs, les mesures envisagées sont lourdes de menaces sur la liberté de manifester et la liberté d’opinion de toutes et tous.

Le poison de l’état d’urgence poursuit ses effets liberticides et le Premier ministre annonce des mesures qui s’inspirent grandement, en l’aggravant, de la loi « anticasseurs » : plus de pouvoir administratif, moins de justice, moins de libertés.

La Ligue des droits de l’Homme s’inquiète vivement de ce qui serait ainsi envisagé, avec notamment de nouveaux pouvoirs aux préfets qui pourraient décider qui peut, ou pas, manifester, et faire d’un manifestant un délinquant, dès lors qu’un rassemblement auquel il participe par conviction politique ne serait pas déclaré.

Au lieu de réponses sociales et politiques de nature à apaiser les tensions, le choix de l’autoritarisme est dangereux pour notre démocratie et nos libertés, qui ont au contraire besoin de force et vigueur. Il est temps que le gouvernement écoute les revendications et y réponde, pour une démocratie vivante et apaisée.

Communiqué du 11 janvier 2019.

H&L numéro 183 3 janvier, 2019

1929-1936

Les procès de Moscou   
Madeleine Rebérioux

L’antifascisme de la LDH odieusement calomnié   
Gilles Manceron

Victor Basch, le pourfendeur de Bastilles   
Françoise Basch

Paul Langevin   
Bernadette Bensaude-Vincent

Au cœur de la LDH   
Dominique Guibert

Andrée Vienot, l’européenne et l’anticolonialiste

René Cassin   
Gilles Manceron

L’aide juridique   
Isabelle Denise

L’affaire Joliot-Curie

 

1898-2018

La défense des droits des femmes   
Françoise Dumont

Séverine

 

1954-1962

La LDH et la guerre d’Algérie   
Gilles Morin

Daniel Mayer, un président politique pour relancer la LDH   
Martine Pradoux

1945-1998

Un engagement associatif entre morale et politique   
Eric Agrikoliansky

Du Bulletin officiel de la Ligue des droits de l’Homme à Hommes & Libertés   
Catherine Teule

 

1978-1983

Le comité « Droits et libertés dans l’institution militaire »   
Bertrand Main et Bernard Wallon

Henri Noguères   
Claude Pennetier

L’apport du Maitron. Mille sept cents notices pour les droits de l’Homme   
Claude Pennetier

















Source: H&L numéro 183

29 décembre – Tribune collective « L’Etat met en danger les migrants » publiée dans le JDD 3 janvier, 2019

14 associations, dont la Ligue des droits de l’Homme (LDH), dénoncent dans une tribune au JDD « la faillite de l’État » dans la protection et la mise à l’abri des migrants. Elles demandent à Emmanuel Macron « de permettre un hébergement rapide des personnes à la rue ».

Lire la tribune

Source: 29 décembre – Tribune collective « L’Etat met en danger les migrants » publiée dans le JDD

Demande d’entretien sur la question de la justice des mineur-e-s (en lien avec la Loi de Programmation Justice 2018-2022) 21 décembre, 2018

Lettre d’interpellation de plusieurs associations, dont la LDH, à l’attention de la ministre de la Justice

 

Paris, le 20 décembre 2018

Madame La Ministre de la Justice,

Nous sollicitons un entretien le plus rapidement possible, d’une part sur les points attenants à la justice des mineur-e-s intégrés dans le projet de loi de finances 2019, principalement la création de 20 nouveaux centres fermés pour mineur-e-s, d’autre part sur l’habilitation que vous avez obtenue de la part des parlementaires, dans le cadre du projet de loi de programmation de la justice 2018-2022, pour réformer la Justice des enfants par voie d’ordonnances.

En effet, cette annonce de dernière minute, alors qu’il n’était plus possible de déposer des amendements et sans attendre le rapport de la mission des députés sur la Justice des mineur-e-s, nous inquiète fortement. Elle s’apparente, selon nous, à un passage en force du gouvernement sur un sujet essentiel et sensible qui nécessite au contraire un véritable débat démocratique inscrit dans le temps.

Dans vos premières déclarations, vous évoquez l’idée de juger plus vite les mineur-e-s « sans angélisme, ni démagogie » et d’apporter une réponse « plus prompte » aux victimes. Pourtant, vous n’êtes pas sans savoir qu’au fil du temps, l’ordonnance du 2 février 1945 a été profondément modifiée et que ces évolutions ont surtout eu pour effets d’afficher une plus grande sévérité à l’égard des mineur-e-s, par des procédures accélérées et un traitement tendant à se rapprocher de celles des majeur-e-s. Le principe de responsabilisation à outrance de l’enfant est venu progressivement suppléer ceux de protection et d’éducation qui sont pourtant les principes fondateurs de la Justice des enfants. Le décentrage au pénal des missions de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), le postulat de la réponse pénale à chaque acte, ainsi que la pratique bien trop répandue du déferrement participent au développement de cette tendance et au recours de plus en plus fréquent au contrôle judiciaire, plutôt qu’à des mesures éducatives. La première des conséquences est l’augmentation constante de l’enfermement des mineur-e-s. Au 1er octobre 2018, 835 adolescent-e-s étaient incarcéré-e-s, auxquels il faut ajouter le chiffre gris des jeunes condamné-e-s majeur-e-s pour des faits commis lors de leur minorité, ainsi que les mineur-e-s placé-e-s dans les 52 centres fermés existants.

L’invocation de la nécessité d’offrir une réponse « plus prompte » aux victimes est purement opportuniste. Le soutien aux victimes ne passe pas par des voies procédurales accélérées pour les jeunes.

De la même manière, l’injonction à la « responsabilisation » est de pur affichage et laisse à croire que la réflexion sur l’acte commis n’est pas déjà partie prenante d’un travail éducatif, qui s’appuie sur les besoins de l’enfant et suppose l’installation, dans le temps, d’un lien de confiance entre l’enfant, sa famille et les professionnels qui les accompagnent.

Dans vos choix budgétaires ensuite, vous actez une évolution délétère de la justice des enfants et adolescent-e-s, en consacrant des moyens exorbitants à l’enfermement au détriment des services éducatifs et d’insertion de milieux ouverts. Vous vous refusez à donner aux tribunaux des moyens à la hauteur des enjeux, qui impliquerait de combler les vacances de postes de fonctionnaires et magistrats outre les nécessaires créations de postes qui permettraient de lutter contre la surcharge des cabinets, d’assurer la présence de greffier-e-s aux audiences d’assistance éducative, et plus globalement des conditions matérielles d’accueil et d’exercice dignes. Nous ne nous en étonnons guère tant cette logique irrigue déjà le projet de loi de programmation de la Justice, qui organise le démantèlement du service public de la justice, éloigne les justiciables et aggrave les inégalités devant la Justice.

Tandis que la délinquance juvénile n’a pas augmenté depuis 15 ans, nos organisations interpellent votre ministère depuis mai 2017, sur l’augmentation notable de l’enfermement des enfants, notamment depuis octobre 2016.

Notre alerte vous a conduit à saisir la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) qui a rendu un avis le 27 mars 2018 portant notamment un regard extrêmement critique sur les centres fermés. Elle rappelle le coût exorbitant de ces structures (690 euros du prix de journée, par jeune), tout en en soulignant les dysfonctionnements réguliers, parfois graves, entraînant des fermetures administratives (6 en 2017). Elle relève que la durée moyenne d’un placement dans ces structures est actuellement de 4 mois au lieu de 6 avec un taux de fugue très élevé. Elle met en avant le fait que la privation de liberté imposée dans ce cadre à des jeunes qui ne parviennent pas à y adhérer en raison de leur problématique crée de « fortes tensions relationnelles, au sein desquels les situations peuvent dégénérer ». Enfin, elle recommande de ne pas ouvrir 20 centres fermés supplémentaires.

La Contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) fustige également les centres fermés pour mineur-e-s dans son rapport d’activité pour 2017 en rappelant les faiblesses déjà identifiées : « qualité insuffisante des projets éducatifs, absence de maîtrise de la discipline, insuffisante association des familles ou des éducateurs du milieu ouvert à l’action éducative, instabilité des équipes, (…) ». Elle poursuit en expliquant que « les visites du CGLPL en 2017 ne permettent pas d’observer une évolution notable des CEF dont la maîtrise demeure dramatiquement insuffisante : des situations de violence, des pratiques disciplinaires abusives, des équipes disloquées et des prises en charge éducatives indigentes ont été observées. ».
Cette année encore, les dysfonctionnements graves, ayant entraîné ou susceptibles d’entraîner des fermetures administratives dans ce type de structure sont nombreux, par exemple à Beauvais, la ferme de Fragny, à Dreux, Pionsa ou encore Epinay sur Seine.

Enfin, le 28 septembre 2018, la mission sénatoriale d’information sur la réinsertion des jeunes enfermé-e-s reconnaît que les centres fermés sont devenus des « antichambres » de la prison, « le non-respect par le mineur des contraintes liées à son placement pouvant entraîner son incarcération ». Elle préconise que l’ouverture de nouveaux centres fermés ne soit pas mise en œuvre par la fermeture de foyers classiques et en mordant sur les moyens destinés à l’accompagnement éducatif en milieu ouvert. Or, cette année, trois foyers fermeront. Si votre projet devait aboutir, les 72 centre fermés concentreraient l’essentiel des moyens, au détriment des 63 structures d’hébergement classiques, qui deviendraient ainsi minoritaires.

Vous ne pouvez continuer à minimiser la dimension privative de liberté de ces centres fermés, tant par l’enfermement qui leur est propre que parce qu’ils contribuent à nourrir l’incarcération des mineur-e-s qui n’en respectent pas les règles. L’expérience montrant que la création de places s’accompagne d’une hausse de l’enfermement, il ne fait pas de doute que, si vous persistiez, nous serions témoins d’une nouvelle croissance de l’incarcération des mineur-e-s.

Il y a urgence à recentrer la justice des enfants sur son principe fondateur : privilégier l’éducatif sur le répressif. Cela passe par l’instauration d’une justice protectrice et émancipatrice, la réintroduction significative des mesures civiles à la Protection Judiciaire de la Jeunesse, le redéploiement des moyens actuellement dévolus à l’enfermement vers les tribunaux pour enfants et les services éducatifs de milieu ouvert, d’insertion et d’hébergement, la marginalisation des procédures rapides, de la détention provisoire, du contrôle judiciaire, le recrutement et la diminution de la charge de travail des équipes éducatives pluridisciplinaires, des fonctionnaires de greffe et des magistrat-e-s. La Justice des enfants a toujours et surtout besoin de temps et des moyens.

En faisant le choix de légiférer par ordonnance, vous déniez aux professionnel-le-s engagé-e-s, forts de leurs expériences et de leur savoir-faire, la capacité d’intervenir dans le processus démocratique, vous manquez de considération pour les jeunes, et notamment celles et ceux les plus en difficultés. Vous devez entendre les différentes organisations signataires de ce texte et même au-delà, car il s’agit d’un sujet trop sérieux pour ne pas prendre le temps des échanges et du débat au sein de la société civile, dans son ensemble : « La France n’est pas assez riche de ses enfants pour en négliger un seul ».

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Source: Demande d’entretien sur la question de la justice des mineur-e-s (en lien avec la Loi de Programmation Justice 2018-2022)