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Ligue des droits de l'Homme

Section du Pays d'Aix-en-Provence

Archives de l'auteur : psenegas

Pour une vraie politique publique de protection des enfants et de toutes les victimes d’infractions sexuelles 1 juillet, 2026

Communiqué LDH et appel à rassemblement le 4 juillet

Le scandale de la mort probablement évitable de la jeune Lyhanna devrait amener à une prise de conscience sociétale et politique de l’urgence d’une politique publique en faveur de l’enfance.

Le gouvernement se défausse et refuse de prendre ses responsabilités en dépit de son absence, depuis des années, de politique volontariste. Certes, le manque de moyens accordés à la justice est le fait d’une trentaine d’années de sous-investissement, mais il ne peut utiliser cet argument pour ne pas faire de la justice une priorité.

Les hausses de budget ces dernières années sont peu significatives et pourtant le gouvernement continue à mettre à mal le service public de la justice : plus de 400 millions d’euros viennent ainsi d’être gelés dans le cadre du vote de la loi de programmation militaire.

En 2021, le suicide d’une jeune magistrate avait amené les magistrats, greffiers, avocats à lancer un cri d’alarme quant à la déréliction de la justice, alors qu’il en va de la confiance des citoyens dans les institutions et de la paix sociale.

L’exécutif n’a pas pris la mesure des moyens nécessaires pour répondre à l’objectif d’une bonne justice. Bien au contraire, il a systématiquement cherché des palliatifs mettant à mal les exigences du procès équitable pour éviter de charger les audiences : alternatives aux poursuites – sanctions sans garanties, développement des amendes forfaitaires notamment délictuelles. Il vient seulement de reculer sur la création d’un plaider coupable criminel, qui aurait empêché les victimes de pouvoir s’exprimer au cours d’une véritable audience.

Il ne cesse de demander la création de nouvelles infractions, alors qu’elles embolisent les services de police. Les textes de lois Ripost, Rodwell etc. en sont les exemples les plus récents. Les choix des priorités pénales sont tournés actuellement contre le « deal de rue » sous couvert de « narcotrafic », et plus généralement contre l’occupation de l’espace public non discipliné (manifestations, free party, etc.), ce qui a des effets concrets sur le temps disponible pour d’autres actions. La police judiciaire, qui n’est déjà plus attractive, subit encore les conséquences de la réforme de 2023 qui prive les magistrats d’inspecteurs compétents et formés. Récemment, les experts judiciaires ont alerté sur leurs conditions de travail (et les retards excessifs de paiement), qui ont un impact majeur sur la possibilité de mener une enquête effective. Enfin, la politique du tout-carcéral, orientée uniquement vers le nombre de places en prison, freine les approches de réduction de la récidive et de prévention des infractions.

La Cour des comptes a rendu un rapport montrant le manque de moyens de l’aide sociale à l’enfance (ASE) mais on pourrait en dire de même de la protection judiciaire de la jeunesse et de toutes les actions tournées vers la protection de l’enfance. Comment dès lors mettre à l’abri les enfants victimes d’inceste ou de maltraitance familiale ? Les offensives idéologiques de l’extrême droite empêchent par ailleurs l’éducation à la sexualité à l’école, nécessaire à l’éducation au consentement et à la connaissance des enfants du droit au respect de leur intégrité physique et psychique.

La Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) a démontré l’ampleur des infractions sexuelles sur les mineurs : prendre en charge un plan de soutien psychologique et de réelle prévention de ces infractions exige des moyens qui ne sont toujours pas d’actualité. Et on en revient à l’absence de moyens pour la justice pour accompagner la prise en compte croissante de la parole des enfants victimes.

La situation est telle que le risque est grand de voir se reproduire de nombreux drames.

Il est particulièrement délétère pour l’État de droit que le gouvernement cible immédiatement les magistrats pour ne pas répondre de ses responsabilités dans ses choix politiques, alors que les extrême droites en profitent pour continuer leur guerre aux juges.

La LDH se joindra en conséquence aux manifestations le 4 juillet à l’appel des associations féministes, pour alerter sur l’urgence à porter une politique pénale de protection de l’enfance et spécifiquement sur les questions de violences sexuelles, une politique pénale mais aussi éducative à la hauteur des enjeux sociétaux.

Paris, le 30 juin 2026

Télécharger le communiqué en PDF

Source: Pour une vraie politique publique de protection des enfants et de toutes les victimes d’infractions sexuelles

Menton : La nouvelle maire RN multiplie les interdictions à l’encontre des personnes en situation de précarité 1 juillet, 2026

Par arrêté pris le 9 juin 2026, la maire de la commune de Menton a édicté une « réglementation concernant le bon ordre, la sûreté et la salubrité publique ».  L’arrêté contesté interdit, sur une partie importante du territoire communal et pendant de larges périodes de l’année, une série de comportements visant pour l’essentiel les personnes en situation de précarité.

En son article 2, il est « strictement interdit » :

  • de se livrer à toute forme de sollicitation ou appel à la quête de nature à entraver la libre circulation des personnes, la commodité du passage dans les voies et espaces publics, l’accès aux immeubles riverains ou, de manière générale, de porter atteinte par ces comportements au bon ordre et à la sécurité publique ;
  • de consommer de l’alcool sur la voie publique lorsque cette consommation est de nature à provoquer du tapage, des propos et gestes obscènes, des comportements agressifs ou tout autre comportement de nature à porter atteinte au bon ordre et à la sécurité publique ;
  • de faire des quêtes d’argent sans contrepartie réelle et de manière agressive, y compris aux terrasses de cafés et aux feux tricolores ;
  • d’occuper de manière prolongée ou répétée le domaine public par des installations, effets personnels, matelas, cartons, couvertures, chariots ou tout autre objet ayant pour effet d’entraver la circulation des piétons ou de porter atteinte à la salubrité, à la sécurité ou à la tranquillité publiques ;
  • de se livrer à toute forme d’exploitation animale à des fins de mendicité ;
  • d’embarrasser la voie publique en y déposant ou y laissant sans nécessité des matériaux ou objets quelconques ;
  • de contrevenir aux règles de décence et d’hygiène à observer dans les lieux publics (exhibition et déjections de quelque nature qu’elles soient).

En son article 3, sont également prohibés :

  • les regroupements de chiens, même accompagnés de leur maître et tenus en laisse, lorsque leur nombre, leur comportement ou les conditions de leur détention sont de nature à troubler l’ordre public, à entraver la libre circulation ou à compromettre la sécurité ou la salubrité publiques ;
  • les regroupements de personnes lorsqu’ils sont accompagnés de comportements de nature à troubler la tranquillité publique, à entraver la circulation des piétons, à provoquer des nuisances sonores, des sollicitations répétées ou un sentiment d’insécurité ;
  • l’usage d’appareils de diffusion sonore, enceintes portatives ou instruments produisant des nuisances sonores ;
  • la consommation de boissons alcoolisées sur la voie publique en dehors des terrasses autorisées dans les secteurs définis à l’article 4 ;
  • les sollicitations répétées ou insistantes auprès des clients des commerces, restaurants, cafés, marchés et établissements recevant du public.

La LDH a décidé de contester cet arrêté en introduisant le 26 juin 2026, un recours en annulation, assorti d’un référé-suspension devant le tribunal administratif de Nice.

Source: Menton : La nouvelle maire RN multiplie les interdictions à l’encontre des personnes en situation de précarité

Yssingeaux : Un arrêté anti-précaires qui ne dit pas son nom 1 juillet, 2026

Par un arrêté du 8 juin 2026, le maire d’Yssingeaux (Haute Loire) a pris un arrêté interdisant :

– chaque jour de 8h à 2h, « toutes occupations abusives et prolongées des rues, autres dépendances domaniales, parkings privés ouverts à la circulation publique, accompagnées ou non de sollicitations ou quêtes à l’égard des passants, lorsqu’elles sont de nature à entraver la libre circulation des personnes ou à porter atteinte au bon ordre et à la tranquillité publique » ;

– chaque année, du 1er janvier au 15 septembre inclus, la consommation de toutes boissons alcoolisées sur la voie publique, hors exceptions limitativement prévues.

La LDH contestant le réel objectif d’un tel arrêté, en ce qu’il vise en réalité à chasser les personnes en situation de précarité du centre-ville, a introduit un recours en annulation, assorti d’un référé suspension devant le tribunal administratif de Clermont-Ferrand.

Source: Yssingeaux : Un arrêté anti-précaires qui ne dit pas son nom

Ensemble, on devient 1 juillet, 2026

« Individuellement, nous sommes une goutte d’eau, mais ensemble nous sommes un océan. » – Aphorisme japonais

Combien de temps Robinson Crusoé aurait-il survécu seul sur son île ? L’histoire ne le dit pas, mais elle nous montre que l’arrivée de vendredi changea sa vie.

Bien sûr, il est peu probable que certaines ou certains d’entre nous se soient retrouvés dans une situation aussi dramatique que les deux héros de Daniel Defoe. Mais une chose est sûre, ensemble, ils purent mieux faire face aux difficultés quotidiennes et chacun des deux apporta beaucoup à l’autre.

Dans notre quotidien, nous ne vivons pas des aventures aussi extrêmes. Pourtant, une chose est vraie pour chacune et chacun d’entre nous, quels que soient notre âge, notre genre, notre origine sociale ou culturelle, nous avons besoin des autres pour grandir, pour apprendre, pour nous sentir en sécurité.

Quand quelqu’un nous encourage, nous explique, nous rassure, nous montre un chemin possible, nous comprenons que nous ne nous construisons pas seuls. Les rencontres que nous faisons peuvent éveiller en nous des admirations, guider nos comportements ou susciter des vocations qui, le moment venu, nous permettent d’envisager l’avenir, voire de choisir un métier.

Ce sont ces mains tendues qui nous évitent le découragement, la peur de nous tromper et d’être moqué, et qui nous font comprendre que chacune et chacun d’entre nous peut apporter quelque chose de positif au groupe, que chaque voix compte.

De telles démarches s’opposent à l’individualisme que renforce l’esprit de compétition. Elles reposent sur la coopération, l’entraide, la valorisation du travail collectif et le partage des compétences.

Je réussis mieux si je profite des conseils de mon voisin, ou si moi-même je l’aide… Je joue mieux si je passe la balle à mes amis au lieu de la garder pour moi.

A l’école, au collège, au lycée, au centre de loisirs, dans les ateliers du périscolaire, je ne me construis pas contre les autres, je me construis et je grandis avec les autres.

En choisissant ce sujet, la LDH vous propose d’encourager une société basée sur la coopération plutôt que sur la concurrence, une société qui tourne le dos au repli sur soi et valorise la richesse du collectif.

Transmettez-nous vos réflexions, vos propositions sous les formes qui vous conviendront le mieux : textes, chansons, dessins, vidéos… Comme chaque année nous attendons avec impatience vos productions.

Françoise Dumont,
présidente d’honneur de la LDH et présidente du jury

Les éléments : plaquette avec les consignes, fiches d’inscription et de participation, ect. seront disponibles avant septembre sur cette page.

Source: Ensemble, on devient

Cessons de considérer coupables les enfants victimes de traite ! 28 juin, 2026

Contribution de la LDH adressée à la Commission européenne

La Commission européenne a récemment lancé un appel à contributions pour élaborer un plan d’action destiné à mieux protéger les enfants contre la criminalité. Ce projet s’inscrit dans la stratégie « ProtectEU » et répond à un constat alarmant : les mineurs sont de plus en plus ciblés par les réseaux criminels, où ils se retrouvent souvent à la fois auteurs d’infractions et victimes d’exploitation.

Dans ce cadre, la LDH a soumis une contribution pour alerter les institutions européennes sur la réalité de la traite des mineurs, et souligne trois constats majeurs :

  • L’explosion de la traite des mineurs à des fins criminelles, tout particulièrement dans le domaine du trafic de stupéfiants.
  • Le non-respect récurrent du principe de non-sanction, qui conduit à condamner des enfants qui sont en réalité des victimes.
  • L’insuffisance globale du cadre protecteur applicable à ces victimes mineures.

Pour y remédier, la LDH formule plusieurs recommandations pour le futur plan d’action européen

1- Mieux identifier et sensibiliser

  • Créer et diffuser des « indicateurs de la traite à des fins de commettre une infraction » pour former l’ensemble des acteurs concernés (justice, forces de l’ordre, social), avec un focus sur le trafic de stupéfiants.
  • Mettre en place un recensement statistique européen pour analyser l’ampleur du phénomène.
  • Intégrer pleinement cette problématique dans la politique des drogues de l’Union européenne

2- Garantir le principe de non-sanction par la loi

  • Modifier la directive européenne (2011/36/UE) pour contraindre les États membres à ne pas sanctionner les mineurs victimes de traite.
  • Traduire ce principe par la création d’un fait justificatif spécial accordant aux mineurs une présomption simple d’irresponsabilité pénale.

3- Renforcer la protection des victimes

  • Développer un mécanisme européen d’identification et de protection, avec une attention particulière pour les victimes étrangères en situation irrégulière.
  • Lancer des études sur les facteurs de vulnérabilité pour mieux comprendre et prévenir les phénomènes de traite.
  • Assurer une prise en charge globale et pluridisciplinaire pour chaque mineur victime.

Lire la contribution

Source: Cessons de considérer coupables les enfants victimes de traite !

Appel à mobilisation : le 29 juin Ensemble contre un projet dévastateur pour la justice et les libertés fondamentales 28 juin, 2026

Communiqué commun dont la LDH est signataire et appel à mobilisation

Alors que la société découvre l’état de délabrement de la justice française et son incapacité à assurer toutes ses missions, le garde des Sceaux, largement discrédité, s’entête et persiste. Son projet de loi sur « la justice criminelle et la protection des victimes », déjà rejeté par la commission des lois, ne répond aucunement aux attentes d’une justice de qualité.

S’il a renoncé à la mesure phare de sa réforme, le plaider coupable en matière criminelle, le reste du texte qui sera examiné par l’assemblée le 30 juin est tout aussi inquiétant.

Abandon de la cour d’assises, éloignement du jury populaire, extension du fichage génétique, recul des droits fondamentaux, tel est le projet aberrant du garde des Sceaux.

Preuve de l’hypocrisie gouvernementale et de l’absence de priorisation réelle de la protection des enfants pourtant au cœur des débats des dernières semaines, le ministre de l’Intérieur proposera à l’Assemblée nationale, dès la semaine suivante, son texte « RIPOST » qui aggravera l’embolie des services d’enquête et des tribunaux en créant de nouveaux délits de faible gravité. Ce faisant, il détournera les magistrat·es de leurs missions essentielles tout en renforçant la surveillance de masse.
Tel est le projet de ce gouvernement.

Nous continuons à exiger l’abandon de l’intégralité de la réforme SURE portée par le garde des Sceaux et à faire entendre notre voix pour une justice de qualité.

Rendez-vous le 29 juin à midi devant tous les tribunaux judiciaires (horaires pouvant varier selon les tribunaux)

Paris, le 26 juin 2026

Signataires : Syndicat des avocat-e-s de France (Saf), Syndicat de la magistrature, Coordination générale du travail (CGT), Sauvons les assises, CGT chancelleries et services judiciaires, LDH (Ligue des droits de l’Homme/droits humains), Coalition féministe et enfantiste loi intégrale, la CGT protection judiciaire de la jeunesse, Noustoutes, Colère noire, L’observatoire du sexisme en politique, Fédération nationale des unions de jeunes avocats

Lire le communiqué en pdf

Source: Appel à mobilisation : le 29 juin Ensemble contre un projet dévastateur pour la justice et les libertés fondamentales

Pour la reconnaissance des droits des proches de personnes détenues 28 juin, 2026

Manifeste dont la LDH est signataire

Des proches de personnes détenues, réuni-es en collectif, ont décidé de porter un manifeste pour faire entendre une réalité trop souvent ignorée : celle du quotidien des familles et des proches confronté-es à l’incarcération, et du rôle essentiel qu’ils et elles jouent malgré tout dans le maintien des liens et les parcours de réinsertion.

Nous, proches de personnes détenues

En France, près de 90 000 personnes sont détenues. Derrière chacune d’elles, il y a une famille, un parent, une ou un conjoint, une ou un enfant, une ou un ami. Cela représente des centaines de milliers de personnes directement concernées par la prison. Et pourtant, notre existence est ignorée, notre rôle est nié, notre souffrance invisibilisée.

Quand une personne est incarcérée, ce n’est pas seulement elle qui vit une peine. Ses proches sont elles et eux aussi enfermés dans une réalité faite de silence, de stigmatisation, de fatigue et de coûts. La prison touche bien au-delà de ses murs.

On ne peut pas parler de la prison sans parler des proches.
Et on ne peut pas parler de réinsertion sans reconnaître le rôle décisif que nous jouons dans ce processus.

Aujourd’hui, le collectif des proches de personnes détenues appelle chacune et chacun à se saisir de ce manifeste, à soutenir ses revendications et à le signer pour rendre visibles leurs réalités et porter ensemble cette exigence de reconnaissance et de droits des proches des personnes détenues.

Lire le manifeste et les revendications 

SIGNER LE MANIFESTE

Paris, le 26 juin 2026

Source: Pour la reconnaissance des droits des proches de personnes détenues

La proposition de loi sur la présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre ne doit pas passer ! 28 juin, 2026

Communiqué commun Stop aux violences d’État (SAVE), LDH (Ligue des droits de l’Homme / droits humains), Syndicat de la magistrature (SM), Syndicat des avocat-e-s de France (SAF), Amnetsy international, Association des avocats pénalistes (ADP) et Flagrant déni

Prévue à l’agenda de l’Assemblée Nationale le 7 juillet prochain, une proposition de loi (PPL), déposée par le député Les républicains (LR) Eric Pauget, vise à instaurer une « présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre ». Ce texte est soutenu par le gouvernement : celui-ci a déjà fait adopter, lors d’une première discussion à l’Assemblée Nationale en janvier 2026, un amendement tendant à créer une présomption de légalité des tirs par les forces de l’ordre.

La proposition de loi amendée crée une présomption de légalité des tirs et inverse la charge de la preuve : l’usage de leur arme à feu par les forces de l’ordre sera considéré, a priori, comme étant légal, c’est-à-dire nécessaire et proportionné. Il appartiendra au procureur – en pratique aux familles des victimes – de démontrer que le tir mortel n’était pas justifié.

Ce texte s’inscrit dans le bilan déjà alarmant de la loi Cazeneuve de 2017 et la création de l’article L.435-1 du Code de la sécurité intérieure : elle autorise les policiers à utiliser leur arme dès lors qu’ils estiment que les occupants d’un véhicule sont susceptibles d’être dangereux — ce qui laisse les agents seuls juges d’une situation pouvant s’avérer mortelle.
Depuis son adoption, au moins trente-cinq occupants de véhicules ont été tués par les forces de l’ordre invoquant l’article L435-1, soit cinq fois plus qu’avant la loi. Le nombre de personnes tuées par les forces de l’ordre s’est, lui aussi, considérablement accru : quarante-neuf personnes sont mortes au cours d’une intervention policière en 2025 dont dix-neuf par arme à feu ; soixante-six en 2024, dont vingt-sept par arme à feu.

« La France est devenue depuis quelques années le pays de l’Union Européenne où il y a le plus grand nombre de personnes tuées ou blessées par des agents de la force publique » pointait Jorge Contesse, expert en droit international des droits humains lors de l’examen de la France par le Comité contre la torture des Nations unies, en avril 2025.

Dans un État de droit, l’usage des armes à feu devrait pourtant intervenir en tout dernier recours : un seul tir peut tuer. C’est pourquoi il est nécessaire que l’usage des armes soit encadré par des textes restrictifs. C’est aussi parce que nous sommes dans un État de droit que tout décès causé par un agent de l’État doit faire l’objet d’une enquête. Or, non seulement cette proposition de loi porte une atteinte manifeste au droit à la vie et à l’intégrité physique consacré par les articles 2 et 3 de la Convention européenne des droits de l’Homme, mais elle aurait également des effets majeurs sur la responsabilité des forces de l’ordre.

Concrètement, le fonctionnaire ayant fait usage de son arme à feu ne pourrait plus être placé en garde-à-vue, ce qui fera obstacle au recueil de sa version, à la réunion des premiers indices et, in fine, à la manifestation de la vérité. Or, le droit à la vie ne se limite pas à prohiber les atteintes arbitraires à l’existence ; il oblige également les autorités à mener une enquête rapide, impartiale et approfondie lorsqu’une personne trouve la mort à la suite de l’intervention d’un agent public. Dans ce contexte, l’instauration d’une présomption de légalité des tirs reviendrait à admettre d’emblée la conformité de l’usage de l’arme et donc de freiner, voire d’empêcher la réalisation de ces investigations, avec pour conséquence possible que des utilisations injustifiées de la force échappent à toute sanction.

Il est certain que cette absence d’investigation sur le recours aux armes à feu aura une influence directe sur le nombre de tirs mortels.

Cette proposition de loi fragiliserait donc des piliers de l’État de droit : le droit à la vie, l’obligation de l’État de rendre des comptes en cas de décès aux mains des forces de l’ordre.

Pour toutes ces raisons, cette proposition de loi doit être fermement rejetée.

Paris, le 25 juin 2026

Voir le communiqué en PDF et la liste complète des signataires

Source: La proposition de loi sur la présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre ne doit pas passer !

Panthéoniser Marc Bloch et Simonne Vidal : perpétuer un engagement républicain et antifasciste 28 juin, 2026

Communiqué LDH

Nombreuses sont les raisons pour que la Nation rende le plus grand des hommages à celui qui, par les armes et les lettres, a défendu un idéal de probité et de droiture face à la violence et la barbarie nazies. À l’heure du retour des périls en France, en Europe et dans le monde, l’exemple de Marc Bloch doit nous éclairer.

C’est d’abord par sa constance et son courage dans la lutte contre l’Allemagne nazie que l’héritage de Marc Bloch nous engage. Dès l’accession de Hitler au pouvoir, Marc Bloch prend position publiquement. Il signe en 1934 le manifeste pour la constitution d’un Comité antifasciste puis il dénonce en 1938 le blanc-seing des Accords de Munich. Face à « la lâche allégresse » qui suit Munich[1], c’est en intellectuel lucide et désabusé qu’il souligne la faillite des classes dirigeantes alors qu’Hitler menace en Europe. Quand la guerre embrase pour la seconde fois le continent européen depuis le début du siècle, Marc Bloch demande à être mobilisé malgré des dispositions légales qui lui auraient permis de s’y soustraire et de rester auprès de ses six enfants. Au plus près des difficultés des armées françaises pendant la campagne de France en mai-juin 1940, il fait montre d’une persévérance et d’un engagement qui lui valent une nouvelle citation pour avoir mené sa mission avec « un complet mépris du danger ».

La mise en place du Régime de Vichy à partir du 10 juillet 1940 voit Marc Bloch tomber sous le coup des lois et dispositions antisémites prises par Pétain et l’État français. Sa famille menacée, ses biens et tout particulièrement sa bibliothèque spoliée, il écarte cependant la possibilité de partir aux États-Unis. Fidèle à l’excipit de L’Étrange Défaite dans lequel il avait proclamé qu’« il n’est pas de salut sans une part de sacrifice ; ni de liberté nationale qui puisse être pleine, si on n’a pas travaillé à la conquérir soi-même »[2], il rejoint en 1943 le mouvement de résistance Franc-Tireur, créé à Lyon par Jean-Pierre Lévy, Georges Altman et Elie Péju. Au sein de ce mouvement, il met encore ses capacités intellectuelles et son courage au service de la lutte contre l’Occupant. Arrêté en mars 1944, torturé, il est assassiné le 16 juin 1944 avec trente résistants. Sa valeur comme sa détermination montrent un citoyen toujours prêt, si nécessaire, au sacrifice de soi pour défendre les valeurs et principes émancipateurs d’une République attaquée.

Toutefois, les raisons d’honorer Marc Bloch ne sauraient se limiter à son remarquable engagement dans la guerre puis dans la Résistance. Normalien, agrégé d’histoire, professeur à la Sorbonne, Marc Bloch est un intellectuel brillant qui a su articuler sa pratique d’historien de la société féodale à la compréhension du présent. Nous reprendrons ainsi à notre compte les paroles de l’historien dans L’Apologie pour l’Histoire pour qui « un mot, pour tout dire, domine et illumine nos études : ‘‘comprendre’’. […] Jusque dans l’action, nous jugeons beaucoup trop. Il est commode de crier ‘‘au poteau !’’. Nous ne comprenons jamais assez. Qui diffère de nous — étranger, adversaire politique — passe, presque nécessairement, pour un méchant. Même pour conduire les inévitables luttes, un peu plus d’intelligence des âmes serait nécessaire ; à plus forte raison pour les éviter, quand il en est encore temps »[3]. Appel à la mesure et à la réflexivité, ces mots écrits dans les temps troublés d’une France défaite et occupée après plusieurs années de crises politiques nous engagent collectivement afin d’être à la hauteur de ce grand personnage.

Or, pendant que sont célébrés Marc Bloch et tant de résistantes et résistants avec lui, les legs de la Libération sont plus que jamais menacés tant par l’extrême droite que par les droites extrêmes, dont les héritiers de Marc Bloch refusent la présence au Panthéon. Alors que d’aucuns veulent refuser la qualité de Français-e-s à certains de nos compatriotes, comme Vichy refusait de voir en Marc Bloch un Français ; que l’antisémitisme et le racisme prennent une ampleur nouvelle en France ; que la démocratie et l’État de droit se trouvent menacés ; que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes en Ukraine, en Palestine et ailleurs est nié par des régimes autoritaires et violents, il est plus que nécessaire de suivre l’exemple de cet historien-résistant. Plus que des cérémonies, le plus sincère hommage rendu à Marc Bloch est de faire nôtre son épitaphe : « dilexit veritatem »[4].

Cet amour de la vérité ainsi que l’exemple de courage, de probité, de droiture et d’honnêteté intellectuelle qu’est la vie de Marc Bloch doit nous inspirer collectivement dans la lutte présente et à venir contre l’anti-intellectualisme et le racisme, premières marches dans la construction des discours et des politiques fascistes.

[1] Lettre de Marc Bloch à Lucien Febvre, 03/10/1938.
[2] Marc Bloch, L’Étrange Défaite, chap. 3 « Examen de conscience d’un Français ».
[3] Marc Bloch, Apologie pour l’Histoire ou Métier d’historien, Paris, Dunod, 2020 (1949), p. 202-203.
[4] Marc Bloch, « Testament spirituel de Marc Bloch », Annales d’histoire sociale, 8ᵉ année, n° 1, 1945, p. 6 (littéralement « j’ai chéri la vérité »).

Paris, le 22 juin 2026

Voir le communiqué en PDF

Source: Panthéoniser Marc Bloch et Simonne Vidal : perpétuer un engagement républicain et antifasciste

Mouvements climat : appel à la résistance démocratique, sociale et écologique 21 juin, 2026

Communiqué commun dont la LDH est signataire

Records de chaleur meurtriers et cyclones dévastateurs, conflits pour l’accès à l’eau, reculs des politiques publiques de transition écologique et juste, montée de régimes autoritaires et multiples violations du droit international, attaques contre les défenseurs et défenseuses de l’environnement et renforcement des inégalités environnementales que subissent les populations les plus vulnérables, l’heure est grave pour les mouvements climat. C’est face à ce contexte que nous, actrices et acteurs de la société civile de la transition écologique et sociale, réunis les 19 et 20 juin 2026 lors des Rencontres des mouvements climat à Paris, lançons cet appel à la résistance.

La situation politique nationale et internationale, instable et préoccupante, est marquée par une détérioration des équilibres démocratiques, le dénigrement de la science, une concentration des médias menaçant leur indépendance et la montée de discours de repli. Dans le même temps, notre système économique favorise toujours plus les profits à court terme pour un petit nombre de personnes au détriment des conditions de vie dignes de la majorité de la population. Ce contexte dégrade les capacités d’actions de la société civile pour lutter contre le réchauffement climatique et permettre aux populations les plus vulnérables d’accéder à des conditions de vie dignes et des moyens convenables d’existence et d’accéder aux solutions de transition écologique. Les menaces pesant sur la résilience des structures associatives et militantes elles-mêmes s’accentuent également (menaces sur les libertés associatives, coupes budgétaires, instauration d’un climat de peur et d’intimidations, etc.), renforçant les inégalités environnementales subies par les personnes racisées, en situation de pauvreté, les femmes et les minorités de genre. Qu’adviendra-t-il de la société civile si le contexte, déjà délétère, s’aggravait du fait de bascules politiques possibles en 2027 ?

Pour toutes ces raisons, les actrices et les acteurs des mouvements climat ne doivent pas faiblir. Nous pouvons faire de l’espoir une puissance d’action, faire de la transition écologique une source d’émancipation, de justice et de protection, et nous renforcer collectivement pour affronter les défis et saisir les opportunités des mois et années à venir. Nous avons les moyens d’être forts aujourd’hui et résilients pour demain.

C’est pourquoi l’ensemble des organisations des mouvements climat est en ordre de marche pour résister :

  • Faisons preuve de solidarité, plus que jamais, vis-à-vis de la population dans toutes ses composantes, et notamment les minorités oppressées (personnes racisées, en situation de pauvreté, femmes et minorités de genre) : la solidarité doit rester un pan central de notre action ;
  • Dénonçons, chaque fois que cela est possible, l’obscurantisme, le racisme, le patriarcat, le négationnisme climatique ou encore la corruption, dont la montée est une menace pour
    les droits de tous, mais aussi pour les médias, les lieux de représentation démocratique et les plus hauts niveaux de décision de l’État ;
  • Opposons-nous, encore, à ce système économique d’accumulation des profits, de court-terme, privilégiant une minorité ;
  • Renforçons nos liens et les actes d’entraide avec les acteurs essentiels d’une société démocratique et juste : les chercheurs et chercheuses, les syndicats de travailleuses et travailleurs, ainsi que l’ensemble des acteurs de la société civile œuvrant pour une société plus solidaire et un monde préservé. Notre force réside dans cette diversité ;
  • Augmentons notre puissance d’action en demandant une meilleure reconnaissance du rôle des actrices et des acteurs de la justice sociale et climatique dans le fonctionnement de notre société et le respect de leurs droits et la protection de leurs ressources financières.

Ne laissons aucune force mettre en péril les droits humains fondamentaux, les acquis sociaux gagnés de haute lutte, et les équilibres environnementaux dont notre survie dépend directement. Nous devons lutter de concert contre les montées de l’obscurantisme, de la désinformation, des discriminations et des attaques contre les actes de solidarité. Nous sommes fiers, combatifs et plus nombreux que jamais, dans notre diversité et dans nos alliances. On ne lâche rien.

Paris, le 20 juin 2026

SignatairesVoir la liste des signataires en PDF

Télécharger le communiqué commun en PDF

Source: Mouvements climat : appel à la résistance démocratique, sociale et écologique