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Ligue des droits de l'Homme

Section du Pays d'Aix-en-Provence

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4 mai 2026 – « Contre le racisme, la parole décomplexée et la suspicion permanente », publiée sur Mediapart 7 mai, 2026

Tribune collective, signée par Nathalie Tehio, présidente de la LDH

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Nous, syndicalistes, élu-e-s politiques, acteurs et actrices associatifs, artistes, sportifs, journalistes, chercheur-euse-s, écrivain-e-s, intellectuel-le-s et citoyen-ne-s engagé-e-s, directement concerné-e-s par les discriminations liées à nos origines réelles ou supposées :

En France, en 2026, trop nombreuses sont celles et ceux d’entre nous qui vivent encore sous le poids d’un soupçon permanent. Un soupçon diffus, persistant, qui ne repose ni sur des actes ni sur des faits, mais sur un nom, une apparence, une histoire familiale. Trop souvent, nous sommes renvoyé·es à une altérité, maintenu-es à distance, placé·es sous une forme de mise en doute permanente. Ce soupçon n’est pas seulement individuel : il est devenu un fait politique. Il structure une partie du débat public, alimente des stratégies de division et fragilise le pacte démocratique lui-même.

Depuis quelques années, un seuil a été franchi. Une parole raciste s’est installée, plus libre, plus assumée. Dans l’espace public comme dans le débat médiatique, des propos qui auraient autrefois suscité une condamnation claire sont désormais banalisés, relativisés, parfois même revendiqués. Cette évolution n’est pas anodine : elle légitime des comportements, elle autorise des discriminations, elle installe un climat qui pèse concrètement sur nos vies.

Elle s’inscrit dans un contexte plus large de radicalisation du débat public, où l’obsession identitaire remplace les enjeux sociaux, écologiques et démocratiques, et où certain-es cherchent à diviser la population plutôt qu’à construire un avenir commun.

Il est essentiel de rappeler que ces situations ne relèvent ni du hasard ni de cas isolés, mais sont le produit de constructions sociales et de stéréotypes profondément ancrés. À ce titre, il relève également de la responsabilité de nos organisations d’en assurer la déconstruction, au même titre que pour les autres formes de discriminations. Cela suppose de regarder en face les logiques systémiques à l’œuvre, y compris lorsqu’elles traversent nos propres institutions, et de refuser les dénis qui empêchent d’agir.

Ces mécanismes se traduisent de manière très concrète dans le monde du travail. À chaque étape des parcours professionnels, des inégalités persistent : difficultés d’accès à l’emploi, tri des candidatures sur des critères implicites, inégalités de traitement à compétences égales, freins dans les évolutions de carrière, plafonds invisibles, formes de mise à l’écart ou de disqualification plus ou moins explicites. Ces expériences, largement partagées, sont encore trop souvent minimisées ou invisibilisées, alors même qu’elles participent à la reproduction d’inégalités structurelles.

Nous le constatons également dans l’accès au logement, dans les interactions avec les institutions, dans les parcours professionnels ou politiques : le doute précède trop souvent la reconnaissance. À compétences égales, l’égalité ne va pas de soi. À engagement égal, la légitimité est questionnée.

Et lorsque nous accédons à des responsabilités — qu’elles soient syndicales,  politiques, associatives, culturelles, sportives, médiatiques ou universitaires — l’exposition est plus forte encore. Il est trop fréquent que les attaques ne portent pas seulement sur nos idées ou nos actions, mais sur ce que nous sommes. Notre place est interrogée, notre loyauté suspectée, notre présence contestée. Cette mise en cause permanente n’est pas seulement injuste : elle vise à décourager, à invisibiliser, à exclure des voix qui dérangent parce qu’elles portent une exigence d’égalité réelle.

Nous ne l’acceptons pas.
Nous refusons que cette banalisation de la parole raciste devienne la norme. Nous refusons de devoir en permanence justifier notre place. Nous refusons que l’égalité reste un principe abstrait quand elle devrait être une réalité concrète.

Le racisme n’est pas une opinion. C’est une atteinte directe à la dignité et aux droits. Ce que nous vivons n’est pas marginal : c’est le reflet de mécanismes profonds qui traversent encore notre société.

Nous affirmons simplement que nulle personne ne doit, du fait de son origine, de sa religion, de sa couleur de peau, prouver sa légitimité ; s’excuser d’être là ; accepter d’être traitée différemment.
Nous appelons à une prise de responsabilité collective.
Dans les institutions qui ont l’obligation de garantir une égalité réelle.

Dans les organisations syndicales, politiques et associatives qui doivent faire vivre des pratiques cohérentes avec les valeurs affichées.

Dans les médias que nous appelons à rompre avec les représentations biaisées, à refuser toute complaisance envers les discours racistes et à faire à nouveau une place substantielle à la parole antiraciste aujourd’hui largement marginalisée.

Dans l’ensemble de la société où chacun·e porte la responsabilité d’agir individuellement ou collectivement pour ne plus laisser passer ce qui ne devrait jamais l’être. Nous appelons aussi à reconstruire un récit commun fondé sur l’égalité, la justice et la dignité, face aux logiques de peur, de rejet et de hiérarchisation des vies.

Nous appelons aussi à reconnaître pleinement ce que nous apportons — dans tous les domaines — à la vie sociale, culturelle, économique et démocratique du pays.

Notre parole est une parole d’expérience. Elle ne cherche ni à opposer ni à diviser, mais à nommer une réalité pour mieux la dépasser. Elle est aussi une parole d’espoir : celle d’une société capable de se regarder lucidement pour devenir plus juste.

Parce qu’aucune société ne tient durablement sur l’injustice,

Parce que l’égalité ne peut rester une promesse,

Parce que la dignité ne se négocie pas,

Parce que la démocratie ne peut survivre à la banalisation du racisme,

Nous prenons la parole, ensemble. Pour l’égalité et pour la dignité.

Premiers signataires : Tayeb Khouira : secrétaire national de l’Union syndicale Solidaires ; Véronique Poulain : trésorière nationale de l’Union syndicale Solidaires ; Sophie Vénétitay : secrétaire générale du SNES-FSU ; Myriam Lebkiri : secrétaire confédérale CGT ; Kevin Razy : artiste ; Nathalie Tehio : présidente de la LDH (Ligue des droits de l’Homme) ; Sabina Issehnane : économiste ; Mourad Guichard : journaliste indépendant ; Mounir Satouri : député européen ; Sandra Nkaké : artiviste, auteure-compositrice, chanteuse et productrice ; Mélissa Laveaux : autrice-compositrice-interprète ; Youlie Yamamoto : porte-parole d’Attac France ; Jean-Benoit Diallo : humoriste ; Nawel Ben Kraïem : artiste chanteuse ; Dominique Sopo : président de SOS Racisme ; Bally Bagayoko : maire de Saint-Denis / Pierrefitte-sur-Seine ; Allan Barte : auteur de BD ; Solène Brun : sociologue, chargée de recherche au CNRS ; Lionel Crusoé : avocat au barreau de Paris ; Haidari Nassurdine : président du CRAN ; Aminata Niakaté : maire adjointe de Paris ; ; Cécile Chathuant : porte-parole de Solidaires Jeunesse et Sports ; Abdelkrim Bichkou : humoriste ; Fatoumata Koné : maire adjointe de Paris ; Nicolas Macumi : artiste-auteur, documentariste ; Kader Chibane : président du Pôle écologiste d’Île-de-France ; Nadège Meden : artiste lyrique ; Carlos Martens Bilongo : député du Val-d’Oise ; Lucie Chhieng : artiste (Planète Boum Boum) ; Nacer El Idrissi : président de l’Association des travailleurs maghrébins de France (ATMF) ; Mélissa Camara : députée européenne ; Ali Mouni (Alee) : musicien ; Seinde Doucouré : adjointe au maire du 13e arrondissement de Paris ; Hakim Pas Possible : vidéaste ; Annie Lahmer : conseillère régionale ; Mourad Musset : artiste musicien ; Béchir Saket : conseiller de Paris ; Myssa : artiste ; Ibrahim Chenouf : conseiller municipal délégué ; Nawel Ben Kraïem : artiste chanteuse ; Samir Allel : sociologue ; Danièle Obono : députée ; HK : artiste chanteur ; Nadia Azoug : première maire adjointe de Pantin, vice-présidente du conseil départemental 93 ; Mustapha Amokrane : artiste (membre du groupe Zebda) ; Mehdy Belabbas : président de l’association Pour la mémoire, contre l’oubli ; Aziz Oguz : journaliste ; Michaël Nguyen : conseiller municipal de Schiltigheim et conseiller de l’Eurométropole de Strasbourg ; Irène Ansari : coordinatrice de l’association Ligue des femmes iraniennes pour la démocratie (LFID) ; Remy El Sibaïe : photographe ; Hanan El Adraoui : conseillère départementale Blois 1 (Loir-et-Cher) ; Hocine Rouagdia : journaliste ; Rachel Keke : ancienne députée du Val-de-Marne ; Goundo Diawara : adjointe au maire de Saint-Denis ; Akli Mellouli : sénateur ; Vincent Nativel : secrétaire adjoint SUD Logement Social ; Nellie Rebib : secrétaire adjointe SUD Protection sociale ; Mohamed Diaby : trésorier fédéral de SUD Solidaires des transports urbains et interurbains ; Rémy Chabbouh : porte-parole du syndicat SUD SDIS ; Camille Cordeau : co-porte-parole du syndicat Solidaires-Météo ; Dalila Arab : première adjointe à la mairie de Sevran ; Pouria Amirshahi : député ; Elisabeth Abanda Ayissi : responsable de la commission antiracisme des Écologistes ; Iman El Feki : doctorante, Université de Strasbourg ; Imane El Hamzaoui : coordination nationale LFI (antiracisme) ; Mohamed Gnabaly : maire de L’Île-Saint-Denis ; Samia Lakehal : trésorière nationale des Écologistes ; Slimane Tirera : président du GIST ; Modibo Tounkara : président de l’association PEREFORMANT ; Salima Zerroun : maire adjointe de Rosny-sous-Bois ; Aurore KESSAÏ membre du Conseil Syndical Asso Solidaires ; AJAR (Association des journalistes antiracistes et racisé.e.s)

Source: 4 mai 2026 – « Contre le racisme, la parole décomplexée et la suspicion permanente », publiée sur Mediapart