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Ligue des droits de l'Homme

Section du Pays d'Aix-en-Provence

Archives du tag : Liberté de création

Lettre de l’Observatoire de la liberté de création à l’attention du préfet de la Sarthe 23 avril 2018

Lettre de l’Observatoire de la liberté de création

 

Monsieur le Préfet,

 

En refusant, par arrêté du 3 avril, que des enfants interviennent dans le spectacle de Romeo Castellucci, « Sur le concept du visage du fils de Dieu », vous avez gravement amputé un spectacle qui, depuis 2011, a été joué dans toute l’Europe. Cette censure, sous couvert de protection des mineurs, fait bon marché de la vigilance des parents et des précautions que Romeo Castellucci et son équipe prennent pour préparer les enfants. Si les craintes que vous agitez pour la « santé » et la « moralité » des enfants étaient fondées, des centaines de victimes auraient été traumatisées depuis sept ans que ce spectacle tourne. Heureusement, ceux qui ont eu l’occasion de voir le spectacle non censuré savent que les craintes que vous invoquez pour interdire une scène où des enfants lancent des grenades en plastique – et non des « bombes », comme dit votre arrêté, sont infondées.

Vous ne pouvez ignorer que ce spectacle a une histoire et que depuis 2011, des groupes politico-religieux ont jeté leur dévolu sur lui pour multiplier les coups d’éclat. Vous ne pouvez ignorer que les activistes intégristes qui ont tenté d’interrompre le spectacle, à Paris, ont été condamnés par la justice pénale. Vous ne pouvez ignorer que votre décision intervient après une manifestation d’une poignée d’activistes de l’Action française et du Front national contre le spectacle, et qu’elle offre à ces groupes la victoire qu’ils attendaient depuis des années et dont les tribunaux les ont toujours privés. Ils n’ont d’ailleurs pas tardé à s’en vanter : de nombreux sites intégristes et d’extrême droite (Medias-presse.info, Civitas, Action française) se sont félicités que « le préfet de la Sarthe » leur « donne raison » en faisant retirer « une séquence blasphématoire ».

Vous ne pouvez ignorer que la loi a affirmé le principe de liberté de création et de diffusion des œuvres en 2016 et constitué en délit le fait d’empêcher cette libre diffusion. En tant que représentant de l’Etat, vous avez failli à la mission que la loi vous impose en usant du recours à la protection de l’enfance pour abonder dans le sens de ces groupuscules demandant la censure de l’œuvre pour des raisons religieuses.

L’Observatoire de la liberté de création apporte son entier soutien à Romeo Castellucci qui, s’adressant aux spectateurs manceaux, parle « d’une offense à l’intelligence critique des adultes et des enfants ».

L’Observatoire prend bonne note que deux ministres ont, depuis, apporté leur soutien à Romeo Castellucci et aux Quinconces-L’Espal du Mans. Si ce soutien contribue à restaurer la crédibilité de l’Etat que vous avez compromise par une décision aussi inconsidérée, le mal est néanmoins fait.

Vous comprendrez que nous rendions cette lettre publique.

 

Nous vous prions de croire, monsieur le Préfet, à l’expression de nos sentiments choisis.

 

Paris, le 20 avril 2018

 

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Source: Lettre de l’Observatoire de la liberté de création à l’attention du préfet de la Sarthe

Lettre à l’attention du maire de Saint-Nazaire 29 janvier 2018

 Lettre de l’Observatoire de la liberté de création

Paris, le 26 janvier 2018

 

Monsieur le Maire,

L’Observatoire de la liberté de création, créé en 2002 au sein de la Ligue des droits de l’Homme, a pris connaissance du courrier que vous avez adressé le 19 janvier 2018 à l’association Les Escales, et de la déprogrammation du concert de Bertrand Cantat.

Dans ce courrier, vous vous déclarez attaché aux grands principes, mais c’est pour aussitôt les méconnaître.

Vous ne pouvez regretter découvrir la programmation de ce festival par voie de presse et déclarer respecter la liberté de celle-ci. Aussi, nous ne comprenons pas comment vous entendez respecter la liberté de création et de programmation qui sont, nous en sommes d’accord, « des piliers essentiels pour favoriser l’ouverture aux autres ».

Vous exprimez votre « totale désapprobation quant à la programmation de ce concert ». Mais il ne s’agit pas d’un simple avis, que vous êtes certes parfaitement libre d’exprimer. Car en rendant publique votre désapprobation, en rappelant que vous financez le festival, en prétendant vouloir protéger la paix civile (rien que cela ?) et en émettant publiquement une critique de fond sur l’ensemble de la programmation, histoire de faire planer une menace sur la suite de cette manifestation, vous créez une pression à laquelle le festival n’a pas pu résister.

Vous vous dites « attaché à ce que les personnes condamnées et ayant exécuté leur peine retrouvent pleinement la vie de la cité », ce qui est la moindre des choses, mais vous considérez néanmoins que le concert de Bertrand Cantat constituerait un danger pour le « maintien de la paix civile », sinon pour les droits des femmes, leur vie et leur sécurité ! Mais comment un artiste peut-il participer à la vie de la cité mieux que par ses concerts ? Et comment y parviendra-t-il si tous les maires de France adoptent la même attitude ? Non, monsieur le maire, il ne s’agit pas de « protéger les droits des femmes », que ce concert ne met nullement en danger, mais de condamner à nouveau et à perpétuité, en lieu et place des juges et par la seule intimidation des acteurs culturels concernés, quelqu’un qui a déjà purgé sa peine. Aucun crime — et nous sommes bien d’accord sur la gravité exceptionnelle de celui pour lequel Bertrand Cantat a été condamné — ne justifie ce qui s’apparente à une condamnation à la mort civile sans terme ni rémission.

L’association Les Escales a annoncé la déprogrammation de Bertrand Cantat suite à la désapprobation de « plusieurs personnes des sphères publiques et privées ». Devant les réactions, vous avez aussitôt précisé que les pressions ne venaient pas de la mairie de Saint-Nazaire et « qu’il n’a jamais été question que la ville de Saint-Nazaire modifie sa subvention aux Escales en raison de leur décision ». Cet engagement sera sans doute de nature à rassurer les organisateurs. Mais il ne suffit pas. Face aux pressions qui ont motivé la déprogrammation, la mission des collectivités locales, selon la loi 2016-925 du 7 juillet 2016, consiste également à

« garantir la liberté de diffusion de la création et des expressions culturelles, en mobilisant notamment le service public des arts, de la culture et de l’audiovisuel ». Il est de votre devoir de garantir l’ordre public contre toutes les pressions publiques et privées à l’occasion de ce concert et de permettre qu’il soit à nouveau programmé dans les meilleures conditions.

Votre lettre ayant été publique, vous comprendrez que la nôtre le soit également.

Nous vous prions de croire, monsieur le Maire, à l’expression de nos sentiments choisis.

 

Jean-Claude Bologne, co-délégué de l’Observatoire

Agnès Tricoire, co-déléguée de l’Observatoire

Daniel Véron, co-délégué de l’Observatoire

Christian Hazebrouck, délégué régional du comité régional LDH Pays de la Loire

Henri Julien Castel, président de la section LDH de Saint-Nazaire

 

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Source: Lettre à l’attention du maire de Saint-Nazaire