Twitter Facebook Accueil

Ligue des droits de l'Homme

Section du Pays d'Aix-en-Provence

Archives de l'auteur : psenegas

4 mai 2025 – Tribune « Nous, universitaires, soutenons les “1001 territoires pour la fraternité”, contre l’extrême droite » publiée sur Libération 7 mai, 2026

4 mai 2025 – Tribune « Nous, universitaires, soutenons les “1001 territoires pour la fraternité”, contre l’extrême droite » publiée sur Libération
4 mai 2025 – Tribune « Nous, universitaires, soutenons les “1001 territoires pour la fraternité”, contre l’extrême droite » publiée sur Libération
4 mai 2025 – Tribune « Nous, universitaires, soutenons les “1001 territoires pour la fraternité”, contre l’extrême droite » publiée sur Libération

Tribune collective qui soutient la démarche 1001 territoires Pour la fraternité, dont la LDH est partie-prenante

Tribune sur Libération

Les élections municipales ont été marquées par une nouvelle poussée du Rassemblement national (RN). Il a emporté des dizaines de communes et continue de s’installer dans les territoires et le paysage politique et institutionnel. Les thèmes de prédilection de l’extrême droite ont envahi le débat public. Le RN marque des points chaque jour dans la bataille culturelle qu’il mène avec l’aide active de médias réactionnaires de plus en plus offensifs et décomplexés. Le patronat prend langue avec Jordan Bardella et ne juge pas son parti à l’aune de ses valeurs mais de sa compatibilité avec ses intérêts économiques. Une large partie de la droite, jusqu’alors attachée à la République, cède aux sirènes d’un discours xénophobe. Chaque jour semble se confirmer ainsi le risque de voir s’installer à l’Elysée dans un an un-e président-e de la République qui tourne le dos à l’héritage républicain. Ce désastre peut être déjoué. Il n’est pas inéluctable. Il ne faut pas nourrir l’anticipation de l’échec parce qu’il conduit toujours à sa réalisation.

 Il reste 12 mois pour empêcher les tenants de la haine de l’autre et du repli sur soi de mettre en œuvre leur projet de société. La lutte contre l’extrême droite peut emprunter de nombreux chemins. Sur le terrain des partis, nombreuses sont encore les organisations à défendre les valeurs de liberté et d’égalité. Sur le terrain intellectuel, le monde de la recherche déconstruit les idées nauséabondes et simplistes de l’extrême droite, alerte sur la confusion politique ambiante sur laquelle le RN cherche à capitaliser, délégitime ses solutions économiques simplistes et inefficaces ou nuance la droitisation de la société française présentée comme une lame de fond irrésistible. Nous y prenons notre part. La société civile prend aussi sa place dans le combat. Elle s’est fortement mobilisée en juin-juillet 2024 pour faire obstacle à l’arrivée des promoteurs de la haine de l’autre et du repli sur soi alors que leur accession aux responsabilités était présentée comme inévitable. On disait impossible lors de ces élections législatives un report massif des voix vers la candidate ou le candidat face à l’extrême-droite. Malgré la réserve de quelques forces politiques, une formidable mobilisation des actrices et acteurs de la société civile s’est levée, bien au-delà des organisations partisanes, contribuant à ce que la participation électorale reprenne des couleurs, les électrices et électeurs prenant la mesure de l’enjeu. C’est un mouvement puissant qui s’est exprimé.

Dans ce sillage, une autre dynamique s’est mise en place ces derniers mois à laquelle nous voulons donner de l’écho et notre soutien enthousiaste. Depuis le Mouvement associatif jusqu’à plusieurs grandes organisations syndicales, de la LDH (Ligue des droits de l’Homme), Ligue de l’enseignement, à France Nature Environnement, d’associations de jeunesse, culturelles, sportives ou de tourisme jusqu’à Emmaüs, aux MJC ou aux centres sociaux… 41 organisations nationales associatives et syndicales regroupant des millions de personnes sur les territoires ont décidé de manière inédite de s’unir et de fédérer leurs forces et leurs membres dans une démarche collective exemplaire : 1001 territoires pour la fraternité. L’objectif est de redonner l’espoir en la fraternité, l’égalité et la liberté aux habitantes et habitants de notre pays et de mettre en lumière les valeurs positives portées au quotidien par nombre de projets sur les territoires. Elles témoignent d’une réalité toute autre que celle, anxiogène, véhiculée par des médias proches de l’extrême droite. Concrètement la dynamique vise à fédérer, en des lieux multiples, les initiatives collectives porteuses de solidarité opposées au repli sur soi et à la haine de l’autre.

Projets culturels, projections de films, débats sur l’espace public, rencontres sportives, soirées festives interculturelles, concerts, actions flash, formations, banquets citoyens, actions éducatives… Les rencontres se multiplient qui se revendiquent de la solidarité, du faire ensemble, de la fraternité, des valeurs de l’éducation populaire. Une deuxième phase de la démarche se lance en mai et juin sur un nombre de lieux plus importants. Elle va mobiliser plusieurs centaines d’initiatives locales regroupant des dizaines de milliers d’habitants. Pendant l’été, des centaines de milliers de vacanciers vont être sensibilisés aux valeurs de la fraternité. Il restera alors une toute petite année scolaire, sportive, associative, syndicale… Pour faire monter la vague de fraternité depuis les territoires afin d’empêcher les thèmes de l’extrême droite d’envahir la campagne électorale de la présidentielle et des législatives.

Le monde syndical et associatif ne se résigne pas à la défensive, et à attendre passivement la prochaine élection où il faudra à nouveau sans nul doute faire front. Les valeurs républicaines de fraternité, de solidarité, d’ouverture à l’autre et de liberté de conscience sont ancrées dans le quotidien des territoires. Le paysage social et politique s’assombrit mais il y aussi de la lumière et une puissante aspiration à vivre dans une société où les droits fondamentaux sont accessibles à toutes et tous. Elle s’exprime souvent, spontanément, dans le quotidien, dans les solidarités. Nous, universitaires et chercheurs, nous saluons cette démarche porteuse d’espoir et nous y apportons notre plein soutien.

Voir la liste des signataires

Partager la publication « 4 mai 2025 – Tribune « Nous, universitaires, soutenons les “1001 territoires pour la fraternité”, contre l’extrême droite » publiée sur Libération »

Source: 4 mai 2025 – Tribune « Nous, universitaires, soutenons les “1001 territoires pour la fraternité”, contre l’extrême droite » publiée sur Libération

3 mai 2026 – Tribune collective « Projet de loi de programmation militaire : la séparation des pouvoirs et les libertés publiques menacées » publiée dans L’Humanité 7 mai, 2026

3 mai 2026 – Tribune collective « Projet de loi de programmation militaire : la séparation des pouvoirs et les libertés publiques menacées » publiée dans L’Humanité
3 mai 2026 – Tribune collective « Projet de loi de programmation militaire : la séparation des pouvoirs et les libertés publiques menacées » publiée dans L’Humanité
3 mai 2026 – Tribune collective « Projet de loi de programmation militaire : la séparation des pouvoirs et les libertés publiques menacées » publiée dans L’Humanité

Tribune collective dont la LDH est signataire

Lire sur l’Humanité

La LDH (Ligue des droits de l’Homme), Alternatiba, ANV Cop-21, Fédération syndicale unitaire (FSU), France nature environnement (FNE), Greenpeace, le Syndicat des avocats de France (Saf), le Syndicat de la Magistrature (SM), la CGT et Solidaires dénoncent la création d’un « état d’alerte à la sécurité nationale » dans le cadre du Projet de loi de programmation militaire.

Le projet de loi actualisant la programmation militaire pour les années 2024 à 2030 a été présenté en conseil des ministres le 4 avril dernier et doit être examiné à l’Assemblée nationale à partir du 4 mai prochain.

Sous couvert de « réarmer la France », ce projet veut créer un nouvel « état d’urgence », « l’état d’alerte de sécurité nationale » (article 21 du projet de loi), afin de passer en phase d’économie de guerre… sans guerre et de pouvoir déroger tant à la séparation des pouvoirs qu’aux règles de droit commun.

Le gouvernement s’offrirait ainsi la possibilité de déclarer cet état d’alerte en conseil des ministres soit parce qu’il estimerait que la France serait menacée ou en vertu d’accords internationaux engageant la France à soutenir un gouvernement étranger lui-même menacé, c’est-à-dire sur des critères flous qu’il déterminerait lui-même.

Le gouvernement veut obtenir l’accélération de la production afin de faire face à une « menace grave et actuelle ». En d’autres termes, un état d’exception économique pourrait être déclaré. Il doit être rappelé que la France est déjà une partie au conflit au Moyen-Orient, et que de ce fait, le gouvernement pourrait activer immédiatement l’état d’alerte pour s’octroyer des pouvoirs dérogatoires du droit commun.

Cet état d’exception économique permettrait d’octroyer immédiatement des pouvoirs au gouvernement pour modifier des règles légales, sur tout ou partie du territoire.

Cela conduit évidemment à de très graves reculs des libertés publiques (création de périmètres de protection contrôlés soumis à autorisation d’accès par simple arrêté ; enquêtes administratives sur les employés travaillant sur ces zones) mais aussi à des reculs sociaux (possibilité après habilitation pour les autorités administratives de déroger aux normes de sécurité ou aux règles de temps de travail ou de protection en matière de santé et de sécurité au travail, lorsque l’entreprise est en lien avec l’économie de guerre, critère également flou), patrimoniaux (possibilité de déroger aux règles de l’urbanisme et délivrance de permis de construire dérogeant aux règles de préservation du patrimoine archéologique), ou environnementaux (possibilité de déroger aux règles dans le domaine de l’environnement, notamment sur les évaluations et les consultations requises, et délivrance de permis de construire dérogeant aux règles de préservation des espèces menacées).

La démocratie environnementale n’est pas épargnée puisque les projets prévus dans ce cadre sont dispensés de toutes les formes de « participation du public aux décisions ayant une incidence sur l’environnement », principe pourtant constitutionnel et découlant de la convention d’Aarhus.

Les organisations signataires n’admettent pas que les libertés publiques, les droits sociaux, la sécurité au travail, le droit à environnement sain ou le patrimoine de la France soient sacrifiés à l’économie, fût-elle de guerre.

Le spectre de la guerre ne doit pas servir à discipliner notre société, à faire reculer les droits et libertés et à tout subordonner aux dogmes du profit et de l’efficacité économique.

Cet état d’exception économique, même soumis au vote du Parlement pour être prolongé au-delà de deux mois, offre la possibilité à un gouvernement autoritaire de s’attaquer frontalement aux droits des travailleurs, à la protection de l’environnement ou aux règles d’urbanisme et d’étendre son contrôle sur la société.

Nous appelons donc le gouvernement à retirer du projet de loi actualisant la programmation militaire cet « état d’alerte de sécurité nationale », tous les parlementaires à refuser de l’adopter et la société civile à se mobiliser pour protéger les libertés, le patrimoine national et l’environnement.

Partager la publication « 3 mai 2026 – Tribune collective « Projet de loi de programmation militaire : la séparation des pouvoirs et les libertés publiques menacées » publiée dans L’Humanité »

Source: 3 mai 2026 – Tribune collective « Projet de loi de programmation militaire : la séparation des pouvoirs et les libertés publiques menacées » publiée dans L’Humanité

CERCLE DE SILENCE SAMEDI 9 MAI 6 mai, 2026

Chers amis,

Voici quelques exemples, en région PACA, qui confirment le constat récent fait par Fanélie Carrey-Conte, Secrétaire générale de La Cimade, de la déshumanisation des personnes étrangères en France, déshumanisation qui a franchi, selon elle, un nouveau cap en 2025.

*

Une audience du Juge des libertés et de la détention, dans le courant du mois d’avril, rapportée par le tourniquet (newsletter de l’équipe JLD de la Cimade Marseille), témoigne d’une étonnante forme de défaillance de la justice pour le cas d’un palestinien en rétention que la Préfecture des Bouches-du-Rhône veut expulser en Israël où il risque d’être exposé à des traitements inhumains ou dégradants.

Oui, un Palestinien né à Gaza et qui a quitté son pays depuis 16 ans : destination Israël ! Et cela malgré le fait que l’administration doive préalablement vérifier concrètement que la personne peut être renvoyée vers le pays désigné, sans risque pour sa sécurité ou ses droits fondamentaux…

*

La nouvelle maire (RN) de Menton, devenue aussi récemment présidente de la Communauté d’agglomération de la Riviera française (Carf), s’est attaquée à Cédric Herrou et lui a demandé de quitter la vallée de la Roya car elle le considère comme un homme sectaire et dangereux.

Elle lui reproche en particulier d’avoir dénoncé il y a deux ans les contrôles d’identité « au faciès » effectués dans cette vallée par des militaires français (de l’Opération Sentinelle) sur des personnes migrantes, contrôles qui ne sont absolument pas de la compétence de l’armée et ne devraient, de toute façon, plus se produire entre la France et l’Italie puisque la limite formelle de deux ans, selon le code « frontières Schengen », pour la réintroduction temporaire des contrôles aux frontières, est largement dépassée (elle avait été décidée à la suite des attentats de novembre 2015).

*

La coordination associative Cordasso a publié en mars dernier un communiqué pour dénoncer les très graves dysfonctionnements de la préfecture des Bouches-du-Rhône concernant les démarches effectuées par les étrangers.

« Ces difficultés sont systématiques, inédites par l’ampleur des préjudices qu’elles portent, à la fois sur les personnes étrangères, les membres de leur famille, leurs amis et l’ensemble des services publics et sociaux qui les accompagnent. »

Le communiqué souligne en particulier que les dysfonctionnements sont d’autant plus problématiques qu’ils amplifient les situations de dépendance et donc de fragilité des personnes étrangères: l’insécurité administrative les rend vulnérables à l’exploitation au travail, à un conjoint violent ou à un propriétaire marchand de sommeil, mais aussi à tous les intermédiaires-traducteurs. Privées de ressources, ces personnes se retrouvent dans l’obligation d’accepter [des] entrées d’argent [plus que suspectes], et sont incidemment piégées par des réseaux de traite ou de banditisme. Ces situations ubuesques peuvent aussi avoir un impact néfaste et irrémédiable sur l’équilibre psycho-social des personnes.

Nous vous attendons nombreux pour manifester contre cette déshumanisation des personnes étrangères, samedi 9 mai, de 11h30 à midi, place de la Rotonde à l’orée des Allées Provençales.

Philippe Chouard

Le Bureau de l’IA de l’Union européenne doit donner la priorité à la mise en place du forum consultatif 3 mai, 2026

Lettre ouverte collective dont la LDH est signataire  l’attention de la responsable du Bureau de l’IA de l’UE

35 organisations et chercheurs demandent au Bureau de l’IA de l’UE de fournir des informations claires sur le calendrier et le processus de mise en place du forum consultatif, seul mécanisme officiel garantissant que la voix de la société civile soit prise en compte dans la mise en œuvre de la loi sur l’IA.

L’absence de calendrier précis concernant le forum consultatif risque d’exclure les communautés les plus touchées par les risques liés à l’IA

Le forum consultatif est un nouvel organe chargé de conseiller le Bureau de l’IA et le Conseil de l’IA sur la mise en œuvre et l’application de la loi européenne sur l’IA. Il a pour objectif d’apporter l’expertise et les points de vue d’un large éventail d’acteurs, notamment la société civile, les chercheurs et les organisations travaillant avec ou représentant les communautés les plus touchées par les risques liés à l’IA. L’objectif est de garantir que ces voix soient prises en compte dans un débat politique inclusif et équitable.

En septembre 2025, l’appel à manifestation d’intérêt pour rejoindre ce nouvel organe a pris fin. Cependant, sept mois plus tard, le Bureau de l’IA n’a toujours pas mis en place le Forum consultatif et, malgré nos demandes, n’a pas communiqué de calendrier précis. En l’absence d’un échange structuré et cohérent par l’intermédiaire du Forum, de nombreuses discussions – telles que celles concernant les utilisations interdites de l’IA, la classification des risques élevés et les obligations en matière de droits fondamentaux – se déroulent principalement entre les institutions de l’UE et les parties prenantes qui disposent du savoir-faire et des réseaux nécessaires pour participer aux processus bruxellois. Cela risque d’exclure les points de vue sous-représentés.

En outre, l’absence de Forum consultatif constitue une occasion manquée de débattre et de tester les implications de l’Omnibus IA. Au lieu de cela, cette discussion s’est limitée à des « Reality Checks » avec un petit groupe composé principalement de représentants de l’industrie et n’a pas donné lieu à une consultation approfondie de la société civile.

La stratégie de l’UE en faveur de la société civile, récemment adoptée, souligne qu’un engagement significatif avec la société civile est une pierre angulaire de l’élaboration des politiques de l’UE. C’est pourquoi 35 organisations et chercheurs exhortent le Bureau de l’IA de l’UE à :

  • donner la priorité à la mise en place du Forum consultatif ;
  • apporter des précisions sur le calendrier et le processus prévus ;
  • élaborer des mesures concrètes pour garantir que la société civile puisse participer de manière significative à la mise en œuvre et à l’application de la loi sur l’IA – au-delà du forum lui-même.

29 avril 2026

Mme Lucilla Sioli
Responsable du Bureau de l’IA

Chère Madame Sioli,

Nous, organisations de la société civile et chercheuses et chercheurs vous écrivons pour vous faire part de notre inquiétude concernant le retard et le manque de transparence entourant la mise en place du Forum consultatif sur le règlement sur l’IA (intelligence artificielle).

L’appel à candidatures pour rejoindre le Forum a été clôturé en septembre 2025. Malgré plusieurs demandes adressées au Bureau de l’IA afin d’obtenir des éclaircissements sur le calendrier et le processus de finalisation de la sélection et de mise en place du Forum, nous n’avons pas reçu d’informations suffisantes. Sept mois après la clôture de l’appel, les résultats de la sélection et la date de la première réunion du Forum n’ont toujours pas été annoncés. Ce retard et ce manque de clarté créent une incertitude quant au statut et à la priorité accordée à la mise en place du Forum. Nous appelons à la transparence concernant la sélection des membres du Forum ainsi que les étapes suivantes

Le Forum consultatif est prévu dans le règlement sur l’IA comme le seul mécanisme formel permettant de recueillir les contributions de multiples parties prenantes afin de soutenir le Bureau de l’IA et le Conseil de l’IA dans la mise en œuvre et l’application du règlement. Alors que d’importants processus de mise en œuvre sont déjà en cours ou achevés, l’absence du Forum limite les possibilités d’apports structurés, cohérents et inclusifs. Si nous saluons les consultations ad hoc avec les acteurs poursuivant un intérêt général, un Forum formalisé – conformément à l’objectif envisagé par les colégislateurs – offrirait un cadre plus prévisible et représentatif pour la participation, y compris pour les points de vue sous-représentés. En tant que dialogue partagé entre différents types de parties prenantes, le Forum constitue également une mesure de transparence essentielle permettant une meilleure compréhension des positions respectives de chaque acteur. Enfin, nous soulignons qu’un Forum établi aurait également été utile pour fournir des conseils sur toute modification du règlement sur l’IA ainsi que sur le calendrier de mise en œuvre.

La stratégie de l’UE en faveur de la société civile, récemment adoptée, souligne qu’un engagement constructif avec la société civile est une pierre angulaire de l’élaboration des politiques de l’UE. Dans ce contexte, nous encourageons le Bureau de l’IA à mettre en œuvre les principes directeurs de la stratégie en particulier la prévisibilité et la régularité, la transparence et l’inclusivité – dans une approche favorisant l’engagement des parties prenantes.

En l’absence de ce forum, de nombreuses discussions sur la mise en œuvre – telles que celles concernant les pratiques prohibées, les classifications à haut risque et les obligations en matière de droits fondamentaux – se déroulent principalement entre le Bureau de l’IA et le Conseil de l’IA. Pour contribuer efficacement dans ce contexte, il faut souvent disposer de réseaux bien établis, de connaissances institutionnelles et d’une proximité avec les processus basés à Bruxelles. Cela crée des obstacles pour de nombreux acteurs de la société civile, en particulier ceux qui représentent ou travaillent avec les communautés les plus touchées par les risques liés à l’IA.

En outre, les organisations de la société civile et de nombreux chercheurs universitaires opèrent dans un environnement de financement contraignant et incertain. Des calendriers prévisibles et des processus transparents sont donc essentiels pour permettre une participation significative, notamment pour garantir et planifier les ressources et assurer la disponibilité du personnel en vue d’un engagement durable.

Dans ce contexte, nous demandons au Bureau de l’IA de donner la priorité à la mise en place du Forum consultatif et de clarifier le calendrier et le processus prévus. Nous souhaitons également le développement de mesures concrètes visant à établir et renforcer un environnement permettant la participation de la société civile dans la mise en œuvre du règlement sur l’IA – dont des initiatives extérieures au Forum, conformément aux engagements développés au sein de la stratégie de l’Union sur la société civile.

Nous restons à votre disposition pour vous faire part d’autres réflexions sur les défis auxquels sont confrontés les acteurs de la société civile et pour vous proposer des suggestions pratiques sur la manière de renforcer l’engagement inclusif de la société civile et des chercheurs dans le cadre de la mise en œuvre de la loi sur l’IA.

Cordialement,

Access Now
AI Accountability Lab (AIAL), Trinity College Dublin
AlgorithmWatch
Alternatif Bilisim
Amnesty International
ARTICLE 19
Asociația pentru Tehnologie și Internet (ApTI)
Avaaz Foundation
BEUC – European Consumer Organisation
Bits of Freedom
Centre for Democracy and Technology Europe
Citizens Network Watchdog Poland
Civil Liberties Union for Europe (Liberties)
Danes je nov dan, Inštitut za druga vprašanja
Electronic Frontier Norway
European Center for Not-for-Profit Law (ECNL)
European Civic Forum
European Disability Forum (EDF)
European Digital Rights (EDRi)
European Council of Autistic People (EUCAP)
European Network Against Racism (ENAR)
European Public Service Union (EPSU)
Hermes Center
Homo Digitalis
LDH (Ligue des droits de l’Homme)
Panopykon Foundation
Politiscope
Statewatch
The Swedish Disability Rights Federation
WITNESS
Prof. Lilian Edwards, Emerita Newcastle University
Prof. Douwe Korff Emeritus Professor of international law
Dr. Laurens Naudts, AI, Media & Democracy Lab – Institute for Information Law, University of Amsterdam
Krista Ojala, Tukena-foundation
Dr. Plixavra Vogiatzoglou, University of Amsterdam

Source: Le Bureau de l’IA de l’Union européenne doit donner la priorité à la mise en place du forum consultatif

1er mai : mémoire, vérité, résistance 29 avril, 2026

Communiqué commun dont la LDH est signataire et appel à rassemblement le vendredi 1er mai de 9h30 à 11h, Pont du Carrousel à Paris

Le 1er mai 1995, Brahim Bouarram était assassiné, jeté dans la Seine par des militants d’extrême droite sortis d’un défilé du Front national. Ce crime n’était pas un fait divers. C’était le produit d’un racisme politique.

Depuis d’autres noms, d’autres vies, se sont ajoutés à cette liste tragique. Et derrière chaque nom, il y a des familles brisées, des silences imposés, des injustices qui perdurent.

Plus de trente ans, rien n’est réglé. Le racisme ne recule pas : il avance, il s’affiche, il s’impose. L’extrême droite dicte l’agenda, contamine les discours, infiltre les politiques. Islamophobie décomplexée, stigmatisation des immigré-e-s, chasse aux exilé-e-s, lois liberticides : ce qui tuait hier est aujourd’hui banalisé. Ils divisent pour mieux dominer. Ils fabriquent des boucs émissaires pour masquer leur responsabilité dans la précarité, les inégalités et la violence sociale. Nommons les choses : nous faisons face à un processus de fascisation.

Face à cela, il n’y a pas de neutralité. Il n’y a pas de compromis possible. Nous refusons de nous taire. Nous refusons de nous habituer. Nous refusons de laisser faire.

Se souvenir de Brahim Bouarram et de toutes les victimes de crimes racistes, ce n’est pas commémorer passivement. C’est continuer la lutte.

Contre le racisme d’en haut comme d’en bas.

Contre l’extrême droite et ceux qui reprennent ses idées.

Contre un système qui exploite, exclut et attise la haine.

Pas de mémoire sans justice. Pas de justice sans rapport de force.

Le 1er mai, faisons front.

Rassemblement le 1er mai, de 9h30 à 11h, Pont du Carrousel à Paris

Signataires :

ATMF ; Mrap ; LDH (Ligue des droits de l’Homme) ; Action Antifasciste Paris –Banlieue ; Action Justice Climat Paris ; ACORT ; Act Up-Paris ; AFAPREDESA ; AMDH-Paris ;  AMF ; APCV ; Asdhom ; ASIAD ; Assemblée des Quartiers ; ATF ; Attac France ; CADTM France ; Cedetim/ Ipam ; Collectif « D’Ailleurs Nous Sommes d’Ici » ; Collectif des Musulmans Anticapitalistes ; Collectif les Mères Déters ; Collectif Vietnam-Dioxine ; Comité Adama ; Coordination Pas sans Nous ; COPAF ; CORENS ; Coudes à coudes ; CRDLHT ; DAL ; Droit devant ; Fasti ; Femmes Egalité ; Femmes Plurielles ; Fondation Frantz Fanon ; Front de mères ; FTCR ; FUIQP ; Gisti ; Jeunesse Populaire ; Ka Ubuntu ; L’Institut Mehdi Ben Barka-Mémoire vivante ; Mémorial 98 ; Raar ; REMCC ; Réseau Féministe « Rupture » ; Résister Aujourd’hui ; Solidarités Asie France ; Tsedek ; UJFP ; Union Générale des Vietnamiens de France ; UTAC ; UTIT ; VISA ; CNT ; UD CGT ; UL CGT Paris 18e ; Union Syndicale Solidaires ; EELV ; La France Insoumise ; l’Après – l’Alliance pour une République écologique et sociale ; Les Verts populaires NPA-A ; PCF ; PCOF ; PEPS-Pour une Ecologie Populaire et Solidaire ; Révolution Permanente ; URCommuniste.

Source: 1er mai : mémoire, vérité, résistance

Traitement médiatique raciste subi par monsieur Bally Bagayoko : la LDH saisit l’Arcom 29 avril, 2026

L’élection de la liste menée par monsieur Bally Bagayoko à Saint-Denis lors du premier tour des élections municipales de 2026 a entraîné un traitement médiatique révélant un racisme ancré et banalisé, par la diffusion de séquences télévisées dans lesquelles peuvent être constatées de graves manquements aux obligations déontologiques qui s’imposent aux services de communication audiovisuelle.

D’une part, fut relayée à plusieurs reprises une fausse information attribuant à monsieur Bagayoko des propos manifestement erronés. Ainsi, le 15 mars 2026, au soir du premier tour des municipales, monsieur Bagayoko était interrogé sur la chaîne d’information LCI. Le nouvel édile y a évoqué Saint-Denis comme « la ville des rois et du peuple vivant », en référence notamment à sa basilique où reposent de nombreux rois de France. Une séquence tronquée de cette émission a immédiatement circulé sur le réseau social X, lui attribuant les propos « ville des noirs ». Cette grossière fausse information a été relayée et amplifiée par plusieurs personnalités politiques d’extrême droite, avant d’être reprise sur les chaînes d’information en continue, notamment sur France 5 et sur BFM TV.

Il résulte de ces séquences un clair manque de rigueur et d’honnêteté dans la présentation de l’information, dans la mesure où une simple écoute de la séquence dans son ensemble permet de comprendre le propos réellement tenu par monsieur Bagayoko. Ces séquences révèlent également un manque de réaction immédiate quant à la diffusion d’une fausse information aussi grossière par des invités en plateau et témoignent un peu plus de la banalisation d’un racisme ordinaire. Ces faits sont enfin symptomatiques de cruelles carences dans la vérification des contenus viraux diffusés sur les réseaux sociaux, qui nécessite une vigilance accrue et une mobilisation active de l’Arcom afin de lutter contre la désinformation.

D’autre part et surtout, le traitement médiatique stigmatisant dont l’élu a fait l’objet, les interrogations qui lui ont été faites, et les débats illégitimement suscités par son élection témoignent d’un sérieux manque d’honnêteté et de rigueur dans la présentation et le traitement de l’information voire d’un racisme banalisé et assumé. Plusieurs séquences irrationnelles, diffusées sur BFM TV et surtout CNews sont particulièrement choquantes et révélatrices de ces manquements. Sur BFM TV, l’édile fut interrogé sur une supposée redevabilité qu’il aurait à l’égard des narcotrafiquants qui auraient voté massivement pour lui. Sur CNews, les chroniqueurs s’interrogent outrageusement sur la possibilité désormais pour les personnes blanches de vivre en France ou encore usent d’un champ lexical animalisant.

Loin de nourrir un débat d’intérêt public basé sur des faits concrets et sur une enquête journalistique sérieuse, ces séquences particulièrement affligeantes de racisme et d’absurdité contreviennent manifestement à l’obligation d’honnêteté et de rigueur de l’éditeur dans la présentation et le traitement de l’information, de même que dans la prohibition des discriminations et de l’incitation à la haine.

A la lumière de ces éléments, la LDH appelle l’Arcom à prendre toutes les mesures nécessaires au respect par les chaînes de télévision susvisées des obligations qui leur incombe en matière de communication audiovisuelle, ceci passant par l’engagement d’une procédure de sanction à leur encontre. Dans un contexte post-électoral mais aussi de tensions exacerbées et d’augmentation de la xénophobie, le rôle de l’Arcom en tant qu’autorité de contrôle est essentiel afin de veiller à la diffusion honnête de l’information et à ce que les discours haineux qui excèdent ce que permet la liberté d’expression ne trouvent pas un écho dans les médias audiovisuels.

Lire le communiqué de la LDH

Source: Traitement médiatique raciste subi par monsieur Bally Bagayoko : la LDH saisit l’Arcom

Propos révisionnistes tenus en marge d’une messe organisée en hommage à Pétain : après Jacques Boncompain, Pierre-Nicolas Nups sera également jugé 29 avril, 2026

Propos révisionnistes tenus en marge d’une messe organisée en hommage à Pétain : après Jacques Boncompain, Pierre-Nicolas Nups sera également jugé
Propos révisionnistes tenus en marge d’une messe organisée en hommage à Pétain : après Jacques Boncompain, Pierre-Nicolas Nups sera également jugé
Propos révisionnistes tenus en marge d’une messe organisée en hommage à Pétain : après Jacques Boncompain, Pierre-Nicolas Nups sera également jugé

Propos révisionnistes tenus en marge d’une messe organisée en hommage à Pétain : après Jacques Boncompain, Pierre-Nicolas Nups sera également jugé

A l’issue d’une très contestée messe privée organisée à Verdun par l’Association pour défendre la mémoire du maréchal Pétain en l’église Saint-Jean-Baptiste de Verdun, plusieurs personnalités, membres de cette association, se sont publiquement exprimés devant les journalistes en glorifiant et révisant l’action de Philippe Pétain lors de la Seconde Guerre mondiale.

Ainsi, le président de ladite association, Jacques Boncompain avait pu soutenir à plusieurs reprises que Philippe Pétain « a sauvé au moins 700 000 juifs » et « que c’est le plus grand serviteur de la France, du XXe siècle », propos constitutifs d’une contestation de crimes contre l’humanité pour lesquels la LDH a porté plainte et s’est par suite constituée partie civile lors du procès qui s’est tenu le 4 mars 2026.

De la même façon, monsieur Pierre-Nicolas Nups, ancien candidat aux législatives de 2024 en Meurthe-et-Moselle sous la bannière du Parti de la France, aurait interprété « Maréchal, nous voilà », le chant à la gloire du chef du régime de Vichy. L’intéressé sera jugé le 1er juillet 2026 devant le tribunal correctionnel de Verdun pour contestation de crimes contre l’humanité pour avoir à cette occasion déclaré publiquement « Le maréchal Pétain (…) héros des deux guerres », considéré à tort « en raison d’une lecture nécessairement partisane de l’histoire, (…) histoire écrite par les vainqueurs ».

La LDH, qui n’aura de cesse de lutter contre la réécriture des actions criminelles de Philippe Pétain accomplies dans le cadre du régime collaborationniste de Vichy, se constitue partie civile dans le cadre de cette audience.

Partager la publication « Propos révisionnistes tenus en marge d’une messe organisée en hommage à Pétain : après Jacques Boncompain, Pierre-Nicolas Nups sera également jugé »

Source: Propos révisionnistes tenus en marge d’une messe organisée en hommage à Pétain : après Jacques Boncompain, Pierre-Nicolas Nups sera également jugé

La France rétablit une nouvelle fois les contrôles à ses frontières intérieures 29 avril, 2026

Communique de l’Anafé dont la LDH est membre

Pour la 24e fois depuis 2015 la France a prolongé le rétablissement des contrôles à ses frontières intérieures pour une durée de 6 mois allant du 1er mai au 31 octobre 2026, faisant ainsi du principe de liberté de circulation au sein de l’espace Schengen un souvenir lointain.

Si cette décision est manifestement contraire au droit de l’Union européenne, qui prévoit que les rétablissements des contrôles aux frontières ne sont permis que pour une durée maximale de 2 ans (3 ans en cas de circonstances exceptionnelles), elle est toutefois rendue possible par la jurisprudence du Conseil d’Etat. Le 7 mars 2025, dans sa dernière décision rendue sur le sujet, la juridiction supérieure de l’ordre administratif a considéré, sans consulter les instances européennes, que l’adoption du nouveau code frontières Schengen le 13 juin 2024 faisait repartir les délais à zéro, ignorant ainsi les 10 années de contrôles antérieures.

En prenant une telle décision, la France se soustrait à ses obligations en matière de respect des droits fondamentaux des personnes exilées. Cette mesure engendre de nombreuses violations de droits aux frontières intérieures terrestres et aériennes : contrôles aux faciès, enfermement illégal, violation des droits y compris le droit d’asile.

Plus d’informations :

Source: La France rétablit une nouvelle fois les contrôles à ses frontières intérieures

Frontière franco-italienne : pratiques illégales à l’encontre des demandeurs d’asile 29 avril, 2026

Depuis le mois de janvier 2026, plusieurs dizaines d’interdictions de circuler sur le territoire français ont été délivrées à des ressortissants étrangers souhaitant demander l’asile à la frontière franco-italienne et n’ayant pas de titre de séjour dans l’Union européenne.

Si en vertu des accords de Chambéry, la France peut « remettre » à l’Italie les personnes qu’elle refoule, l’article L.622-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (Ceseda) prévoit que « l’autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision de remise prise en application de l’article L. 621-1 à l’encontre d’un étranger titulaire d’un titre de séjour dans l’Etat aux autorités duquel il doit être remis, d’une interdiction de circulation sur le territoire français d’une durée maximale de trois ans ». Or, les personnes qui se les sont vu remettre voulaient demander l’asile en arrivant en France et ne détenaient aucun titre de séjour.

Aussi, au regard d’une part de l’absence de mise en œuvre des garanties prévues par la directive « Retour » concernant la procédure de réadmission et d’autre part, du caractère illégal des interdictions de circulation sur le territoire français délivrées, plusieurs requêtes individuelles ont été déposées auprès du tribunal administratif de Marseille. Le 8 avril 2026, la LDH, l’Anafé, le Gisti et La Cimade ont décidé d’intervenir volontairement au soutien des recours en annulation, assortis de référés-suspension.

Le 16 avril 2026, si le juge des référés a admis notre intervention volontaire, il a en revanche rejeté la requête en se fondant sur le défaut d’urgence.

Un recours au fond demeure pendant.

Source: Frontière franco-italienne : pratiques illégales à l’encontre des demandeurs d’asile

14 avril 2026 – Tribune collective « Loi Yadan : « Ni la lutte nécessaire contre l’antisémitisme, ni la juste condamnation du terrorisme ne doivent servir de prétexte à bâillonner toute réflexion critique » » publiée sur Le Monde 23 avril, 2026

14 avril 2026 – Tribune collective « Loi Yadan : « Ni la lutte nécessaire contre l’antisémitisme, ni la juste condamnation du terrorisme ne doivent servir de prétexte à bâillonner toute réflexion critique » » publiée sur Le Monde
14 avril 2026 – Tribune collective « Loi Yadan : « Ni la lutte nécessaire contre l’antisémitisme, ni la juste condamnation du terrorisme ne doivent servir de prétexte à bâillonner toute réflexion critique » » publiée sur Le Monde
14 avril 2026 – Tribune collective « Loi Yadan : « Ni la lutte nécessaire contre l’antisémitisme, ni la juste condamnation du terrorisme ne doivent servir de prétexte à bâillonner toute réflexion critique » » publiée sur Le Monde

Tribune collective signée par Pierre Tartakowsky, président d’honneur de la LDH

Lire la tribune sur Le Monde

La deuxième proposition de la loi Yadan n’ajoute rien à l’arsenal juridique existant et contient des formulations floues qui ouvrent la voie à l’arbitraire le plus total, dénonce un collectif de personnalités juives engagées pour le respect des droits du peuple palestinien, parmi lesquelles Rony Brauman, Pierre Khalfa et Nicole Lapierre, dans une tribune au « Monde ».

La première proposition de loi Yadan avait soulevé une émotion justifiée. Elle visait à limiter drastiquement les critiques du gouvernement d’Israël et de son armée sous prétexte de lutter contre « les formes renouvelées de l’antisémitisme ». De nombreuses tribunes en avaient démontré le caractère nocif, et les débats à la commission des lois ainsi que les remarques du Conseil d’Etat ont entraîné des modifications importantes de ce texte. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ?

La proposition de loi modifie en premier lieu la rédaction de l’article 421-2-5 du Code pénal : « Le fait de provoquer directement, même implicitement, à des actes de terrorisme ou de faire publiquement l’apologie de ces actes ou de leurs auteurs, y compris en cas d’apologie, en minorant ou banalisant les actes de façon outrancière, sera puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende. »

Nombre de poursuites injustifiées

Il s’agit ici d’élargir encore le délit – très contesté et contestable – d’apologie du terrorisme, déjà à l’origine de nombre de poursuites injustifiées, notamment contre des militants affirmant leur solidarité avec le peuple palestinien. L’ajout du qualificatif « implicite » ouvre la voie à l’arbitraire le plus total. Où commence et où s’arrête la minoration ou la banalisation « outrancière » d’un acte ? On voit bien les dérives possibles de ces formulations qui, au surplus, n’ajouteraient rien à l’arsenal existant contre les propos antisémites.

La proposition de loi prévoit aussi d’ajouter un deuxième paragraphe à l’article 24 de la loi de 1881 sur la presse : ceux qui auront « appelé publiquement, en méconnaissance du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et des buts et principes de la Charte des Nations unies, à la destruction d’un Etat reconnu par la République française » encourront cinq ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende.

La formule est pour le moins obscure. Au dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), le 19 février, le Premier ministre a apporté cette précision : « On a pu espérer la chute de l’empire soviétique. On peut vouloir un changement de régime en Iran. Mais souhaiter la disparition d’un Etat – de la Russie, de l’Iran, de la France – ce n’est pas une opinion : c’est un appel à la destruction. C’est un appel au crime », déclare-t-il.

Or l’Union soviétique était un Etat reconnu par la France, Etat qui ne se réduisait pas à la Russie. Souhaiter la disparition de l’Union soviétique, c’était souhaiter la disparition d’un Etat reconnu par la France et membre fondateur de l’ONU. L’exemple même pris par le Premier ministre montre à quel point la formulation contenue dans ce projet a peu de sens.

Un « appel au crime » ?

Appeler à la suppression des discriminations fondées sur des bases ethniques et religieuses, renforcées et officialisées par la loi organique de 2018 sur « l’Etat-nation du peuple juif », sera-t-il considéré comme un « appel au crime » ? Aura-t-on encore le droit de contester l’auto-définition d’Israël comme Etat du peuple juif ? Sera-t-il interdit de débattre de la nature coloniale de l’Etat d’Israël, alors que les pères du sionisme eux-mêmes, à commencer par Theodor Herzl [1860-1904], assumaient la dimension coloniale de leur projet ?

S’agissant du délit de négationnisme prévu à l’article 24 bis de la loi sur la presse, la proposition de loi indique que celui-ci est constitué dès lors qu’il y a « négation, minoration ou banalisation outrancière de l’existence » des crimes contre l’humanité reconnus comme tels par le tribunal de Nuremberg. Alors que l’arsenal juridique actuel permet déjà d’incriminer et de condamner les propos négationnistes, qu’apporte ce nouvel ajout ?

D’après l’exposé des motifs de la proposition de loi, il s’agit de faire tomber sous le coup de cette incrimination tout parallèle entre les atrocités commises par les nazis et celles commises par le gouvernement israélien d’extrême droite. Or nombreux sont les intellectuels et militants israéliens qui eux-mêmes affirment, comme l’historien Omer Bartov, qu’Israël s’est « engagé dans des crimes de guerre systématiques, des crimes contre l’humanité et des actes génocidaires ».

Mme Yadan voulait une loi spécifique pour défendre Israël contre les mises en cause de sa politique. Or, il n’y reste rien maintenant qui évoque explicitement l’antisémitisme ou l’antisionisme, ni Israël dans ce texte, à l’exception de son intitulé. Ce qui reste, en revanche, ce sont ses dispositions floues qui se prêtent à une interprétation subjective, et en cela sont à l’évidence une menace pour la liberté d’expression.

Une judaïté diverse

En fait, cette loi vise un objectif politique qu’éclaire là encore d’une lumière crue le discours de Sébastien Lecornu au dîner du CRIF. Selon lui, une nouvelle forme d’antisémitisme s’exprimerait sous la forme de l’antisionisme : « Car aujourd’hui, se dire antisioniste, ce n’est pas critiquer une politique : c’est contester le droit même d’Israël à exister. »

Nous, Françaises et Français revendiquant une judaïté diverse, n’acceptons pas la prétention de l’Etat d’Israël ni celle de son porte-voix en France, le CRIF, à parler en notre nom. Nous revendiquons le droit de dénoncer les crimes commis par l’armée israélienne et les colons à Gaza et en Cisjordanie. Nous refusons la politique discriminatoire et colonialiste de l’Etat d’Israël en contradiction avec les résolutions de l’ONU auxquelles il est tenu de se conformer.

Contrairement aux dispositions potentielles de la proposition de loi Yadan, le débat historique sur les origines et le développement du conflit du Proche-Orient garde toute sa légitimité et doit pouvoir se développer. Diverses solutions visant au statut de la Palestine mandataire ont vu le jour dans le passé. Rien ne permet de les exclure pour l’avenir – deux Etats, un Etat binational, ou toute autre solution –, il appartiendra aux peuples israélien et palestinien d’en décider, et la liberté d’en débattre doit rester totale.

Ni la lutte nécessaire contre l’antisémitisme, ni la juste condamnation du terrorisme ne doivent servir de prétexte à bâillonner toute réflexion critique. Pour toutes ces raisons, nous appelons les députés à rejeter cette proposition de loi.

Signataires : Rony Brauman, ex-président de Médecins sans frontières ; Sophie Ernst, philosophe ; Nicole Fayman, fille de déportés ; Dominique Glaymann, professeur émérite en sociologie ; Pierre Khalfa, économiste membre de la Fondation Copernic ; Nicole Lapierre, anthropologue et sociologue ; Danièle Lochak, universitaire ; Véronique Nahoum-Grappe, chercheuse en sciences sociales ; Claude Szatan, militant associatif ; Pierre Tartakowsky, président d’honneur de la LDH (Ligue des droits de l’Homme)

Partager la publication « 14 avril 2026 – Tribune collective « Loi Yadan : « Ni la lutte nécessaire contre l’antisémitisme, ni la juste condamnation du terrorisme ne doivent servir de prétexte à bâillonner toute réflexion critique » » publiée sur Le Monde »

Source: 14 avril 2026 – Tribune collective « Loi Yadan : « Ni la lutte nécessaire contre l’antisémitisme, ni la juste condamnation du terrorisme ne doivent servir de prétexte à bâillonner toute réflexion critique » » publiée sur Le Monde