L’élection de la liste menée par monsieur Bally Bagayoko à Saint-Denis lors du premier tour des élections municipales de 2026 a entraîné un traitement médiatique révélant un racisme ancré et banalisé, par la diffusion de séquences télévisées dans lesquelles peuvent être constatées de graves manquements aux obligations déontologiques qui s’imposent aux services de communication audiovisuelle.
D’une part, fut relayée à plusieurs reprises une fausse information attribuant à monsieur Bagayoko des propos manifestement erronés. Ainsi, le 15 mars 2026, au soir du premier tour des municipales, monsieur Bagayoko était interrogé sur la chaîne d’information LCI. Le nouvel édile y a évoqué Saint-Denis comme « la ville des rois et du peuple vivant », en référence notamment à sa basilique où reposent de nombreux rois de France. Une séquence tronquée de cette émission a immédiatement circulé sur le réseau social X, lui attribuant les propos « ville des noirs ». Cette grossière fausse information a été relayée et amplifiée par plusieurs personnalités politiques d’extrême droite, avant d’être reprise sur les chaînes d’information en continue, notamment sur France 5 et sur BFM TV.
Il résulte de ces séquences un clair manque de rigueur et d’honnêteté dans la présentation de l’information, dans la mesure où une simple écoute de la séquence dans son ensemble permet de comprendre le propos réellement tenu par monsieur Bagayoko. Ces séquences révèlent également un manque de réaction immédiate quant à la diffusion d’une fausse information aussi grossière par des invités en plateau et témoignent un peu plus de la banalisation d’un racisme ordinaire. Ces faits sont enfin symptomatiques de cruelles carences dans la vérification des contenus viraux diffusés sur les réseaux sociaux, qui nécessite une vigilance accrue et une mobilisation active de l’Arcom afin de lutter contre la désinformation.
D’autre part et surtout, le traitement médiatique stigmatisant dont l’élu a fait l’objet, les interrogations qui lui ont été faites, et les débats illégitimement suscités par son élection témoignent d’un sérieux manque d’honnêteté et de rigueur dans la présentation et le traitement de l’information voire d’un racisme banalisé et assumé. Plusieurs séquences irrationnelles, diffusées sur BFM TV et surtout CNews sont particulièrement choquantes et révélatrices de ces manquements. Sur BFM TV, l’édile fut interrogé sur une supposée redevabilité qu’il aurait à l’égard des narcotrafiquants qui auraient voté massivement pour lui. Sur CNews, les chroniqueurs s’interrogent outrageusement sur la possibilité désormais pour les personnes blanches de vivre en France ou encore usent d’un champ lexical animalisant.
Loin de nourrir un débat d’intérêt public basé sur des faits concrets et sur une enquête journalistique sérieuse, ces séquences particulièrement affligeantes de racisme et d’absurdité contreviennent manifestement à l’obligation d’honnêteté et de rigueur de l’éditeur dans la présentation et le traitement de l’information, de même que dans la prohibition des discriminations et de l’incitation à la haine.
A la lumière de ces éléments, la LDH appelle l’Arcom à prendre toutes les mesures nécessaires au respect par les chaînes de télévision susvisées des obligations qui leur incombe en matière de communication audiovisuelle, ceci passant par l’engagement d’une procédure de sanction à leur encontre. Dans un contexte post-électoral mais aussi de tensions exacerbées et d’augmentation de la xénophobie, le rôle de l’Arcom en tant qu’autorité de contrôle est essentiel afin de veiller à la diffusion honnête de l’information et à ce que les discours haineux qui excèdent ce que permet la liberté d’expression ne trouvent pas un écho dans les médias audiovisuels.
