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Ligue des droits de l'Homme

Section du Pays d'Aix-en-Provence

Archives du tag : Revue de presse

14 avril 2026 – Tribune collective « Loi Yadan : « Ni la lutte nécessaire contre l’antisémitisme, ni la juste condamnation du terrorisme ne doivent servir de prétexte à bâillonner toute réflexion critique » » publiée sur Le Monde 23 avril, 2026

14 avril 2026 – Tribune collective « Loi Yadan : « Ni la lutte nécessaire contre l’antisémitisme, ni la juste condamnation du terrorisme ne doivent servir de prétexte à bâillonner toute réflexion critique » » publiée sur Le Monde
14 avril 2026 – Tribune collective « Loi Yadan : « Ni la lutte nécessaire contre l’antisémitisme, ni la juste condamnation du terrorisme ne doivent servir de prétexte à bâillonner toute réflexion critique » » publiée sur Le Monde
14 avril 2026 – Tribune collective « Loi Yadan : « Ni la lutte nécessaire contre l’antisémitisme, ni la juste condamnation du terrorisme ne doivent servir de prétexte à bâillonner toute réflexion critique » » publiée sur Le Monde

Tribune collective signée par Pierre Tartakowsky, président d’honneur de la LDH

Lire la tribune sur Le Monde

La deuxième proposition de la loi Yadan n’ajoute rien à l’arsenal juridique existant et contient des formulations floues qui ouvrent la voie à l’arbitraire le plus total, dénonce un collectif de personnalités juives engagées pour le respect des droits du peuple palestinien, parmi lesquelles Rony Brauman, Pierre Khalfa et Nicole Lapierre, dans une tribune au « Monde ».

La première proposition de loi Yadan avait soulevé une émotion justifiée. Elle visait à limiter drastiquement les critiques du gouvernement d’Israël et de son armée sous prétexte de lutter contre « les formes renouvelées de l’antisémitisme ». De nombreuses tribunes en avaient démontré le caractère nocif, et les débats à la commission des lois ainsi que les remarques du Conseil d’Etat ont entraîné des modifications importantes de ce texte. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ?

La proposition de loi modifie en premier lieu la rédaction de l’article 421-2-5 du Code pénal : « Le fait de provoquer directement, même implicitement, à des actes de terrorisme ou de faire publiquement l’apologie de ces actes ou de leurs auteurs, y compris en cas d’apologie, en minorant ou banalisant les actes de façon outrancière, sera puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende. »

Nombre de poursuites injustifiées

Il s’agit ici d’élargir encore le délit – très contesté et contestable – d’apologie du terrorisme, déjà à l’origine de nombre de poursuites injustifiées, notamment contre des militants affirmant leur solidarité avec le peuple palestinien. L’ajout du qualificatif « implicite » ouvre la voie à l’arbitraire le plus total. Où commence et où s’arrête la minoration ou la banalisation « outrancière » d’un acte ? On voit bien les dérives possibles de ces formulations qui, au surplus, n’ajouteraient rien à l’arsenal existant contre les propos antisémites.

La proposition de loi prévoit aussi d’ajouter un deuxième paragraphe à l’article 24 de la loi de 1881 sur la presse : ceux qui auront « appelé publiquement, en méconnaissance du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et des buts et principes de la Charte des Nations unies, à la destruction d’un Etat reconnu par la République française » encourront cinq ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende.

La formule est pour le moins obscure. Au dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), le 19 février, le Premier ministre a apporté cette précision : « On a pu espérer la chute de l’empire soviétique. On peut vouloir un changement de régime en Iran. Mais souhaiter la disparition d’un Etat – de la Russie, de l’Iran, de la France – ce n’est pas une opinion : c’est un appel à la destruction. C’est un appel au crime », déclare-t-il.

Or l’Union soviétique était un Etat reconnu par la France, Etat qui ne se réduisait pas à la Russie. Souhaiter la disparition de l’Union soviétique, c’était souhaiter la disparition d’un Etat reconnu par la France et membre fondateur de l’ONU. L’exemple même pris par le Premier ministre montre à quel point la formulation contenue dans ce projet a peu de sens.

Un « appel au crime » ?

Appeler à la suppression des discriminations fondées sur des bases ethniques et religieuses, renforcées et officialisées par la loi organique de 2018 sur « l’Etat-nation du peuple juif », sera-t-il considéré comme un « appel au crime » ? Aura-t-on encore le droit de contester l’auto-définition d’Israël comme Etat du peuple juif ? Sera-t-il interdit de débattre de la nature coloniale de l’Etat d’Israël, alors que les pères du sionisme eux-mêmes, à commencer par Theodor Herzl [1860-1904], assumaient la dimension coloniale de leur projet ?

S’agissant du délit de négationnisme prévu à l’article 24 bis de la loi sur la presse, la proposition de loi indique que celui-ci est constitué dès lors qu’il y a « négation, minoration ou banalisation outrancière de l’existence » des crimes contre l’humanité reconnus comme tels par le tribunal de Nuremberg. Alors que l’arsenal juridique actuel permet déjà d’incriminer et de condamner les propos négationnistes, qu’apporte ce nouvel ajout ?

D’après l’exposé des motifs de la proposition de loi, il s’agit de faire tomber sous le coup de cette incrimination tout parallèle entre les atrocités commises par les nazis et celles commises par le gouvernement israélien d’extrême droite. Or nombreux sont les intellectuels et militants israéliens qui eux-mêmes affirment, comme l’historien Omer Bartov, qu’Israël s’est « engagé dans des crimes de guerre systématiques, des crimes contre l’humanité et des actes génocidaires ».

Mme Yadan voulait une loi spécifique pour défendre Israël contre les mises en cause de sa politique. Or, il n’y reste rien maintenant qui évoque explicitement l’antisémitisme ou l’antisionisme, ni Israël dans ce texte, à l’exception de son intitulé. Ce qui reste, en revanche, ce sont ses dispositions floues qui se prêtent à une interprétation subjective, et en cela sont à l’évidence une menace pour la liberté d’expression.

Une judaïté diverse

En fait, cette loi vise un objectif politique qu’éclaire là encore d’une lumière crue le discours de Sébastien Lecornu au dîner du CRIF. Selon lui, une nouvelle forme d’antisémitisme s’exprimerait sous la forme de l’antisionisme : « Car aujourd’hui, se dire antisioniste, ce n’est pas critiquer une politique : c’est contester le droit même d’Israël à exister. »

Nous, Françaises et Français revendiquant une judaïté diverse, n’acceptons pas la prétention de l’Etat d’Israël ni celle de son porte-voix en France, le CRIF, à parler en notre nom. Nous revendiquons le droit de dénoncer les crimes commis par l’armée israélienne et les colons à Gaza et en Cisjordanie. Nous refusons la politique discriminatoire et colonialiste de l’Etat d’Israël en contradiction avec les résolutions de l’ONU auxquelles il est tenu de se conformer.

Contrairement aux dispositions potentielles de la proposition de loi Yadan, le débat historique sur les origines et le développement du conflit du Proche-Orient garde toute sa légitimité et doit pouvoir se développer. Diverses solutions visant au statut de la Palestine mandataire ont vu le jour dans le passé. Rien ne permet de les exclure pour l’avenir – deux Etats, un Etat binational, ou toute autre solution –, il appartiendra aux peuples israélien et palestinien d’en décider, et la liberté d’en débattre doit rester totale.

Ni la lutte nécessaire contre l’antisémitisme, ni la juste condamnation du terrorisme ne doivent servir de prétexte à bâillonner toute réflexion critique. Pour toutes ces raisons, nous appelons les députés à rejeter cette proposition de loi.

Signataires : Rony Brauman, ex-président de Médecins sans frontières ; Sophie Ernst, philosophe ; Nicole Fayman, fille de déportés ; Dominique Glaymann, professeur émérite en sociologie ; Pierre Khalfa, économiste membre de la Fondation Copernic ; Nicole Lapierre, anthropologue et sociologue ; Danièle Lochak, universitaire ; Véronique Nahoum-Grappe, chercheuse en sciences sociales ; Claude Szatan, militant associatif ; Pierre Tartakowsky, président d’honneur de la LDH (Ligue des droits de l’Homme)

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22 avril 2026 – Tribune collective : « Les jeunes issus de familles pauvres doivent soutenir leurs parents, mais cela se fait au prix de leur propre émancipation » publié dans Le Monde 23 avril, 2026

22 avril 2026 – Tribune collective : « Les jeunes issus de familles pauvres doivent soutenir leurs parents, mais cela se fait au prix de leur propre émancipation » publiée dans Le Monde
22 avril 2026 – Tribune collective : « Les jeunes issus de familles pauvres doivent soutenir leurs parents, mais cela se fait au prix de leur propre émancipation » publiée dans Le Monde
22 avril 2026 – Tribune collective : « Les jeunes issus de familles pauvres doivent soutenir leurs parents, mais cela se fait au prix de leur propre émancipation » publiée dans Le Monde

22 avril 2026 – Tribune collective : « Les jeunes issus de familles pauvres doivent soutenir leurs parents, mais cela se fait au prix de leur propre émancipation » publiée dans Le Monde

Tribune collective signée par Nathalie Tehio, présidente de la LDH

Lire dans le Monde 

Le collectif Il faut bien que jeunesse se fâche, soutenu par plus d’une trentaine d’autres organisations, syndicats et associations, demande la modification des règles de calcul des minima sociaux en vue de renforcer l’autonomie des jeunes adultes issus de familles pauvres.

Dans un pays riche comme la France, nous prenons un emploi, parfois dès l’âge de 16 ans, pour tenter de vivre décemment. Et pour les plus pauvres d’entre nous, issus de familles qui vivent aux minima sociaux, c’est la double peine : lorsque nous gagnons de l’argent, dans le cadre de l’apprentissage ou d’emplois occupés tout au long de nos études, c’est le revenu de nos parents qui diminue. Cette injustice doit absolument cesser.

Nous travaillons, en parallèle de nos études, durant les vacances scolaires ou comme apprentis en formation. Ce que nous souhaitons, c’est que nos salaires nous servent à construire notre avenir : nous installer dans un logement, passer le permis de conduire et parfois même pouvoir s’offrir des vacances. Seulement, pour beaucoup d’entre nous, cet argent est vital : pour s’habiller, manger, payer des factures ou nos frais de scolarité. Selon une enquête réalisée par le syndicat étudiant la Fédérations des Associations Générales Etudiantes (FAGE), un quart des étudiants vivent avec moins de 100 euros par mois, une fois le loyer réglé. A ce stade, le loisir n’est plus qu’un mirage…

Quand nos familles sont elles-mêmes en difficulté, nous sommes doublement pénalisés : d’une part par une situation économique fragile, car nous sommes jeunes et en études, et d’autre part par un système de solidarité familiale qui renforce notre dépendance aux parents.

Zohra, membre du collectif Il faut bien que jeunesse se fâche, explique : « Depuis que je bosse, je participe aux frais. Au final, ça a fait baisser les aides sociales que touchaient mes parents car avec mes salaires, on avait un revenu plus important à déclarer. Du coup, mes parents deviennent dépendants de mes revenus et je ne peux pas mettre de côté pour prendre un appartement ou m’acheter une voiture. Je suis bloqué. »

Deux poids, deux mesures

Solange, une mère séparée dont le fils a travaillé un mois comme saisonnier, manifeste son angoisse : « J’ai dû déclarer le salaire de mon fils de 19 ans et sur mes versements de RSA [revenu de solidarité active] qui ont suivi, l’intégralité de ce qu’il a gagné a été déduite de mon RSA. Je ne veux pas lui demander de m’aider, c’est son argent, mais ma situation financière déjà compliquée s’est aggravée. Je ne sais pas comment faire à l’avenir tant qu’il n’a pas de revenus réguliers. Quand il démarrera son apprentissage, je vais perdre 200 euros sur mon RSA, et je ne peux pas me permettre. »

A l’origine du problème, l’obligation de déclarer l’ensemble des ressources du foyer pour calculer le droit au RSA. Cette règle est justifiée par le fait que, dans un système familialiste, les prestations sociales sont partagées par toutes les personnes du foyer. Résultat : notre devoir de solidarité envers nos parents s’impose, alors même que, vu les montants du RSA, nous sommes déjà très en dessous du seuil de pauvreté. Nous n’avons pas vraiment d’autre choix que de soutenir nos parents, nos frères et sœurs et de renoncer aux étapes nécessaires à notre émancipation.

A cela s’ajoute une injustice fiscale. Lorsque des parents paient l’impôt sur le revenu, les revenus d’apprentissage de leurs enfants sont exonérés jusqu’à un certain plafond [21 622 euros]. Pour les familles plus riches, c’est la logique d’incitation à l’emploi des jeunes qui prime, et non celle de solidarité familiale. Les parents ne subissent aucune perte de ressources liée aux salaires de leurs enfants, contrairement aux parents qui ont déjà de très faibles ressources. Il y a donc un deux poids, deux mesures qui pénalise nos parents, alors même que nous avons à tout prix besoin de travailler.

L’ouverture du RSA dès 18 ans

Au sein de notre collectif, plusieurs d’entre nous disent qu’ils ne sont pas libres d’utiliser leur argent, alors même qu’ils ont des besoins à assurer : « Quand il y a un problème avec la voiture de mon père, c’est moi qui mets un billet. Je ne peux jamais mettre de l’argent de côté. J’utilise mon argent pour payer les dépenses de la maison, il y a toujours un truc à payer. » « La famille impacte, même si elle ne demande pas. On ne nous demande pas, mais on se sent obligé de soutenir. » « Je gère l’appli bancaire de ma mère pour ses comptes, et quand je vois qu’elle est à découvert, je renfloue en prenant sur mes économies. »

Un député [Vincent Rolland, droite républicaine] s’est inquiété en mars 2025 de cette différence de traitement par une question écrite au gouvernement sur le sujet de l’apprentissage, où il décrit comme « paradoxal d’encourager les jeunes à travailler pour financer leurs projets personnels (…) tout en maintenant un dispositif qui, in fine, pénalise leur foyer ».

D’autres parlementaires réclament l’ouverture du RSA dès 18 ans, afin d’aligner majorité civile et majorité sociale et de prendre enfin en compte les réalités des jeunes adultes n’ayant aucun soutien familial. Mais, à ce jour, trop peu de voix s’élèvent pour faire entendre le besoin que nous avons de réussir à nous bâtir un avenir dignement.

Pourtant, le problème pourrait être résolu simplement, en supprimant les ressources des enfants dans les déclarations de ressources des minima sociaux. Cela permettrait à nos parents de conserver leurs aides sociales intégralement et à nous de subvenir à nos besoins et d’investir pour notre avenir de manière plus autonome. Nous appelons le ministre du travail et les parlementaires à desserrer l’étau de pauvreté qui enserre une partie de la jeunesse française. C’est une nécessité absolue.

Le collectif Il faut bien que jeunesse se fâche : Abdelhakim Sabili, responsable jeunesse (Lyon) ; Dounia Zannouti, éducatrice de rue (Belfort) ; Eugénie Abou-Mehaya, étudiante (Bordeaux) ; Lou-Anne Dermenjian, apprentie-coordinatrice (Paris) ; May, étudiante et employée de restauration rapide (Marseille) ; Memouna Cisse, étudiante ingénieure et agente d’entrepôt (Poitiers) ; Noémi Grette, étudiante (Bordeaux) ; Mouna, chargée de relation clientèle (Lyon) ; Rim Nounou, éducatrice spécialisée (Bordeaux)

Signataires :  Aequitaz, Lucile Galtié, Marion Ducasse, Fabrice Dumas, artisan-es de Justice sociale ; ATD Quart Monde, Olivier Morzelle, président ; Banlieue Climat, Féris Barkat, activiste ; Cap Berriat, Julia Bourgon, chargée d’accompagnement (Grenoble) ; Changer de Cap, Didier Minot, co-président ; Collectif La Débrouille (Chambéry) ; Confédération française démocratique du travail, Marylise Léon, secrétaire générale ; Confédération Générale du Travail, Sophie Binet, secrétaire générale ; Fédération des acteurs de la Solidarité, Nathalie Latour, directrice générale ; Fédération des Centres Sociaux et Socio-Culturels de France, Tarik Touahria, président ; Fédération Syndicale Unitaire, Caroline Chevé ; Florence Ihaddadene, Maîtresse de conférences à l’Université de Picardie Jules Verne ; Fondation pour le logement des défavorisés, Christophe Robert, délégué général ; Coop Eskemm, Yoann Boishardy et associés (Rennes) ; Keur Eskemm, Luana Corbé et Victor Chasseriaud, (Rennes); Labo de Recherche et d’Expérimentation de la SEAS, Rémy Cavalin et Imane Imane Benaïssa, (Chambéry) ; Le Lieu, Houaybe Bouafia, chef de service, (Belfort) ; Maison de l’Europe des Landes, Séverine Gallais, Directrice et Mickaël Coudray, président (Pontonx-Les-Dax) ; Mouvement français pour le revenu de base, Guy Valette, membre fondateur ; Mouvement national des chômeurs et précaires, Pierre-Edouard Magnan, président ; Muriel Pucci Porte, économiste au Centre d’économie de la Sorbonne et à l’OFCE ; Patricia Loncle-Moriceau, professeure des universités en sociologie (Rennes) ; Secours Catholique, Didier Duriez, président national ; Timothée Duverger, ingénieur de recherche, Sciences Po Bordeaux ; Tom Chevalier, chargé de recherche au CNRS, Science Po Paris ; Union Nationale pour l’Habitat des Jeunes, Evanne Jeanne-Rose, président ; Union Syndicale ; Solidaires, Elie Lambert, secrétaire national ; Union nationale des syndicats autonomes, Laurent Escure, secrétaire général ; Union nationale des étudiants de France, Manon Moret, secrétaire générale ; LDH (Ligue des droits de l’Homme), Nathalie Tehio, présidente.

En savoir plus sur le collectif

Appel à témoignage 

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28 février 2026 -Tribune collective « Ne laissons pas l’extrême droite décider de l’avenir de nos territoires », publiée sur Tribune Dimanche 3 mars, 2026

28 février 2026 -Tribune collective « Ne laissons pas l’extrême droite décider de l’avenir de nos territoires », publiée sur la Tribune dimanche
28 février 2026 -Tribune collective « Ne laissons pas l’extrême droite décider de l’avenir de nos territoires », publiée sur la Tribune dimanche
28 février 2026 -Tribune collective « Ne laissons pas l’extrême droite décider de l’avenir de nos territoires », publiée sur la Tribune dimanche

28 février 2026 -Tribune collective « Ne laissons pas l’extrême droite décider de l’avenir de nos territoires », publiée sur la Tribune dimanche

Tribune collective signée par Nathalie Tehio, présidente de la LDH

Lire la Tribune sur la Tribune Dimanche

À l’aube des élections municipales, les déclarations de principes ne suffiront pas pour pour faire barrage à l’extrême droite : il faut des réponses concrètes face aux urgences qui fracturent le pays, appelle un collectif de personnalités.

Le danger de l’extrême droite n’a jamais été aussi présent. Son projet ne se cache plus : remettre en cause les équilibres démocratiques, fragiliser les droits fondamentaux et imposer une vision autoritaire de la société.

Partout où elle gouverne, le même bilan : justice sous contrôle, presse muselée, syndicats et associations entravés, droits sociaux laminés, droits des femmes attaqués, urgence climatique niée. Ce n’est pas de la politique, c’est un système qui détruit méthodiquement ce que des générations ont construit. Les élections municipales à venir constituent un tournant décisif.La mairie, c’est la première porte de la République. C’est là que se joue concrètement l’égalité : le logement accessible ou hors de prix, les transports qui fonctionnent ou pas, l’école qui reste ouverte, la crèche, les lieux culturels de proximité, le bon fonctionnement de la démocratie locale, le service public qui résiste…

Confier cette première porte à l’extrême droite, c’est laisser entrer ceux qui veulent refermer la République sur elle-même. C’est accepter que l’égalité, la solidarité et le vivre-ensemble reculent dans nos propres rues.

L’extrême droite ne sort pas de nulle part. Elle se nourrit du déclassement, des territoires abandonnés, du travail qui ne paie plus, des services publics qui ferment. Elle grandit aussi lorsque le débat public se laisse enfermer dans ses thèmes, lorsque la stigmatisation, souvent traversée par le racisme, l’emporte sur la recherche de solutions.

Mais rien n’est joué. Les mobilisations de ces derniers mois l’ont démontré : ce pays refuse le pire. Des millions de personnes restent attachées à la démocratie, à la justice sociale, aux libertés. Cette force existe. Elle attend des perspectives concrètes, pas des discours creux.

Faire barrage à l’extrême droite ne peut se limiter à des déclarations de principe. Cela exige des réponses concrètes aux urgences qui fracturent le pays : redonner du sens au travail, agir pour les salaires, les minimas sociaux et le pouvoir d’achat, protéger les plus précaires, investir dans les services publics, lutter contre les inégalités territoriales, accompagner les transitions industrielles et écologiques, renforcer la démocratie locale et sociale.

Les forces républicaines ont la responsabilité de présenter des projets clairs et crédibles, en prise avec les réalités vécues par les habitantes et les habitants. C’est par la cohérence des choix, la lisibilité des positions et la capacité à répondre aux urgences sociales et territoriales que l’extrême droite peut être durablement contenue.

Les élections municipales se jouent aussi dans la clarté des choix, en particulier au second tour. Face à l’extrême droite, l’ambiguïté n’est pas une option. Les électrices et les électeurs ont besoin de repères lisibles, de positions assumées et de refus explicites de toute complaisance avec les partis d’extrême droite. La responsabilité républicaine impose de ne laisser aucun doute sur le fait que l’extrême droite ne peut être un partenaire, ni direct ni indirect, de la gestion de nos communes.

Dans chaque territoire, nous alerterons, mobiliserons et interpellerons les candidates et candidats aux élections municipales. Nous leur demanderons comment ils entendent défendre concrètement la démocratie, la cohésion sociale et l’égalité des droits, et quelle part ils prendront dans la lutte contre l’extrême droite.

L’extrême droite avance là où l’on renonce à la justice sociale, aux services publics et à la démocratie. Lui faire barrage ne se décrète pas. Cela se construit. Maintenant.

Les signataires : Marylise Léon, Secrétaire générale de la CFDT ; Sophie Binet, Secrétaire générale de la CGT ; Najat Vallaud-Belkacem, Présidente de France Terre d’Asile ; Cécile Duflot, Directrice générale d’Oxfam France ; Bruno Morel, Président d’Emmaüs France ; Nathalie Tehio, Présidente de la LDH (Ligue des droits de l’Homme) ; Dominique Sopo, Président de SOS Racisme ; Laurent Escure, Secrétaire général de l’UNSA ; Caroline Chevé, Secrétaire générale de la FSU ; Julie Ferrua et Murielle Guilbert, Co-déléguées générales de l’Union syndicale Solidaires ; Patricia Coler, Déléguée générale de l’UFISC ; Régis Balry, Directeur National du CEMEA ; Joséphine Delpeyrat, Déléguée générale d’Animafac ; Sophie Descarpentries, Coprésidente de FRENE, réseau français d’éducation à la nature et à l’environnement ; Anne Féray, Coprésidente du MRAP, Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples ; Tatiana Formet, Représentante légale du Mouvement national Peuple et Culture ; Enzo Garcia, Président d’Erasmus Student Network France ; Antoine Gatet, Président de France Nature Environnement ; Nicolas Gavrilenko, Président de l’UFAL — Union des Familles Laïques ; Monique Guyot-Bernit, Présidente de la Cimade ; Hania Hamidi, Secrétaire générale de l’UNEF ; Yannick Hervé, Coordinateur national 1001 territoires Pour la fraternité ; Evanne Jeanne-Rose, Président de l’Union Nationale pour l’Habitat Jeunes (UNHAJ) ; Ugo Joly, Président de Concordia ; Hélène Lacassagne, Présidente de La Ligue de l’Enseignement ; Aurore Laloux, Présidente des Jeunes Européens – France ; Armel Le Coz, Co-président de Démocratie ouverte ; Anne Mazé, Présidente de l’Association des Ludothèques Françaises ; Olivier Morzelle, Président d’ATD Quart Monde ; Daniel Mosmant, Administrateur d’URHAJ Île-de-France ; Suzanne Nijdam, Présidente de la FAGE – Fédération des Associations Générales Étudiantes ; Roland Nivet, Secrétaire national et porte-parole national du Mouvement de la paix ; Céline Piques, Porte-parole d’Osez le Féminisme ; Suzy Rojtman, Porte-parole du Collectif national pour les Droits des Femmes ; François Sauterey, Coprésident du MRAP, Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples ; Arnaud Tiercelin, Coprésident du CNAJEP.

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Source: 28 février 2026 -Tribune collective « Ne laissons pas l’extrême droite décider de l’avenir de nos territoires », publiée sur Tribune Dimanche

23 février 2026 – Tribune de Nathalie Tehio « La glorification du régime nazi est toujours présente  » publiée sur l’Humanité 25 février, 2026

22 février 2026 – Tribune de Nathalie Tehio « La glorification du régime nazi est toujours présente  » publiée sur l’Humanité
22 février 2026 – Tribune de Nathalie Tehio « La glorification du régime nazi est toujours présente  » publiée sur l’Humanité
22 février 2026 – Tribune de Nathalie Tehio « La glorification du régime nazi est toujours présente  » publiée sur l’Humanité

Tribune de Nathalie Tehio, présidente de la LDH

Lire la tribune sur l’Humanité

Lutter contre les violences est un impératif démocratique. Aucune idée ne peut justifier, contre quiconque, ni des menaces de mort ni des coups, a fortiori lorsqu’ils deviennent mortels, comme ceux portés à Quentin Deranque le 12 février 2026 à Lyon. Admettre la possibilité d’une mise à mort d’une personne, quels que soient ses discours politiques, revient à nier notre commune humanité. Le cadre démocratique permet justement la confrontation pacifique des idées, dans l’Hémicycle, ou lors de réunions, par médias interposés, ou lors de manifestations. Recourir à la violence pour imposer ses idées revient alors à abîmer la démocratie.

Une partie des jeunes gens à l’extrême gauche, dans une volonté d’autodéfense, s’est laissée aspirer par la violence, au prix de l’affaiblissement réel des combats nécessaires contre la montée des fascismes. Bien que cette violence soit conjoncturelle – à la différence de celle de l’extrême droite qui est structurelle –, elle n’en demeure pas moins condamnable chaque fois qu’elle sort du cadre de la légitime défense.

Car la violence est au cœur du programme de toute une partie des groupes néonazis, violences contre la gauche mais aussi contre « l’Autre » désigné : l’immigré, le musulman, les personnes LGBTQIA +, les femmes… et nombre de leurs militants passent à l’acte jusqu’au meurtre. La glorification du régime nazi est toujours présente : des groupes ont pu chanter des chants nazis à Albi par exemple, des saluts nazis s’affichent de plus en plus souvent en manifestation, y compris à Lyon samedi.

Ce retour en force des mouvances fascistes ne peut que susciter des craintes. De plus, on assiste à une fascisation des idées, même si la France n’en est pas au stade des États-Unis de Trump que certains historiens, comme Robert Paxton, qualifient désormais de fascisme. Il est donc urgent de défendre l’égalité de toutes et tous devant la loi, l’État de droit et les libertés fondamentales. Face à une partie de la droite censément républicaine qui flirte avec l’extrême droite, tous ceux qui ne se résignent pas à son arrivée au pouvoir doivent se rassembler. Plus que jamais, le combat pour la démocratie et l’État de droit est essentiel.

Nathalie Tehio, présidente de la LDH

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15 janvier 2026 – Tribune de Nathalie Tehio « 2026 : faisons reculer l’extrême droite ! » publiée sur Mediapart 15 janvier, 2026

Tribune de Nathalie Tehio, présidente de la LDH

Lire la tribune sur Mediapart

Cette nouvelle année arrive dans un contexte de visées prédatrices par l’internationale de l’extrême droite telles que nous pourrions rester dans la sidération. Bien au contraire, après l’agression de l’Ukraine par Poutine, ou le génocide à Gaza par Netanyahou, les attaques du président des Etats-Unis contre le droit international, contre toute contrainte juridique même, en imposant la toute-puissance de la force, peuvent rendre palpable le risque touchant tout un chacun de perdre nos libertés et même la vie.

Dans un contexte français d’élections municipales, l’enjeu essentiel est de faire reculer l’extrême droite. Celle-ci n’est pas présente au
Sénat pour l’instant. Il importe de ne pas lui offrir ce pouvoir pour ne pas faciliter le vote de son programme de préférence nationale, autrement dit de lois discriminatoires. En septembre prochain, une grande partie des 348 sièges du Sénat sera renouvelée, au suffrage indirect par le biais d’un collège d’élus locaux, essentiellement des conseillers municipaux. Ainsi les prochaines élections municipales auront aussi un effet sur celles du Sénat, pour les renouvellements du Sénat en 2026 et 2029.

A force de voir reculer nos droits et libertés depuis plus de vingt ans maintenant, beaucoup ont l’impression que l’autoritarisme est déjà là, et que l’extrême droite au pouvoir n’y changerait rien. Face à un sentiment de désespoir politique, il est nécessaire de distinguer la montée de l’illibéralisme de l’installation d’un autoritarisme brutal, et donc de ne pas faciliter par passivité une arrivée au pouvoir dans une prophétie autoréalisatrice.

Il est certain que plus les libertés sont atteintes, et plus le risque de mise en place d’un pouvoir dictatorial s’accroît. Les citoyens s’accoutument à la perte de liberté et n’offrent plus la même résistance à la surveillance généralisée ou à l’arbitraire. Les outils de l’Etat sont en place et offrent un champ d’intervention déjà très important aux gouvernants. Mais selon le parti au pouvoir, leur usage sera plus ou moins impactant.

Le régime installé par la Constitution de 1958, et singulièrement sa pratique macronienne d’exploitation de chaque possibilité d’élargir ses prérogatives (y compris sans support textuel), n’en font pas une dictature. Les atteintes, certes de plus en plus graves, aux droits et libertés ne changent pas la nature d’un régime. Pour l’heure, elles restent limitées en nombre, dans le temps et dans l’espace et surtout des juges assez indépendants[1] peuvent se fonder sur des principes supra-légaux pour annuler les textes les plus liberticides. Même les démocraties dépassent les normes du droit et de la raison, et ce n’est pas notre association, créée il y a 128 ans pour faire face à la raison d’État et à la négation des droits de la défense, qui dira le contraire. Mais si nous perdons la capacité à faire appel au juge ou si celui-ci devient complètement instrumentalisé par le pouvoir ou ne peut plus appliquer les textes proclamant les droits de l’Homme, alors les attaques sur les libertés ne rencontreront plus aucun frein et la question de la nature du régime sera posée.

En réalité, si l’on observe la montée des totalitarismes dans les années 1920 et 1930 ou ce qui est en train de se jouer dans certaines parties du monde aujourd’hui, il s’agit d’une question d’intensité dans ces attaques et d’outils pour y répondre. Le pouvoir autoritaire, dont nous craignons la mise en place dans les années qui viennent avec l’extrême droite, use partout des mêmes moyens : attaques contre l’Etat de droit et de la chose jugée, arrestations arbitraires, muselage des médias et des associations, interdiction des manifestations…– mais il le fait de façon massive, quotidienne et surtout sans plus aucun contrôle. C’est cette saturation de l’espace public par un Etat sans limites ni principes qui caractérise le véritable danger mortel pour nos démocraties. Perdre de vue la différence non de nature mais d’intensité, c’est prendre le risque de banaliser l’autoritarisme et de ne plus pouvoir mobiliser contre lui. Le fascisme n’est pas encore là, mais il approche et il faut le faire savoir.

Cela dit, il faut rester mobilisés face aux dérives illibérales d’une partie du personnel politique français, car leur accoutumance à une forme d’autoritarisme les conduit à perdre le sens de la limite et à s’allier avec l’extrême droite. C’est ce qui s’est passé en Allemagne dans les années 1930, où la droite a donné le pouvoir aux nazis, pensant naïvement le partager et les contrôler. Si l’histoire nous apprend une chose, c’est que les partis autoritaires ne partagent jamais le pouvoir longtemps et font toujours payer ceux qui ont tenté de les limiter ou de les contraindre. Il convient de le rappeler à ceux qui font des alliances pour les municipales, ou à ceux qui sont tentés de voter pour certains candidats indépendants, en réalité des faux-nez de l’extrême droite.

Si les atteintes aux droits et libertés nous inquiètent et doivent en 2026, comme en 2025, nous mobiliser, il est certain que notre plus grande inquiétude est qu’une partie de nos responsables politiques, pour sauver un fauteuil de maire ou une carrière, cèdent à la pression médiatique des milliardaires rêvant d’une union des droites qui ne serait que la victoire de l’autoritarisme le plus débridé. S’il y a une frontière entre membres du parti les Républicains prônant une politique sécuritaire à surveiller et extrémistes à combattre, elle se situe évidemment là, dans le maintien d’un cordon sanitaire autour des ennemis de la démocratie et de la République. Les élections municipales qui viennent seront donc un jalon important pour déterminer qui est désormais un ennemi de la République et qui a perdu toute légitimité pour l’incarner.

Aussi devons-nous nous souhaiter une bonne année, car notre combat est plus que jamais nécessaire, et unis, nous pouvons déjouer les pronostics : nous l’avons déjà fait en 2024 !

Nathalie Tehio, présidente de la LDH

[1] Il a déjà été détaillé dans une précédente chronique le manque d’indépendance du parquet dont les pouvoirs n’ont cessé d’être accrus, et l’indépendance relative des juges du siège.

Source: 15 janvier 2026 – Tribune de Nathalie Tehio « 2026 : faisons reculer l’extrême droite ! » publiée sur Mediapart

18 décembre 2025 – Tribune de Nathalie Tehio « L’enjeu démocratique des choix militaires » publiée sur Mediapart 19 décembre, 2025

Tribune de Nathalie Tehio, présidente de la LDH

Lire la tribune sur Mediapart

Depuis des années la guerre est partout et sert à nous mobiliser, nous faire peur ou nous discipliner de force. Guerre contre le terrorisme, bataille de l’emploi, guerre contre le Covid, guerre contre le narcotrafic, rien n’échappe à cette dérive langagière qui inquiète tant elle a déjà été surexploitée par le fascisme d’avant-guerre, de la « bataille du blé » à la « guerre au paludisme ». Cette rhétorique permet également au président de la République de se poser en chef de guerre.

Malgré tout, la guerre est bien redevenue une réalité européenne depuis l’agression de l’Ukraine par la Russie en 2022. Pour la LDH (Ligue des droits de l’Homme), c’est d’abord une question d’effectivité du droit international dans un monde où l’emploi de la force et le déni du droit progressent. Avec la guerre, ressurgissent dans les milieux progressistes les débats ayant secoué l’Europe d’entre-deux-guerres entre pacifisme intégral et promotion d’un droit de se défendre. La LDH renoue alors avec les positions qui furent les siennes au profit des républicains espagnols durant la guerre d’Espagne. Elle promeut le droit du peuple ukrainien à effectivement se défendre et insiste sur la nécessité pour les démocraties de lui donner les moyens de pérenniser sa résistance. Elle revendique un cessez-le-feu mais conjointement avec le retrait inconditionnel des troupes russes du territoire ukrainien, puisque le droit international exige le respect de l’intégrité territoriale d’un Etat.

Parallèlement, il est important que les mandats d’arrêt émis par la Cour pénale internationale (CPI) contre des responsables russes soient mis en œuvre. La question des enfants ukrainiens enlevés par la Russie doit être rapidement traitée : c’est un cas potentiel de génocide qui devra être jugé. De ce fait, il faut aussi soutenir les opposants russes à la guerre en Ukraine afin de les protéger de la violence de la répression par les autorités russes. Celles-ci interdisent non seulement toute dissidence mais aussi toute possibilité de défense des droits de l’Homme : après Amnesty International, elles viennent de déclarer « indésirable en Russie » la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), dont la LDH est membre.

Mais la guerre n’a pas seulement fait son retour sur notre continent, elle a immédiatement fait son apparition dans les discours de politique intérieure d’Emmanuel Macron et de ses gouvernements. Argument massue visant à tuer le débat démocratique, elle sert depuis près de quatre ans maintenant à justifier des dépenses de défense exorbitantes, une course aux armements, les politiques économiques libérales et la militarisation de notre jeunesse.

Dans un contexte de balkanisation du champ politique, et alors qu’Emmanuel Macron ne dispose pas de majorité à l’Assemblée nationale, il est logique qu’il ait fortement investi l’un des seuls terrains où un accord transpartisan majoritaire est possible : la défense. Il s’agit en effet d’un domaine d’accord entre la gauche socialiste, la droite et l’extrême droite. Il est dès lors tentant de vouloir faire converger, autour d’une menace russe, des hausses de dépenses militaires que nul n’ose ou ne veut contester et d’en faire une base apparente de consensus. Les lois de programmation militaire (LPM) et autres débats sur la sécurité donnent lieu à des votes massifs restaurant à moindre coût politique l’apparence de majorité du bloc central.

Depuis le début du conflit sur le sol ukrainien, nos désormais anciens ministres des finances, Bruno Lemaire, et des armées, Sébastien Lecornu, se sont fait les chantres de l’« économie de guerre ». La LPM votée par le Parlement en 2023 permet d’organiser un vaste soutien à l’industrie d’armement pour lui permettre de fournir à l’Ukraine ce que l’industrie française peut produire et pour préparer la France à une guerre de haute intensité. Il fallait de ce fait multiplier les commandes publiques pour que l’industrie privée, issue de la privatisation des arsenaux d’Etat dans les années 80 et 90, recrée des chaînes de production et rattrape un certain retard technologique dans des domaines-clefs des conflits actuels (drones, missiles moyenne et longue portée…). Cette loi montre que pour approvisionner actuellement l’Ukraine, la France est contrainte d’organiser des transferts massifs d’argent public au profit de sociétés privées pour les vingt prochaines années. Cela engage le futur. On peut aussi interroger la pertinence de cette privatisation, étant donné la faiblesse de l’adaptabilité du secteur[1]. L’industrie d’Etat était également planifiée mais était plus flexible et moins coûteuse : cette question devrait également être tranchée par un débat démocratique et transparent.

Cette « guerre » permet ainsi de faire passer une politique néolibérale et d’accélérer les coupes budgétaires pour les services publics et les prestations sociales. Tous les partis d’accord avec la priorité de défense définie dans la LPM sont invités à soutenir la chasse aux « dépenses inutiles » et un appui aux « sacrifices nécessaires » qui permettront dans un contexte contraint d’« assurer la sécurité des Français ». La défense devient alors la caution des coupes dans les budgets d’éducation, sociaux ou culturels pour faire face à ce qui est présenté comme une menace russe existentielle et rapprochée.

Il ne s’agit pas de nier le caractère déstabilisant de la politique extérieure de la Russie, son absence de respect du droit international. Pas plus que l’Ukraine, la République française ne peut se passer d’avoir les moyens de se défendre. Mais il est possible de discuter de l’intensité de la menace russe : comment un pays qui après son entrée en Ukraine en 2022 n’a pas avancé de plus de quelques milliers de kilomètres carrés pourrait dans les toutes prochaines années (2030 étant souvent évoqué) être prêt à envahir l’Europe comme le proclame notre chef d’état-major des armées[2] ?

L’Europe doit certes pouvoir décourager tout velléité d’agression russe et elle doit désormais le faire sans l’allié états-unien. Mais cela ne nécessite pas, au nom du « Rearm Europe », de doubler son budget ou la taille de son armée qui est déjà à parité avec la Russie tout en possédant une supériorité technologique et industrielle certaine. Ne doit-on plutôt bénéficier d’un débat public argumenté sur des décisions de nature politique, comme l’intérêt de mettre en place les commandements communs en Europe que l’Otan ne garantit plus, ou de se répartir les productions et les tâches militaires pour davantage d’efficacité ?

On comprend que le point de vue de la Pologne ou des pays baltes soit différent de celui de l’Italie ou de l’Espagne. C’est aussi pourquoi il y a urgence à entendre ces différentes voix, à avoir accès à des expertises diverses pour construire les conditions d’un débat démocratique.

En annonçant la préparation au conflit direct avec la Russie comme l’alpha et l’oméga d’une vision européenne du temps qui vient, celle-ci n’a d’autre choix que de s’y préparer également, alors que son état après le conflit en Ukraine pourrait ouvrir le chemin à d’autres futurs. Dans une telle spirale, tout incident risque de déclencher inexorablement le conflit. Il est pourtant nécessaire de construire les conditions du non-affrontement avec l’énergie et la volonté que la raison impose.

Et qu’en est-il d’un contrôle démocratique sur l’institution militaire européenne qui émergerait de ce programme ? Sur l’armement ? La question est légitime puisque la loi (LPM) de 2023 a créé une commission parlementaire d’évaluation de la politique du gouvernement d’exportation de matériels de guerre[3], qui s’est constituée en janvier 2025 et ne s’est réunie qu’une fois sans publier aucune information[4]. Et ce, en dépit d’accusations d’exportations d’armes par des sociétés françaises, ou au moins de composants employés à Gaza, avec constitution de partie civile de la LDH pour complicité de crime de guerre et génocide[5].

Sur le plan économique, il faut bien constater que les seules actions attribuées à la Russie visent à fragiliser notre société en insistant sur ses lignes de fracture interne. Nous avons donc davantage besoin de développer l’éducation pour éviter la propagande et du social pour assurer la cohésion et donc la résilience de notre société, que de faire des coupes budgétaires pour avoir plus de chars. Si on veut lutter contre la désinformation, il faut surtout développer enfin des médias libres, indépendants tant de l’Etat que des grandes fortunes, dont certaines sont fondamentalement liées à la nouvelle économie de guerre. Enfin, il s’agit d’apaiser les tensions, en œuvrant à un développement économique profitant à tous. L’effet multiplicateur de la dépense militaire vendue par le chef d’état-major des armées existe, mais n’est pas relié spécialement à la défense, puisque Keynes expliquait au siècle dernier que cet effet découlait du principe même de la dépense publique, que ce soit pour des infrastructures d’éducation ou de transport… bref en faveur d’une économie au service de tous.

De surcroît, cette guerre qu’on nous annonce prochaine permet de mettre sur les rails un service militaire, et de « discipliner », « mettre au pas » une part de la jeunesse considérée rebelle. Il existait déjà les classes de défense, mais le ministère de l’Education nationale vient de publier un guide « Acculturer les jeunes à la défense », demandant aux enseignants d’inculquer aux élèves la culture militaire !

Et du feu service national universel (SNU) au service militaire « volontaire », ce climat prépare quasi inexorablement à un service militaire obligatoire dont la mise en place serait soutenue par ceux de la population qui, compte tenu de leur âge, sont sûrs de ne pas le faire.

La question de la conscription mérite d’être posée mais calmement, dans le cadre d’un débat démocratique transparent et non pas dans une peur suscitée et une urgence proclamée. Une partie de la gauche, depuis Jaurès, soutient la conscription pour mettre en place une armée démocratique, héritière de celle de l’an II, et pour briser la caste des soldats professionnels bellicistes. Mais ce ne peut pas être un projet d’imposition de l’ordre et de la discipline à une jeunesse qui mérite mieux que d’être « formatée » par des cadres militaires. On ne forme pas des citoyens en leur apprenant à se taire et à ne pas réfléchir.

Il s’agit alors également de s’interroger sur la pertinence de la professionnalisation de nos armées, qui a produit une armée expéditionnaire, sans conscience politique ni recul sur les opérations extérieures menées, extrêmement liée à la fonction présidentielle via notamment l’état-major particulier de celui-ci[6]. Est-il sain finalement de couper de la société 300 000 hommes et femmes et de les former au maniement des armes sans liberté associative, syndicale, d’expression, sans lien courant avec notre société du fait de leur encasernement dans la France périphérique et d’un rythme d’opération qui les maintiennent en vase clos ?

Enfin si cela a lieu, il faut se souvenir de ce qu’était le service national en termes de libertés : restriction de l’accès à certains médias, mauvais traitements, rémunération très faible, absence de droits associatifs et syndicaux, absence de cadre de dialogue et de concertation. La LDH avait d’ailleurs créé un « comité droits et libertés dans l’institution militaire » travaillant notamment sur ces sujets. Là encore peut-on souhaiter une telle expérience, magnifiée par l’Etat, pour commencer sa vie professionnelle ?

La guerre est bien de retour en Europe avec l’invasion de l’Ukraine, et nous souhaitons apporter tout notre soutien au peuple ukrainien qui lutte pour sa liberté. Mais cette triste guerre ne doit pas servir de prétexte pour enrichir les marchands de canon, accélérer la destruction de nos services publics ou discipliner et dépolitiser notre jeunesse.

Enfin, il faut absolument que la situation actuelle permette de prendre conscience que la « loi du plus fort » promue par l’extrême droite, de Poutine à Trump et à Netanyahou, déstabilise le monde, favorise les conflits armés, et détruit l’Etat de droit.

Nathalie Tehio, présidente de la LDH

[1] Et par ailleurs la transformation du ministre des Affaires étrangères en représentant de commerce…
[2] Par ailleurs, ancien chef d’état-major particulier de l’Elysée, c’est-à-dire principal conseiller militaire de la présidence.
[3] Voir la lettre ouverte envoyée par la LDH, la FIDH et l’observatoire de l’armement aux parlementaires à propos de cette commission.
[4] « Pour une meilleure responsabilisation en matière de transferts d’armes : les recommandations de la CNCDH », novembre 2025, p.48.
[5] La LDH agit contre deux industriels d’armement pour complicité de crimes de guerre, complicité de crimes contre l’humanité et complicité de génocide.
[6] La question de la responsabilité de la France dans le génocide rwandais est toujours non résolue. Voir le communiqué LDH et FIDH « Génocide des Tutsi au Rwanda, 30 ans après, où en est la justice ? La faillite des autorités françaises« , avril 2024.

Source: 18 décembre 2025 – Tribune de Nathalie Tehio « L’enjeu démocratique des choix militaires » publiée sur Mediapart

10 décembre 2025 – Tribunecollective « Mesdames et messieurs les député·es, faites le choix d’une France qui protège les enfants ! » publiée dans Libération 11 décembre, 2025

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Source: 10 décembre 2025 – Tribunecollective « Mesdames et messieurs les député·es, faites le choix d’une France qui protège les enfants ! » publiée dans Libération

7 décembre 2025 – Tribune collective « Le régime de laïcité protégeait hier la liberté individuelle, il défend aujourd’hui une prétendue “identité nationale” » publiée dans le Monde 11 décembre, 2025

7 décembre 2025 – Tribune collective « Le régime de laïcité protégeait hier la liberté individuelle, il défend aujourd’hui une prétendue “identité nationale” » publiée dans le Monde
7 décembre 2025 – Tribune collective « Le régime de laïcité protégeait hier la liberté individuelle, il défend aujourd’hui une prétendue “identité nationale” » publiée dans le Monde
7 décembre 2025 – Tribune collective « Le régime de laïcité protégeait hier la liberté individuelle, il défend aujourd’hui une prétendue “identité nationale” » publiée dans le Monde

Tribune collective dont Nathalie Tehio, présidente de la LDH, est signataire 

Lire la tribune dans le Monde

Alors que la France commémore, le 9 décembre, les 120 ans de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, un collectif d’associations s’alarme, dans une tribune au « Monde », de la transformation du régime de laïcité en un régime de surveillance des citoyens.

La célébration du 120e anniversaire de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat du 9 décembre 1905 est l’occasion de rappeler combien la laïcité est essentielle à l’agencement de la vie démocratique. C’est l’intention de la Constitution qui en a fait, en la plaçant au service de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, l’un des principes fondateurs de la République.

Reliant la France à la communauté des nations démocratiques, la laïcité trouve son origine dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. En fixant « le principe de toute souveraineté dans la nation » (article 3), la déclaration affirme l’autonomie du pouvoir politique à l’égard des lois divines ; en affirmant que « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi » (article 10), elle permet à chacun de pouvoir choisir en toute indépendance ses propres croyances ou convictions. Se manifeste là une rupture décisive avec l’ordre d’Ancien Régime, fondé sur la primauté et l’unité de foi. Il est revenu à la législation de la IIIe République de confirmer le dispositif établi en 1789. La loi du 9 décembre 1905, dont le Conseil d’Etat a rappelé [dans son étude annuelle 2004] qu’elle était la « clé de voûte » de la laïcité française, couronne la construction laïque en instituant la séparation des Eglises et de l’Etat.

Le texte, s’il contient des dispositions techniques concernant l’organisation interne des cultes, comporte surtout deux éléments fondamentaux. Il consacre d’abord la liberté de conscience, considérée dans sa double dimension individuelle et collective. Celle-ci apparaît dès l’article premier. La liberté appelle ainsi l’égalité : la loi protège identiquement les croyants et les non-croyants, sans qu’on puisse discriminer quiconque en raison de ses opinions religieuses ou convictionnelles. Ensuite, en affirmant, dans son article 2, que « la République ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte », la loi affirme la neutralité de l’Etat. Ce dernier doit se tenir à égale distance de toutes les conceptions englobantes du bien, afin de préserver le droit à l’égale liberté de conscience des citoyens.

Or, au cours des trois dernières décennies, le régime de laïcité a subi un dévoiement de ses principes originels : il était hier un dispositif de protection de la liberté individuelle ; il est devenu un appareil de défense de la prétendue « identité nationale ». A la laïcité de l’autonomie s’est substituée celle de la surveillance. Le refus d’accepter l’ouverture de la société actuelle à la pluralité de ses composantes culturelles a conduit à une instrumentalisation de la laïcité – contrant ainsi l’éthique universaliste de la République, et révélant une conception identitaire, et parfois ethnique, de la nation. Ce nouveau modèle a pris une nouvelle forme juridique, à travers une succession de lois et de règlements qui ont trouvé leur consécration limitative dans la loi du 24 août 2021 visant à « conforter le respect des principes de la République ».

Cette législation inédite a introduit, en rupture avec les principes de 1905, une double mutation. Jusque-là, l’impératif de neutralité ne valait que pour les espaces et les agents de l’Etat ; l’espace social étant, en revanche et sous réserve des exigences de l’ordre public, une zone d’expression ouverte à l’expression de la pluralité des convictions. Or, en témoignent certaines propositions de loi récentes, on réclame désormais l’extension de la règle de la discrétion en matière religieuse aux citoyens ordinaires.

Chiffon rouge du « séparatisme »

Ensuite, la « nouvelle laïcité » a réduit la sphère de la liberté. En agitant le chiffon rouge du « séparatisme », en faisant valoir auprès de certains de nos compatriotes leur « devoir d’émancipation », en se faisant en cela le gardien des bons comportements, l’Etat est entré dans des domaines qu’il laissait jusque-là entièrement libres. Il intervient ainsi en réglementant le port du vêtement. Il soumet les collectivités locales à des contrôles inédits sur les questions religieuses et convictionnelles. Il réduit le champ d’autonomie à la fois des associations culturelles et des associations ordinaires. Malgré le principe de séparation, la loi du 24 août 2021 va ainsi jusqu’à offrir la possibilité aux préfets de refuser à certaines la qualité d’associations cultuelles, les obligeant par ailleurs à de lourdes démarches administratives, renouvelables tous les cinq ans, qui menacent leur pérennité.

Faut-il se résigner à cette dérive autoritaire ? Nous appelons, au contraire, à la résistance. Cette nouvelle interprétation accentue la défiance au sein de la société et empêche un vivre-ensemble harmonieux. Sans nier l’importance d’intégrer les citoyens dans un espace public organisé autour du respect de la liberté d’autrui et de la recherche de l’intérêt commun, il nous faut rétablir la laïcité sur ses bases historiques, en retrouvant la vision originelle qui en faisait un système de promotion de la liberté et non de surveillance de l’opinion.

Dans cette perspective, il s’agit de répondre à trois objectifs. D’abord, refaire droit à la liberté de conscience. Chacun doit pouvoir exprimer jusque dans l’espace social ses propres convictions et croyances sans qu’on lui impose, au nom d’un ordre moral que l’Etat se chargerait de définir, une quelconque invisibilité sociale, ni une artificielle homogénéité idéologique.

Mais il nous faut aussi reconstruire l’indépendance de la sphère politique. La loi de 1905 a placé l’Etat en dehors de tout contrôle des Eglises. Nous souhaitons renouer avec cette visée, qui est la condition d’une action publique autonome laissée, loin de toute soumission aux diverses cléricatures, aux seules déterminations de la délibération civique.

Il est nécessaire, enfin, de renouer avec l’idée de droit social. Au moment de la délibération de 1905, plusieurs défenseurs de la loi n’avaient-ils pas affirmé, tel Jean Jaurès, que « la République ne resterait laïque qu’à la condition d’être sociale » ? Nous l’affirmons à leur suite : il ne peut y avoir de réelle liberté indépendamment de l’amélioration des conditions matérielles dans lesquelles se déploient les existences individuelles.

Retrouvons le sens de la laïcité, battons-nous pour une laïcité de liberté qui se nourrit de fraternité et de bien commun, assurons-lui un avenir.

Signataires : Jean-Louis Bianco, président honoraire de la Vigie de la laïcité ; Christian Eyschen, secrétaire général de la Fédération nationale de la libre pensée ; Anne-Marie Harster, présidente de Solidarité laïque ; Emmanuelle Huisman-Perrin, responsable du groupe laïcité à l’Union rationaliste ; Hélène Lacassagne, présidente de la Ligue de l’enseignement ; Nathalie Tehio, présidente de la LDH (Ligue des droits de l’Homme).

Paris, le 7 décembre 2025

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5 décembre 2025 – Tribune collective « Pour défendre la démocratie, soutenons le pluralisme et l’indépendance des médias » publiée dans L’Humanité 11 décembre, 2025

5 décembre 2025 – Tribune collective « Pour défendre la démocratie, soutenons le pluralisme et l’indépendance des médias » publiée dans L’Humanité
5 décembre 2025 – Tribune collective « Pour défendre la démocratie, soutenons le pluralisme et l’indépendance des médias » publiée dans L’Humanité
5 décembre 2025 – Tribune collective « Pour défendre la démocratie, soutenons le pluralisme et l’indépendance des médias » publiée dans L’Humanité

Tribune collective signée par Nathalie Tehio, présidente de la LDH

Litre la tribune sur l’Humanité

L’information n’a jamais été aussi essentielle et pourtant aussi vulnérable. Coop-médias, une centaine d’organisations et de médias partenaires et des milliers de citoyens.nes appellent à une mobilisation collective pour faire de l’information un bien commun dans une tribune publiée dans l’Humanité.

Jamais depuis des décennies l’information n’a été à la fois si précieuse et si fragile. Les mutations profondes du paysage médiatique — concentration économique, transformations numériques, précarisation des métiers… — fragilisent le pluralisme et appauvrissent le débat public. Face à cet enjeu démocratique majeur, une mobilisation collective est indispensable pour refaire de l’information un bien commun.

Selon les dernières études disponibles, onze milliardaires, pour la plupart à la tête de groupes industriels extérieurs au secteur des médias, contrôlent 81 % des ventes de presse quotidienne nationale, 95 % des hebdomadaires généralistes et près de la moitié des audiences radio et télé (1). Cette concentration, conjuguée à la montée en puissance des grandes plateformes numériques — elles-mêmes propriétés d’une poignée d’hommes d’affaires — dont les logiques algorithmiques invisibilisent de nombreux médias, captent les revenus publicitaires et favorisent l’émotion plutôt que l’information, accroît le risque d’influences économiques ou politiques, réduit la diversité éditoriale et pèse sur la qualité du débat démocratique.

Les effets sont déjà visibles : appauvrissement de la qualité éditoriale, traitement partiel voire insuffisant de sujets d’intérêt général pourtant centraux pour notre société : questions sociales, écologiques, sanitaires, situation des minorités, initiatives citoyennes…

À titre d’exemple, les ONG QuotaClimat, Science Feedback et Data for Good ont démontré que la désinformation climatique a triplé entre janvier et août 2025, avec 529 narratifs de mésinformation et 19 cas de désinformation (2). S’agissant de la représentation sociale, l’Arcom souligne que les catégories socio-professionnelles modestes sont nettement sous-représentées dans les médias, principalement à la télévision : elles apparaissent deux fois moins souvent à l’écran que leur poids réel dans la société, et leur présence a été divisée par deux en moins de dix ans (3).

Sans surprise, cette crise du paysage médiatique nourrit la défiance des citoyennes et citoyens : près des deux tiers des Françaises et des Français déclarent ne pas faire confiance aux médias pour traiter les grands sujets d’actualité (4).

Pourtant, cette situation n’est pas une fatalité. Un écosystème médiatique dynamique et pluraliste existe déjà, porté par des acteurs variés : des médias historiques engagés dans des démarches ambitieuses pour garantir leur indépendance (sanctuarisation du capital, chartes, partenariats…), des structures indépendantes qui explorent angles et récits innovants, des initiatives citoyennes qui réinventent les modèles de gouvernance,  d’organisation et de financement.

Parmi ces acteurs, les médias indépendants jouent un rôle clé dans l’ambition d’un journalisme d’intérêt général : enquêtes approfondies, analyses sociales et économiques pointues, attention particulière portée aux initiatives locales, exploration des solutions, mise en lumière de celles et ceux qu’on entend moins, voire pas du tout. Ils enrichissent le débat démocratique et offrent des perspectives souvent absentes des grands flux d’information. Pourtant, ils peinent à se développer à la hauteur de leur utilité sociale et se heurtent à des obstacles structurels : taille modeste, insuffisance des soutiens publics et privés, domination économique des grands groupes.

Comme dans l’énergie, le logement ou l’agriculture, des initiatives — souvent portées par la société civile et l’économie sociale et solidaire — émergent pour offrir des réponses concrètes aux difficultés rencontrées par ces projets d’utilité publique : le Fonds Presse Libre, la Maison des médias libres, ou encore Coop-médias, coopérative permettant aux citoyennes et citoyens de se réapproprier l’information en investissant leur épargne pour financer une presse libre et indépendante.

Nous lançons donc cet appel : soutenons un écosystème médiatique réellement diversifié. Lisons les médias indépendants, finançons-les, défendons-les, et demandons aux pouvoirs publics qu’ils protègent réellement le pluralisme.

Car l’information n’est pas une marchandise : c’est un bien commun !

Liste des premiers signataires :

NOE Julien – Président de Coop-médias / SADDIER Jérôme – Président du Crédit Coopératif  / BATTY Marc- Président de FEVE / SIBILLE Bastien – Président de l’opération Milliard / DE ROSTOLAN Maxime- Entrepreneur dans l’écologie / BRUNET Matthieu – Président de Windcoop / SIFAOUI Mohamed Rochdi- Directeur général de Tënk / PRATS Séverin- Président éthi’Kdo, Kadoresto et Ethik Pay / DE COINTET Alice- Directrice de Windcoop / ACHOUR Youssef – Président-Directeur Général Upcoop / BATIOT Bérengère – Co-fondatrice CoopCircuits / MEURICE Guillaume – La Dernière / MONTAGUT Adrien – Codirigeant de Commown / CHALEIL Ivan – Président du Directoire de la Nef / RIEUSSEC-FOURNIER Martin – Co-Président Les Cahiers pour décider et agir  / DELPECH Béatrice – Directrice générale adjointe d’ENERCOOP / DUVAL Guillaume – Ancien rédacteur en chef du mensuel Alternatives Economiques  / FAURE Olivier – Premier secrétaire du Parti Socialiste / AUTAIN  Clémentine – Députée de Seine-Saint-Denis  / VALLAUD Boris – Président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale / BELLAREDJ Fatima – Déléguée Générale Confédération générale des Scop et des Scic / ESTEBAN Ricardo – Directeur général PETIT BAIN SCIC  / AGNOUX Emilie – Le Sens du Service Public / MOLARD Mathieu – Co-rédacteur en chef de StreetPress / VIGOT Coline – Membre du conseil d’administration de Coop-médias / QUEF Juliette – Présidente de Vert le média / MIS Jamil – Président de Bureau Collectif / ROUAUD Carole – Politis, et membre du conseil d’administration de Coop-médias / Renaud Allioux – Co-Fondateur Preligens / Luc Monvoisin – Fondateur de KATABA / Lefebvre Lucas – Cofondateur et DG de La Fourche / Heuzé-Sarmini Tara – Entrepreneuse à impact et enseignante à SciencesPo / SONRIER Maël Entrepreneur dans les énergies renouvelables / LE FALHER Sylvain – Co-Fondateur et CEO d’Hello Watt  / KURKDJIAN Maxime – Investisseur et Mécène pour la démocratie / HOSTACHE Julien – Co-fondateur et Président d’Enerfip / ROBERT Denis – Fondateur de Blast / COHEN DE TIMARY Olivier – Directeur de la publication Socialter / Raingeard Virgile – CEO et Fondateur de Figures / GENTILHOMME Isabelle – Coordinatrice nationale du Mouvement Colibris / Souche Cyrille – Fondateur de Cdurable.info / Du Roy Ivan – Co-fondateur de Basta! / Létourneau Simon – Co-fondateur Carbo, Co-Ambassadeur Impact France / CAMIER Nicolas – Coordinateur du Portail des médias indépendants / CHAMUSSY Antoine – Co-fondateur et DG d’Avelana / BLANCHE Olivier – Directeur général de Terre vivante / BINET  Hélène – Porte-parole de makesense / GLEIZE Simon – Cofondateur de Rembobine / Champagne Antoine – Rédacteur en chef de Reflets.info / THUILLEZ Maxime – Fondateur du Greenletter Club / SPAN Caroline – Entrepreneure et activiste pour la démocratie / Arnould Marie – Rédactrice en chef Les 4 Saisons / LAURENT Alexandre – Directeur de la rédaction de Next / QUINTARD Clément – Cofondateur et rédacteur en chef de Fracas / Julliard Jean-François – directeur général de Greenpeace France / Callot Cyrielle – PDG les Alchimistes  / JADOT Yannick – Sénateur de Paris / SERVANT Millie – Rédactrice en chef de Climax / BRACHET Alexandre – Président du groupe Upian / DENIAUD Jean-Paul – Rédacteur en chef de Pioche!  / ROBACHE Théo – Animateur d’événements engagés / Lozac’hmeur Alizée – Co-fondatrice Makesense et Administratrice d’Impact France / Couronne Vincent- Cofondateur et DG du média Les Surligneurs / Brousse Maxime  – co fondateur Selency / De Hulster  Sébastien – Président de Watou,  Bellevilles / Krasniewski Stéphane – Président du SMA – Syndicat des Musiques Actuelles / GRANDCOLAS Laurence – Présidente de la Concorde / Labrunie Renan – Co-fondateur Keenest / Paquot Pierre – Président TeleCoop / Kempf Hervé – Fondateur de Reporterre / LAFFORGUE Laetitia – Co-présidente de l’UFISC / GODRON Henri – Président de BIOCOOP / Blanchard Louis-Marie – Co-président des Citoyen-ne-s pour le Renouvellement de la Démocratie / Faure Frédéric – Vice-président de Biocoop / Valains Yann – Président Maryan / Sautter Christian – Président d’honneur de France Active / Maschino Sylvain – Co-fondateur Agence Latéral / WELGRYN Lou – Data For Good / JOLIE Laurent – Co-fondateur Lalilo & Expliq / DOUX  Marine – Cofondatrice et directrice éditoriale de Médianes / LESAFFRE Philippe – Cofondateur et rédacteur en chef du média Le Zéphyr / JEANNEAU Laurent – directeur de la rédaction d’Alternatives Economiques / SERRE Magali – Présidente de Disclose / BERTIN Marie – Rédactrice en chef Les Autres Possibles / MOUSSET Pierre – Journaliste – Chargé d’éducation aux médias – Les Autres Possibles / YAMAMOTO Youlie – Porte-parole d’Attac France / TEHIO Nathalie – Présidente de la LDH (Ligue des droits de l’Homme)

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Source: 5 décembre 2025 – Tribune collective « Pour défendre la démocratie, soutenons le pluralisme et l’indépendance des médias » publiée dans L’Humanité

10 novembre 2025 – Tribune collective « Non à la répression anti-syndicale à Hénin-Beaumont ! » publiée sur Mediapart 11 novembre, 2025

Tribune  collective signée par Nathalie Tehio, présidente de la LDH

Lire la tribune sur Mediapart

« Face à l’extrême droite et sa violence, nous devons faire front, ne pas leur céder un pouce de terrain. » Presque dix ans après s’être attaqué au secrétaire de la CGT des agent·es de la commune d’Hénin-Beaumont, Steeve Briois a engagé une procédure disciplinaire contre Djelloul Khéris, secrétaire de la section SUD Collectivités Territoriales. Un large collectif d’organisations et de personnalités appelle à un rassemblement lundi 17 novembre 2025 devant la mairie d’Hénin-Beaumont.

Après les associations et la culture, Steeve Briois s’en prend une fois de plus aux syndicalistes.

Presque dix ans après s’être attaqué au secrétaire de la CGT des agent·es de la commune d’Hénin-Beaumont, dont il est maire depuis 2014, Steeve Briois a engagé une procédure disciplinaire contre Djelloul Khéris, représentant du personnel et secrétaire de la section SUD Collectivités Territoriales de la commune d’Hénin-Beaumont.

Cette attaque n’est que la dernière d’une longue série visant les militant·es depuis la création de cette section : attaques nominatives dans la revue municipale, courriers adressés aux agent·es, propos insultants et diffamatoires visant parfois les familles. Sur les réseaux sociaux, S. Briois est allé jusqu’à qualifier publiquement des camarades de « cloportes » lors des manifestations du 1er mai.

Mais, pour la première fois, l’offensive est d’une telle ampleur qu’elle vise directement à exclure un syndicaliste et à le priver de sa rémunération jusqu’à deux ans. C’est ni plus ni moins que de la répression anti-syndicale, une répression qui cherche manifestement à faire cesser toute action de résistance et de défense du service public et des agent·es au sein de la commune d’Hénin-Beaumont.

Les attaques se multiplient ces derniers mois ; l’extrême droite, déjà en position dominante dans certaines collectivités, montre qu’elle n’hésite pas à utiliser le pouvoir pour intimider et faire taire les organisations syndicales. D’autres villes (Beaucaire, Bollène…) ont vu la présence syndicale s’étioler face à la violence des attaques, au point que, à Beaucaire, des représentant·es du personnel, agent·es tiré·es au sort en l’absence de liste syndicale, ont finalement démissionné.

C’est la réalité du RN au pouvoir : loin du « on n’a jamais essayé », nous le subissons chaque jour en tant qu’agent·es, administré·es, syndicalistes et militant·es associatif·ves. En réalité, l’essayer, ce n’est pas l’adopter : c’est le dénoncer et le combattre.

Djelloul est un enfant du pays, investi dans la vie locale et dans diverses associations. On lui reproche, entre autres, un prétendu conflit d’intérêt. Le dossier disciplinaire a été construit exclusivement à charge, sans le moindre élément matériel fiable justifiant les accusations portées par le maire RN.

Dans le collimateur de l’exécutif d’extrême droite, il est évident que l’engagement syndical et les prises de position, notamment antifascistes, de Djelloul et de l’équipe syndicale expliquent les tentatives répétées de la municipalité de les neutraliser. Cette procédure disciplinaire apparaît comme une tentative d’affaiblir une voix critique qui porte haut les valeurs du service public, de l’intérêt général et de la solidarité.

La Fédération SUD Collectivités Territoriales, l’Union syndicale Solidaires, SUD CT 62 et les organisations signataires de cette tribune dénoncent ces agissements extrêmement graves visant un syndicaliste. C’est une attaque inadmissible contre le droit syndical, pilier de notre démocratie sociale, et contre la liberté d’expression des représentant·es du personnel.

Face à l’extrême droite et sa violence, nous devons faire front, ne pas leur céder un pouce de terrain. Nous appelons à un rassemblement le lundi 17 novembre 2025 dès 11h00 devant la mairie d’Hénin-Beaumont, sous les fenêtres de Steeve Briois, pour soutenir notre camarade lors du conseil de discipline.

Soyons nombreux·ses pour montrer notre solidarité et rappeler aux forces d’extrême droite qu’elles ne pourront pas briser le lien entre les travailleuses et travailleurs, leurs représentant·es et leurs organisations. Toucher à l’un·e d’entre nous, c’est nous attaquer toutes et tous !

Pour signer ce texte, cliquez ici.

Premiers Signataires : 

Syndicats : Union syndicale Solidaires, Fédération SUD Collectivités Territoriales, Confédération CGT, FSU, Solidaires Fonction Publique, Confédération paysanne, Unef (Union nationale des étudiant-e-s de France), Mouvement National Lycéen (MNL), Solidaires Etudiant-e-s, Fédération SUD PTT, SUD Rural Territoires, SNPES-PJJ-FSU, Syndicat national des journalistes CGT (SNJ-CGT), Union régionale Solidaires des Pays de la Loire, Syndicat CGT du Conseil départemental de la Seine-Maritime, CSD CGT 76, FO Action Sociale 35

Partis politiques / Mouvements : La France insoumise (LFI), Groupe parlementaire LFI, Les Ecologistes, Les Jeunes Ecologistes, Ensemble ! Mouvement pour une Alternative de Gauche Ecologiste et Solidaire, NPA – L’Anticapitaliste, NPA – Révolutionnaire, Génération-s, L’Après, Réseau coopératif Gauche Alternative, UCL (Union Communiste Libertaire)

Associations, Collectifs et ONG : Les Amis de la Terre France, LDH (Ligue des droits de l’Homme), MRAP, Victoires Populaires, AES (Alliance Écologique et Sociale), NousToutes, Collectif Antifasciste du Bassin Minier, UJFP (Union Juive Française pour la Paix), Collectif National pour les Droits des Femmes, Organisation de Solidarité Trans (OST), ATTAC France, VISA, SOS Racisme, Réseau Féministe « Ruptures », Les Femmes Ont de la Voix !, RAAR, Observatoire national de l’extrême droite, Les Amis de la Terre Paris, Les Amis de la Terre Normandie, APRES Arles/Alpilles, SOS Racisme Nord, ATTAC Centre-Essonne

Presse : FAKIR, BLAST, StreetPress.com

Personnalités : Murielle Guilbert, co-déléguée de l’Union syndicale Solidaires, Julie Ferrua, co-déléguée de l’Union syndicale Solidaires, Gaëlle Martinez, déléguée générale Solidaires Fonction Publique, Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, Élie Lambert, secrétaire national Union syndicale Solidaires, Ugo Bernalicis, député, David Guiraud, député, Aurélien Le Coq, député, Thomas Portes, député, Eva Sas, députée, Raymonde Poncet, sénatrice, Akli Mellouli, sénateur, Daniel Kuperstein, réalisateur, Sophie Djigo, philosophe et membre de la CAALAP, Francine Mazière, professeure émérite, Thomas Hutin, conseiller régional des Hauts-de-France, Julien Wojcieszak, adjoint au maire de Vimy, Pascale Martin, secrétaire nationale L’Après, Karima Chouia, co-secrétaire régionale Nord–Pas-de-Calais Les Écologistes, Alexis Debuisson, conseiller délégué, Armentières, Samia Lakehal, trésorière nationale Les Écologistes, Salima Zerrour, élue municipale, Marianne Floch, co-secrétaire des Jeunes Écologistes, Clément Choulet, co-secrétaire des Jeunes Écologistes, Mathilde Larrère, historienne, Bruno Riondet, auteur et professeur, Angélique Grosmaire, secrétaire générale SUD PTT, Gérard Ré, secrétaire confédéral CGT, Nathalie Tehio, présidente de la LDH, Mathieu Molard, co-rédacteur en chef StreetPress.com, Laila Ducos, militante féministe, Monique Dental, présidente fondatrice du Réseau féministe Ruptures, Youlie Yamamoto, porte-parole ATTAC, Denis Robert, journaliste et directeur de la publication BLAST, Tristan Quémener, directeur du journal FAKIR, Vincent Brengarth, avocat au barreau de Paris, Anne-Sophie, membre du bureau FO Action Sociale, Marielle Hauchercorne, co-secrétaire nationale SNPES-PJJ-FSU, Françoise Hickel, retraitée syndiquée FSU, Lucky Thiphaine, Nicole Quilici, éducatrice retraitée, Éric Corsin, ancien membre du bureau national SNPES-PJJ-FSU, Kylian Chouchaoui, militant écologiste, Amar Mekdad, militant écologiste, Maria Traoré, secrétaire CGT Poste Paris 11, Jacques Tallec, secrétaire départemental FO Action Sociale 35, Pierre Bordone, secrétaire de l’AFPS Noisy Est-Ensemble, Sophie Martinez, co-animatrice CSD CGT 76

Source: 10 novembre 2025 – Tribune collective « Non à la répression anti-syndicale à Hénin-Beaumont ! » publiée sur Mediapart